habitants
Grande-Bretagne 2 millions iS
Danemark 96.000 40
États-Unis 1.600.000 20
France 580.000 18
Suisse 50.000 IS
Italie 480.000 1 i.T
Allemagne 677.000 12
Autriche 99.000 3
Espagne 23.000 1.5
Le chiffre de 180.000 donné pour l'Italie esl celui des syndiqués dont les associations se sont fait représentera un< aférence des comités centraux des Fédérations ou> rièi 3 réunie à Milan le fer et \e 2 novem|m. |()()o pour constituer un secréta-
' j 1>u '• Gbio, Les retires
i Documents du Musée sot ial, février 190 i. - Hiforma sociale, 15 avril :
riat national des Chambres du travail et des syndicats de résistance.
A celte conférence étaient représentés 29 comités centraux (nationaux) de Fédérations, dont 15 avaient leur siège à Milan, 4 à Turin, 3 à Gênes, 3 à Rome, etc. Les Fédérations dirigées par ces comités centraux publient 24 organes professionnels périodiques dont 13 paraissent à Milan.
Leurs membres se répartissent dans les catégories professionnelles suivantes :
Ouvriers organisés de l'industrie privée 174.389
» » des services publics 50.000
» » dépendant directement de l'Etat. 13.800
» » de l'agriculture (sous la direc-
tion d'un seul comité central, celui des Lavoratori délia Terra, à Bologne, et ayant pour organes II Con-
ladxno de Mantoue et // Semé de Terni) 240.000
Total 480.189
Outre les travailleurs de la terre, les principales Fédérations représentées à la conférence de Milan par des délégués de leurs comités centraux étaient:
Nombre des adhérents
Organes
Siège.
hommes femmes
Total périodiques
dilan
Nom du Comité central:
Métiers textiles . . .
Travailleurs de la voie
ferrée » 41.000 0 41.000 1
Travailleurs des voies
ferrées secondaires . »
Travailleurs du livre . Turin
Ouvriers de l'Etat . . »
Ouvriers des services
municipaux .... »
Navigation Gênes
Ouvriers des ports . . »
Métallurgistes .... Rome
D'autres Fédérations sont en formation : on cherche notamment à grouper ensemble les différentes leyhe des mineurs. La plus importante est celle des carriers de Massa qui compte un millier de membres, les uns socialistes, les autres républicains,
Turin et Milan
i:.\ [TALIE H'.i
on espère qu'elle servira de modèle aux leghe qui se forment en Sardaigne (12.000 membres;. On cherche au — i à faire entrer dans le mouvement ouvrier les soufriers de Sicile.
Une Fédération ouvrière féminine, Y Organizzazione feminile siégeant à Milan, comptait au commencement de 1902, 17 inscrites dont 1/10 (4.635) à Milan. Ces L 635 ouvrières représentaient 1/10 du total des ouvrières milanaises qui s'élève à 46.500.
Il existe d'autres Fédérations qui ne sont pas proprement ouvrières, mais qui tendent à se faire représenter dans les congrès ouvriers et à associer leurs efforts à ceux des chefs socialistes du mouvement syndicat. Telles sont celles des voyageurs de commerce, des infirmiers, des musiciens et chefs d'orchestres, toutes peu solides encore et l'union beaucoup plus forte instituteurs et institutrices (Unione magistrale nazionale qui compte plus de 30.000 membres et tient chaque année un important congrès. Les professeurs de l'enseignement secondaire (insegnanti secondari) ont essayé de former une Fédération à tendances socialistes ; elle compte à peine 1/30 des 6.800 professeurs de renseignement secondaire en Italie.
2° Chambres du travail.
Des Chambres du travail [Camere ciel Lavoro) ont été fondées dans toutes les villes importantes du Nord et du ('entre et dans plusieurs des villes du Midi. Il y a trois ans, l'Italie avait 57 Chambres du travail ; au commencement de 1903, leur nombre s'élevait à 80. Elles comptent environ 210.000 adhérents, soit la moitié des adhérents aux Fédérations de métiers dont il a été question plus haut; dans les villes pourvues d'une Chambre du travail, les mêmes syndicats adhèrent: l°àla Fédération nationale de leur métier ; 2° à la Chambre du travail locale.
Les Chambres du travail tiennent périodiquement un congrès national ; elles ont une Fédération permanente avec un organe mensuel, la Cronaca de 7 lavoro.
