‹ Deux ans entre Sénégal et NigerChapitre 8 sur 11 · OT · texte numérisé non relu

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sistent et fatiguent beaucoup le malade. 100 gr. d'urines rosées.

Injection quinine. Compresses éther et chloroforme.

Le 22. T. 37j5. P. 100. Les vomissements ont cessé; le inalade accuse un grand bien-être. Pas d'urines dans la nuit; le matin elles sont claires et ambrées (100 gr. seulement, renfermant encore de l'albumine). Pas de selle.

Injection de quinine. Bouillon. Thé punché.

Lavement sulfate de soude.

Soir, T. 37,8. P. 88. Pas d'urines. Foie toujours douloureux légèrement hypertrophié.

Potion morphinée. Eau sucrée alcoolisée.

Le 23. Matin, T. 37,6. P. 84. Soir, T. 36,9. P. 84.

Toujours pas d*urine; douleurs très vives à la région lombaire. Le malade est extrêmement agité ; la langue est sèche et tremblotante. Une selle bilieuse.

Potion avec 4 gr. nitrate de potasse. Frictions et massages à la région lombaire. Application de quatre ventouses scarifiées au niveau des reins.

Le 24. Matin, T. 37. P. 80. Soir, T. 36,5. P. 80.

Même état ; pas d'urines. La peau est sèche et froide ; les lèvres agitées d'un tremblement convulsif. Le malade est très surexcité ; nous sommes obligé de le faire maintenir par les infirmiers pour l'empêcher de sortir. Dyspnée très prononcée que nous combattons par des applications de ventouses sèches. Nous prescrivons encore une potion avec 4 gr. de nitrate de potasse, et deux litres d'eau sucrée alcoolisée, et des ablutions tièdes sur tout le corps. Dans la soirée, nous observons nettement le rythme respiratoire de Cheyne-Stokes.

Le 25. A deux heures du matin le thermomètre marqué 36,5 ; à 2 heures 1/2 le malade perd connaissance et à 3 heures il succombe.

Observation II

T..., soldat d'infanterie de marine, 22 ans ; 8 mois de séjour dans la colonie^ atteint depuis son arrivée de nombreux accès de fièvre sans gravité.

2 niai. A 9 heures du soir, frisson violent. A 10 heures, appelé auprès du malade, je constate :

T. 40. P. 116. Pas de vomissements ; seulement des nausées. Céphalalgie occipitale très -vive; douleurs lombaires.

Je prescris du thé punché, des compresses froides sur la tête et je recommande au malade de conserver ses urines .

Le 3. Matin, T. 38'*,2. P. 96. Le malade présente sur tout le corps une teinte ictérique très prononcée. J'examine ses urines : celles de la nuit (500 gr.) sont de la couleur du sirop de groseille ; celles qu'il vient de rendre sont noires comme du malaga.

Quelques vomissements bilieux peu abondants. La langue est sale, recouverte d'un enduit jaunâtre. Pas de selle.

Le foie, douloureux à la pression, n'est pas augmenté de volume. Rien à signaler du côté de la rate.

Ipéca 1 gr. 50. Sulfate de quinine I gr.

Soir, T. 39%4. P. 96. Vomissements bilieux très abondants. Deux selles bilieuses. Même couleur des urines : 600 gr. dans la journée.

Suif, quinine 1 gr. Potion morphinée pour la nuit.

Le 4. Maiin, T. 38°3. P. 100. Nuit bonne, pas de vomissements Pas d'urines dans la nuit. Une selle bilieuse.

Le foie déborde les fausses côtes : hypertrophie très-marquée, sensibilité extrême à la pression. Le malade accuse des douleurs vives au niveau des reins, à gauche principalement.

Suif, quinine 1 gr. 50. Calomel 1 gr. Un litre d'eau sucrée avec 4 gr. nitrate de potasse.

Soir^ T. 39%5. P. 108. Le malade a rendu dans la journée

Poste de Kayes

DSCBMBHE TdSB .

