Conférence sur l'Empire du diable
qu'il ca était ainsi. Celte pauvre femme fut délivrée à ce moment même. Or, dans l'otal où elle était, elle n'avait pas pu apprendre qu'on jouait la comédie dans ce village éloigné; autour d'elle, personne ne le savait. »
M^' Ghouzv. mort vicaire apostolique du Kouj'-Tchéou, n'étant encore que simple missionnaire, était allé voir un confrère dans le district duquel se passaient des choses étranges qu'on ne pouvait vraiment expliquer que par l'intervention diabolique. Pendant que les deux prêtres causaient de ces événements, voici que, soudain, une statuette de la très sainte Vierge, placée sur une table devant eux, disparaît. « Ceci est trop fort! » s'écria le P. Ghouzy, et, s'adressant au diable : « Mauvaise bête, tu vas rapporter immédiatement celle statue. » Il attendit dans un étonnement qu'on devine, et rien ne venait. Il renouvela sa sommation avec plus d'énergie, et, à la troisième seulement, la statue reparut à sa place habituelle.
Les deux missionnaires échangeaient leurs impressions sur ce qui venait de se passer sous leurs yeux, lorsqu'un crucifix, pendu à la muraille devant eux, disparaît à son tour. Nouvelle sommation au démon. Après un instant, le christ, mais sans la croix, est déposé sur la table. Le diable, interpellé une fois encore, finit par apporter la croix.
Je tiens ce fait d'un ancien missionnaire de Chine.
M""' Lavest, vicaire apostolique du Kouang-Si, parlant des sorciers de ce pays, raconte ce qui suit : « Ils ne se contentent pas de réciter des prières et de faire des sacrifices pour apaiser les esprits ou chasser le diable ; mais ils
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se font posséder par le malin esprit, qui parle ensuilo par leur bouche.
.( 11 y en a dans presque tous les villages et, souvent, plusieurs dans le même. Quand ils veulent exercer leurs fonctions, ils se bandent les yeux, et, assis, ils font mille contorsions en s'éventant. Leurs paroles, qui sont l'oracle attendu, deviennent alors un chant incohérent et mêlé de soupirs. Pendant la possession, ils répondent à ce qui leur est demandé ; peu à peu, la tranquillité revenue, ils sortent comme d'un profond sommeil. Quelquefois, sans être invités, ils se trouvent tout à coup possédés et disent des choses surprenantes ou inconnues. Ils n'ont aucun costume qui les distingue et ne possèdent aucun livre. Leurs instruments de sorcellerie et leur science, reçue oralement d'un autre, leur suffisent.
« J"ai été moi-même témoin d'un cas de possession d'une sorcière malgré elle. La famille où je me trouvais comptait, à mon insu, une poncien [sorcière), catéchumène depuis quelques mois. Le soir, on avait, à mon arrivée, rejeté toutes les superstitions, et brûlé les objets de sorcellerie. La sorcière, à genoux, avait prié avec les autres catéchumènes. Pendant la nuit, je fus tout à coup réveillé par un chant mêlé de pleurs et de soupirs. Je demande aussitôt aux catéchumènes qui se trouvaient près de moi, couchés sur le plancher, ce qu'il y avait. L'un d'eux me répond :
— " Père, c'est la sorcière qui se trouve possédée; prenez donc vite un peu d'eau bénite pour la faire taire et pour en chasser le diable. »
— » Attendez un moment, dis-jc, écoulez ses paroles, et répétez-les-moi (ulèlement. »
« Aprôs un moment, ils me disent : « Elle se plaint de oe que tout le village se fait chrétien, qu'elle ne saura plusoù demeurer, et elle s'étonne d'une telle résolution, attendu qu'il n'était arrivé aucun malheur dans le village ; mais, si l'on persiste à se faire chrétien, elle s'en ira dans la famille Hin (nom du sorcier le plus renommé du pays) pour se venger du village. » — <' Demandez-lui, ajoutai-je, ce qu'elle dit elle-même de cela. » Ils l'appellent ; aucune autre réponse que les mêmes plaintes et les mêmes soupirs. Lorsque enfin elle s'éveille, à ceux qui lui demandent ce qu'elle a dit, elle répond qu'elle dormait et qu'elle n'a rien dit. Le lendemain, je lui demandai à mon tour ce qu'elle faisait et disait dans la nuit, et elle me fithmème réponse'. »
LeP. Joseph Masip, missionnaire espagnol, Dominicain, en résidence à Yen-Ping, a bien voulu me communiquer le fait suivant. Je ne fais que traduire son texte espagnol : « J'ai pensé que le récit d'un événement qui a eu lieu dans mon district en ce mois d'août 1899 vous intéresserait. Le diable s'est encorepassé la fantaisie de se manifester ici sous la forme du renard, qu'il semble affectionner spécialement. Une femme chrétienne vint me dire, le dimanche avant l'Assomption, que le Ou-li (diable sous forme de renard) était chez son voisin, lui faisait mille tours et mille méchancetés, lui volant tout ce qui se trouvait dans la maison et le jetant au feu ; il versait des
i. Annales de la Suctétè des Missions étrangères, 1901, p. 64.
immondices sur son lit, enlevait la noun-iture de la table, etc. Rempli de terreur et réduit à lextrëmité, le païen appela un prêtre de la religion taoïste, qui se mit en devoir de chasser le diable, mais à peine avait-il commencé son ministère que tous ses instruments et les idoles de la maison lui étaient jetés sur la tête et à la figure par le Ou-li, qui le roua littéralement de coups en se moquant de lui. Épouvanté, il s'enfuit comme il put. Tout Yen-Ping le sut, et personne n'osait plus rentrer dans cette maison.
Ils s'adressèrent alors auxprolestants établis à Yen-Ping et le Ou-li se moqua d'eux comme duprêtre taoïste, et n'en continua pas moins ses méfaits.
Alors la femme catholique dont je viens de parler intervint ; elle dit que seule la religion catholique avait le pouvoir de chasser les démons. On lui demanda de le prouver. Elle prit son rosaire, l'enveloppa dans une chemise qu'elle mit dans la maison hantée ; aussitôt le Ou-li s'empara du paquet et le porta sous le toit. La femme catholique se mit à crier : ^ Oh! ceci est à moi. » Le diable lui jeta alors son rosaire avec une grande fureur. » Soyez persuadés, leur dit-elle, que c'est là la corde avec laquelle vous pourrez l'attacher. »
Aussitôt elle vint et me conta ce qui s'était passé. Je lui demandai si elle avait vu ce diable. Elle me répondit que oui, qu'il paraissait un peu plus gros qu'un chat ordinaire et noir comme un charbon. Je lui demandai si elle avait eu peur : « Assurément », me dit-elle. Tous les membres de celte famille, qui avait tant souffert, vinrent aussi et me demandèrent à devenir chrétiens.
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Les catholi(jue.s des environs désirèrent les assister, et se préparèrent parla confession et la communion. Le soir du 17 août, ils allèrent dans cette maison pour réciter le rosaire. Avant de commencer, ils furent invités à manger le riz ; mais tous les bâtonnets avaient soudain disparu, et ils durent manger avec leurs doigts. Ce fut la dernière farce du Ou-li.
Après leur réfection, ils se mirent à réciter pieusement le rosaire, et, à la fin des mystères douloureux, il se fit tout à coup un si grand bruit de tuiles que tous crurent que le toit s'eflbndrait. Plusieurs s'enfuirent instinctivement, mais revinrent bientôt quand ils virent que le toit était à sa place et que rien de fâcheux n'était arrivé. Leur terreur étant un peu passée, ils se remirent tous pieusement à genoux et achevèrent avec foi les mystères glorieux.
