‹ Deux ans entre Sénégal et NigerChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Maladies de^ Européens.

Quçirante à quarante-cinq pour cent, tel est le chiffre moyen de la mortalité annuelle des Européens dans le Haut-Sénégal pendant les trois dernières années ; nous ne savons pas quelle.a été la statistique de la campagne 1886-18875 mais nous pouvôns^affirmer que, du (i juillet 1885 au 20 janvier 1887, quatre-vingt-six hommes avaient succombé sur un effectif maximum de trois cent cinquante: la mortalité avait surtout porté sur les officiers, les sous-officiers et les caporaux, c'est-à-dire sur l'élite du contingent. Dans la première semaine de mai 1883, la ST** compagnie d'infanterie de marine, arrivée de France "^au mois de novembre 1884 avec un effectif de 100 hommes, Corses ou méridionaux pour la plupart, n'avait plus que quatre hommes en état de faire du service : deux sergents, DonatietLapeyre, etdeuxsoldajts. 33étaiênt morts, 41 avaient été laissés plus où moins malades dans divers postes; des 26 présents, 20 étaient exempts ou traités à l'ambulance de Niagassola voisine de leur campement; des deux officiers, l'un, le capitaine H., souffrait d'une hépatite à laquelle il devait succomber trois ou quatre mois plus tard à son arrivée en France, Tautrc, le lieutenant D., était aux prises avec la dysenterie.

La colonne 188S-1886 a été tout aussi maltraitée^ et, pendant les hivernages 1885 et 1886, les garnisons des postes n'ont pas été épargnées.

Donner un aperçu rapide des maladies qui ont sévi sur nos troupes pendant ces deux années, décrire spécialement celles dont la gravité ou la marche irrégalière nous a frappé, insister surtout sur la fièvre bilieuse hématurique et certains cas de fièvre typhoïde qui nous ont semblé bizarres, passer en revue les affections des indigènes en appuyant sur les accidents produits par la filaire de Médine, tel sera Tobjet de ce chapitre que nous terminerons par quelques considérations sur l'étiologie des maladies signalées et sur les mesures hygiéniques à prendre, en nous aidant, dans ce dernier paragraphe, des publications de nos collègues.

Dès le jour de son arrivée à Kayes, l^'Européen doit se tenir sur ses gardes: un abus de boisson, une exposition trop prolongée au soleil se paient d'ordinaire par un accès pernicieux ou une insolation. Quoi qu'il fasse, il n'échappera pas à la fièvre d'acclimatement, et ne tardera pas à faire connaissance avec l'ipéca et la quinine, ses deux plus précieux auxiliaires. En colonne, la diarrhée et la dysenterie lui apprendront à se défier des transitions brusques de la température et à se garer de la fraîcheur des nuits. Tempérament robuste, caractère intrépide, il tiendra bon le premier hivernage, s'habituera à la fièvre sans jamais s'en débarrasser, et verra autour de lui les accès bilieux, simples ou hématuriques, faire des victimes. La nouvelle colonne le reprendra; il participera à de nouvelles fatigues, toujours

fébricitant, jamais alité, bravera dans un autre poste un second hivernage; ébranlé par des attaques incessantes, il finira par s'aliter sous le coup d'un accès pernicieux ou d'une bilieuse hématurique, heureux si sa vigueur native et les soins dont il est entouré lui permettent de se rétablir et de mener à bonne fin sa période coloniale. En d'autres termes, le médecin aura à combattre : rinsolation ; la diarrhée et la dysenterie ; la fièvre paludéenne sous ses formes diverses : paludéenne simple, bilieuse, pernicieuse, bilieuse hématurique.

Insolation. — Six cas observés, six décès. Cinq, survenus en colonne, ont eu pour causes des marches prolongées au soleil. Un conducteur, nouvellement arrivé à Kayes, a été le sujet de la sixième observation : il s'était promené nu-tête en terrain découvert entre midi et une heure.

Dans les six cas, la symptomatologie a été identique : l'homme tombait et perdait connaissance ; pendant 5 ou 6 minutes survenaient des convulsions cloniques, puis du trismus et de l'opisthotonos. La bouche écumait; la respiration brève, rapide (dans deux cas, 90 et 98 à la minute) devenait stertoreuse; un piqueté, couleur lie de vin, apparaissait sur le thorax. Deux fois nous avons pu observer le poulset la température : P. 136, 128. T. 41,8- 41,5. Dans trois cas, incontinence des matières fécales. La mort survenait au bout d'une demi-heure environ sans que le malade eût repris connaissance.