Une Chambre du travail correspond exactement à une Bourse du travail de France. Elle est organisée de la même l'a. -on. Quand ses membres trouvent les ressources suffisantes, la Chambre comprend un groupe de bureaux pour les secrétaires de syndicats et une grande salle pour les réun
La Chambre se propose de travailler à l'amélioration maté-
rielle et morale du sort des ouvriers. Elle a pour but d'appuyer de son autorité tous les mouvements pour augmenter les salaires, diminuer la durée du travail et généralement pour amender le contrat de travail en faveur de l'ouvrier. La Chambre se propose en outre de donner des conférences sociales, politiques, artistiques et des cours de tout genre. Celle de Gênes a invité M. d'Annunzio à venir parler sur le droit du peuple à l'art et à la beauté. Une autre a célébré une fête en l'honneur de Victor Hugo. Plusieurs ont fait une cérémonie commémorative d'Emile Zola.
L'attitude des municipalités vis-à-vis des Chambres du travail dépend de l'opinion politique qui domine dans le conseil. Plusieurs municipalités conservatrices ou modérées ont, surtout dans le Nord, créé un service municipal appelé Office du travail (Uf/îcio del iavoro) chargé de placer les ouvriers et, autant que possible, de faire agréer ses offices comme conciliateur en cas de conflit ou de grève. A Milan, VUfftcio del Iavoro a été organisé par une société privée (Societa Umanitaria). Dans tous les cas, l'Office municipal du travail est une concurrence à la Chambre ouvrière trop encline au socialisme. On peut en dire autant des institutions essayées par certains syndicats jaunes, favorisées parles patrons et qui portent des noms divers, entre autres celui de Bourse du travail (Borsa del Iavoro à Torre Annunziata).
Quand les démocrates ont la majorité au conseil municipal, la faveur du conseil est généralement acquise à la Chambre du travail. Brescia avait un Office municipal du travail ; un conseil radical-socialiste l'a supprimé., S'il faut en croire un socialiste, l'Office de Brescia ne serait intervenu que dans une vingtaine de conflits et n'aurait placé qu'une centaine d'ouvriers en 1901-1902, tandis que la Chambre du travail intervenait 300 fois, soutenait 400 grèves, obtenait aux ouvriers un total de 400.000 francs d'augmentation par an et plaçait 1742 personnes .
Un Office municipal du travail avait été projeté à Turin ; le projet a été abandonné par la nouvelle municipalité, sur la demande de la Chambre du travail.
Brescia, non contente d'abolir son Office, a donné une subvention de 8.000 francs à la Chambre du travail. Milan, Modène, Padoue, Crémone, Pise et plusieurs autres villes ont suivi cet exemple.
La Chambre du travail suit habituellement l'inspiration '1" secrétaires syndicaux dont les opinions sont avancées : la plupart d'entre eux sont socialistes, quelques-uns républicains. Les anarchistes ont, comme en France, cherchéàgagnerde 1 'influence dans les Chambres du travail où ils conseillent le mépris de la politique et l'action révolutionnaire parle moyen de la g] générale. Ils ont échoué dans les grandes villes socialistes du Nord, Milan, Turin, Gênes ; ils n'ont réussi définitivement nulle part, mais ils ont pris par moments une réelle influence dans des Chambres de centres isolés, comme Massa, Ancone, Pise, Rome.
Ce sont les Chambres du travail qui ont joué le pôle principal dans les divers essais de grève générale qui se sont succédés au cours de ces deux dernières années.
3° Secrétariat ouvrier central.
Les efforts des Fédérations de métiers réunissant tous les ouvriers d'une spécialité ou d'un groupe de spécialités sur le territoire national et ceux des Chambres du travail groupant tous les salariés d'une ville sans distinction de métiers, sont dirigés ou du moins inspirés par des congrès périodiques de toutes les Fédérations et de toutes les Chambres. Après les leçons données par plusieurs tentatives manquées de grève générale, les chefs syndicaux ont cherché à grouper toutes les organisations ouvrières. Fédérations de métiers et Chambres du travail sous une direction centrale.
