INTRODUCTION
Des deux chroniques que nous publions dans ce volume, l'une s'étend des origines à l'année 1544, l'autre rapporte les faits qui se sont passés entre les années 1559 et 1569 et donne surtout de grands détails sur le siège de Rouen en 1562.
La première de ces chroniques nous a été conservée par deux manuscrits qui se complètent l'un l'autre et dont voici la description :
1° Manuscrit n° 18930 du fonds français de la Bibliothèque nationale, ancien S® Germain français 1488, sur papier, ayant fait partie de la bibliothèque Coislin. Il mesure 27 cent, de hauteur sur 21 de largeur, et comprend les cotes 1 à 155, mais il n'a, en réalité, que 140 feuillets, car, si l'on trouve trois feuillets cotés 58 bis, 63 bis et 111 bis, par contre le feuillet qui suit le 68® est coté 69-78, et celui qui vient après le 130^ porte la cote 131-140; c'est d'ailleurs une simple erreur de numérotation, car en ces deux endroits le texte ne présente aucune lacune. Les coins des derniers feuillets ont été fortement endommagés par l'humidité, et il paraît en manquer à la suite un certain nombre. Le texte se termine par le récit de l'entrée d'Anne de Bretagne à Paris (f. 150 v° à 155 v"), et par ces vers :
viij.
Treshaulte excellente princesse, Vous serez la tresbien venue ; Triuraphamraent serez reçue Souveraine et raaistresse
de nous en grand lecsse
leaument et vous salue.
Ce manuscrit, dont l'écriture est du xvi^ siècle, sera désigné par la lettre P . La rédaction de la chronique est d'ailleurs postérieure à 1522, puisqu'il y est dit que François I*"" fît ôter, en cette année, le treillis d'argent que Louis XI avait fait poser devant la châsse de saint Martin de Tours.
2° Le second manuscrit, que nous désignerons par la lettre L, a appartenu jusqu'à ces derniers temps à notre regretté confrère M . Charles Lormier, qui l'avait acquis à la vente de M. Edouard Frère, bibliothécaire de la ville. Il a fait autrefois partie de la bibliothèque Bigot, où il portait la cote B 21 ; nous le trouvons plus tard, à une date que nous ne saurions préciser, en la possession d'un M. Carpentier, comme l'atteste Vexdono qu'on lit au revers du plat de la reliure : « A M. Ed. Frère, de la part de M*'* Bédis^ en souvenir de ses amis M. et M""® Carpentier, le 6 novembre 1823. » Au-dessus de ces lignes se trouvent les armes de la famille Bigot et Veœ-libris de M. E. Frère, qui n'est autre d'ailleurs que sa marque de libraire, au-dessous un ex-libris, sans doute de M. Carpentier, écu portant les lettres F G et au-dessous C, posé sur deux ancres en croix surmontées d'un bonnet de Mercure, et enfin Veœ-libris de M. Lormier. Il est regrettable que, après le décès de M. E. Frère, on n'ait pas songé à l'acquérir
pour la Bibliothèque municipale de Rouen, où sa place était toute marquée. Fort heureusement, il n'a pas été perdu pour notre ville, grâce à M. Ch. Lormier, qui l'a fait entrer dans sa riche bibliothèque et qui, bibliophile aussi obligeant qu'érudit, a bien voulu nous le confier, ce dont nous lui restons vivement reconnaissant.
Le ms. L, de 28 cent. h. sur 20 cent. 1., comprend 58 feuillets en papier, paginés 1-156, dont un certain nombre sont restés blancs, au commencement, à la fin et dans le corps du volume ; de larges blancs se rencontrent également dans beaucoup de feuillets ; ils semblent avoir été réservés pour l'inscription à leur date des faits intéressants que l'on viendrait à recueillir. L'écriture est du xvi® siècle, mais non partout de la même main ; quelques faits ont été postérieurement ajoutés au texte primitif. Le texte finit avec la dernière ligne de la page 142. On remarque dans ce ms. plusieurs blasons en couleur. Au dos delà reliure est frappé ce titre ; Annal / de / Norrn. / M. S.
La composition des deux manuscrits P et L présente de grandes difi'érences.