Traitement employé : deux fois, la saignée. Trois fois, injections hypodermiques de quinine. Toujours affusions

froides sur la tête, ventouses sèches, respiration artificielle. Quand nous avons pu le faire, lavements sulfate de soude, bains de pieds sinapisés. Nous n'avons pas employé la glace, n'en n'ayant pas eu à notre disposition.

A côté de ces cas foudroyants, nous en avoris vu de moins graves que l'on pourrait appeler « des insolations par les yeux » ; survenant également à la suite de marches forcées sur des routes sablonneuses, ils reconnaissaient pour cause non plus l'action directe du soleil, mais plutôt l'intensité de la réverbération. Les malades accusaient de la photophobie, et de la céphalalgie nettement limitée à la région occipitale ; la fièvre était modérée, la constipation était la règle. Rarement nous avons constaté des vomissements.

Des affusions froides et des lavements purgatifs suffisaient généralement à faire disparaître ces symptômes. Une fois, et c'est sur nous-môme que nous en avons fait l'observation, une hyperesthésie rétinienne, qui pendant deux mois nous empêcha de lire et d'écrire, fut la conséquence d'un accident de ce genre.

Dian^hée et Dysenterie. — Ces deux affections, si largement répandues dans toutes nos colonies, ne présentent pas de caractères particuliers dans la région qui nous occupe; relativement rares et bénignes dans les postes, elles acquièrent leur maximum d'intensité et de fréquence en colonne, pédant les mois de décembre et de janvier. Elles reconnaissent alors pour cause la mauvaise qualité des eaux, les refroidissements et la fatigue, trois agents dont l'influence n'a pas lieu de se faire sentir

sur les garnisons des forts. Nous avons déjà signalé les écarts considérables (35"*, quelquefois 38^ et 39**) observés en colonne entre la température du jour et celle de la nuit, et, si maintenant nous ajoutons que souvent le médecin' n'a pour toute ressource que du lait concentré, et pour moyens de transport qu'un nombre insuffisant de cacolets, nous ferons aisément comprendre que des diarrhées ou des dysenteries, qui, dans une infirmerie bien montée, céderaient en peu de jours au traitement et à la surveillance réunis, n'ont au contraire aucune tendance à la guérison, se prolongent, s'aggravent, et aboutissent à un état extrême d'émaciation et d'anémie dont la mort est la conséquence la plus fréquente; deux fois nous avons vu la mort survenir brusquement, à deux jours d'intervalle^ chez deux hommes d'infanterie de marine qui, trompant la nuit la surveillance dont ils étaient l'objet, allaient se désaltérer à un puits voisin de l'ambulance; l'un succomba en rentrant, Tautre fut trouvé le matin étendu sans vie auprès du seau qu'il venait de tirer.

Contre la diarrhée, nous employions le sulfate de soude, les potions au sulfate de soude et de magnésie, au bismuth et laudanum, la poudre de diascordium ; contre la dysenterie la potion suivante qui était en colonne pré- j

férable à l'ipéca à la brésilienne, à cause de la facilité de ;

la préparation :

à Ipéca en poudre 2 gr.

Laudanum XX gouttes.

Eau 200 gr.

Dès que les selles devenaient franchement bilieuses, nous nous adressioné à l'extrait de ratanhia et au sulfate de soude. Dès le début, nous prescrivions deux quarts de lavement par jour, Tun le matin avec 20 gouttes de teinture d'iode, l'autre le soir amidonné ou phéniqué. l^e lait et les œufs frais étaient la nourriture exclusive de nos malades, quand nous pouvions nous en procurer, en attendant qu'une amélioration sensible nous permît de prescrire le jus de viande, la viande crue et le bordeaux. A l'anémie consécutive, nous opposions le fer (lactate de fer), la noix vomique, le vin vieux et une alimentation substantielle.

Fièvre paludéenne simple. — Elle atteint tous les Européens sans exception. Les Algériens, les noirs de la côte Africaine et ceux aes Antilles, les chiens amenés de France et les chevaux Arabes n'échappent pas à ses coups.

Chez les nouveaux arrivés elle n'affecte jamais le type périodique, se présente sous forme d'accès irréguliers dans leur apparition et leur marche, variables dans leur intensité; souvent elle est la conséquence d'écarts de régime <iu de marches prolongées au soleil, et presque toujours coïncide avec la constipation.