Pendant ce grand bruit, le chrétien Ana-(Ju vit, dit-il, le Ou-li, qui s'échappait comme un éclair. Depuis ce jour jusqu'aujourd'hui, 1" septembre, ce vilain diable n'a plus donné signe de sa présence, ni molesté cette famille; sans doute par la vertu du rosaire, il a été obligé de rentrer dans les régions infernales.
La famillequi, pendantplus dedeuxmois,aété au pouvoir de ce monstre, se compose de sept membres. Ils continuent à manifester toute leur reconnaissance pour leur délivrance ; ils viennent à l'église et apprennent la doctrine. Ce fait a été publié et l'on en a parlé dans tous les environs. Cependant, il n'y a pas eu jusqu'ici d'autre conversion que cette famille. Elle demeure à quatre lis (demi-heure) de Yen-Ping. »
14 octobre 1899. — Lors de mon vo3^ageàî"'ou-ciang, je demandai au prêtre chinois Dominique Kiang- de vouloir bien me mettre par écrit plusieurs choses fort intéressantes que lui et les catéchistes de l'endroit m'avaient racontées, au sujet de l'évangélisation de Fou-ciang et des environs. Hier, j'ai reçu sa relation latine, qui couvre seize grandes pages. Je vais en donner ici quelques extraits.
« La dix-septième année de l'empereur actuel (1891), un homme noble de la sous-préfeclure de Fou-ciang, du village de Lae-see-tou, devint, suivant toute apparence obsédé par le démon, qui le réduisit à un état misérable. Il parlait comme un furieux ifuriose loquebntur); il é[ai[ consumé par la fièvre; il n'avait plus de santé. Sa famille fit inviter un prêtre chinois, qui se trouvait dans les environs, à venir le visiter. Pendant que celui-ci était en route, l'énergumène se mit tout à coup à dire : « Un grand homme vient ici; je ne veux pas demeurer dans cette maison; je veux m'en aller. » Une heure après, le prêtre arrivait. En entrant dans la maison, il se mit en prière, bénit le malade, lui donna une médecine, et dès ce moment cet homme, depuis longtemps dans un état si étrange, fut tout à fait tranquille et guéri. Ce que voyant, tous les païens de ce lieu louèrent la religion catholique, et le prêtre prit de là occasion pour prêcher la vraie foi à ce peuple. Il resta troisjoursdans ce village, où dix familles donnèrent leurs noms comme catéchumènes. Il parcourut les villages environnants et vit que partout la moisson étaitmûre. Il dut retourner dans l'île de Ilai-san: mais, deux mois
plus tard, une dépulation du village de Kanlaoule déoidail à revenir. 11 vécut d'abord dans les maisons des néophytes, puis loua une maison particulière, où les gens pouvaient plus facilement venir le voir.
Dieu, qui sans doute avait des desseins miséricordieux sur ce peuple, avait touché les cœurs d'une manière visible et donné à l'action du prêtre une efficacité qui le surprenait le premier. Bien des fois, une prière récitée sur les malades, les plus simples médecines administrées dans des cas fort graves, produisirent des guérisons que le peuple appelait miraculeuses. La simple application du rosaire au cou des obsédés les délivra du démon. Ce que voyant, plusieurs centaines de familles se déclarèrent catéchumènes.
De là, le prêtre chinois passa au village de Gou-sen situé à une lieue de Kan-taou, où la grâce divine travailla les âmes comme dans le villageprécédent. 11 y loua d'abord une maison, mais plus tard, le mouvement des conversions devenant accentué et Gou-sen étant un centre où le commerce attire des gens debeaucoupde villages des environs, l'évêque. M'"' Masot, donna la permission et les moyens d'3^ bâtir une église, un presbj'tère et un caléchuménat.
Au commencement de l'évangélisation de ce village, se passa un fait dont le Seigneur se servit pour appeler beaucoup de païens à la foi. Le voici : Un païen, manifestement possédé du démon, avait été si cruellement maltraité «par cet ennemi du genre humain qu'il semblait sur le point de mourir. Un soir qu'il avait ■été horriblement battu par une main invisible, il entendit
distinctement cette parole, ainsi qu'un parent qui le soignait : " Gplte nuit, il faut que je t'emporte », et le démon continua de le frapper jusqu'à ce qu'il s'évanouît. Le parent, qui était là, s'enfuit etfrajé ; mais, se rappelant qu'une famille voisine avait déjà embrassé la foi et ayant entendu dire que l'Église catholique avait le pouvoir de chasser ledémon, il supplia les nouveaux convertis de venir au secours de son parent. Ceux-ci allèrentlout raconter au prêtre, qui envoya aussitôt ses catéchistes et quelques chrétiens pour, prier auprès du malade. L'ayant trouvé comme mort, ils l'aspergèrent d'eau bénite et lui passèrent un rosaire autour du cou. Aussitôt le démon s'écria d'une voix terrible par la bouche du possédé : » Ne me tourmentez pas ainsi; cet homme est déjà en mon pouvoir, et il faut que je l'emporte cette nuit; mais je ne puis... oh I ne me tourmentez pas davantage, je vous promets de m'en aller. » Alors les catéchistes enlevèrent le rosaire de son cou et l'homme revint à lui, calme et parlant comme avant son obsession.
Mais, ô perfidie du démon ! à peine était-il sorti de cet homme qu'il prenait possession de la femme et la rendait furieuse; elle se mit à chanter, à sauter, à se conduire comme une comédienne : comediam faciendo. Voyant cela, les catéchistes prirent le rosaire et le passèrent au cou de la femme et aussitôt ils entendirent ces mots sortir de sa bouche : <i Cessez de me tourmenter et je la laisserai; mais, au lien de me poursuivre ainsi, .vous, pourquoi ne chàtiez-vous pas le catéchumène un tel (qu'il nomma,) qui prétend vous avoir remis toutes ses idoles etquien conserve
encore une cachée dans sa maison? » Le lendemain, un catéchiste découvrit en etlet une idole cachée dans la maison indiquée.
En celle occasion, un catéchiste demanda au diable, qui parlait par la bouche de cette femme, pourquoi il venait ainsi tourmenter les créatures de Dieu. Il répondit qu'il ne venait pas de lui-même, mais seulement lorsqu'on l'appelait; ensuite il dit qu'il demeurait avec sept compagnons dans la pagode du village de Ly-boui.
Il supplia les catéchistes de le laisser partir, jurant qu'il ne reviendrait plus. Les catéchistes enlevèrent le rosaire du cou de la femme, qui se retrouva dans son état normal. Elle vil encore.
En 1891, un certain Paul Yan, du village de Lae-seetaou, qui, pendant dix ans, avait fait l'office de catéchiste anglican, se convainquit que la religion catholique était la seule véritable, et, ayant fait la connaissance du prêtre chinois qui évangélisait Fou-ciang, il lui demanda de le recevoir dans la véritable Eglise. 11 s'attacha à lui, et, pendant quatre ans, lui servit de catéchiste; mais, à cause de la pauvreté de sa famille, il ne put continuer ; il retourna chez lui et reprit son commerce. La vingt-troisième année de l'empereur Kouang-su, à la sixième lune (1897), il parlait de son village pour conduire une barque chargée de marchandises qu'il allait vendre à Tuon-loh, lorsqu'il tomba subitement très malade. Se croyant au moment de paraître devant Dieu, il sentit une grande tristesse d'avoir depuis plusieurs années négligé le service de Dieu et le salut de son àme, pour s'occuper des choses de la terre.