Le secrétariat central pour les Chambres du travail et pour les Fédérations de résistance {Segretario centrale per le Camere del lavoro e per le Federazioni di resistcnza) a été créé par la conférence de Milan dont j'ai plus haut indiqué la composition.
lia pour objet de préparer et de seconder la formation de Fédérations nouvelles, de coordonner les initiatives nationales et internationales, de diriger la propagande et de maintenir l'organisation dans les groupes de syndicats, d'agir sur les délégués cl ii prolétariat auprès des pouvoir- publics pour obtenir des réformes législatives, de trouver une solution aux conflits entre Fédérations ou entre Chambres du travail, de convoquer les congrès nationaux, de représenter le prolétariat organisé auprès de l'Office international ouvrier de Berlin, enfin de réunir les statistiques relatives à l'organisation ouvrière et à ses manifestations.
Il se compose de 8 membres, i élus par l'assemblée des délégués des Fédérations de métiers, et pris dans les Fédérations, 4 élus par le comité central des Chambres du travail et pris dans leur sein.
Il est assisté d'un conseil national de résistance formé d'un délégué par Fédération.
Il a pour organe la Cronaca del Lavoro avec laquelle se fond l'organe syndical-socialiste appelé Problemi del Lavoro.
La constitution du secrétariat central couronne l'organisation ouvrière que j'ai décrite plus haut. Elle a été faite à la suite des grèves multiples et généralement peu heureuses tentées dans ces dernières années.
4° Essais de grève générale.
De 1900 à 1902, le nombre desgrèves diminue aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en France, par suite de diverses causes dont la principale est la crise économique. En Italie, au contraire, les grèves, tant agricoles qu'industrielles, ne cessent de croître en nombre et en importance ; on en compte 383 en 1900, 410 en 1902. Cette augmentation semble due surtout à la détente qui suivit l'avènement des libéraux et radicaux au pouvoir. Les revendications présentées par les ouvriers dataient de loin, mais, sous le régime décompression, leurs syndicats ne pouvaient engager la lutte.
Ce qu'il y a de remarquable dans ces mouvements c'est un effort pour généraliser la grève dans le centre où elle a éclaté, et parfois au delà. Tous ces efforts ont échoué ainsi qu'on le verra par les exemples suivants.
a) En novembre 1901, une maison de construction de Livourne licencie un cinquième de ses ouvriers. La raison alléguée était le manque d'ouvrage ; mais ladirection avait compris parmi les congédiés les chefs des syndicats (leghe) dont plusieurs avaient été élus conseillers municipaux.
Les ouvriers demandèrent qu'on gardât tout le personnel en réduisant les heures de travail. Les patrons refusèrent et ils ne voulurent pas entrer en relations avec les délégués du syndicat.
La grève fut déclarée sur les chantiers et dans une fonderie que la maison avait à Florence. Elle dura jusqu'en février 1902 : elle se termina par un arbitrage du maire de Livourne qui lit
reprendre les ouvriers renvoyés mais en déclarant que la maison n'était tenue de reconnaître aucun syndicat.
b) Le 4 février 1902, 800 ouvriers employés par la Compagnie du gaz de Turin cessaient le travail. La raison de la grève était que la Compagnie avait refusé de leur accorder la journée de 8 heures, un minimum de salaire et un nouveau règlement des retraites.
La Compagnie employa des Kroumirs, c'est-à-dire des nonsyndiqués et des ouvriers de rencontre, et elle demanda au gouvernement d'intervenir pour protéger le service public de l'éclairage. Le gouvernement envoya des troupes, la municipalité prêta à la Compagnie ses pompiers et ses balayeurs.
Les grévistes firent appel aux divers syndicats qui décrétèrent la grève générale. Le 21.900 boulangers abandonnèrent le travail, donnant ainsi le signal du mouvement. Le lendemain, les ouvriers manquaient dans une quarantaine d'usines et ateliers divers. Mais plusieurs catégories d'ouvriers, entre autres ceux des tramways, refusaient de cesser le travail. Les grévistes se mirent à manifester en défilant dans les rues ; des troubles se produisirent. La troupe intervint dans l'après-midi du 23 et arrêta plusieurs centaines de manifestants et de curieux. 23 ouvriers gaziers furent condamnés. Le député socialiste Morgari fut menacé de poursuites, mais la Chambre refusa de donner l'autorisation de procéder contre lui.
Dès le 23 au soir, le maire annonçait que la Compagnie acceptait un arbitrage. Les négociations dureront jusqu'au 2 mars. La sentence fut alors rendue ; elle promettait que la Compagnie reprendrait avant la fin d'avril les ouvriers grévistes. En réalité 212 seulement furent repris dans le délai indiqué.