F/E^RE BILIEUSE HEMATURIQUE,

P. Caporal d'InPanterie de Marine.

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(i) Urines noires ■ (2) Les urines ont repris leur coloration normale . (3) Apparition de symptômes typhoïdes.

Poste de Kayes Nov. ùéc. isae .

FIEVRE TYPHO' MALARIENNE.

M . Soldât d* Infanterie de Marine.

fri.

ler

(\) Apparition de Symptômes typhoïdes. |

400 gr. d'urines couleur café noir. Deux selles bilieuses. Même état du foie.

Le 5. Matin, T. 37%3. P. 92. Pas d'urines dans la nuit. L'hypertrophie du foie a considérablement augmenté.

Suif, quinine 1 gr. 50. Eau vineuse. Eau sucrée avec 4 gr. nitrate dépotasse. Application de trois ventouses scarifiées à la région du foie.

Soir. Le foie déborde à peine les fausses côtes ; il est moins douloureux à la pression. Les urines sont rosées ; le malade en a rendu 400 gr. en une fois. Une selle toujours bilieuse. T. 38%3. P. 96.

Potion morphinée pour la nuit.

Le 6. Matin, T. 37^5. P. 80. Nuit bonne; 300 gr. d'urines claires. Même état du foie. Les douleurs rénales ont augmenté d'intensité ; elles s'irradient dans le bas-ventre.

Suif, quinine 1 gr. Frictions et massages à la région rénale. Nous prescrivons en outre de la limonade vineuse et un litre d'eau sucrée avec 6 gr. de nitrate de potasse.

Soir, T. 37'*,8. P. 88. Pas d*urines. Hébétude et somnolence du malade. Peau sèche, froide. Langue sèche, toujours saburrale.

Frictions et massages. Tisane de café noir. Lotions tièdes.

Le 7. Matin, T. 37°. P. 76. Pas d'urines. L'hébétude et la somnolence augmentent. Nous avons toutes les peines du monde à réveiller le malade; ses pupilles sont dilatées, ses lèvres tremblent. La région rénale est extrêmement sensible à la pression. Le foie n'est plus hypertrophié. Pas de selle.

Lavement sulfate de soude. Tisane de café noir. Lotions tièdes sur tout le corps.

Soir, T. 37%2. P. 76. Pas d'urines. Même état. Une selle bilieuse peu abondante.

Tisane café noir. Applications de 3 ventouses scarifiées au niveau des reins.

Le 8. Matin, T. 36o,6. P. 72. Pas d'urines; même état.

A dix heures le malade urine environ 600 gr. ; les urines sont claires et renferment un peu d'albumine. A midi, encore 200 gr. d'urines légèrement foncées.

Soir, T. 38»,4. P. 96. 100 gr. d'urines rosées à la fin de Taccès.

Les urines redeviennent claires, et Tapyrexie est complète.

La convalescence commence et se continue sans complication; le 18, T... part pour TEurope avec sa compagnie.

Fièvre typhoïde. — Dans sa thèse inaugurale sur le Haut-Sénégal et le Haut-Niger, le D*" Duclot s'exprime en ces termes : « La fièvre typhoïde est fort rare et nous n'en avons observé que deux cas bien francs. En revanche, les symptômes typhoïdes, stupeur, langue rôtie, délire, viennent très souvent compliquer les fièvres graves, surtout la fièvre bilieuse. L'air malsain, l'agglomération dans certains postes à certains moments de Tannée, nous expliquent en grande partie Tapparition de ces symptômes typhoïdes. » Nous avons pu voir par nousmême combien était juste cette appréciation de notre collègue : alors que jamais, soit dans les colonnes en marche, soir dans les petits postes à garnisons réduites, nous n'avions constaté fièvre ni complication typhoïdes, nous observions Tune et l'autre au poste de Kayes dont nous avons déjà signalé les conditions anti -hygiéniques.