Ses premières atteintes s'accompagnent d^embarras gastrique et constituent alors une sorte de fièvre d'acclimatement à laquelle aucun Européen n'échappe pendant le premier mois de son séjour. Au reste ces manifestations précoces de Timpaludisme n'ont pas une bien grande gravité, et cèdent rapidement à Tipéca, au sulfate

de soude et à la quinine. Négligées ou incomplètement traitées, elles se répètent, augmentent de fréquence et d'intensité tout en conservant leur irrégularité, fatiguent celui qui en est atteint, et le prédisposent aux insolations et aux accès pernicieux. Le traitement prophylactique doit viser surtout la constipation, très fréquente parmi les nouveaux arrivés ; nous la combattions avec succès par la poudre de rhubarbe que nous prescrivions à la dose de 1 gr. en deux paquets le premier et le second jour, de gr. 50 les trois ou quatre jours suivants; l'infusion de tamarin suffisait quelquefois à assurer le libre fonctionnement de l'intestin.

L'Européen comptait-il déjà un long séjour dans la colonie ? Une affection grave, insolation, accès pernicieux ou accès bilieux, l'avait-elle déjà frappé? La fièvre paludéenne présentait alors chez liîi le type de l'intermittence régulière; à jour et à heure flxes^ l'accès apparaissait avec ses trois stades bien caractérisés. Les types tierce et quarte cédaient assez facilement à la quinine, la décoction de quinquina et l'acide arsénieux; les fièvres de huitaine ou de quinzaine au contraire se montraient rebelles à toute médication. Notre suprême ressource était de renvoyer en France les* honâmes qui efi étaient atteints.

Fièvres paludéennes pernicieuie et bilieuse simple. — Nous n'insisterons pas longuement sur ces deux manifestations de l'impaludisme qui ne présentent pas de caractères spéciaux dans le Soudan français ; contentons-nous de dire qu'elles frappent sans distinction les nouveaux

arrivés et les vieux impaludés. Les accès pernicieux pré« sentent leur maximum de fréquence pendant la saison sèche; ils affectent deux formes princijviles, la forme comateuse et la forme algide. Contre la forme comateuse, nous employions les injections *d*éther et de sulfate de quinine qui, associées à des lavements pureatifs. nous donnaient dans la plupart des cas d'excellents résultats; contre les accès algides, nous basions notre traitement sur les injections hypodermiques de quinine également, et nous combattions les symptômes caractéristiques de l'affection par des applications de sinapismes aux jambes, des frictions alcoolisées, des injections d'éther, des potions à Télher et au laudanum, et des potions d'Hoffmann.

Contre la fièvre paludéenne bilieuse, nous prescrivions ripéca, le calomel, la rhubarbe, le sulfate de quinine; nous traitions par le bicarbonate de soude et la rhubarbe rhépatite concomitante ; et, quand les malades entraient en convalescence, nous continuions le bicarbonate de soude et la rhubarbe, en y adjoignant la pepsine et la noix vomique. ■ *

Fièvre bilieuse hématurique, — Les nombreux tra« vaux, publiés par nos collègues de la marine sur la fièvre bilieuse hématurique dans nos différentes colonies, nous dispensent de donner ici une description détaillée de cette affection; nous nous contenterons, comme nous l'avons fait pour les autres maladies, d'exposer ce que nous avons observé par nous-même, en signalant les particularités qui nous ont frappé, et en indiquant le

traitement suivi. Deux observations et trois courbes thermiques dont le tracé nous a paru intéressant, compléteront cet aperçu.

Des 70 cas de bilieuse hématurique que nous avons eus à traiter soit en colonne, soit dans les postes de Niagassola et de Kayes, 15 ont été suivis de mort. 12 fois seulement la maladie atteignait des nouveaux arrivés où des hommes ayant moins d'un an de séjour dans la colonie. Dans la plupart des cas (59/70), elle débutait entre 6 heures du soir et minuit^ 11 fois seulement entre midi et 6 heures. Dans les 1 5 cas mortels, la terminaisonest survenue 12 fois entre minuit et 6 heures du matin, 3 fois avant minuit.

En thèse générale, on peut donc dire que la fièvre bilieuse hématurique est la maladie des acclimatés ou plutôt des vieux impaludés; lorsqu'elle frappe de nouveaux arrivés, elle choisit de préférence ceux qu'une affection grave, accès pernicieux ou insolation, a pour ainsi dire déjà baptisés.