Il se mil à prier avec toute la ferveur possible, implorant la faveur de recevoir les derniers sacrements avant de mourir. Pendant qu'il était occupe de ces pensées, un homme vêtu de blanc se tint devant lui et lui dit : " Paul, si tu veux sauver ton âme, retourne non pas dans tamaison, mais à l'église de Gou-sen, où tu pourras plus facilement recevoir les derniers sacrements. ■■ Paul ayant entendu ces paroles fit faire volte-face à son équipage. Au moment où le patron de la barque faisait les manœuvres pour retourner sur ses pas, Paul vit trois démons qui s'y opposaient et criaient : « Voici quatre années que nous le suivons; nous ne pouvons pas permettre que la barque retourne. » Ces paroles furent entendues aussi par le patron de la barque, qui, rempli de frayeur, ne pouvait manœuvrer. Ce pauvre Paul passa une heure dans de mortelles inquiétudes, priant et faisant tous ses eflbrts pour faire revenir la barque sans y réussir. Tout à coup il vit près de lui un homme qui se dit être prêtre et porter le saint Sacrementjl'assurant qu'il n'était pas nécessaire de retourner sur ses pas et qu'il pouvait communier là même. Paul le regarda, et une lumière spéciale lui fit comprendre que c'était le diable. 11 lui jeta son rosaire et, en etlét, le faux prêtre disparut aussitôt.
Le lendemain, Paul loua une chaise à porteurs et se fit conduire à Gou-sen, où il raconta aux gens tout ce qui lui était arrivé en roule. On envoya chercher le prêtre, qui arriva bientôt. Pendant ce temps, Paul faisait venir son fil pour lui donner ses dernières recommandations. Il lui enjoignait en particulier de brûler tous les livres prolestiuits
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qu'il avait conservés olie/ lui. Ayant mis ordre à ses affaires temporelles, il se confessa deux fois avec un grand esprit de componction, eut le bonheur de recevoir le sacrement de l'Eucharistie et d'Extrême-Onction; puis il s'endormit doucement dans le Seigneur. Après sa mort, sa figure conserva l'expression de la vie.
Au village de Kou-jou vivait une femme, veuve depuis huit ans, et qui ne s'était pas remariée; pendant les dix dernières années, elle avait souffert d'une pénible infirmité qu'aucun remède n'avait pu guérir, comme cette femme de l'Evangile qui ne trouva son salulqu'en touchant lebord du vêtement do Notre-Seigneur. La pauvre Chinoise était, de plus, vexée par le démon, qui s'emparait souvent d'elle et la faisait horriblement souffrir, la privant parfois de tout mouvement. Etant catéchumène, elle ressentit une spéciale dévotion envers la très sainte Vierge, et se mit à la prier et à l'honorer de son mieux dans les intervalles où le démon lui laissait la paix. Un jour, elle vit la Mère de Dieu quilui dit de se faire baptiser le plus tôt possible, en l'assurant de sa protection. La veuve se fit aussitôt porter à Gou-sen pour terminer son instruction. Elle reçut le baptême, fut guérie de son infirmité et le démon ne l'a plus tourmentée. Devenue très pieuse, elle fait constamment des neuvaines en l'honneur de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Toute sa famille s'est convertie.
Un chrétien du nom de Sié, habitant le bourg de Sé-Kun, était très dévot à la sainte Vierge. En mars 1897, il tomba gravement malade de la peste. Il était à toute extrémité,. lorsqu'il vit un homme qui venait à lui avec un vase con-
tenant un remède qu'il lui offrait. Mais une grande crainte le saisit aussitôt et il reconnut que c'était le diable. Il invoqua la sainte Vierge, et le faux docteur s'enfuit. En même temps, le malade vit comme une rosée ou pluie fine qui tombait sur lui et l'aspergeait, et il se sentit guéri. Ayant ressenti une grande soif, il demanda à boire. On lui apporta une tasse de thé. Avant de la boire, il fit au-dessus le signe de la croix et une croix lumineuse apparut demeurant quelques instants au-dessus de son breuvage. Elle fut vue non seulement par le malade, mais par toute la famille, qui, tombant à genoux, la vénéra et bénit le Seigneur. Ce prodige fut la cause de la conversion de plusieurs.
Le démon tourmentait beaucoup une famille païenne du nom de Liéou, du village de Auté ; il emportait tout ce qui se trouvait dans la maison, le riz, le blé, les fruits, etc. Une femme de cette famille était surtout l'objet des vexations du malin ; il la battait cruellement et la transportait parfois à une grande distance de sa maison. Elle avait été si maltraitée que, depuis plusieurs années, elle demeurait malade sur son lit, incapable de rien faire.
Le chef de cette famille, entendant parler de la religion catholique, résolut de l'embrasser. Il brûla ses idoles, fit bénir sa maison et demanda aux chrétiens de venir prier chez lui. Un jour que la femme dont il a été question était encore tourmentée par le démon, un catéchiste l'aspergea d'eau bénite, lui passa un rosaire et un crucifix au cou. Alorsle diable se mita secouer fortement cette pauvre créature, à hurler par sa bouche et à pleurer par ses yeux.
Un rameau béail se trouvant sous sa main, un chrétien en frappa la femme. Le démon hurla davantage, disant qu'on le faisait trop soulliir. Alors on redoubla les coups. Le démon demanda qu'on cessât, promettant et jurant qu'il laisserait la femme et ne reviendrait plus. En effet, cette pauvre femme se calma peu à peu et commença à aller mieux. Aujourd'hui elle est complètement guérie. Elle est chrétienne, ainsi que toute sa famille et beaucoup d'autres de ce pays.
Dans le même village de Aulé, une autre femme de la famille Tang, appelée aujourd'hui Maria, souffrait d'une maladie étrange que rien ne pouvait soulager. Par ce qu'elle avait vu autour d'elle, elle était convaincue de guérir si elle recevait le baptême. Mais son mari s'opposait absolument à sa conversion. Une nuit, cet homme eut un songe et vit un homme de blanc habillé, qui tenait un rosaire à la main et le lui otfrait en disant : u II faut que tu entres dans la religion catholique. » Il répondit que, ne connaissant pas la doctrine, il ne l'osait. Cependant son cœur fut changé, et voyant sa femme de plus en plus malade, comme elle le suppliait plus instamment, il consentit à son baptême. Lui-même aussi fut baptisé un peu plus tard. Pendant qu'on célébrait une messe pour elle, Maria fut complètement guérie.
Un protestant appelé Sésé, du bourg de Yan-pin, fut sur le point de perdre sa femme à la sixième lune de 1895. Comme aucun remède ne la soulageait, l'idée lui vint d'avoir recours à un de nos catéchistes. Celui-ci, la vovant si malade, lui expliqua d'abord les principaux points delà
doctrine catholique, puis la baptisa sous condition, pour assurer le salut de son âme. Ensuite il se mil à prier avec plusieurs personnes présentes. Il lui sembla voir, a-l-il raconté, un homme vêtu de blanc, qui entrait dans la chambre et lui montrait un papier où les noms de quatre espèces de médecines étaient écrits. 11 se procura ces remèdes, les donna à prendre à la malade, qui se trouva complètement guérie. Toute la famille, reconnaissant en cela l'intervention divine, embrassa la foi catholique.
Une magicienne appelée lou, âgée d'environ cinquante ans, vivant au village de Ghim-Yang, avait pendant de longues années trompé beaucoup de personnes qui allaient la consulter. Pourla punirsansdoutede ses péchés et aussi dans des desseins de miséricorde, Dieu permit que le démon s'emparât de son fils et le réduisît à l'état le plus misérable. Elle essaya bien de l'en délivrer, mais le démon se moquait d'elle. Alors elle alla trouver le prêtre, s'accusant de ses péchés, promettant de faire pénitence, d'abandonner son indigne métier et de se convertir, si le démon laissait son fils. Un catéchiste, envoyé dans sa maison, l'aspergea d'eau bénite, et y pria avec d'autres chrétiens. Ils entendirent le démon leur reprocher avec fureur de venirle tourmenter chez lui. Gomme ilscontinuaient deprier le malade se calma et fut bientôt guéri. Sa mère, considérant celle délivrance et celte guérison comme un prodige, renouvela sa pi omesse de faire pénitence et de se convertir. Elle vient d'être baptisée avec toute sa famille et plusieurs personnes de son voisinage. »
Les prêtres chinois André Ho, de Kou-tion, et Petrus Ouon, de Tncn-Loli, viennent de passer une journée avec moi. Ils m'ont aftirmé ce que d'autres déjà m'avaient dit, qu'à Fou-Tchéou, dans toutes les villes de la province et presque dans chaque village se trouvent des sorciers qui ont reçu une initiation spéciale et qui, au moyen de formules magiques, deviennent de vrais p3'lhons à volonté. Une quantité de gens vont les consulter pour les raisons les plus diverses, au sujet de leurs maladies, des choses perdues, des mariages à contracter, etc. En donnant sa réponse, le sorcier se met à peu près toujours dans un état étrange, préternaturel figure grimaçante yeux fermés : ou hagards, le corps raide, etc. Il a toujours une réponse prête de vive voi>: ou par écrit, et elle est généralement acceptée comme un oracle infaillible, fût-elle ridicule et absurde, comme cela arrive souvent. Ces réponses viennent-elles directement du démon? Ce serait difficile à prouver. Il est probable que Yindustriel parle souvent de son propre cru. Il semble néanmoins indubitable que, dans beaucoup de cas, le démon invoqué se rend à l'appel qui lui est fait. Sa réponse est peut-être alors aussi fausse, aussi mensongère que lors jue l'homme parle seul; car il se moque dans les grands prix de ceux qui le consultent. Mais, à bien des signes, on ne peut s'empêcher de penser que c'est le père du mensonge et l'ennemi du genre humain que de pauvres malheureux sont allés consulter : par exemple, lorsque le sorcier, tirant une langue d'un demi-pied de long, la coupe par le milieu, écrit son oracle avec son sang, et soude ensuite en un instant le morceau amputé sans paraître éprouver
do la douleur ; lorsque la sentence écrite, enfermée dans un vase, est changée en un remède, etc.
Naturellement ces sorciers vivent de leur métier et leurs sentences doivent être payées en sapèques sonnantes.
Les Chinois, en consultant un être mystérieux qu'ils nomment /io«i ou Ma-Koiii, ne pensent pas s'adresser à la divinité, mais bien à un démon qu'ils croient, du reste, généralement malfaisant. Pour eux ces honis ne sont pas de purs esprits, mais les âmes d'êtres humains, qui reviennent sur la terre. Aussi leur offrent-ils des présents pour les apaiser, les aliments dont ils se nourrissent eux-mêmes, de l'argent, etc.. Mais, chose curieuse, le Chinois, dans ses rapports avec ses semblables, cherchant toujours à trotnper, pense qu'il peut en agir ainsi avec les esprits, et alors, au lieu de vraie monnaie, il olfre delà monnaie en papier, ayant l'apparence de l'or ou de l'argent. Un chiffre parfois inscrit sur le papier indique une grosse somme. C'est simplement un faux chèque sur la banque des esprits. S'il offre des viandes, elle? sont de mauvaise qualité ; si c'est un vase de riz, le contenant est à moitié rempli de sable sur lequel on met un peu de riz : comme dans une boîte de Vhé, qu'un mandarin avait donnée en cadeau à l'évèque et que celui-ci m'avait donnée, je viens de découvrir un gros torchon de papier qui occupait tout le fond de la boîte.
Le prêtre André Ho m'a parlé d'une excursion à la ville de Pinan, où l'évèque l'avait envoyé pour voir s'il y avait moyen d'y établir une mission. Pinan est à 19 lieues de Kou-tien. 11 trouva le peuple très mal disposé et décidé à lui faire un mauvais parti, parce qu'il parlait d'introduire
chez eux la doctrine des Européens. Sans l'intervention du mandarin, qui lui donna des satellites pour l'accompagner, il ne sait trop, dil-ii, ce qui serait arrivé Cette ville de Pinan a environ 50il familles, et on lui dit qu'à l'exception d'une dizaine toutes fumaient l'opium. Il pense qu'on pourra essayer un établissement dans un des villages environnants, où ce vice est beaucoup moins répandu.
Le trait que m'a raconté le P. Ho, qu'il m'a écrit ensuite, et que je traduis, est assez curieux :
Au village de Pin-hou-hê, à 3 lieues de Kou-tien, vit un catéchumène, qui, en compagnie d'un catéchiste, la veille de l'Assomption, au mois d'août passé, alla au village de Ciê-kê dans le but d'enlever les idoles et objets superstitieux de la maison d'un récent néophyte. En revenant le soir, le catéchiste, passant près d'une idole, la frappa de son parasol. Le catéchumène eut peur des conséquences de cet acte, et il se mit à demander pardon à l'idole à haute voix, lui disant : » Ne vous vengez pas de cet homme, qui est un hôte et un étranger! » — « Que ditesvous, dit le catéchiste? Je ne crains nullement le démon, qui n'a aucun pouvoir sur nous; mais vous avez bien tort de le craindre, et surtout de lui faire des excuses. Vous n'avez pas encore la foi. »
ce Rentré chez lui, le catéchumène trouva sa femme dans un état étrange, obsédée parle démon, suivant toute apparence. Elle le sentait elle-même et s'en plaignait. «Aujourd'hui, répondit le démon, j'ai été frappé parle catéchiste, contre lequel je n'ai pas de pouvoir; car il est chrétien.
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Mais je m'en prends à loi. » Son mari, au lieu d'aller raconlerau catéchiste ce qui s'était passé, dépensa beaucoup d'argent pour faire des superstitions et essayer de cliasser le démon du corps de sa femme. Naturellement le démon s'en moqua et, pendant quatre jours, il tourmenta horriblement sa victîme. Au bout de ce temps, un autre catéchumène, apprenant ce qui ce passait, exhorta son ami à appeler le catéchiste, qui vint avec plusieurs néophytes. Ils aspergèrent d'eau bénite la maison et la femme, etrécilèrenl le rosaire près d'elle. Pendant qu'ils étaient à prier, plusieurs païens déclarèrent qu'ils avaient vu comme un gros chat-tigre s'échapper de la maison vers la montagne. La femme fut calme et dormit jusqu'au matin, ce qu'elle n'avait fait depuis quatre jours. Le lendemain, elle put se lever ; mais elle se sentait si brisée et endolorie qu'elle ne pouvait travailler. Je la vis le troisième jour, je récitai sur elle les prières du rituel pour une personne adulte malade. Bientôt après, elle fut complètement remise sans avoir pris aucun remède. »
Dernièrement, le P. Ouong a été fort occupé par un cas de possession diabolique dans sa ville de Tuon-loh. Il me l'a raconté en entier. Je lui ai demandé de le mettre par écrit. Je vais traduire sa relation.
Il s'agit d'une femme appelée Nguoc-Ga, mariée à un homme du nom de Tsaou-tsaou. Elle peut avoir trentecinq ans. Depuis dix-neuf ans elle a été à peu près continuellement tourmentée par le démon, qu'elle a vu souvent sous la figure d'un homme hideux, d'un chat, d'un serpent, etc., qui venait vers elle, disparaissait en elle, et
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IDciLE OU PANTHEON CHINOIS
alors la rendait comme folle; sa figure, ses yeux s'altéraient de la façon la plus étrange. Elle disait alors les noms des personnes qui entraient chez elle et qu'elle n'avait jamais vues auparavant, ce qu'elles avaient fait de bien ou de mal. Des milliers de personnes de Tuon-loli ont été témoins de scènes étranges, surprenantes ou ridicules, dans cette maison pendant ces dix-neuf ans. Nguoc-Ga divulguait parfois des projets très cachés, des secrets qu'elle n'avait pu connaître naturellement, à la grande surprise d'hommes qui en ont été quelquefois fort ennuyés et confondus.
On peut dire que toute la ville de Tuon-loh regardait cette femme comme possédée du démon. Son mari Tsaou-lsaou a fait des démarches infinies auprès des sorciers pour la délivrer. Que de fois le démon lui a demandé, par la bouche de cette malheureuse ou des sorciers, de lui faire tels et tels sacrifices, de faire venir les comédiens pour donner des représentations théâtrales au peuple et autres choses fort coûteuses, comme de contribuer aux fêtes, aux processions en l'honneur des idoles, de bâtir un temple aux génies, etc. Cet homme assure avoir dépensé ainsi plus de 10.000 francs pendant ces dix-neuf ans. Le dialile, père du mensonge, lui disait toujours que, s'il faisait telle chose, telle dépense, il ne tourmenterait plus sa femme, et l'infortuné, le croyant, donnait ses sapèques.
Naturellement le diable se moquait de lui et revenait. Alors il menaçait cet homme de le tuer lui-même, s'il n'obéissait pas immédiatement. II l'obligea ainsi à se ruiner. Que le démon est donc un cruel tyran !
Une douzaine de médecins au moins ont été appelés poui" voir celle femme. Ils ont tous déclaré que leur art était impuissant à guérir une semblable maladie. La plupart du lemps, ils refusaient même de donner aucun remède.
Les protestants étaient établis à ïuon-loh avant les catholiques. Tsaou-tsaou appela une fois un catéchiste protestant pour voir sa femme. Bien que la voyant faire des choses étranges, ce catéchiste dit que ce n'était pas une possession, mais une maladie ordinaire, qui ressortissait des médecins. La possédée, l'entendant parler ainsi, lui dit : <( Maître, attendez un peu et venez près de moi. » Alors, ouvrant sa bouche toute grande, elle laissa couler tant de sang et fit d'autres choses tellement contre nature que le catéchiste s'enfuit; oncques ne revint.
Pendant de longues années, cette pauvre femme a souffert dans tous ses membres, dans tous ses organes et presque de toutes les maladies connues. Il y a cinq ou six ans, il lai vint à l'estomac une tumeur interne qui se sentait au contact de la main, et ressemblait à une pierre sous la peau. Pour celte maladie comme pour les autres, le mari consulta le devin. Celui-ci, ayant récité ses formules magiques, apparut dans un état préternalurel, comme un python. Il traça des caractères cabalistiques sur un papier qu'il ordonna démettre dans un vase découvert et de faire chauffer dans un four pendant une demi-heure, sans le couvrir pendant ce temps-là.
« Au bout de la demi-heure, dit-il, vous trouverez, à la place du papier, une médecine que la malade devra avaler et elle sera guérie de cette tumeur. »
On suivit exactement la prescription et l'on trouva dans le vase, à la place du papier, une substance gluante qui avait la forme d'une petite poire. La femme l'avala et non seulement ne fut pas guérie de sa tumeur, mais au-dessous il s'en forma une autre plus grosse, qui la lit horriblement soutïrir durant cinq ans. Cette seconde tumeur augmenta de volume et devint de la grosseur du poing; elle changeait parfois un peu de place. On eût dit que le diable résidait dans cette tumeur; car, toutes les fois qu'elle la touchait et la comprimait, c'est comme si elle avait excité le diable à la tourmenter davantage. Il semblait, disait-elle, partir de là pour parcourir tous mes membres.
Au mois de juin passé, quelques personnes s'entretenaient devant Nguoc-Ga d'un homme tourmenté par le démon, qui avait été soulagé par les prières de l'Église, l'eau bénite et le rosaire suspendu à son cou.
La pauvre femme demanda qu'on lui appliquât le même remède.
— « Pour que ce remède soit efficace, lui dit-on, il faut vous débarrasser de toutes vos idoles et autres objets superslitieux, et, de plus, promettre d'embrasser la doctrine chrétienne. » — « Je consens à tout, dit la pauvre femme, pourvu que le Dieu des chrétiens chasse le démon de chez moi et me guérisse. » Le mari, consulté, fit d'abord quelques objections, mais il finit par céder. Les idoles furent portées chez le P. Ouon, qui nie les a remises.
Pendant que j'écris ceci, elles sont là ricanant, devant moi. Je vais les emballer aujourd'hui et les faire vo^^ager gratis jusqu'en France. J'espère qu'elles seront
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impuissantes à y faire du mal, ol ([u'elles exciteront plutôt mes compatriotes à venir en aide à ce pauvre pays de Tuon-loh où il y a bien -iOO.OOO âmes et pas une seule église. L'on y honore encore le vrai ])ieu dans des maisons louëes.
Il fut convenu que le catéchiste et les chrétiens iraient, le soir, dire le rosaire dans la maison de Nguoc-Ga, aprèsque le prêtre l'eut bénite et purifiée de ses idoles. On suspendit un rosaire bénit au cou de la malade, et on essaya de lui apprendre les prières pour qu'elle put facilement s'unir d'intention.
Les trois ou quatre premiers soirs que les chrétiens allèrent prier chez elle, elle fut plus calme et le démon ne la tourmenta pas dans son corps ; mais tout le monde vil qu'il n'était pas contçnt, car il ne cessa de faire des bruits étranges et de répandre des odeurs si fétides que les chrétiens ne purent y tenir et s'en allèrent. 11 fit aussi du désordre à la cuisine, éteignant le feu, renversant un tonneau plein d'eau, etc..
Un soir du mois de juin, les chrétiens n'étant pas venus, un païen gardait la malade ; soudain il entendit une voi.x: qui lui demandait d'enlever le rosaire du cou de la malade. Ce païen n'en faisant rien, le diable le battit si cruellement qu'on crut qu'il allaitmourir. On le porta chez lui où il se remit, mais il ne voulut plus revenir dans cette maison. La nuit suivante, un autre païen gardait la malade, et la scène de la veille se répéta.
Il semble qu'alors le démon essaya de faire mourir ■celte pauvre femme. Sur les instances du mari, les chré-
tiens étant revenus prier près d'elle, ils la trouvèrent si mal que le catéchiste crut devoir la baptiser.
Ce fui un remède pour son corps comme pour sou àme, car, dès le lendemain, elle commença à aller mieux, et le démon ne la tourmenta plus dans son corps, excepté à la place de cette tumeur qu'elle avait depuis cinq ans dans la région de l'estomac. Elle le voyait s'approcher d'elle sous la forme d'une idole, d'un homme monstrueux ou de quelque animal ; mais l'eau bénite et le signe de la croix le mettaient toujours en fuite.
Trois jours après son baptême, une nuit qu'elle était comme à moitié endormie, cette femme vit, a-t-elle raconté, une figure entourée de lumière et ayant des ailes comme un grand oiseau. De la porte de sa maison cette figure vola, jusqu'à elle et lui dit: << Aie ])ien soin de réciter le rosaire entier chaque jour, la première partie le matin, la deuxième à midi et la troisième le soir. Ne crains rien, voici trois jours que je suis avec toi. » La femme répondit : u J'ai déjà souventrécité le rosaire. » — " Oui, repartitla voix, mais avec les lèvres seulement ; commence maintenant à le réciter de toute ton àme et avec tout ton cœur. » — « Je reviendrai, ajouta la voix, aie patience, aie courage, tu guériras certainement. »
Nguoc-Ga se sentant beaucoup mieux^ le P. Ouon suppléa les cérémonies du baptême. Ce jour-là, elle put se lever et rester deux heures assise, ce qu'elle n'avait pu faire depuis plusieurs années.
Cette figure lumineuse avec de's ailes serait-elle un ange? Peut-être son ange gardien. Cette pauvre femme.
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malade depuis dix-neuf ans, n'ayant jamais entendu parler des anges, n'ayant jamais vu d'image les représentant, n'a pu donner que des renseignements assez vagues sur ce qu'elle avait vu.