Au mois de novembre 1886, au début de la saison sèche, époque indiquée par le D^ Bérenger-Féraud comme la plus propice au développement de la fièvre typhoïde au Sénégal, nous avions à traiter trois cas bien nets de cette affection ; ces cas nous étaient fournis par

— Sodés troupes d'infanterie de marine et des disciplinaires provenant des postes du Sénégal où ils avaient déjà séjourné pendant 10 mois. Deux affectaient dès le début la forme ataxique ; le troisième présentait une marche régulière et se terminait par la guérison^ tandis que les deux premiers étaient suivis de mort le 7® et le 9® jour. Dès l'apparition de la maladie, la dissémination des troupes fut prescrite et effectuée rapidement; dès lors nous n'observions plus un seul cas bien franc, mais toutes les maladies graves que nous avions à traiter se compliquaient de symptômes typhoïdes. La courbe thermique (3) est celle d'une bilieuse hématurique qui a présenté le 6® jour cette symptomatologie et qui s'est terminée le 13^ par la mort.

La courbe thermique (4) n'est pas celle d'une fièvre typhoïde; pourtant à partir du S^ jour, le malade présentait tous les symptômes extérieurs de cette affection, à part les gargouillements, les sudamina et les taches rosées que nous n'avons rencontrés dans aucun des cas soignés par nous à cette- époque. N'avons-nous pas eu affaire plutôt à l'affection que Corre décrit sous le nom de fièvre typho-malarienne et dont il donne la définition suivante : « Nous entendons par typho-malariennes les pyrexies qui, engendrées sous la double influence de conditions malariennes et de conditions typhiques, présentent un enchaînement de phénomènes rappelant ceux de Tune et de l'autre intoxication. »? L'élément malarien existait à Kayes où les accès pernicieux et hématuriques se succédaient sans interruption; l'élément typhoïde nous arrivait avec les nouvelles troupes.

Dans le doute, nous avons basé notre traitement sur le sulfate de quinine, 2 grammes par jour, et nous avons combattu Tadynamie par des toniques, des lavements au quinquina. Au reste le résultat a été loin d'être brillant, et dans grand nombre des cas la mort a été la terminaison*

Maladies des Indigènes. — Les habitants du pays ne s^adressaient jamais à nous, soit qu'ils n'eussent pas grande confiance dans nos connaissances médicales, soit qu ils craignissent d'irriter les forgerons, leurs médecins habituels, en se faisant soigner par un blanc. Une fois seulement nous fûmes appelés, un de mes camarades et moi, auprès d'une femme en travail depuis la veille. En entrant, nous la trouvâmes à genoux par terre, les cuisses écartées et maintenue dans cette position par deux matrones^ tandis qu'elle soufflait de toutes ses forces dans une bouteille collée à ses lèvres ; notre arrivée lui produisit un effet tel que l'accouchement s^effectua immédiatement sans que nous eussions à intervenir autrement.

Les troupes indigènes, tirailleurs, conducteurs ou spahis, que nous étions appelé à soigner^ nous ont présenté des diarrhées, des dysenteries, souvent le taenia, diverses affections pulmonaires, bronchites, pleurésies et pneumonies; parmi les tirailleurs qui provenaient de la côte du Sénégal ou des Antilles, nous avons eu souvent à constater des fièvres diverses, généralement sans gravité. Quant aux Algériens, ils étaient atteints des mêmes affections que les Européens, et les supportaient avec

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infiniment moins dexîourage. Ufi fait qui nous a frappé, c'est le stoïcisme des indigènes en face des plaies et des blessures qui les atteignaient ou des opérations chirurgicales que nous leur faisions subir, et leur pusillanimité dès qu'il s'agissait d'affections internes; tandis qu'ils restaient indifférents aux fractures, aux ulcères et aux plaies par armes à feu dont ils étaient souvent porteurs, ils se croyaient perdus à la moindre colique et à la plus légère bronchite.

En fait d'affections chirurgicales, nous avons eu à traiter des ulcères de diverse nature, plus ou moins rebelles. La poudre d'iodoforme nous a toujours donné d'excellents résultats; malheureusement la quantité mise à la disposition des postes et des colonnes était insuffisante^ et ne nous permettait pas d'en user dans tous les cas où nous aurions voulu le faire.

Les plaies par armes à feu ne nous ont pas manqué; elles guérissaient généralement assez vite, une fois le projectile enlevé, et les'.s^putations que nous avons faites à Niagassola ont eu un résultat favorable. Une fois seulement un amputé de la jambe nous a présenté pendant deux jours^ au moment des grandes pluies, des accidents tétaniques; l'ouverture d'un petit abcès qui s'était formé dans le moignon et l'administration de chloral à haute dose ont suffi à faire cesser ces symptômes alarmants. Nous avons été moins heureux dans deux autres cas de tétanos que nous ont présentés des tirailleurs indigènes et qui nous ont semblé spontanés; malgré la plus minutieuse recherche, nous n'avions trouvé à nos deux malades aucune piqûre ou plaie susceptible d'avoir donné nais-

sance aux accidents que ^ous constations ; il est vfai qu^il n'est pas toujours facile de trouver trace d^une piqûre ou d'une plaie légère dans le cuir fendillé et épais qui forme la plante du pied chez le noir. Ces deux cas, traités par le chloraly ont été suivis de mort.

Pilaire de Médine. — La plupart des plaies que nous avons soignées pendant l'hivernage reconnaissaient pour cause la présence dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un parasite, la filaire de Médine, ou Dragonneau. Nous n'avons pas l'intention de faire ici l'histoire naturelle de cette filaire, déjà très connue, ni de discuter son mode de pénétration chez l'homme. Il nous suffira de dire qu'elle est extrêmement répandue dans toute la partie du Soudan qui nous occupe, que sa présence chez l'homme se manifeste presque exclusivement pendant l'hivernage; sur les deux cents et quelques cas observés par nous, une vingtaine seulement avaient eu lieu pendant la saison sèche. »

Pendant l'hivernage que nous avons passé à Niagassola en 1885, nous avons remarqué qi^e les soldats les plus fréquemment atteints étaient ceux que des opérations militaires ou des corvées maintenaient plusieurs jours dans des terrains inondés où l'eau souvent leur arrivait jusqu'à la ceinture: quinze ou vingt jours après leur rentrée, la plupart se présentaient à la visite, et nous constations chez eux la présence du dragonneau, généralement à la face dorsale du pied ou derrière les malléoles, souvent à la jambe, rarement à la cuisse, plus rarement encore dans la paroi thoracique. L'accident lo

plus fréquent était la formation d'un abcès, quelquefois volumineux (1), le plus souvent de la grosseur d'un pois; une fois l'abcès ouvert, la tête de la filaire se montrait sous la forme d'un petit ruban jaunâtre. Il ne restait plus qu'à l'attirer doucement au dehors à l'aide d'une pince, à l'enrouler autour d'une petite tige résistante, une allumette par exemple, que l'on maintenait en place à l'aide de deux bandelettes de diachylon ; chaque jour une légère traction était exercée et une nouvelle portion enroulée. Au bout de quelques jours, la filaire entière était extraite, et la plaie cicatrisait rapidement.

Nous ne croyons pas qu'il soit possible, dans la plupart des cas, d'extraire d'emblée le parasite tout entier ; car, si quelquefois on le trouve enroulé en boule dans un abcès, le plus ordinairement il serpente sous le derme, et il n'est pas rare . que, la tête apparaissant à la face dorsale du pied, l'autre extrémité soit encore au tiers supérieur de la jambe. Nous avons observé le fait une fois chez un noir porteur de deux ulcères à la jambe gauche, l'un au tiers moyen, l'autre au tiers inférieur; sur le côu-de-pied, paraissait la tête d'une filaire dont le corps remontrait le long de la jambe, traversait successivement les deux ulcères et se perdait au-dessous du genou. La filaire fut extraite peu à peu par le procédé que nous avons indiqué, disparaissant successivement de

(1) Ayant ouvert un jour au bistouri un abcès de ce genre, de la grosseur du poing environ, que présentait un tirailleur derrière la malléole interne, nous en avons extrait une filaire enroulée en boule. Elle mesurait 70 centimètre^ de long.

