Des remèdes moraux
Appendices de la science de îa culture de l’âme. De l’harmonie entre le bien de IM me et le bien du corps.
Tandis que ce petit ouvrage était sous presse* un livre posthume de M, le comte Joseph de Maistre a paru sous ce titre : Examen de la philosophie de Bacon , Pour tous ceux quj. cultivent les lettres chrétiennes, c'est une joie que d'entendre de nouveau une voix amie et respectée qu’ils croyaient éteinte pour toujours. (Test une
Joie surtout de reconnaître que cette voix sortie du tombeau n’est point trompeuse , et d y retrouver cet accent noble et fort qui ne peut se contrefaire. Le livre de M. de Maistre porte en lui-même les honorables preuves de son authenticité C'est l'achèvement de la pensée dominante de fauteur restée incomplète dans les Soirées de Saint-Pétersbourg* C’ed le dernier assaut de ses longues et énergiques luttes contre la philosophie du iS° siecle* Comme cette odieuse famille de systèmes sensualistes, matérialistes, athées, pour cacher sa honteuse naissance, se prétendait issue du génie de Bacon, qui ne pouvait, dans fe silence de la mort, désavouer une telle paternité, M. de Maistre va saisir Bacon lui-même, le poursuit tour à tour sur le terrain de la logique , des sciences naturelles , de la métaphysique et de la religion , et le jugeant vaincu par une sentence quon ne peut s’empêcher de trouver sévère, il le déclarer usurpateur de gloire et le dégrade du nom de grand homme* Ou reconnaît bien la le rude joûteur qui a rompu de si bonnes lances contre Ctmdillac , Locke et Voltaire ; ce coup d’œil vigoureux et impitoyable que nul éclat n éblouit, qui sonde les plus fortes armures et en trouve toujours le défaut : cette invective acérée, aiguisée par le ridicule, et qui laisse des traces ineffaçables là où elle a frappé* Quelquefois aussi, oubliant son rêle de critique, M. de Maistre expose avec majesté tes grandes visions de son intelligence et développe des idées magnifiques sur la nature du génie, sur l 1 union de la science et de la foi, sur les causes finales. Ces aperçus, ménagés avec art, sont comme autant à 'échappées qui agrandissent !a scène du combat et lui
donnent plus de profondeur et de lumière. C'est là ce que nous admirons sans réserve.
Mais nous ne saurions accepter de meme la rigueur du jugement que l'illustre écrivain prononce coutre la philosophie de Bacon,
“Nous ne pouvons entreprendre de répondre en détail à tous ses reproches; on trouvera la réponse dans une lecture calme et impartiale du De dtgmtrfte et augmentis , ou du Nôvimi organum. Peut-être aurait-on droit de se plaindre de l'aspérité des formes que revêt quelquefois l'illustre censeur> et de regretter que certaines ironies n'aient pas reçu tout le poli et toute la finesse qu'il leur eût donnés sans doute s'il lui eût été permis d achever son œuvre. Il nous semble que M. de Maistre a été entraîné , subjugué par une polémique qui, aujourd'hui heureusement, cesse d'être opportune, par le besoin de combattre une école qui descend silencieuse dans l'oubli. Il nous semble que la loyauté de M. de Maistre a été trompée par les assertions mensongères de cette école qui a voulu se donner l'honneur d'avoir exécuté le testament et glorifié la mémoire de Bacon. M. de Maistre insiste beaucoup sur ce point que Bacon, porté sur les autels de la phi'osophie par les hommes du i$ e siècle, fut ignoré des grands esprits du qu'à l'exception de Gassendi, nul des célèbres penseurs de ces temps ne connut les œuvres et ne ressentit l'influence du chancelier de Vérulam. C'est là une grave erreur; et puisqu'elle semble être le fondement principal du jugement que nous déclinons, nous lui opposerons les témoignages de Leibnitz 7 qui appelait Bacon un homme
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divine divini îngcnii vir Francisais B aconits [Confessio ftdei)ï de Boyle (Works, t, ï, p. iç)G 3 45S. etc,); de Bodley (lettre à Bacon): de Eoerhtave [Methoâus discentli meefàèinam}, qui attribuait au génie de Bacon une action puissante sur celui de Descartes ; de De souries lui-même enfin qui écrivait les lettres suivantes :
Au père Me sienne,
« Vous me mai fdét que vous désirer faire des expériences utiles; à cela je n’ai rîcn à dire après ce que Vemlamius en a écrit..
« Vous m’avez autrefois mandé que vous conuaissies des gens qui se plaisaient a travailler pour l'avancement des sciences jusqu’à vouloir même faire toutes sortes d’expériences à leurs dépens. Si quelqu’un de cette humeur roulait entreprendre d’écrire l T bistolre des apparences célestes ? ! selon la méthode de T"ermmniùà* et que , sans y admettre aucunes raisons ni hypothèses ? il nous décrivît exactement le ciel tel qu’il paraît, cet ouvrage serait plus utile au public quHl ne semble d'abord 5 et il me soulagerait de beaucoup de peine,
« II me semble que les illustres de la science ne sauraient prendre un plus digne et plus nécessaire emploi que celui d'aplanir ces difficultés (il s’agit d'uni problème d’algèbre). Pour les y exciter, vous leur pourriez dire que j’ai fait quelques progrès dans cette matière , et qu’ü y a beaucoup h découvrir et à inventer. Vous pourriez même en écrire en Italie et en Hollande, afin que la pro-
plietie du chancelier 0‘ Angleterre s’accomplisse : n Mal U pertransihunt et augcMtur scimtia. »
Sans énumérer tous les autres témoignages contemporains et les traductions des livres de Bacon,imprimées, de son vivant, en France et en Italie, nous pouvons citer encore ces lignes du Journal des Savans, 3 mars 1666 :
«Le grand chancelier Bacon est un de ceux qui ont le plus contribué à Ta van cernent des sciences. Son second livre j ou Jfavitm or g tu mm 3 est un ouvrage excellent que cet auteur a considéré comme son chef-d'œuvre (i), »