‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 95 sur 115 · LV-YOr · texte numérisé non relu

LV-YOr

Ah! que nous sommes à plaindre, homme de Dieu! Si les chefs d^' notre peuple, au lieu de vous persécuter, avaient embrassé la doctrine de salut que vous nous avez apportée, vous ne partiriez sans doute pas. Qui donc maintenant va prendre soin de nos âmes? Votre disciple ne saurait suffire.

TAN

Notre sort est bien triste! A la joie de vous posséder au milieu de nous, ô bienheureux témoin de la vie de notre Sauveur ! va succéder l'amertume de vous perdre.

MAYÉ

Votre présence était pour nos âmes comme un jour lumineux, ô Père bien-aimé ! Votre départ va les replonger dans les ténèbres d'où vous les aviez tirées. Oh! pourquoi nous quittez-vous?

i.'apotre

Croyez bien, mes enfanls, que, si je pars, ce n'est pas à cause des persécutions et des tourments que m'ont fait endurer les chefs du peuple. Je suis disposée souffrir cent fois plus pour l'amour de mon Maître Jésus-Christ qui m'a donné l'exemi^le, et qui m'a envoyé ici. Mais je dois avant tout obéissance à ce Maître adorable. Or, il m'a envoyé un de ses anges qui m'a dit: « Lève-toi et pars pour la Judée, où tous les frères sont convoqués, afin de dire un dernier adieu à Marie, la Mère de Jésus. »

SI-Y.\NG

Elle va donc mourir Marie, la Mère de Jésus? Oh ! comme je voudrais la voir. Ne me serait-il pas possible d'aller avec vous?

su

Moi, je veux partir avec vous. El alors vous serez bien obligé de revenir pour me ramener. ^

MEY-LOU

Moi aussi je veux aller avec vous.

LA-YOU

0 notre Père, est-ce là une raison suffisante de nous abandonner? Vous êtes si loin delà Judée que vous arriverez peut-être trop tard pour revoir Marie, la Mère de Jésus, avant qu'elle ne soit portée au ciel.

l'apotre (rosi là l'atfaire de Dieu (jui m'appelle. J'ai du reste

DEUX ANS EN CHINE 3:n

encore d'autres raisons de me rendre à Jérusalem. J'ai besoin de voir Pierre, mon chef, el mes autres frères, les Apôtres, pour conférer avec eux des immenses besoins des pays que j'ai parcourus. ,

MAYÉ

Nous vous aimions tant ! 11 nous était si doux de penser que vous resteriez toujours avec nous pour nous parler de notre Sauveur Jésus, que vous avez eu le bonheur de voir de vos propres yeux et de toucher de vos mains.

su

Nous n'oublierons jamais ce que vous nous avez dit : que vous étiez incrédule et refusiez d'ajouter foi à la résurrection de Jésus, jusqu'à ce qu'il vous invitât à mettre vos doigts dans les plaies de ses mains et de son côté.

LO-SIK

Oui. Et ensuite vous avez cru. ^^ous êtes tombé à genoux en disant: « 0 Seigneur! ô mon Dieu ! »

l'apotre Du reste, je ne vous abandonne pas, puisque je vous laisse mon disciple Sami, qui, des Indes, m'a suivi jusqu'ici et a toujours été mon fidèle coopérateur, le compagnon de mes travaux et de mes souffrances ; vous lui obéirez comme à moi.

su Ce n'est pas la même chose. Lui n'a pas vu Jésus pendant sa vie mortelle. 11 ne l'a pas vu ressuscité comme vous.

LO-SIK

Sami ne guérit pas les malades; il ne chasse pas lesdénions comme vous.

SI-YANG

Il n'a pas rappelé des morts à la vie comme vous.

MAYÉ

Nous ne pourrons jamais l'aimer comme nous vousavons aimé.

MEY-LOU

Vous, vous nous caressez toujours, mais Saminous fait de ffros veux.

l'apotre

C'est Dieu seul qu'il faut aimer, mes enfants. Mon disciple Sami est un digne ministre du Seigneur. Je lui ai imposé les mains. II a reçu la plénitude des dons de l'Esprit-Saint, et il pourra faire pourrons tout ceque j'ai fait moi-même. Transporté ici avec moi par la puissance divine, il parle votre langue à la perfection comme vous voyez. Gomme moi, il chassera les démons et guérira les malades, lorsque telle sera la volonté de Dieu.