I chacun des deux ulcères qui ne tardèrent pas à guérir.

On la rencontre rarement chez l'Européen ; durant les

deux années que nous avons passées au Soudan, nous

n'avons jamais vu de blanc incommodé par sa présence,

, mais nous avons appris que, dans divers postes, deux

officiers et deux soldats européens en étaient affectés.

En somme, les accidents produits par la filaire de Médine sont très bénins; le repos absolu et le traitement indiqué en viennent facilement à bout.

Etiologie des maladies signalées. — En résumé, les maladies qui frappent les Européens dans le Soudan sont au nombre de trois : la dysenterie, l'insolation^ la fièvre paludéenne. La dysenterie reconnaît pour causes, comme nous l'avons dit précédemment, les refroidissements consécutifs aux écarts considérables de la température et la mauvaise qualité des eaux; aussi la voyonsnous rare et bénigne dans les postes où les hommes ne sont pas exposés aux injures du temps, et où l'eau est toujours bonne, soit qu'elle ait été débarrassée de ses principes nuisibles par le filtrage, soit qu'elle provienne des grands fleuves où elle est d'une extrême pureté. En colonne, Ton boit souvent ce que l'on trouve, et ce que Ton trouve n'est pas toujours très sain. Il faut se contenter quelquefois de l'eau vaseuse qui croupit au fond d'un marécage, et dont l'analyse décèle la richesse en matières organiques.

Quant à la cause de l'insolation, elle est une : l'action directe ou indirecte du soleil.

. L' etiologie de la fièvre paludéenne dans le Soudan est

facile à découvrir; en parcourant le pays pendant l'hivernage, on ne voit partout que marécages; en saison sèche on rencontre à chaque pas les marais couverts, découverts et alternatifs de Vallin. Et si nous rappelons ce que nous avons écrit plus haut au sujet de la mauvaise disposition de certains postes et que nous ajoutions combien les hommes font peu de cas des conseils hygiéniques qui leur sont donnés, la mortalité signalée au début de ce chapitre n'étonnera plus personne.

Nous n'insisterons pas ici sur les mesures hygiéniques à prendre. M. Bérenger-Féraud a traité la question de l'hygiène au Sénégal d'une façon magistrale dans l'ouvrage déjà cité, et il suffirait de mettre en pratique les préceptes que son livre contient.

Contentons-nous d'attirer l'attention sur quelques points principaux.

1 I. — Il serait à désirer que la ration de tafia qui,

pendant notre séjour, était de 15 centilitres par homme et par jour, soit diminuée de ses 2/3 que Ton remplace-

! rait régulièrement et non pas quelquefois par 50 centili-

tres de vin de campagne; ce vin arriverait de France en bouteilles cachetées^ et non pas en fûts qui présentent le grand inconvénient de se fendiller sous l'action du soleil et de perdre une partie de leur contenu^ sans compter que le liquide restant s'aigrit, et devient impropre à la consommation.

II. — Il serait également à souhaiter que les trois grands postes de Kayes, Kita et Bammako soient sérieu-

sèment approvisionnés de vêtements, casques et souliers à Tusage des Européens ; car il ne faut pas oublier que les épines abondent le long des sentiers, que le cailloutis ferrugineux est funeste à la chaussure et que la sécheresse vient à bout des cuirs les plus rebelles ; au bout de quelques mois d'expédition les hommes sont couverts de guenilles, et marchent pour la plupart nu-pieds, les plus débrouillards seuls portant des sandales de noirs.

III. — L'heure du réveil en colonne est trop matinale; le seul avantage qu'elle présente est de soustraire TEuropéen en marche à la chaleur du jour. Mais le soldat déjà fatigué est alors privé de la meilleure partie de son sommeil,* et de plus, le jour où des opérations militaires l'obligent à rester au soleil jusqu'à une heure avancée de la journée, il ne se trouve pas suffisamment entraîné pour résister, et souvent il succombe à une insolation. Les six cas que nous avons signalés dans le courant de ce chapitre viennent à l'appui de notre opinion, et nous autorisent à souhaiter que le lever soit fixé à 4 heures, le départ à 8. En somme, au jour, une étape de IS kilomètres se fait en 4 heures, et à 9 heures le soleil est encore supportable.

IV. — Tous les blancs sans exception devraient être montés quand ils font partie de la colonne; ils rentreraient alors dans le cas des spahis qui en marche ne nous donnent presque pas de mortalité.

Ces mesures nous semblent absolument indispensables, et nous avons la conviction que, strictement appliquées, elles amèneraient une diminution notable dans la mor-

talité, surtout en colonne. Mais ce ne seront jamais que des mesures palliatives^ et il faudra, un jour ou l'autre, renoncer à l'envoi de compagnies européennes dans le Soudan. On se bornera à y expédier des officiers et des sous-officiers pour diriger les postes et commander aux tirailleurs.

CHAPIRE VI

Sanitarium.

Dans un chapitre précédent nous avons dit combien était pénible la situation des malades pendant la marche de la colonne ; nous avons montré le médecin désarmé souvent devant la dysenterie, et obligé, par suite de Tinsuffisance des moyens de transport ^ont il dispose., de laisser suivre à pied des hommes que la fatigue et la maladie abattent. Il serait à désirerait dans l'intérêt de nos troupes, qu'on installât en un point quelconque de la ligne de ravitaillement, et seulement pendant la saison sèche, une station où les hommes fatigués, anémiés ou convalescents qui représentent au bout de quelques mois de séjour la majeure partie de notre effectif blanc, puissent trouver du repos^ une alimentation substantielle et un traitement suivi.

L'emplacement en serait soigneusement choisi dans un terrain accidenté, ombragé, aux environs d'un grand cours d'eau, sur les bords d'un rapide si c'était possible. Un personnel médical serait spécialement attaché à cette station qui deviendrait un véritable sanitarium et rendrait de réels services à nos malheureux soldats.

Nous voudrions que l'installation en fût complétée et quo tout fût prêt à fonctionner dès l'arrivée de la colonne

La convalescence traînerait-elle en longueur ? Les forces reviendraient-elles difficilement ? Pas d'hésitation : le malade serait rapatrié sans délai. Nous traiterons du reste plus loin la question du rapatriement.

Plusieurs fois déjà l'établissement d'un sanitarium a été discuté. Des essais en ont été faits sur les hauts plateaux du massif de Kita, à peu de distance du poste; ils n'ont pas été concluants, semble-t-il, et l'idée en a été, momentanément du moins, abandonnée. Du reste l'emplacement choisi était trop éloigné du centre des approvisionnements (Kita est à 3b0 kil. de Kayes), et la colonne à son arrivée ne pouvait pas en bénéficier.

Nous voudrions donc que cette station sanitaire fût asse^rapprochée de Kayes pour en être facilement approvisionnée, assez éloignée en même temps pour que les malades de la colonne en marche n'aient pas une trop grande distance à parcourir pour y arriver. Malheureusement ce dernier point sera toujours un desideratum, la colonne se déplaçant chaque jour dans le direction du Niger.

L'emplacement qui nous sourirait le plus serait La Laoussa, intermédiaire aux forts de Bafoulabé et de Badumbé;là, au milieu d'immenses roches de grès, sur les bords du Sénégal rapide et torrentueux, existent de beaux ombrages et une source d'eau claire. Le site est charmant; l'endroit est sain. Les pifogues qui font le service de Bafoulabé à Badumbé passant chaque jour devant la station, l'approvisionnement en serait facile.

