SOMMAIRE
Anne le Bourg, conseiller, exécuté a Paris, p. i85. — Tournelles, p. i85. — Mort de monsieur Mynart, président, p. i85. — Recousse d'un prisonnier condampné à mort, p. i86. — Procession gencralle ou assista la court de parlement, p. i88. — Conspiration contre le Roy et sa royalle maison, p. 189. — Esmotion populaire pour la rclligion, p. 189. — L'autheur de l'esmotion bruslé tout vif, p. 189. — Execution d'un seditieulx, p. igo. — Mort du roy François deuziesme, p. 190. — Estatz generaulx tenuza Orléans, p. igi. — Edict du roy Charles IX' de déclaration de la relligion antienne publyéc a Rouen, p. jgi. ^ Pierre Quictart pendu à Rouen pour espion, p. 192. — Le cardinal de Ferrare, légat en France, p. 192. — Entré[e] du roy Charles IX à Paris, p. 192. — Agression faicte au cappitaine Maze, p. 193. — Mort du S'' du Bois, p. ig3. — Assemblée de ceulx de la nouvelle relligion en armes, p. 194.
Les Cellestins pillez et leur maison saisie, p. 194. — L'hostel de la ville et les armes estans en icelle saisiz, p. 194. — Monsr de Villebon mis hors du chasteau et de la ville de Rouen, p. igS. — Monsieur de Baudribosc, conseiller, envoyé par la court vers le Roy, p. igS. — Fuite des relligieulx des couventz de Rouen, p. ig5. — La tour du Coullombier garnye d'artillerie de l'hostel de ville, p. igS . — Le duc de Bouillon entre dans Rouen, p. ig5. — Ledict duc alla au Pallaiz, p. 19O, — Insinuation du privillege sainct Roumain, p. 196. — Ung soldat de la nouvelle relligion decappité pour avoir pillé la maison des Celestins, p. 197. — Sortye des soldatz pour aller contre aulcuns
pillars ou Pont Sainct Pierre, p. 197.— L'abbaye Sainctc Catherine saisie et garnison mise dedans, p. 197. — Ruyne des ymages des parroisses de Sainct Nigaise et Sainct Gervais, p. 198.— Ruyne genei-alle de tous les autelz de Rouen, p. 198. — La grand esglise Nre Dame invadée et forcée, p. 198. — Ruyne de la court esclesiastiqiie, p. 199. — Combustion des ymages et de tous les ornements des temples, p. 199. — Cappitre de Rouen tenu en la maison archiepiscopalle, p. 200. — Les clefz de la sacristie N'e Dame présentées au duc de Bouillon et reffusez, p. 200. — Le duc de Bouillon visite Nre Dame et la sacristie d'icelle, réduit le nombre des soldatz soubz Helliot Carrel, cappitaine, p. 200. — Le duc de Bouillon entre au Viel Pallaiz et parlamente avec le cappitaine des gallaires, p. 201. — Les gallaires rendues aux cappitaines de Rouen, p. 20 j. — Courses faictes par la rivière de Seine avec lesd, gallaires, p. 202. — Cappitre tenu aud. manoir archiépiscopal, p. 201.
Sortie des gens de guerre de Rouen sur Dernestal avec la fuite des soldatz et detïaicte dud. lieu, p. 2o3. — Feuz miz en plusieurs lieux a Lonpaon et Dernestal, p. 2o3. — L'église et maison des Chartreux bruslées, p. 2o3. — Les esclaires de toutes les caves delà ville estouppés et piastres, p. 204. — Troubles es champs, p. 204. — Le duc d'Aumalle envoyé pour gouverner Rouen, p. 204. — Apareilz a Rouen pour résister contre led. duc d'Aumalle, p. 2o5. — La court de parlement de Rouen deseparée, p. 2o5. —Disposition des affaires de la ville pour ceulx de la nouvelle reliigion, p. 206. — Assemblée des gens au Pont de l'Arche pour le iluc d'Aumalle, p. 206. — Monstres generalles a Rouen, p. 207. — Assault desDieppois contre ceulx d'Arqaes, p. 207. — Le chasteau d'Arqués^ assiégé par les Dieppois, p. 207. — Mort de monsieur de Baudribosc, conseillier, p. 207.