Quelques jours après que le prêtre eut suppléé les cérémonies du baptême, vers dix heures du matin, elle eut encore une vision qui s'est répétée plusieurs fois, non pas d'une figure avec des ailes, mais d'un homme de haute taille, d'une grande beauté, lumineux, également vêtu de longs et précieux habits, différents de ceux des Chinois, plutôt comme ceux que portent les prêtres européens. Elle fut d'abord saisie d'une grande frayeur ; mais l'homme, s'approchant d'elle, lui dit avec une grande bonté : « Ma fille, ne crains rien ; aie patience, fais bien ta prière du matin et du soir, dis pieusement le rosaire; tu auras encore à porter ton infirmité quelque temps, mais le courage te sera donné, et un peu plus tard tu seras guérie. » — « Gomment! dit la pauvre femme, voilà si longtemps que je soufiEre ; jene puis pas encore être guérie ?» — " Patience, répondit l'apparition, prie beaucoup, prends aussi les remèdes qu'on te donne et plus tard tu seras guérie. Garde-toi du péché, car le mal est toujours puni. » Cet homme alors disparui et elle ne le revit plus de quelques semaines.
L'état général de la santé de cette pauvre femme s'était beaucoup amélioré pendant le mois de septembre ; elle avait appris sesprières et les récitait presque tout le temps. Elle pouvait se lever et marcher un peu dans sa maison. Cependant, elle avait toujours ces deux tumeurs dans l'estomac qui, disait-elle, l'oppressaient, la suffoquaient presque par-
fois. Le P. Ouon lui dit de faire une neuvaine à la très sainte Vierge et de redoubler de ferveur pendant ce temjislà. 11 lui dit de faire dissoudre chaque jour un petit papier bénit sur lequel était écrite une louange à l'Immaculée Mère deDieu. Nguoc-Ga le fit docilement et but chaque jourde cette eau. A sa grande joie, elle sentit aussi, chaque jour, diminuer ses tumeurs et, le septième jour, toute trace en avait dispai'u.
Le jour de la fête du Rosaire, elle put venir jusqu'à la maison qui sert d église, peu éloignée, du reste, de sa demeure. Elle se confessa et fit sa première communion. Elle rentra chez elle toute joyeuse.
Depuis trois ans elle était à peu près aphone. Pour entendre ce qu'elle disait, il fallait mettre l'oreille près de ses lèvres et prêter grande attention.
Dans l'après-midi du jour de sa première communion, elle était sur son lit, assoupie, lorsqu'elle vit de nouveau l'homme dont il a étéparlé plus haut. 11 ouvrit les rideaux de son lit et se tint devant elle. Elle en fut si effrayée d'abord qu'elle s'évanouit. Quand elle revint à elle, l'apparition était toujours à la même place.
L'homme lui dit avec une grande bonté : <i N'aie pas peur, je ne veux le faire que du bien. Dis-moi, sais-tu pourquoileSeigneur t'a donné unebouche etquelestl'usage que tu dois en faire? Rappelle-toi que c'est surtout pour louer Dieu, pour lui demander ses grâces et pour recevoir la divine Eucharistie. Tu as déjà été bien soulagée; cependant tu n'es pas encore complètement guérie. Prends encore une médecine et ton infirmité te sera enlevée. » La femme
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répondit : » .l'ai dôjà pris tant de remèdes que j'en suis fatiguée. I) KUe vit alors dans la main de l'homme un vase rempli d'une eau très claire, et celui-ci le lui tendit en disant : » Prends encore ce remède et lu seras guérie. » La femme répondit : « -Te ne le prendrai pas, car tu es le diable. » L'apparition lui dit: « N'aie pas peur, je ne suis pas le diable; vois, je fais le signe de la croix. » En effet la femme le vil tracer le signe de la rédemption sur le vase qu'il tenait à la main. Rassurée, elle le prit et le but, et l'homme disparut. Quand elle se leva, à la grande admiration de tout le monde, elle parlait d'une voix forte et distincte comme autrefois. Elle était complètement guérie.
Depuis, trois semaines se sont écoulées et Nguoc-Ga ne semble pas avoir jamais été malade. Le démon ne l'a plus tourmentée; il ne s'est plus montré à elle ; mais il s'est vengé surune autre femme, habitant la même maison. Je n'ai pas de renseignements assez précis pour en parler pertinemment; mais le P. Ouon m'a dit qu'elle est dans un état misérable elles voisinsdisent que ledémon n'a fait que changer d'hôtellerie.
20 octobye 1899. — Il y a quelques jours, M. B..., secrétaire du directeur de l'arsenal, ayant par ordre supérieur retranché 2 ou 3 piastres sur le salaire de cinq employés chinois d'un certain bureau, parce que celle somme avait disparu d'une boîte à laquelle seuls ces employés et le secrétaire avaient accès, les cinq Chinois s'indignèrent, prolestèrent de leur innocence, et tous ensemble allèrent
consulter le devin. Celui-ci, ayanllu sesformules magiques pour invoquer l'esprit, leur répondit : d Ce n'est aucun de vous cinq qui a volé l'argent ; que l'Européen tâche de rappeler ses souvenirs et il pourra lui-même dire ce qu'est devenu l'argent. »
L'un des cinq est allé raconter tout cela à M. B...,'de qui je le tiens. 11 s'est en effet rappelé qu'il avait lui-même pris cet argent pour payer d'autres ouvriers. Il avait oublié de le remettre.
Le prêtre chinois Pierre Ouon vient encore de me raconter un fait qui s'est passé chez lui il y a quinze jours. Je le note brièvement pour mémoire, quoiqu'il ressemble à plusieurs autres déjà observés.
Depuis plus de trois ans une femme de Tuon-loh mariée à un certain In-hein, païen comme elle, était tourmentée d'une manière étrange par le démon, qui la rendait malade et incapable de remplir ses fonctions de ménagère. Soudain son visage devenait pâle, ses yeux renversés ou hagards, tout son corps parfois rigide, et quelqu'un parlait par sa bouche, proférant des choses qu'elle était incapable de dire naturellement. Personne ne s'y trompait, c'était le démon parlant par sa bouche. Il demandait au mari tantôt des sacrifices à telle idole, tantôt de faire venir des comédiens pour donner des représentations au peuple, etc.