Quant aux constructions^ les alentours en fourniraient tous les éléments. Pas de bâtiments en maçonnerie ; pas de toitures en tôles gondolées. A l'ombre des grands arbres, des cases en paille, rectangulaires, à toiture épaisse,

inclinée des deux côtés, d'une hauteur de 2 m. bO à 3 mètres ; les parois en seront dédoublées et, entre les

deux couches de chaume, existera un espace libre, large de 50 centim., servant à la circulation de l'air. Tout autour une vérandah également en paille. Ces habitations sont commodes, extrêmement fraîches^ ne coûtent rien et se construisent rapidement.

Cinq malades par case ; dix cases en tout dont une pour le médecin et sa pharmacie, une autre pour les infirmiers.

Les latrines sur le bord du fleuve, en aval des bâtiments . Chaque mois, plus souvent si le médecin le j«ige nécessaire, démolition d'une ou plusieurs cases ; la paille en sera jetée au fleuve; les jeunes troncs d'arbres qui en forment les piliers, seront lavés à l'eau phéniqu^e, transportés un peu plus loin, et de nouvelles cases seront construites.

Quant à la literie, elle comprendrait deux paires de

draps, deux toiles à paillasse, une toile à traversin par homme ; la paille fraîche et fine remplacerait k 4aine et le crin, et serait changée tous les trois ou quatre jours. Pendant les deux ans que nous avons passés dans le Haut-Fleuve, nous n'avons jamais eu, sauf pendant le dernier hivernage, d'autre mode de couchage, et nous nous en sommes fort bien trouvé.

Nous désirerions que Talimentation soit non seulement saine et substantielle, mais variée autant que possible : les estomacs fatigués sont souvent capricieux. Du reste, nous avons toujours remarqué, pendant les marches de la colonne^ l'empressement que mettaient les commandants à faire distribuer aux hommes malades ou non, tous les cadeaux qu'ils recevaient en œufs, poulets et vivres légers en général, et nous sommes persuadé que les convalescents en seraient abondamment pourvus.

Il serait de toute nécessité de créer dès le début une vacherie d'une trentaine de têtes, pouvant fournir 40 à 50 litres de lait par jour. Les commandants des postes de Bafoulabé et de Badumbé enverraient des œufs, poulets et légumes; au reste, l'installation d'un jardin sur place ne souffrirait aucune difficulté : les graines abondent dans les postes, et les soldats s'adonnent très volontiers au jardinage dans leurs moments de loisir.

La ration ordinaire des postes est largement suffisante; aussi demanderions-nous seulement de remplacer le tafîa ou le vin ordinaire par 1. 50 centil. de bordeaux. Tous les matins vers neuf heures nous ferions distribuer en outre à chacun de nos malades 10 centilitres de vin de quinquina soit au bordeaux, soit surtout au ténériffe^ non

pas que nous ayons une bien grande confî&nce dans cette médication, mais plutôt dans le but de faire sentir aux hommes qu'ils sont Tobjet d'attentions spéciales et d'une sollicitude toute particulière dès que leur état le nécessite. Pendant Thivernage que nous avons passé à Niagassola en 1885, cette observation mise en pratique nous avait donné d'excellents résultats : le moral des soldats était très bon et leur état général s'en ressentait.

Il serait à désirer, il serait même essentiel que la plus scrupuleuse propreté régnât dans les cases et parmi les malades ; ne nous dissimulons pas cependant que ce n'est pas toujours facile à obtenir quand on a affaire à des dysentériques ou à des soldats de la compagnie disciplinaire.

Au bout de 15 à 20 jours de traitement, les convalescents seraient l'objet d'un examen minutieux de la part du médecin de la station qui déciderait s'ils sont capables de continuer leurs services dans la colonie, ou s'il est urgent de les renvoyer en France.

Ici se place la question du rapatriement que nous allons discuter d'après ce que nous avons vu et observé sur place, et aussi d'après ce que nous avons éprouvé nous-même»

aA.

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