Pendant cette grève, les syndicalistes anarclystes avaient tenté de faire proclamer la grève générale dans plusieurs villes, entre autres à Pise et à Rome ; ils ne réussirent pas à entraîner les ouvriers. Un référendum essayé à Rome donna 3. SOI) réponses en majorité défavorables : or le nombre des syndiqués adhérents à la Chambre du travail de Rome était do 13.000 sur un total de 180.000 travailleurs manuels habitant la capitale.
c) Un autre essai désastreux de grève générale fut tenté on janvier 1902 à Varese pour soutenir 200 ouvriers papetiers qui
avaient quitté le travail parce que les patrons leur refusaient la journée de 10 heures, une augmentation de 25 0/0 sur les salaires des femmes (0 fr. 80 en moyenne), de 40 0/0 sur celui des hommes (1 fr. 80 en moyenne) et la suppression du travail de nuit. Le mouvement commença par les boulangers ; il s'étendit à 3.000 ouvriers. Mais le gouvernement envoya des troupes, fit faire le pain et assurer l'éclairage par les soldats. Les ouvriers cédèrent.
d) Une tentative de grève générale échoua à Florence en avril 1902. La Bourse du travail avait décidé la grève générale pour soutenir une grève partielle de fondeurs. La grève ne put durer que deux jours. Les pompiers, requis comme h Turin pour remplacer les grévistes appartenant aux services de la ville, refusèrent leur concours. Ils furent poursuivis et condamnés chacun à 150 francs d'amende.
e)ATorre Annunziata, ville industrielle du voisinagede Naples, la grève générale futdécidée le 11 décembre 1902 pour soutenir deux douzainesd'ouvriers qui avaient cessé le travail parce qu'on leur refusait une augmentation de 1 franc par semaine. La grève générale fut votée par 833 voix contre 8 : elle fut faite par 3,000 ouvriers environ. Les ouvriers obtinrent une augmentation de salaires et la diminution du nombre des apprentis. Pendant la grève les patrons avaient essayé d'opposer à la Chambre du travail une organisation rivale appelée Bourse du travail qui ne réussit pas.
f) Le plus redoutable des mouvements ouvriers récents a été l'essai de grève des ouvriers employés sur les grands réseaux ferrés. Ces travailleurs ont formé des syndicats groupés en une Fédération dont l'effectif s'élève à 41.000 adhérents ; elle a pour siège Milan ; Turin peut être considéré comme son second centre. En 1885, lors du renouvellement des conventions entre l'Etat et les Compagnies, une augmentation de salaires avait été promise aux ouvriers des chemins de fer, mais cet engagement n'avait jamais été tenu. Plusieurs fois les ouvriers de la voie ferrée menacèrent de cesser le travail. En 1898, la grève parut imminente. Le ministère conservateur l'empêcha en mobilisant les ouvriers de la voie ferrée conformément à la loi mili-
taire, ce qui les obligea à continuer le travail sous la menace des peines portées au Code militaire. En même temps le ministère réunissait une commission royale chargée d'étudier les revendications des ouvriers. Ceux-ci se calmèrent et l'on mit fin à la mobilisation qui coûtait cher à l'Etat.
Au commencement de 1902. la commission royale n'avait paS encore déposé de rapport. La Fédération des ouvriers posa un ultimatum aux Compagnies et aux pouvoirs publics. Elle réclamait, outre l'augmentation de salaires promise, l'amélioration des caisses de secours et de retraites grâce à des sacrifices consentis par les Compagnies, l'application de la loi sur les conseils des prud'hommes aux ouvriers de chemin de fer, des garanties de stabilité, entre autres la reprise des ouvriers après le service militaire, enfin la reconnaissance des syndicats par les patrons. Faute de réponse satisfaisante, la grève devait éclater le 14 février. La commission centrale ouvrière chargée d'organiser la grève étendit le délai jusqu'au 1er mars, mais commença à faire une propagande active pour la grève dans toute l'Italie.
Le 24 février, le gouvernement répliquait en mobilisant les travailleurs de la voie ferrée à Rome, puis dans diverses régions; c'était le retour à l'expédient des conservateurs en 1898.
Le mécontentement fut grand parmi les syndicaux et les socialistes ; mais le gouvernement qui ne voulait pas perdre le concours de l'extrême gauche, poussait les Compagnies à conciliation en même temps qu'il prenait des mesures de rigueur.