LA-Y ou

Nous n'avons pas oublié comment vous êtes venus chez nous. Vous étiez assis l'un et l'autre sur un tronc d'arbre qu'une puissance mystérieuse dirigeait sur les eaux. Beaucoup de personnes vous virent arriver ainsi à Fou-Tchéou et furent aussitôt persuadées que vous étiez des envoyés

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du ciel. Des foules vinreiU vous écouter, el en vous enlendaut parler si parfaitement leur langage, en voyant les signes merveilleux que vous faisiez, elles étaient stupéfaites et bientôt gagnées à votre cause.

TAN

Il y a bientôt deux ans de cela.

LA-YOIT

Toute la ville de Fou-Tchéou et mcMiie toute la pi'ovinceaurait aujourd'hui embrassé la foi chrétienne comme nous sans la jalousie et l'hypocrisie des prêtres des idoles et l'orgueil et la méchanceté de nos magistrats.

MAYÉ

Ils étaient d'abord si favorables et si grands admirateurs du vénérable apûtre, qui du reste ne leur a fait que du bien ! Gomment expliquer qu'ils se soient ensuite tournés contre lui, l'aient mis en prison et persécuté de toute

LA-YOU

Mes enfants, si la doctrine enseignée par l'homme de Dieu n'était pas la condamnation de leurs vices, de leurs fraudes, de leurs vols, ils auraient continué à lui être favorables ; mais ils étaient trop attachés à leurs mauvaises passions pour en faire si facilement le sacrifice. De là leur haine et leur rage.

l'apotue Vous avez raison. C'est là le véritable motif pour lequel

011 m'a persécuté ainsi que ceux qui ont embrassé la foi. Mais la malice du démon en est la première cause. Il craint d'être dépossédé de son empire usurpé, et il fait les derniers eiforts pour se défendre.

TAN

Méchant comme il est, tous les moyens lui sont bons.

LA-YOU

Il n'a jamais agi autrement à l'égard de notre Maître Jésus, qu'il a persécuté sans trêve ni merci et fait crucifier par les Juifs.

l'apotre

Mais qu'a-t-il gagné ? Jésus a sauvé le monde par ses souffrances et sa mort. Il est ressuscité glorieux et triomphant et règne maintenant à la droite du Père, et Satan sera confondu avec tous les malheureux qu'il trompe et qui consentent à devenir les instruments de ses machinations infernales. ,

TAN

Il n'en reste pas moins vrai que ces persécutions dont vous avez été l'objet vont nous priver de vous, et qui sait ce que nos ennemis, qui ont le pouvoir en mains et la cruauté dans leurs cœurs, qui sait tout ce qu'ils attenteront contre nous quand vous serez parti ?

LA-YOU

Je les connais bien ; aussi ai-je les plus sinistres pressentiments. Leur orgueil dépasse en hauteur la montagne dcGouchan. La cruauté du tigre n'est rien comparée à la

leur. Ils sont capables de tous les excès et de tous les abus de pouvoir. Vous seul, homme de Dieu, pouviez leur en imposer, car ils connaissent la puissance surnaturelle qui réside en vous. Ils ne vous aiment pas, mais ils vous craignent depuis que l'ange de Dieu vous a délivré de prison malgré leurs gardes nombreux, depuis qu'il vous a arraché de leurs mains au moment où ils pensaient vous donner la mort en vous précipitant dans le ileuve Min du haut du pout des 10.000 années. Vous parti, nous avons sûrement tout à craindre.

l'apotre

Dieu est souverainement bon, mes enfants, et il est toutpuissant. Il veillera sur vous. Soyez seulement fermes dans la foi ; conservez dans votre àme l'espérance immortelle de voir un jour Jésus dans son beau ciel, aimez-le de tout votre cœur, adressez-lui souvent vos ferventes prières et soyez assurés que les méchants ne pourront rien contre vous.

su Puisque les cruels Juifs ont pu crucifier Jésus, ne pensez-vous pas qu'à plus forte raison nos ennemis pourront tous nous faire mourir?

l'apotre

Il n'arrivera, cher enfant, que ce que Dieu voudra. De même qu'il m'a protégé, il peut vous protéger vous aussi. Ayez confiance en Lui.

TAN

Après tout, si on nous fait mourir, nous ne sommes plus

comme ceux qui n'ont pas d'espérance, nous mourrons bravement et nous irons rejoindre notre Rédempteur Jésus dans ce beau paradis dont vous nous avez tant parlé.

LO-SIK

Moi, je n'ai pas peur d'eux.

SI-YANG

Ni moi non plus.

LO-SIK

S'ils veulent me faire mourir parce que je suis chrétienne, je ne ferai aucune résistance. J'en serai contente, car ainsi j'irai plus tôt au ciel voir le bon Dieu.

MEY-LOU

Et moi, est-ce que j'ai peur?