Son début est brusque, inattendu; un frisson violent, ♦ I prolongé et douloureux, dont la cessation donne aussitôt un sentiment de bien-être, ouvre la scène. Rarement la maladie présente la physionomie initiale de Taccès bilieux simple ; nous avons observé trois cas de ce genre : tous trois ont été suivis de mort. Le frisson initial ne s'était déclaré que dans l'après-midi des 3"^ ou 4° jour, après 8 ou 10 heures d'apyrexie.

Nous l'avons vu apparaître quelquefois à la place d'un accès périodique, et, pendant l'hivernage de 1886, nous avons observé sur nous-môme ce mode d'^invasion. Nous

étions depuis deux mois sous le coup de fièvres intermittentes qui, malgré la quinine et l'arsenic, revenaient régulièrement tous les quinze jours, le dimanche, entre 2 et 4 heures de l'après-midi ; le lundi à la même heure, nous Constations toujours un second accès, et le mardi la fièvre ne se manifestait plus que par une transpiration abondante. Or, le premier dimanche de septembre, l'accès arriva à l'heure habituelle, inais nous parut plus sévère que de coutume, s'accompagnant de nausées et de , crampes d'estomac ; le lundi matin nous prîmes un ipéca qui ne produisit aucun effets et un gramme do quinine; L^accès attendu ne parut ^ pas, mais à 8 Jieures du soir un frisson violent se fît sentir, et à 9 heures les urines noires et les vomissements bilieux ne nous laissèrent plus aucun doute sur la nature de la maladie.

Enfin la bilieuse hématurique est souvent la conséquence d'une grande fatigue, d.'une excursion dans les. terrains marécageux, ou d'un refroidissement.

Dès que le frisson cesse, le thermomètre marque 40°, 41°. Le pouls, plein et vibrant, est à 110, 120. Les vomtssements commencent alors, verdâtres, liquides et abon- • dants au. début; puis leur fréquence augmente. Le malade accuse une douleur insupportable au creux épigastrique ; ses efforts continus aboutissent à l'expulsion de quelques grumeaux de bile « absolument verte ». Vers 3 ou 4 heures du matin, la fièvre commence à tomber; des sueurs abondantes surviennent, et, entre 6 et 8 heures, une rémission très marquée se produit : le thermomètre descend alors à 38° 38,3; le pouls est à 90, 100. Le soir, entre 4 et 6 heures, la température

s'élève, mais sans jamais atteindre le degré observé dans la première nuit. Les 3® et 4® jours, la rémission matinale s'accentue davantage, Texacerbation vespérale est moins prononcée ; le 5® jour au matin Tapyrexie est complète, et le malade entre en convalescence.

Généralement, pendant la première nuit, les urines ont la coloration du sirop de groseille ou deTeau vineuse; dès la fin du deuxième jour, elles présentent la teinte malaga ou café noir. Dans le courant du quatrième jour, elles ont repris leur coloration normale.

Quelquefois elles sont noires d'emblée, dès la fin du frisson initial. Toujours elles sont chargées d^albumine. Leur quantité est notablement diminuée; nous n'avons jamais vu les malades en rendre plus de 600 grammes dans les vingt-quatre heures pendant toute la période fébrile.

Dès le matin du deuxième jour, l'ictère apparaît. Le foie est volumineux, sensible à la pression surtout au niveau de la vésicule biliaire; la rate est hypertrophiée. Ces symptômes s'amendent dès que la fièvre a cessé, et disparaissent dans les premiers jours de la convalescence.

Ajoutons, pour compléter le tableau, l'état saburral de la langue, la constipation, Hnsomnie, la céphalalgie occipitale et surtout les douleurs lombaires qui devenaient insupportables au moment de l'exacerbation vespérale.

Voilà en résumé la marche qu'a suivie la plupart du temps la maladie pour aboutir à la guérison.

Quelquefois la période fébrile était plus courte : dès le troisième jour, l'apyrexie arrivait et le malade entrait en convalescence. Dans d'autres cas la fièvre, au lieu de présenter seulement des rémissions matinales, se mon-

Irait dès le début sous forme d'intermittente quotidienne : les accès avaient toujours lieu le soir, et, dès qu^ils cessaient, tous les phénomènes alarmants signalés plus haut disparaissaient également.