Le 1er mars une conférence s'ouvrit à Rome entre les délégués des Compagnies et ceux du comité central delà Fédération ouvrière; ces derniers étaient au nombre de six. trois syndiqués, un député républicain et deux députés socialistes, l'un de Milan, l'autre de Turin. La Fédération ouvrière recula la date de la grève au 4, puis au 10 mars. Le 4 mars, par un malentendu, 2.000 ouvriers des chemins de fer cessèrent le travail à Naples ; ils le reprirent immédiatement sur l'ordre de la Fédération. Le 8 mars un arrangement intervint.
La Fédération ouvrière accepta de ne pas exiger tout l'arriéré de l'augmentation de salaires promise depuis 1885. Elle se déclara satisfaite d'obtenir 24 millions : 9 turent mi< à la charge des Compagnies, le reste à celle de l'Etat. Moyennant ces sacrifices'la Fédération ajourna la plupart de -es autres revendica
tions jusqu'en 1905, époque où les conventions doivent être renouvelées.
l^ne commission royale (1) répartit les augmentations de salaires entre les différents personnels employés et fit adopter diverses mesures réclamées par les ouvriers, réduction de l'apprentissage à deux ans, du stage dans chaque spécialité à deux ans au maximum, avancement régulier, stabilité de l'emploi.
Le décret de mobilisation avait été retiré le 10 mars 1902, mais on garda pendant deux ou trois semaines une partie des réservistes qui avaient été appelés. Dans plusieurs centres socialistes du Nord, les réservistes essayèrent des sortes de grèves militaires. A Côme, ils sortirent de la caserne en troupe et allèrent manifester sur la place publique en criant: « Congé ! Nous voulons partir ! » Le gouvernement évita le plus possible de sévir et renvoya au commencement d'avril les derniers réservistes dans leurs foyers.
#)J'ai assisté en avril 1903 à une des nombreuses tentatives dégrève générale, celle qui se fit à Rome pour soutenir les typographes.
Les ouvriers typographes ont des syndicats très solides. La Fédération de leurs syndicats (Lavoratori det libro) qui siège à Turin compte près de 10.000 membres et publie deux périodiques professionnels. Depuis longtemps ils ont réussi à obtenir des conditions de travail relativement favorables.
A Homo la moyenne des salaires était de i fr. 60 par jour. Les compositeurs payés à la journée gagnaient 5 h l» francs pour 10 heures de travail. Le travail aux pièces était payé 0 fr. 50 le mille, 0 fr. 53 pour les journaux ; la durée du travail dans les journaux était de 8 à 9 heures pour la composition et la distribution. Les compositeurs travaillant avec la machine linotype gagnaient 50 francs par semaine ordinairement, 9 francs pour les journaux. La Fédération ouvrière avait réussi àempècber que le travail avec la linotype fut payé aux pièces ; ce travail durait 7 heures par jour dont une pour l'entretien et le nettoyage de la machine.
0) Le rapport de la commission royale sur les questions relatives aux voies ferrées (1903) a été étudié par M. A.Cabbiatti dans la Ri forma sociale, numéro du lo avril 1903. — Voir encore l'article de M. A. Brdnigardi, député dans le numéro du 15 février 1903.
L'ouvrier typographe payait au syndicat une cotisation de 0 fr. 75 au moins par semaine, tarif fort élevé pour l'Italie.
A Rome, la situation des typographes se trouva menacée par des causes générales qui agissent dans toute- les grandes villes et plus particulièrement dans les capitale-. Les patrons se mirent à faire imprimer en province où les salaires sont moins élevés parce que la vie est moins chère. Le nombre des chômeurs devint considérable. Il s'augmentait en forte proportion [tendant les vacances parlementaires qui laissent de nombreux imprimeurs sans emploi. On compte que 1 10 des typographes romains chôment pendant o ou 6 mois par an.
Le syndicat secourut d'abord les chômeurs avec ses propres fonds ; mais ses ressources n'y suffirent pas. A la fin de février 1903, il résolut de réclamer aux patrons la diminution de ajournée, afin que chacun des ouvriers pût avoir du travail. Déjà les typographes de Turin, Corne. Novare, Pavie, Lodi, Alexandrie avaient obtenu la journée de 9 heures, ceux de Brescia. la journée de 8 heure-.
