‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 78 sur 115 · Missions catholiques, numéro du 7 mars · texte numérisé non relu

Missions catholiques, numéro du 7 mars

taoïste qui l'instruisit. Elle mit la puissance qu'elle avait reçue du ciel au service des malheureux et sa bonté s'exerça surtout en faveur des marins que, du haut des collines, elle apercevait luttant contre la tempête. Elle en sauva un grand nombre.

Quand elle mourut, jeune encore, la renommée de ses vertus et de ses belles actions parvint à l'empereur, qui lui décerna le nom posthume de Mà-tsoii, '< la plus grande des Mères, la première des Mères, la Mère par excellence », parce qu'elle avait eu, en effet, pour les hommes un amour maternel poussé au suprême degré. C'est pour cela que les marins l'ont prise comme patronne.

La légende que je connaissais disait qu'elle était née à Hing-hoa ("Fo-Kien) ; qu'un jour, s'étant assoupie, elle vit trois barques montées par son père et ses deux frères en danger de périr dans une tempête. Il lui sembla qu'elle saisissait celle de son père avec les dents et celles de ses frères avec les deux mains pour les ramener au rivage. Sa mère l'ayant appelée, elleouvrilla bouche pourlui répondre, et il lui sembla qu'elle h\chait alors la barque de son père qu'elle ne parvenait plus à rattraper. Quelque temps après, arrivèrent ses deux frères, déclarant que leur père avait péri dans une tempête et qu'eux-mêmes n'avaient dû leur salut qu'à une intervention céleste qu'ils ne s'expliquaient pas.

Ceci, c'est la légende; mais n'est-il pas permis là aussi de voir une tradition chrétienne, défigurée, il est vrai, mais manifeste encore du culte, de la très sainte Vierge. D'après la légende, cette sainte Mère aurait fait à neuf ans le vœu

de virginité. Or ceci est contraire à toutes les coutumes chinoises. Elles veulent que toute femme soit mariée; elles condamnent la virginité, et cependant l'honorent dans la sainte Mère à laquelle on donne ce nom, bien que, dit-on, elle soit morte vierge. On la représente un enfant dans les bras; on dirait un de nos tableaux de la V'ierge-Mi^'ro. Souvent des missionnaires se sont étonnés d'entendre cette déesse chinoise saluée des titres suivants : Repina cœli, Tie)i Réou^ pidchra ut litna, Janua cœli, Domus aiwea, Sancta Mater, etc.

Quelquefois elle est représentée avec une croix, signe qui n'est point inconnu des païens. « Lorsque l'on expliqua, dit le P. d'EntrecoUes, à une bonne vieille catéchumène l'auguste signe de la Croix, et combien il est redoutable aux démons, elle fit une remarque que je ne dois pas omettre. N'avez-vous pas fait réflexion, dit-elle, qu'aux réjouissances du cinquième jour du cinquième mois, nous faisons aux petits enfants que l'on mène dehors une croix avec du vermillon, au milieu du front, afin de les préserver du malin esprit ' ? o

J'ai visité le temple de Mà-tsou en compagnie d'un Dominicain espagnol, le R. P. Aguirre, et d'un vieux bouze.

J'étais indigné en lisant partout, en beaux caractères dorés ou sculptés, le titre de Reine du Ciel attribué à la

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