Quelque courte qu'avait été la période fébrile, la convalescence était toujours longue, et il était surprenant de voir des hommes que la maladie avait alités deux ou trois jours à peine, traîner pendant un mois avant de recouvrer leurs forces. En opposant à cette convalescence interminable celle des accès pernicieux qui souvent dure une semaine, et en rappelant Tintensité et la gravité des symptômes qui accompagnaient pourtant ces accès, nous sommes amené à conclure que Thématurie joue, dans la maladie qui nous occupe, le rôle essentiel, et qu'elle est l'indice d'un profond délabrement^ d'une désorganisation complète chez celui qui en est atteint. Du reste la bilieuse hématurique n'abandonne jamais celui qu'elle a une fois frappé, et, dans les trois ou quatre mois qui suivent sa première attaque, souvent plus tôt, rarement plus tard, elle revient, revient encore si cette seconde atteinte n'enlève pas le malade. Ces récidives sont inévitables : nous l'avons maintes et maintes fois constaté ; le changement de climat et le retour en France sont souvent impuissants à les enrayer, et fréquemment il arrive qu'à son débarquement sur le sol natal, le convalescent est frappé. Devant ces récidives le médecin est souvent impuissant, non pas qije les symptômes en soient plus effrayants, mais parce que le malade, depuis la première secousse, n'a pas recouvré ses forces et n'offre plus la résistance nécessaire pour la lutte.

Si nous examinons maintenant la marche de la maladie dans les cas mortels, nous sommes tout d'abord mis en éveil par la persistance des vomissements et la suppression des urines; quelquefois ces deux symptômes n'existent pas, mais alors la fièvre se maintient, des phénomènes adynamiques surviennent. La bilieuse hématurique se transforme en rémittente bilieuse à forme typhoïde qui emporte le malade. âPour le moment nous laissons de côté ce dernier mode de terminaison : nous le reprendrons à Tarticlé co fièvre typhoïde ». Les vomissements se succèdent sans interruption ; le malade ne tolère • aucune boisson, aucun aliment; jour et nuit^ il s'épuise en efforts inouïs qui, comme nous Tavons dit plus haut, aboutissent à des évacuations de bile plus ou moins abondantes. Cet état dure jusqu'au 4* ou S'' jour, et cesse avec la fièvre; un léger soulagement se fait sentir. La température a^^illaire descend à 37,5, 37 ; mais le pouls est petit ' et très fréquent ; les urines, revenues à leur coloration normale, sont rares et chargées d'albumine d'abord, puis cessent complètement pour ne plus reparaître. La température baisse à 36°, et la mort survient le 7^ ou Séjour au milieu d'accidents urémiques.

Traitement employé. — Au début, vomitif : ipéca, 1 gr. 50. Injections hypodermiques de sulfate de quinine : deux injections par jour, 50 centigrammes par injection. N'ayant pas eu de bromhydrate de quinine à notre disposition, nous dissolvions le sulfate à l'aide d'un cristal d'acide tartrique que nous enlevions dès que le liquide devenait clair et prenait la couleur ambrée. Deux fois

seulement, sur les IbO ou 200 injections que nous avons été appelé à faire dans divers cas, nous avons observé des abcès consécutifs; plus souvent, nous avons vu survenir au niveau de la piqûre une petite induration, peu dou-loureuse, qui disparaissait au bout de quinze jours ou trois semaines.

Le second ou le troisième jour, nous prescrivions le calomel à la dose d'un gramme ; quand les vomissements s^'opposaient à son administration, nous faisions donner au malade des lavements purgatifs, au séné et au sulfate de soude.

Nous combattions les vomissements par des potions morphinées quand le malade pouvait les supporter, par des injections de môme nature ou de petits vésicatoires au creux épigastrique, par des compresses d'éther et de chloroforme appliquées au niveau de Festomac; comme boisson, nous prescrivions le thé punché et le café noir.

Contre Tanurie, nous avons essayé de tout sans grand succès: diurétiques mécaniques, diurétiques dialytiques, frictions, massages, ventouses scarifiées aux régions rénales.

Pendant toute la période fébrile, les injections de quinine demeuraient la base du traitement.

Quand la fièvre se compliquait de symptômes typhoïdes, nous nous adressions aux lavements de quinquina, lavements phéniqués et aux toniques.

Au début de la convalescence, nous prescrivions encore 50 centigr. de sulfate de quinine pendant trois ou quatre jours; contre l'anorexie et Tanémie qui survenaient, quelques gouttes de teinture de noixvomique, le

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