Les typographes de Rome demandèrent la journée de S heures, avec le même salaire, pour les ouvriers au temps et une augmentation de 24 0 0 pour le tarif aux pièces : ils exigèrent une réponse dans les 24 heures. Les patrons répliquèrent par la déclaration suivante :
« Considérant que le tarif actuel de Rome est le plus élevé de toutes les villes d'Italie, surtout grâce cà l'augmentation accordée il y a quelques mois :
« Considérant que l'industrie typographique romain' trouve dans des conditions si précaires que la plus petite augmentation de tarif serait désastreuse pour les industriels;
« D'autre part, désirant éviter un conflit avec leur personnel, les patrons imprimeurs décident d'accorder une réduction des heures de travail avec les mêmes salaires, pourvu que cette décision soit approuvée par la Fédération des travailleurs du livre et que cet accord ait la durée de cinq ans au moi
Les patrons proposaient la journée de 9 heures sans diminution de salaire, mais sans l'augmentation demandée pour le travail aux pièces. Les typographes payés au temps inclinaient à accepter cet offre, mais les ouvrier- aux pièces la tirent repousser.
La grève fut immédiatement déclarée Les journaux conti-
nuèrent à paraître parce qu'ils avaient introduit dans leurs imprimeries la journée de 8 heures; les partisans les plus résolus de la grève se plaignirent de cette exception, mais elle fut maintenue. Alors ils prétendirent interdire aux typographes de composer tout article hostile à lagrève. Les journalistes firent une protestation collective et la défense ne fut pas appliquée.
Dans les imprimeries ordinaires, l'arrêt du travail futde courte durée ; les patrons remplacèrent vite les grévistes par des femmes et par des Kroumirs (non syndiqués) qu'attiraient les salaires relativement élevés de la profession à Rome.
Après un mois dégrève, les grévistes se trouvaient à bout de ressources. Ils avaient épuisé 40.000 francs en réserve dans leur caisse de résistance et leur syndicat s'était endetté de 50.000 fr. Les sections italiennes de la Fédération leur avaient envoyé 30.000 francs, les sections étrangères 12.000, les autres syndicats et le parti socialiste italien 30.000 francs ; mais ils ne pouvaient plus compter sur de nouvelles contributions. La plupart des chefs syndicaux et les socialistes continuaient à les soutenir ouvertement pour ne pas compromettre leur cause, mais ils leur donnaient, en particulier, le conseil de céder et d'accepter, tandis qu'il était temps encore, la journée de 9 heures offerte parles patrons.
Les syndicaux révolutionnaires et les anarchistes proposaient au contraire le recours à la grève générale prèchée à Rome bien des fois et toujours sans succès. Ils l'emportèrent ; la Chambre du travail de Rome décida la cessation du travail dans tous les métiers de la capitale; elle groupait à ce moment 34.000 syndiqués sur les 180.000 ouvriers de Rome.
La grève commença le mercredi saint. La plupart des imprimeries, même celles des journaux, s'arrêtèrent. Tous les cochers et voituriers se retirèrent delà circulation ; une partie des boulangers cessa le travail.
Le moment était bien choisi pour agir sur l'opinion. On se trouvait à l'époque où les touristes affluent : les trains à prix réduit commençaient, le jour même de la grève, à déverser dans Rome des Iroupes de pèlerins venus pour la semaine sainte. Toute la vie allait être désorganisée, si la grève devenait vraiment générale. Mais les tramways, après une demi-journée d'arrêt, se remirent à rouler, protégés parla police, Les impri-
meries, sous la même protection, firent fonctionner leurs presses. Les boulangers, menacés d'être remplacés par des soldats, retournèrent aux fours. Enfin les cochers et les voituriers, ne voulant pas perdre les meilleures journées de l'année, remontèrent sur leurs sièges. Les bersagliers et la cavalerie, patrouillant de poste en poste, dispersèrent les manifestants ; il n'y eut nulle part de violences sérieuses contre ceux qui travaillaient. Au bout de deux jours, la grève générale cessait complètement et les typographes restaient isolés.
Ils essayèrent alors d'obtenir ce qu'ils avaient refusé d'abord, la journée de 9 heures ; mais les patrons ne voulurent plus rien entendre. Après avoir tenu encore une semaine, les typographes reprirent le travail. Leur grève avait duré 47 jours. Ils ne retrouvèrent même pas les anciennes conditions. Les patrons avaient mis aux linotypes des femmes avec salaires inférieurs ; ils les gardèrent et la Fédération, ruinée, ne put que faire entendre des vaines protestations. En outre les patrons n'employèrent plus comme chefs d'équipe que des non syndiqués.
