L\ MÉDAILLE DE SALNT-BENOIT ET LE '< TAN-CHEN » DIEU CHINOIS DU FOYER
Le P. Breuil écrivait ce qui suit à son évèque en 1898 : « J'ai eu l'occasion d'expérimenter l'efficacité des médailles de saint Benoît, que je vous avais prié de bénir pour combattre les maléfices des démons. Le plus terrible, dans ces pays, est celui que les païens adorent sous le nom de Tan- Cheii, comme dieu ou esprit du foyer.
<< Il est représenté dans chaque demeure par une pierre informe percée d'un trou, dans lequel on dépose 9 sapèques et quelques grains de riz. C'est un hôte généralement pacifique et peu exigeant ; mais, dans la sous-préfecture de Jen-Ghéou, il se montre insatiable et cruel. Il parle quelquefois lui-même : le plus souvent il s'empare d'une personne, et réclame par sa bouche, tantôt de riches offrandes, tantôt un pèlerinage lointain, tantôt l'érection d'une pagode. Si l'on refuse ou si seulement l'on tarde à lui accorder sa demande, il fait du tapage à la maison, ou frappe les habitants de maladies étranges qui résistent à tous les remèdes. De riches familles sont quelquefois ruinées par ce méchant démon : aussi les païens ne l'honorenl-ils que parce qu'ils le craignent, comme, du reste, toutes leurs divinités.
« S'ils lui font des présents, c'est pour l'apaiser.
" Tout récemment, j'étais en tournée dans mon disirici, lorsqu'un néophyte d'une station assez éloignée vint me trouver pour un cas de ce genre. 11 y avait, dans son voisinage, une famille depuis quelque temps déjà en butte aux vexations du Tan-Chen. Cette famille se composait d'une veuve âgée de soixante-six ans, de son fils et des cinq enfants de celui-ci. Le démon s'emparait de la veuve et la liait, comme disait mon néophyte, c'est-à-dire la paralysait, raidissant tous ses membres, l'eu à peu les crises devinrent fréquentes et duraient quelquefois assez longtemps. Le fils avait déjà dépensé beaucoup d'argent pour apaiser le démon et délivrer sa mère. Rien n'y faisait. Le Tan-Chen était intraitable.
« A la fin, cette famille désolée écouta les propositions d'un néophyte de ses parents, lui disant de renoncer aux idoles et d'embrasser la religion chrétienne. Alors seulement, assurait-il, leur maison serait délivrée pour toujours de la tyrannie du Tan-Clien. La veuve, son fils, ses petitsfils acceptèrent, et, sans plus tarder, ce néophyte, leur parent, accourut me prier de venir à leur secours.
« C'était loin; j'avais encore plusieurs chrétientés à visiter et pas de temps à perdre. Je donnai deux médailles de saint Benoît à mon néophyte, et lui dis de fixer l'une sur la grande tablette appelée OM-<se-j)aj, laquelle résume toute la superstition païenne et devant laquelle se font les cérémonies. 11 devait placer l'autre dans la bouche même du Tan-Chen, c'est-à-dire dans le trou de la pierre destiné à recevoir les sapèques et les grains de riz.
Il Le néophyte reçoit les médailles avec respect, et s'en
retourne plein de contiance dans les armes que je viens de lui donner pour combattre le démon. Dès le lendemain de son arrivée, il se présente dans la famille affligée, fait renouveler à tous ses membres leur renoncement à Satan et leur promesse de servir désormais le vrai Dieu, puis il se met en devoir d'exécuter son mandat. Il place la première médaille sur la grande tablette, sans que le démon donne aucun signe de résistance : mais il n'a pas plus tôt mis la seconde dans la bouche du Tan-Chen qu'il en sort un hurlement épouvantable. Le démon crie qu'on le chasse injustement de son domicile, maudit ses persécuteurs et finit par quitter la place, disant qu'il s'en va dans telle famille du voisinage où il sera mieux traité.
<i Depuis lors, il n'a pas reparu : la veuve a été délivrée et n'a pas subi de nouvelles attaques. Toute la famille étudie la doctrine et les prières '. »
M*" Grassi écrivait en 1889 :
« Dans un village du district de Pin-tim-tsiou se trouve une jeune fille âgée de douze ans. Depuis plusieurs années, le démon la possédait et la tourmentait cruellement sans lui laisser de repos ni le jour ni la nuit. La mère de cette enfant, qui exerçait l'infâme métier de pythonisse, avait eu recours, pour le chasser, à toute espèce de sortilèges, mais inutilement.
« Au printemps de cette année, unfervent chrétien, passant par ce village entendit parler de la jeune possédée. Plein de confiance en Dieu, il assura aux parents que, s'ils s'en-
I. Annales de la Société des Missions étrangères, 1898, p. 71.
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gageaient à renoncer à leurs superstitions et à embrasser la religion du Maître du Ciel, leur tille serait délivrée. Les parents l'ayant promis, le chrétien l'ait une prière, trace le signe de la croix sur le front de la jeune fille et lui passe son chapelet autour du cou. Aussitôt elle est frappée de convulsions et se tord en poussant des cris douloureux. Après quelques minutes, elle tombe évanouie, délivrée du démon, qui s'enfuit avec grand bruit. Sur le soir, le chrétien, persuadé que le démon ne reviendrait plus, et voulant comme à l'ordinaire réciter son chapelet, l'ôla du cou delà jeune tille. Le démon rentre aussitôt dans son corps et lui fait plus de mal qu'auparavant. Le chrétien détache de son chapelet une médaille de l'Immaculée Conception, l'attache à un cordon, et la suspend au cou de l'enfant. L'effet désiré est obtenu, et, depuis, le démon n'a plus tourmenté la jeune fille, qui ne quitte jamais sa médaille.
« Presque tous les païens du village étaient présents à cette scène. A la vue de ce résultat prodigieux tous s'écrièrent: « La religion du Maitre du Ciel est vraie, et nous voulons tous la professer. »
« En effet, depuis ce moment, un grand nombre d'entre eux se sont mis à apprendre les prières et le catéchisme, et ils sont venus me demander un catéchiste '. »