LA-YOU

Vous nous avez tant dit que Dieu veut le salut de tous les hommes, et que, pour cette raison, il vous avait envoyé dans notre pays, comment se fait-il donc qu'il permette aux méchants de faire ce qu'ils veulent et pourquoi vous rappelle-t-il quand nous avons le plus besoin de vous?

l'apotre

.11 nous faut apprendre à adorer les desseins de Dieu. Oui, il veut le salut de tous les hommes. Mais il n'a besoin d'aucun homme pour réaliser ses desseins. Je ne suis r|u'un serviteur inutile. Moi disparu, il lui sera on ne peut plus facile de faire prospérer l'œuvre commencée et de -convertir toute cette [irovince, si telle est sa divine volonté.

LA-YÛU

0 Père, pensez-vous que celte ville de Fou-Tohéou et «e Fo-Kien accepteront bienlùt la foi du Christ Jésus?

l'apotre

Depuis deux ans, je n'ai cessé de le demander à Dieu dans mes humbles supplications et ce sera toujours l'objet de mes prières.

TAN

C'est déjà une grande miséricorde du Seigneur que les vérités éternelles, qui sauvent les âmes, aient été proposées à ce peuple.

LA-YOU

Il a malheureusement la tête dure et le cœur corrompu. l'apotre

Dieu, qui appelle tous les hommes au salut, ne les force pas à l'accepter; il respecte leur liberté afin de rendre leur élection méritoire.

TAN

Bienheureux ceux qui répondent à son invitation. l'apotre

11 les comble de ses grâces pour les aider à triompher de leurs défauts et de leurs passions. Ce sont ses élus. Vous serez tous de leur nombre, j'espère.

MAYÉ

0 Père, puisse le ciel vcus entendre 1

LA-YOU

Vénérable serviteur de Dieu, l'autre jour je vous ai vu prier longtemps comme à l'ordinaii'e, après que vous aviez offert le divin sacrifice. Votre face était brillante et comme illuminée par une clarté d'en haut. J'étais bien émue en vous contemplant ainsi en communication si intime avec la divinité, fort anxieuse aussi en voyant de grosses larmes couler le long de vos joues, et en entendant des supplications ardentes, comme si vous aviez voulu arracher une promesse, un consentement à quelqu'un d'invisible, qui ne voulait pas céder à vos instances. Je fus remplie de «rainte lorsque je vous entendis vous crier : « Miséricorde ! que ce lieu ne soit pas ainsi profané ! » En ce moment-là, le Ciel vous révélait certainement l'avenir et en particulier ce qui devait arriver ici dans notre maison, que nous sommes si heureux d'avoir offerte à Dieu pour être son premier temple en ce pays. Je vous en conjure, ôPère bienaimé, ne considérez pas comme une indiscrétion si, à la veille de votre départ, je vous demande de nous faire connaître ce que le Seigneur vous a alors montré.

l'apotre

Pourquoi me demandez-vous une chose semblable? Il serait meilleur pour vous de l'ignorer.

MAYÉ

Nous aimerions tant la savoir.

SI-YANG

^'(lMs ne refuserez pas de nous le dire.

LA-YOU

Je sais que vous soulfrez de cette communication que Dieu a daigné vous faire à notre sujet; vous en avez été malade. Faites-nous-en donc part et nous porterons la moitié de votre chagrin et de votre peine.

l'apotre

Eh bien ! soit. Je vais vous le dire, non pas à cause des raisons que vous me donne/, mais dans l'espérance de confirmer votre foi, et afin de vous exciter à prier incessamment le Seigneur et de l'incliner à avoir pitié de votre peuple.

TAN

Merci, o notre Père.

l'apotre

Le Seigneur a donc daigné me faire connaître qu'il avait bien peu d'élus dans cette province, qui pendant de longs siècles allait s'obstiner à repousser ses avances, à persécuter ses envoyés, les mettant à mort de la manière la plus barbare. Mais consolez-vous; vous aurez quitté la terre depuis longtemps quand ces choses se passeront. Après mon départ, la religion sainte que je vous ai prêchée va se propager ici et dans les environs, et bien des joies vous sont réservées. Ce petit temple où nous sommes réunis sera remplacé par un autre plus grand et plus magnifique. Ce seront là les beaux jours que plusieurs d'entre vous verront. Mais ensuite! ... 0 Seigneur !