Note sur les lois de protection ouvrière.
La première loi importante de protection ouvrière en Italie est celle de 1886 sur le travail des femmes et des enfants. Le gouvernement s'est peu occupé d'intervenir dans ces questions avant la fin du xixe siècle : plusieurs lois importantes ont été publiées ou préparées de 1895 à 1898. Mais la grande période de la législation sociale a commencé en 1901 avec le gouvernement des gauches. Une foule de projets de loi ont été proposés et la protection du travail a reçu un commencement d'organisation sous le ministère Zanardelli.
La législation sociale ressortit au ministère de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Ce ministère a été pourvu d'un Office du travail {Ufficio del lavoro) par la loi du 29 juin 1902.
Les services sociaux du ministère comprennent — outre cet Office du travail — un Commissariat général de l'émigration et une Caisse nationale de prévoyance pour la vieillesse et l'invalidité (1).
(1) Sur cette caisse, voir dans les Mémoires et Documents du Musée social, décembre 1902, l'étude de M. Paul Ghio. Une loi du 11 avril 189S a rendu obli-
L'Office de travail est jusqu'à présent surtout un office de statistique. Il ne dispose pas de l'autorité nécessaire et du service d'inspection qu'il faudrait pour assurée partout l'application des lois de protection ouvrière : l'Italie n'a que deux inspecteurs du travail.
En même temps que l'Office, a été institué un Conseil supérieur du travail formé de 43 membres ; 22 sont élus (3 par le Sénat, 3 par la Chambre, 4 par les Chambres de commerce, 4 par les Comices agricoles, 3 par la Fédération des sociétés de secours mutuels, 3 par la Ligue nationale des coopératives, 2 par l'Association des banques populaires) ; 7 sont des directeurs de ministère parmi lesquels figurent celui de l'Office du travaillelui de la prévoyance, et le commissaire général de l'émigration ; 14 sont nommés sur la proposition du ministre de l'agriculture, industrie et commerce. De ces 14 membres, deux sont pris parmi les mineurs de Sicile et de Sardaigne, un parmi les travailleurs des ports maritimes, quatre parmi ceux des champs. C'est la seule représentation ouvrière. Les Fédérations de syndicats ouvriers ne sont pas comprises parmi les corps ayant droit à une représentation élue.
Parmi les lois de protection ouvrière votées sous le ministère démocratique Zanardelli-Giolitti il faut signaler surtout :
1° La loi du 28 juillet 1901 et le décret du 21 mai 1902 réorganisant la Caisse nationale des retraites pour l'invalidité et la vieillesse.
2° La loi du 19 juin 1902 sur le travail des femmes et des enfants dans les fabriques et les mines, augmentant les mesures de protection ordonnées par une première loi de 1886, supprimant le travail de nuit pour les femmes et interdisant d'employer les enfants au-dessous d'un certain âge.
3° Les projets de loi sur le contrat du travail et sur les contrats agraires (1).
gatoire l'assurance contre les accidents du travail (Texte traduit dans Y Annuaire de la législation du travail, 1898).
(1) Je n'insiste pas sur ces lois et projets, car ils ont été étudiés en français par M. Filippo Virgilii dans la Revue internationale de sociologie, numéro d'avril 1903. Les textes de lois et de règlements ont été publiés en français dans VAnnuaire de la législation du travail édité par l'Office du travail de Belgique depuis 1891 et dans le Bulletin de l'Office international du travail, Berne, Paris, Iéna, paraissant tous les 2 ou 3 mois depuis 1902.
Les études préliminaires (Studii preliminari. Osservazione e Notizie, p. C. Cavagnari et les importants procès-verbaux de la Commission pour l'étude des contrats agraires et du contrat de travail (Verbali e articoli di legge propositi,
EN ITALIE 9«i
4° Le projet d'extension des conseils des prud'hommesviri) et de la conciliation à la culture (14 mai 1902) (1).
Projet de traité de travail franco-italien.