Un jour que cette femme était plus lourmcnléc, le mari, désespéré, appela un catéchiste et quelques chrétiens, qui se rendirent chez lui pour prier et chasser le démon. Ils trouvèrent la femme dans un état lamentable, avec tous
les signes de la possession (Iiaboli((ue, aussi connus parmi eux que les symptômes de la pesle bubonique, lis commencèrent par asperger d'eau i)énile la maison el la femme, ce qui la fit hurler el pleurer, dirent les chrétiens. Ensuite ils récitèrent le rosaire après avoir passé un chapelet au cou de la malade. Pendant tout ce temps, elle criait qu'on lui enlevât du cou celte chaîne, affirmant qu'elle le brûlait. Les chrétiens, ayant avec eux une palme bénite du dimanche des Rameaux, en frappèrent la femme, en lui disant de se taire; mais elle hurlait davantage, proférant des blasphèmes et des malédictions. Puis, renouvelant ses supplications d'enlever le rosaire, elle disait ou plutôt il disait : <> Si vous m'enlevez cette chaîne qui me brûle, je m'en irai. " — <> Tu es un trompeur, dirent les chrétiens ; tu ne t'en irais pas ; puisque ça te brûle, nous allons encore te faire brûler pour te punir d'être venu dans le corps de cette femme. Au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, dis-nous qui tu es. » — ■ " Je suis, dit-il, l'habitant de tel temple », etqu'ilnomma ioù il y a une idole représentant une femme . — « Tu es un menteur, dirent les chrétiens, en le frappant de nouveau de la palme bénite, tu dois être un démon, et les démons sont dans l'enfer. » Elle démon, en beuglant el en tordant celte femme comme un chitîon, répondit : <> Eh bien! oui, je suis un démon ; laissez-moi partir ; enlevez celte chaîne maudite. » — <> Gomment peux-lu parler ainsi?» riposlaicntles chrétiens, et ils le frappèrent de nouveau. Contorsions et cris innommables de la femme, à la grande stupeur de nombreux assistants, païens et chrétiens. i< Tu dis que tu es un démon de l'enfer, reprirent les
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chrétiens; mais dans quel département demeures-tu? dans les limbes, dans le purgatoire ou dans le lieu de la damnation éternelle? » — » Dans les limbes », dit le démon. — « Nous savions bien que tu étais un menteur », ripostèrent les chrétiens, et ils le frappaient vigoureusement. Et lui de se débattre plus furieusement encore. «Non, dit-il après un moment, j'habite dans le second département. » — « Infâme menteur ! répondirent les chrétiens en frappant toujours; dans le second déparlement il n'y a que des âmes en état de grâce. » — « Vous vous trompez, il y a aussi des démons qui les tourmentent; mais, puisque ça vous fait plaisir, je demeure dans le lieu de l'éternelle damnation; mais, au moins, maintenant, délivrez-moi de celte horrible chaîne ; ne me frappez plus et je vous promets que je m'en irai. » — " Pas encore », dirent les chrétiens, et ils se mirent à prier de nouveau. Mais le mari intercéda auprès d'eux, les suppliant de renvoyer le démon. « Nous y consentons, dirent-ils; mais il faut d'abord enlever toutes les choses superstitieuses qui se trouvent dans la maison. » A peine ces paroles étaient-elles prononcées que la possédée, qui était couchée, la figure cadavérique, les yeux fermés, se leva d'un bond et, sans ouvrir les yeux, alla droit vers quelques banderoles de papier rouge où étaient écrits des noms d'idoles et des caractères superstitieux; les arracha complètement, bien qu'ils fussent fortement collés, quelques-uns même hors déportée, et cela en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Elle les remit aux chrétiens et reprit sa position sur le lit. Les chrétiens brûlèrent les papiers,
prièrent quelques instants encore. Une curieuse idée leur vint alors, en entendant le démon supplier qu'on lui enlevât le rosaire, en promettant par les serments les plus solennels qu'il s'en irait et ne reviendrait plus. « Voici un pinceau et du papier, dirent-ils ; écris-nous ton serment que tu t'en iras et que tu ne reviendras plus. » Après quelques résistances, la femme prit fébrilement le pinceau et traça des signes cabalistiques, dont les chrétiens voulurent bien se contenter. Ils enlevèrent le rosaire du cou de la malheureuse femme, dont la figure livide et comme cadavérique revint bientôt à sa couleur et à son état naturels. Elle se leva, éprouvant une grande lassitude, mais ne se rappelant rien de ce qu'elle avait fait ou dit.
Le lendemain, malgré ses serments, le diable était revenu ; la femme était dans le même état que la veille. «Pourquoi es-tu revenu, lui dit le mari, après tant de serments?» — <i De ces serments, je m'en moque, dit-il, je suis revenu, parce que ça me fait plaisir. » — <i Je vais appeler les chrétiens », dit le mari. — uNon, cria le démon, n'y va pas, je ne suis venu qu'en passant ; je vais faire visite à la famille N... (qu'il nomma). » Cette scène ne dura que quelques instants, et la femme fut délivrée.
Quelques jours plus tard, le diable était encore là. La femme, soudain transformée, dit à son mari : u C'est moi, ton amie, qui suis revenue te voir ; ne crains rien, surtout ne dis rien au maître de la religion et aux chrétiens. » — <i Pourquoi es-tu venu ? » lui dit In-hein effrayé. — » Je suis venu, dit le démon, pour te rappeler qu'à la première lune tu m'as promis de faire venir les comédiens et
que tu n'as pas encore rempli ta promesse. » Le pauvre homme alla chercher les chrétiens, qui recommencèrent la cérémonie du rosaire et de la palme. Le démon finit par partir et n'a pas reparu jusqu'à présent. In-hein avec sa femme se préparent au baptême.
A Tuon-loh, me dit le prêtre chinois Pierre Ûuon, une mère de famille païenne ayant quatre enfants, dont l'un est chrétien, fut subitement saisie, le 23 août passé, par un mal de tête très violent. Son corps devint tout à coup glacé et présenta d'autres caractères étranges. Plusieurs médecins appelés déclarèrent que le mal était très grave et sans remède.
Le fils aîné se mit à réciter force prières à Boudha, lui promettant de faire divers sacrifices si sa mère guérissait. Son état ne fit qu'empirer ; le 26, elle perdit toute connaissance et le cas fut considéré comme complètement désespéré. Cependant, le soir de ce même jour, revenant à elle et s'adressant à son fils chrétien, elle lui dit : « Mon fils, je vais mourir, car la douleur que je ressens est intolérable; puisque tu sais des prières chrétiennes, récite-les donc pour moi et obtiens-moi du moins de reposer un peu. » Le fils fut heureux d'entendre sa mère lui parler ainsi. Il commença immédiatement le rosaire, qu'il récita en entier. Cette prière était à peine achevée que la malade reposait. Deux jours après, elle se levait comme d'habitude et préparait le repas de la famille. Reconnaissante envers Dieu et la très sainte Vierge, elle s'est convertie, ainsi qu'un autre de ses fils.
Le même prêtre chinois m'a écrit ce qui suit : h Tne
jcuno tille païcniit' de sa mission, ài^éo do dix-sept ans, fut riancée, rannée passée, au fils d"uu caléchumôiie. Au mois d'août de celte annëe, elle devint, suivant toute apparence, possédée du démon. Elle paraissait comme insensée, se jetait dans l'eau pour se noyer, déchirait ses vêtements, poussait des cris lugubres, etc. C'était une désolation dans la famille. Son père, païen, se mit naturellemenl à faire beaucoup de superstitions. Il consulta un païen des environs que chacun croit possédé du démon et en rapports avec lui. Celui-ci déclara que le Mah-koiii un tel ! qu'il nomma) était entré dans la jeune fille, à l'effet d'obtenir tels sacrifices, qu'il désigna, et qu'il n'en sortirait que lorsqu'on aurait fait venir des comédiens pour donner des représentations dans le village.
La famille, toute pauvre qu'elle était, ofFrit les sacrifices demandés, mais, faute de ressources, crut pouvoir se dispenser de faire venir les comédiens. La jeune fille allant de mal en pis, le père cliercha à emprunter de l'argent pour satisfaire le démon. Il s'adressa à un catéchumène qui, au lieu d'argent, donna un bon conseil au malheureux père. Il lui expliqua la doctrine chrétienne et lui conseilla d'avoir recours aux moyens de la sainte Eglise pour chasser le démon.
Le père y consentit. Alors le catéchumène et quelques chrétiens avec lui portèrent de l'eau bénite dans sa maison, qu'ils aspergèrent ainsi que la jeune fille. Ils dirent tous ensemble leur rosaire, pendant la récitation duquel l'enfant se calma. Bientôt tous les signes de possession avaient disparu. Son mariage vient d'être célébré.
Le P. Agiiirre, des Frères Prêcheurs, m'a raconlé que, la première année de son séjour en Chine, il avait eu affaire, d'après toute apparence, à un démon qui vexait une pauvre femme de la façon la plus étrange. Le P. Bienès et lui employèrent tous les moyens spirituels en leur pouvoir pour la soulager, mais en vain. Une fois, elle paraissait comme morte, lorsque, aspergée d'eau bénite, elle ouvrit subitement les yeux et regarda d'un air terrible. Une autre fois, elle brisa avec rage un rameau bénit. Toutes les fois que les prêtres entraient dans la maison, cette femme voyait s'enfuir précipitamment du cùté du toit les animaux qui la tourmentaient, tels que rats, chats, renards, serpents, etc. Souvent on crut que cette infortunée avait été suffoquée par le démon, puis elle revenait à la vie. Une fois cependant que les vexations et mauvais traitements du malin avaient été plus longs et plus terribles, elle demeura bien réellement morte. On découvrit ensuite que c'était une fausse convertie; elle avait conservé des idoles cachées sous son lit.