Sommation de par le duc d'Aumalle a ceulx de Rouen de lui rendre les clefz de Ix ville et le recepvoir, p. 207. — Camp du duc d'Aumalle sur la montaigne Saincte Catherine, p. 208. — Camp de ceulx de [Rouen] sur lad. montaigne, p. 209. — Commissaires depputez par le Conseil de la ville de Rouen pour visiter la sacristie de Nre Dame, p. 209. — Aultres commissaires pour invantorier les rellicques de lad, sacristie, p. 210. — La rivière de Robec destournéede son cours, p. 212. — Relicquaires et joyaux de l'église de Rouen descouvers, p. 21 S. — Monsieur d'Oisel envoyé par la mère royne a Rouen,
p. 214. — La table d'argent du grand hautel de l'csglise de Rouen rompue, p. 214. — Argenterie et or levez et transportez de lad. sacristie, p. 217.
Camp [du] duc d'Aumalle levé de devant Saincte Catherine, p. 2 1 7. — Monsieur de Morviller entre dans Rouen, p. 218. — Retour de Ja rivière de Robec, p. 218. — Monsieur de Lanquetot sorty de Rouen, p. 2 18. — Monstres generalles a Rouen, p. 219. — Ungprebstre pendu pour vollerie, p. 219. — Sortye des gens de guerre de Rouen pour aller au Pont de l'Arche, p. 2 1 g. — Assault de ceulx de Rouen contre la ville du Pont de l'Arche, p. 220. — Le duc d'Aumalle laisse son entreprinse du Havre pour venir au Pont de l'Arche, p. 221. — Monsieur de Morviller entre en l'esglise de Rouen et revisite la sacristie, présence de Cotton, Soquence et aultres, p. 221.
Allarme cryée a Rouen, p. 221. — Courses des gens de cheval de Rouen, p. 222. — Le duc d'Aumalle donne assault et bat de canons le fort de Saincte Catherine, p. 222. — Monsieur de Lanquetot estant sur les rempardz du fort de Saincte Catherine tué et occiz d'un coup de canon, p. 22J. — Le cours de Robec destourné, p. 223. — Le canon tiré d'une part et d'aultre, p. 223. — Balles de leine portées au fort, p. 224. — Cavellerie de Rouen sort pour aller a Dernetal, p. 224. — Faulx allarme donné, p. 225. — Assemblées faictes en plusieurs lieux par les huguenotz pillans et destruisans le pays, p. 22 5. — Tranchées nouvelles au boys de Turingues pour le duc d'Aumalle, p. 227. — Allarme cryée, p. 228. — Criée faicte a Rouen touchant les habitans qui s'estoient absentez, p. 228. — Le moullin du président d'Emandreville bruslé par les gens du duc d'Aumalle, p. 229. — La capse sainct Roumain avec plusieurs aultres rellicques prins a la sacristie, p. 229. — Escarmouches des gens du duc d'Aumalle contre le fort de Saincte Catherine, p. 23o. — Trefves d'un jour, p. 23o. — Assault des gens dii duc d'Aumalle contre le fort, p. 23 1. — Le duc d'Aumalle levé son camp et se retire au Pont de l'Arche, p. 23 1.
Sortie du peuple de Rouen pour veoir la place du camp levé, p. 232 — Le cours de Robec remiz, p. 232. — Courses des soldatz de Rouen, p. 233. — Monstres generalles a Rouen, p. 2 33. — La ville de Pontcaudemer prinse par les gens du duc d'Aumalle, p. 234. — Les clefz de la ville de Lizieulx apportez auJ. duc d'Aumalle, p. 234. — Prinse d: la ville de Honnetieur par le duc d'Aumalle, p. 235. — Courses de soldatz, p 233. — Réparation au fort de Saincte Cathe-
rine, p. 2 35. — Ceulx de Rouen avec la gallere vont a Caudebec et s'en retournent sans riens faire, p. 235. — L'abbaye de Jumieges pillée par les solJatz de Rouen, p. 235. — Allarme cryée de nuict, p. 336. — Arrivée de mons'' de Bourry dans Rouen, p. 237. — Les maisons et jardins de la porte Cauchoisse abattuz, p. 237. — Allarme grand et ridicuUe, p. 237. — Esmotion des harquebusiers de la ville de Rouen, p. 237. — Sortye des soldatz de Rouen pour aller a Caudebec, p. 238. — Les esglizes de Barentyn et Paviliy pillez et les ymages abbatuz, p. 238. — Réparations et fortiffications avec ruyne des maisons et jardins des faulxbourgtz de Rouen, p. 23g. — Allarme hors le pont, p. 239. — La sacristie visitée par lecappitaine des munitions de guerre, p. 240. — Sortie des soldatz de Rouen pour aller a Blain ville, p. 240. — L'esglise collegialle de Blain ville pillée, p. 24 1 .
— Département de Monsieur de Morviller de Rouen, p. 241. — