Même lettre
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des foyers de l’ancienne France. Toutes ces recommandations des pères aux enfants, tous ces beaux conseils de religion, de piété, d’honnêteté, d’honneur, dictés par le sentiment de la responsabilité paternelle, tous ces éloges des vertus des parents tracés par les enfants, que nous avons cités ailleurs, semblent, sous la plume de leurs auteurs, vivant à des époques différentes et étrangers les uns aux autres, prendre les mêmes formes simples et nettes, traduisent la même solidité et la même spontanéité d’une foi qui a la vue claire des choses de Dieu. Marie-Marguerite nous fait admirer le fruit de telles éducations. Elle va droit au grand mystère, fondement des sociétés chrétiennes. Un amour infini a sauvé le monde : les oeuvres inspirées par cet amour continuent sur la terre le relèvement divin opéré par la Rédemption. Voilà la puissance sociale de la charité. Voilà aussi ce qui constitue la famille chrétienne dans son union féconde de prières et dans sa com-
munauté permanente de mérites Ses membres se succèdent; ils disparaissent après avoir accompli leur tâche : la famille ne meurt pas, elle vit toujours et la meilleure partie d’elle-même est celle qui appartient à cette Église triomphante dont les secours viennent en aide à l’Église militante et à l’Église souffrante. Dans la famille chrétienne, on ne se dévoue pas et on ne se sanctifie pas seulement pour soimême. Pères, fils, frères, parents, ancêtres, se communiquent et se transmettent des trésors de mérites acquis.
Les temps des grandes épreuves, pour les
1. Il n’est presque pas de Livre de raison , pas un testament, où ne soit exprimé ce sentiment de la solidarité de mérites et de prières qui rattache les membres d’une famille à leurs devanciers. Nos pères nous ont laissé sur ce point de bien remarquables témoignages de leur esprit de foi.
Le dévouement au prochain, la charité envers les pauvres étaient de leur part l’objet de prescriptions solennelles.
Voy. notre livre : Les Familles et la Société en France avant la révolution, Liv. III, Chap. 3 ; « La bénédiction paternelle et la vie future. »
sociétés et pour les individus, sont ceux où ces sentiments se réveillent dans les âmes. On le vit bien pendant cette terrible peste de 1720. Marie-Marguerite vient de nous dire combien elle travaillait, non-seulement pour elle-même, mais pour tous les siens et pour son pays. Voici l’exemple d’un fils qui se consacre aux pestiférés pour la conversion de sa mère.
Un jeune homme de trente-trois ans, Arnaud de Bonnecase, fils d’un conseiller au Parlement de Béarn, veut obtenir de Dieu l’abjuration de sa mère protestante, jusqu’alors très-attachée à ses erreurs. Il accourt en Provence, il entre à Aix dans le même hôpital où sont les demoiselles de Ribbe, et il meurt bientôt victime de la contagion. Jean Sabathier lui exprime sa douleur de ne pouvoir le rendre à la vie. « Hélas ! répond-il, ne vous afflige 7 point, c’est la première grâce que je vous demande. Je meurs très-content ; ne pleure 7 point comme ceux qui nont point d’espé-
rance, je vais avec confiance à Celui qui m’a envoyé. Mais j’ai ma mère qui, encore dans l’erreur et dans l’hérésie, peut exciter davantage voire compassion. Je suis venu ici particulièrement pour obtenir de Dieu sa conversion, et je vous prie de la recommander à Dieu dans vos prières. C’est la marque que j’attends de votre amitié. Que Dieu fasse luire sur elle la lumière de sa vérité ; qu’il ôte le voile qui lui couvre les jeux de l’esprit, et qu elle voie ! »
« J’avais la larme à l’œil pendant ces paroles, continue le témoin de cette émouvante scène. Un moment après, il expira, et Dieu fit voir, bientôt après sa mort, qu’il avait eu pour agréable son sacrifice, puisque madame sa mère se convertit.
J’appris depuis qu’elle était une des meilleures catholiques du pays. »