Le P. Santiago, Dominicain espagnol, missionnaire du district appelé Lô-Ngùn, vient de passer quelques jours avec moi. Lui aussi, pense-t-il, a eu maille à partir avec le diable, qui a vexé une de ses paroissiennes d'une manière étrange. Il s'agit d'une pauvre jeune tille, qui, le jour de son mariage, en se rendant dans la maison de son mari en chaise à porteurs, se sentit tout à coup saisie, et incommodée d'une façon inquiétante. Elle fut presque suffoquée. Arrivée chez son uiaii, elle était méconnaissable.
Ce jour-là et les suivants, il n'est de mauvais traitements
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qu'elle ne subit de la part d'un être habituellement invisible, mais qui se montrait cependant de temps à autre sous la figure d'un chat-tigre, d'un homme sans tête, d'une femme hideuse, etc. Des personnes de la famille et des voisins virent les mêmes phénomènes à plusieurs reprises. On tira même des coups de fusil à ces fantômes, qui naturellement n'en furent pas beaucoup impressionnés.
Une fois, le diable passa une corde autour du cou de celte pauvre femme et voulut l'étrangler. L'invocation des saints noms de Jésus et de Marie, pendant qu'on l'aspergeait d'eau bénite, la sauva.
Cette jeune fille, âgée de dix-huit ans, était, jusqu'à son mariage, sinon une fervente, au moins une assez bonne chrétienne, qui se confessait et communiait de temps en temps. Le prêtre s'est fait renseigner sur tout ce qui la concerne, ainsi que sa famille. On n'a aucune raison de croire qu'un sort lui ait été jeté ou que des sortilèges aient été pratiqués. Peut-être que Dieu a voulu punir son beau-père, qui, au su de tout le monde, s'est enrichi par l'usure et mène une vie peu édifiante.
En efiet, le diable vexa autant cette famille que la femme elle-même. Il essa3'a plusieurs fois de mettre le feu à la maison et, un jour, en particulier, on eut beaucoup de peine à l'éteindre. Les personnes qui passaient près de cette femme voyaient soudain leurs vêtements prendre feu ; d'autres fois leurs habits étaient déchirés ou coupés par le milieu comme avec des ciseaux. Il leur arrivait aussi de trouver des poignées de cendre dans leur riz ou d'autres immondices. La vie devenait insupportable dans cette
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maison. La nouvelle mariée fui renvoyée à sa famille, qui pria beaucoup, iit célébrer des messes, etc. La pauvre victime ne quittait jamais son scapulaire ni son rosaire, qu'elle disait nuit et jour, non plus qu'une relique de la Vraie Croix suspendue à son cou. Les vexations cessèrent peu à peu. Dernièrement, cependant, en sortant de la maison pour aller couper du bois dans la montagne, elle vit devant elle une femme hideuse qui la menaçait. Elle ûl le signe de la Croix et l'apparition s'évanouit.
Les Sœurs Dominicaines de Fou-Tchéou m'ont raconté que, il y a quelques années, une femme païenne, âgée d'environ vingt-cinq ans, avait été acceptée par elles comme nourrice d'une des petites filles qu'elles recueillent en si grand nombre. Pour une prétendue faveur reçue de son génie protecteur, cette femme lui avait fait vu'u de s'abstenir de viande pendant un an. Or il advint qu'elle fut invitée à une fête de famille, et elle succomba à la tentation de manger un peu des mets qu'elle s'était interdits. Le soir, a-t-elle raconté depuis, elle vit se dresser soudain devant elle un monstre, qui lui reprocha d'avoir manqué à son vœu.
Il Je t'en punirai, dit-il, il faut que je te tue. Lâche cette enfant (|ue tu liens, car elle a un signe qui m'empêche d'approcher de toi. »
La malheureuse, en entendant ces paroles, fut terrifiée, et, au lieu de lâcher la petite fille chrétienne qu'elle portait, la serra plus étroitement contre sa poitrine. A demi morte de peur, elle arriva à sa maison en sanglotant. Le diable l'y avait précédée, et, toute la nuit, son mari et
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les autres personnes de la famille entendirent comme elle des bruits etfroyables, des hurlements, des menaces, qui les faisaient frémir. Cette femme passa une nuit épouvantable, mais ne se sépara pas un instant de la petite tille.
Le lendemain était jour de paye pour les nourrices. Elle vint avec les autres à l'établissement de la Sainte- Enfance. Les Sœurs, remarquant son air étrange, la pressèrent de questions et, devant une centaine de femmes présentes, elle raconta alors ce qui précède. On voulait lui faire prendre quelques aliments; mais, de peur de manquer de nouveau à son vœu, elle n'accepta qu'une tasse d'eau de riz. Les religieuses lui dirent que, dans l'étal où elle était, elle ne pouvait pas continuera nourrir la petite fille :
« Si vous m'enlevez cette enfant, dit-elle, le diable va me tuer, c'est sûr. »
Les autres femmes joignaient leurs supplications aux siennes; finalement, les Sœurs crurent devoir céder. Elles voulurent lui faire accepter une médaille bénite de la sainte Vierge ; mais la malheureuse, craignant sans doute d'irriter par là son génie protecteur, refusa obstinément, disant que, pour elle, la petite fille était une protection suffisante.
Pendant une semaine elle ne s'en sépara ni jour ni nuit; mais, les bruits et les menaces de l'esprit du mal ayant cessé, elle commit l'imprudence de déposer l'enfant pour préparer plus facilement le repas de la famille. Que se passa-t-il alors? nul ne le sait. Mais, quand le mari
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rentra, il trouva sa femme morte au milieu de la chambre, la figure horriblement tuniétîée. Une voisine rapporta en pleurant la petite fille aux Sœurs. La pauvre enfant avait beaucoup souffert; elle fut confiée à une autre nourrice ; mais elle mourut quelque temps après.
Je pourrais citer une mission de Chine, près duTonkin, dont l'origine est aussi surnaturelle et merveilleuse que n'importe quelle mission établie par les apôtres de la primitive Eglise. Un seul chrétien habitait en cet endroit de la presqu'île du Loui-Tchéou. L'évêque envoya un prêtre pour le visiter et étudier en même temps la possibilité de commencer une chrétienté dans ces parages.
Le missionnaire non seulement ne trouva pas de dispositions au christianisme en cet endroit, mais plutôt tout le contraire. Il fut effrayé du nombre des possessions diaboliques et de l'influence que les démons exerçaient sur cette malheureuse population.
Il allait se retirer découragé, lorsqu'une pensée de foi éclaira et fortifia son âme. « Après tout, dit-il, Dieu, dont je suis le ministre, est plus fort que les démons. Je les chasserai en son nom et j'établirai son règne à la place de leur domination usurpée. » Il fit annoncer partout que, si l'on voulait lui amener les possédés des environs, il les délivrerait tous, à la condition qu'ils promettraient, ainsi que leurs parents, d'embrasser le christianisme. Quelques-uns commencèrent, d'autres suivirent, et, lorsque l'on vit le pouvoir extraordinaire que cet étranger exerçait sur les mauvais esprits ; lorsqu'on vit ceux-ci obligés d'abandonner leurs victimes en se lamentant et
contraints parfois de publier la supériorité de la religion chrétienne avec la nécessité de l'embrasser, les conversions se multiplièrent rapidement parmi le peuple.