Le Sénat français a récemment discuté la réduction de la journée de travail à 10 heures. Au cours de ce débat. M. Waddington, sénateur, déclara que les industriels français risquaient d'être mis en état d'infériorité vis-à-vis de leurs concurrents étrangers, si des mesures de protection ouvrière identiques n'étaient adoptées simultanément dans les divers pays. Il rappela qu'une conférence avait été réunie à Berlin pour traiter ce sujet et il se plaignit qu'elle n'eût abouti à rien et qu'aucun gouvernement n'eût pris dans la suite l'initiative d'un mouvement pour établir une entente internationale au sujet de la protection ouvrière.
Dans la séance du 22 mars 1904, M. Trouillot, ministre du commerce et de l'industrie, lit la réponse suivante dont j'emprunte les termes au Journal officiel :
« C'est très justement que l'honorable M. Waddington, parlant de la répercussion que les législations des divers pays peuvent avoir les unes sur les autres, appelait l'attention sur l'intérêt des conventions internationales relatives à la protection des travailleurs.
« Je suis heureux de pouvoir dire à M. Waddington que le gouvernement a marqué son désir d'entrer dans cette voie ; qu'en janvier 1904, une conférence a eu lieu à ce sujet à Rome entre les représentants des gouvernements français et italien ; qu'un projet de convention a été élaboré et que je compte pouvoir le soumettre très prochainement à la délibération du gouvernement. » [Très bien! très bien !)
Roma, 1902), le rapport de la commission (Retazione det présidente, Roma, 1902), enfin les deux projets de loi (Disegno di legge sul contralto di lavoro : Designo sui contratti agrari, 26 nov. 1002) se trouvent à la bibliothèque du Musée social. L'étude de M. Virgilii indiquée plus haut, en donne l'analyse. — V. encore A. Cabbiati, I primesi mesi di vita del Ufficio det lavoro governativo, dans la Riforma sociale, lo janvier 1904, et le Bulletin de l'Office du travail de Paris (mensuel).
I L'arbitrage et la conciliation dans l'industrie <.>nt été étudiés par M. fl daas les Mémoires el Documents du Musée social, septembre 1903. Le projet de loi sur l'extension delà prud'homie au travail rural {Disegno di legge... . isùtuzione di Collegi di probi viri per l'agricoltura) se trouve à la Bibliothi du Musée social.
On sait de diverses sources que les négociations auxquelles M. Troui Ilot faisait allusion ont été poursuivies entre M. Luzzati, ministre du Trésor, M. Nava, ministre de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, représentants de l'Italie, M. Barère, ambassadeur de France et M. Arthur Fontaine, directeur du' travail au ministère du commerce et de l'industrie à Paris, représentants de la France.
On ne connaît pas les détails du projet, mais ses grandes lignes se laissent aisément deviner. Il semble que l'Italie veuille assurer à ses nationaux le bénéfice des lois françaises de prévoyance, tandis que la France cherche à réduire, en obtenant l'assurance d'une application stricte des lois ouvrières en Italie, la concurrence faite par le travail italien au travail français.
Si l'Italie applique exactement la loi de \ 902 sur le travail des femmes et des enfants, les conditions du travail en Italie s'amélioreraient et la concurrence que l'Italie fait à la France par le travail de nuit des femmes et par l'emploi de jeunes enfants se trouverait sensiblement diminuée.
On songera probablement à demander que l'Italie nomme des inspecteurs du travail : j'ai déjà dit qu'elle n'en a pas plus de deux ; dans ces conditions, les lois de protection ouvrière restent lettre morte.
Ce projet de convention a l'avantage de préparer un résultat pratique, la diminution de la concurrence internationale en appliquant des principes de justice et enles faisant officiellement reconnaître. Dans la discussion au Sénat français, M. Méline se plaignait que la législation ouvrière fût plus avancée en France que dans les pays voisins et il indiquait comme remède contre la concurrence économique l'élévation des tarifs. Le moyen n'est pas sans efficacité, il a déjà été employé, mais peut-être les mesures que la France et l'Italie essayent pour la première fois, seront-elles plus fécondes en résultats. Les principes établis par la convention franco-italienne ont leur application dans tous les pays civilisés. Si le gouvernement fédéral helvétique donne suite à son projet de réunir une conférence internationale pour traiter de la protection ouvrière, il trouvera la France et l'Italie prêtes à répondre à son appel et leur adhésion en amènera d'autres.
Le jour où Je traité de travail franco-italien sera appliqué, une période nouvelle s'ouvrira dans l'histoire de la législation ouvrière.