LA-YOU

Et ensuite. Père, qu'adviendra-t-il?

riEUX ANS EX CHINE. S

l'apotre

0 mes enfants, j'ose à peine vous le dire. Que les desseins de Dieu sont insondables 1

su

Diles-le quand même.

l'apotre

Les persécutions des puissants redoubleront contre lesfidèles du Christ, et, pour des raisons que le Seigneur n'a pas jugé bon de me faire connaître, il sera donné aux méchant^ de prévaloir contre les chrétiens de ce pays, qui seront tous exterminés. La foi disparaîtra ; ce sera une longue éclipse de la vérité. Une secte que j'ai trouvée et combattue dans les Indes va bientôt envahir ces contrées; elle viendra s'installer ici même. Hélas! des chrétiens s'uniront à ces fanatiques; ils leur porteront, il est vrai, quelques-unes de nos vérités saintes, mais qui seront bientôt défigurées au point d'être méconnaissables. Le Seigneur m'a montré les progrès effrayants de cette secte qui offre à l'homme comme bonheur suprême l'anéantissement final. Dans deux mille ans elle sera encore installée ici même.

LA-YOU

Oh! que c'est triste!

l'apotre

A la place de votre demeure et de cette pauvre église chrétienne, je vois se dresser dans ces temps lointains le temple de Boudha. Sur la grande porte d'entrée je lis ces-

mots : Doctrine de l'anlique Pierre de VOuest. Mensonge ! l'antique P/errc de l'Ouest, c'est le Christ; ils n'ont plus qu'une luour mourante de sa doctrine vacillant audessus de monstrueuses superstitions. Les étranges moines qui habitent ce temple et les palais qui l'entourent ne sont eux-mêmes qu'une odieuse caricature des vénérables institutions chrétiennes.

MWÉ

Oh ! notre pauvre pays ! Heureusement que ces choses n'arriveront qu'après bien des siècles.

l'apotre

Ces lieux seront remplis d'ignobles idoles, grotesques et grimaçantes, images de démons auxquels on offrira jour et nuit de l'encens et des victimes. Horreur! au milieu de ces idoles, j'en vois une qui a la prétention de me représenter, moi, l'apôtre du Christ Jésus. 0 mon Maître, comment avez-vous permis qu'une pareille humiliation me fût infligée?

LA-YOU

Les voies de Dieu sont vraiment impénétrables. 0 Père vénéré, modérez votre affliction. Nous allons tant prier le Seigneur que peut-être se laissera-l-il toucher et accordera-t-il à notre pays un avenir plus heureux.

l'apotre

Puisse-t-il vous entendre!

Mais voici le moment de vous dire adieu. 11 me faut obéir aux ordres du Ciel. Je craindrais, en m'attardant,

de ne pas arriver à temps pour voir encore vivante ma Mère bien-aimée, la Vierge, qui a donné au monde le Dieu Sauveur.

TAN

Mais, Père, vous nous avez dit souvent que Jérusalem était si loin d'ici. Gomment pourrez-vous jamais y arriver.

l'apotke

Mon fils, le même tronc d'arbre sur lequel je suis venu va de nouveau, guidé par l'ange de Dieu, me reconduire aux rivages de ma patrie.

LA-YOU

0 Père très cher, bénissez-nous au moins une dernière fois avant de nous quitter et ne cessez jamais de prier pour nous.

l'apotre, bénissant

Que la bénédiction de Dieu le Père, du Fils et de l'Esprit-Saint descende abondante, mes enfants bien-aimés, et demeure toujours sur vous.

LA-YOU

0 Père vénéré, ne voudriez-vous pas encore dire avec nous le Notre Père et les autres belles prières que vous nous avez enseignées?

l'apotre

Bien mieux, mes enfants, comme c'est aujourd'hui le jour anniversaire de la glorieuse résurrection du Christ Jésus, nous allons chanter ensemble l'hymne triomphante

qui célèbre ce grand événement. Je ne voudrais pas laisser vos âmes sous une impression pénible. Les chants pieux dissipent la tristesse.

S.VINT THOilAS AU CHRIST RESSUSCITE

CHANT l)K SAINl' THOMAS. APOTUE

C'est le jour de la grande joie ; L'enfer à jamais confondu Est contraint de lâcher sa proie.

Vivant, Jésus nous est rendu {bis).

Chantons, célébrons la victoire Du Sauveur, vainqueur de la mort.

Je l'ai vu ruisselant de gloire, Je m'en souviens avec transport [bis).

Qu'il est beau le fils de Marie Sortant radieux du tombeau !

Puissant d'une immortelle vie, Elevant son divin drapeau.

J'ai mis mes doigts dans ses blessures; J'ai cru, je crois et je croirai, Et malgré toutes les tortures En tous lieux je le prêcherai.

Qu'un flot de céleste allégresse Inonde en ce jour tous les cœurs :

Alléluia ! chantons sans cesse Jésus, le vainqueur des vainqueurs.

ooO DEUX ANS EN CHINE

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