I. Abel Rémusal, M-ilanges asiatiques
de ce philosophe sont tombés depuis longtemps dans le plus grossier paganisme. Leurs prêtres ne sont que des jongleurs.
On raconte que Lao-Tze fut en relations avec Gonfucins et eut avec lui de fréquentes discussions philosophiques qui ne laissaient pas que d'impressionner Gonfucius, mais pas au point de lui faire abandonner le positivisme dans lequel sa doctrine est enfermée. On sait qu'il ne fut jamais gagné par le spiritualisme de Lao-Tze.
GONFUCIUS
Ce que Moïse est au peuple hébreu, Mahomet aux musulmans, Gonfucius semble l'être pour les Chinois lettrés. Il naquit cinquante-quatre ans après Lao Tze, en 551 avant Jésus-Christ, et mourut en 179. Il fut un honnête païen et ne se posa jamais en législateur ou en réformateur. 11 doit être fort étonné de sa gloire posthume due à ses commentateurs. Ce n'est que vers l'an 200 avant Jésus-Christ qu'il prit fantaisie à l'empereur Kao-Tsou d'offrir des sacrifices sur sa tombe. Le premier temple élevé à sa mémoire date du commencement de notre ère. Ils se comptent aujourd'hui par milliers.
« La doctrine de Gonfucius, dit E. Bard', si on peut donner ce nom à un ensemble de préceptes de morale, a été répandue par ses commentateurs et se trouve consignée dans les neuf livres sacrés... Il faut dire à l'honneur des Chinois qu'aucun peuple (païen), ancien ou moderne, n'a
i. Les Chinois ehe: eux, chap. \ii.
possédé ane littéralure i)Uis complètement exempte d'idées licencieuses, et qu'à aucune époque la religion ou le culte n'ont été associés à des sacrifices humains ou à des orgies, comme on en retrouve la trace chez tous les autres peuples païens. C'est ainsi que l'existence prolongée de l'ordre social chinois peut s'expliquer. Il repose non sur des bases matérielles périssables, mais sur des forces morales indéniables. Les livres sacrés honorent toutes les vertus et flétrissent tous les vices. Ils prêchent le respect des parents, l'humilité, le mépris des richesses, l'horreur de l'injustice, la patience dans les épreuves, la charité, l'amour du travail et de l'étude. Il n'existe certainement pas de meilleur code de morale (après l'Évangile) parmi les peuples, et, somme toute, la mauvaise réputation de la Chine, en Europe, vient surtout de sa mauvaise administration, mais ne doit pas être étendue au peuple, dont le niveau moral est certainement bien supérieur à celui d'autres peuples qui se croient plus civilisés. Comme le dit M^'Raynaud, dans son ouvrage: Une Autre Chine, les scandales d'en haut sont un voile qui cache les vertus des petits en faisant croire au mal universel. »
Gonfucius a donc du bon, qu'il ne prétend pas du reste avoir inventé. Il répète plusieurs fois qu'il n'a fait que recueillir la doctrine des anciens. Mais sa sagesse est courte par plus d'un côté et demande qu'on fasse bien des réserves. En expliquant comme il le fait le culte des ancêtres, il en arrive à sanctionner la polygamie ; il donne aux parents le droit de tueries enfants difformes, incorrigibles ou qu'ils ne pourraient élever ; il autorise le divorce. Il
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déclare (ju'il vaiil mieux ne pas s'occuper do l'état de l'homme après la mort. Il réduit la femme à un état voisin de l'esclavage.
Cependant, à cause du grand respect des lettrés pour Gonfucius,en discutant avec eux, il est bon de ne pas trop insister sur le côté faible de leur philosophe. En faisant au contraire ressortir ce que sa doctrine a de conforme à l'Evangile, on les dispose en faveur de la religion chrétienne. C'est ce que disait M"' Ridel à ses prêtres : « Les Coréens honorent, louent, admirent Confucius autant que les Chinois ; entrer directement en discussion avec eux sur le philosophe ou sur ses écrits ne servirait qu'aies irriter. Plusieurs fois, cependant, je leur ai fait voir que la doctrine de Confucius u'est pas complète, mais avec beaucoup de précautions '. »