Les deux premiers feuillets du ras. P contiennent, r° et v°, la description des cloches de Notre-Dame de Rouen, sous cette rubrique : Ensuivent les noms des cloches qui sont aux trois tours de Nostre-Dame de Rouen. Elle a été publiée d'après une copie de l'abbé Maze, dans le t. XI, P® livraison, p. 143-151, du Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine- Inférieure, et a fait l'objet d'une étude critique de
M. Bouquet, dans la 2^ livraison, p. 337, du mêmefîM^letin. Elle ne se trouve pas dans le ms. L.
La chronique commence au folio 3 recto du ms. P, sous cette rubrique : La fondation de Rouen. Même texte, sauf quelques variantes, à la V^ page du ms. L, avec cette mention écrite en marge : Fondation de la ville de Rouen et son agrandissement.
Immédiatement après, les deux mss. s'éloignent beaucoup l'un de l'autre.
Le ms. P présente d'abord, ainsi que bon nombre de chroniques latines et françaises, une histoire générale, fort insignifiante, du monde, divisée en six époques : les cinq premières d'Adam à Jésus-Christ, la sixième commençant à Jésus-Christ et non encore terminée. Le compilateur n'y traite guère que des personnages qu'il appelle les neuf preux; six d'entre eux, trois juifs, David, Josué, Judas Macchabée, trois payens, Hector, Alexandre, Jules César, appartenant aux cinq premières époques, les autres, trois chrétiens, Artus, Charlemagne et Godefroy de Bouillon venant à leur rang chronologique parmi les faits de la sixième époque- Un sixain mis dans la bouche de chacun d'eux les caractérise. Avec la sixième époque commence la nomenclature très sèche et parfois inexacte des papes, des évêques et archevêques de Rouen, et de quelques personnages de marque. Le compilateur y intercale plusieurs faits relatifs à Rouen ou à l'histoire générale et donne ensuite l'histoire sommaire des premiers ducs de Normandie et des rois d'Angleterre qui ont possédé cette province jusqu'à sa reprise par Philippe-Auguste.
Rien de tout cela n'est contenu dans le ms. L. A la suite de « la Fondation de la ville de Rouen et son agrandissement », on y trouve :
1° p. 3-5, le texte latin de la buLle par laquelle le pape Clément VI fonda à Rouen le collège des démenti ns ;
2° p. 6, une note relative à la rente faite par la ville à ce collège, et un modèle de quittance ainsi libellés :
Nota qu'il est deu aux devantz d^ chappelains des Clementins sur l'hostel de la ville de Rouen la somme de six vingtz livres tournois qui se paient a deux termes de Pasques et sainct Michel par moyctié par le recepveur de lad. ville de Rouen pour la fondation faicte par led. pape Clément vime ausd. Clementins, de laquelle fondation la quictance que [lej chappitre en baille aud . recepveur pour chacun terme la teneur ensuy t : Sachent tous, etc., que nous Doyen et chappitre de léglise Nostre Dame de Rouen, confessons avoir eu et receu de Nicolas Osraond, recepveur de la ville de Rouen, la somme de soixante livres tournois, qui deue estoit par ladicte ville au terme sainct Michel derrain passé pour moitié dannée pour tourner au profit et usage des chappellains du collège des Clementins en nostre église, etc., de la fondation de (sic) l'eu pappe Clément vje de laquelle somme de Ix livres tournois pour led' terme. Nous nous tenons pour bien contens et en quictons ladicte ville. En tesmoing de ce nous avons faict sceller ceste quictance du seel de nostre église. Ce faict en nostre chappitre lan de grâce mil. iiijcc iiijxx et unze le xx» de novembre. Ainsi signé : P. Audelin.
3° p. 7-9, le texte latin des Ordinationes ecclesiœ Rothomagensis pro rege Carolo quinto, dont le résumé se trouve en français dans le ms. P, p. 71-74 de notre édition. A la suite de ce texte le ms. L ajoute :
Les obitz solenncz dud* Charles v^e vallent chacun la somme de vingt livres tournois. Et ont les chanoines les deux partz et les chappellains la tierce, qui vault en tout vj 1. xiij s. iiij d. t. Et les obitz non solennez XV 1. Et ont les chanoines comme dessus les deux partz. Et lesd. chappelains la tierce qui vault cent solz tournois. Et prennent distribution en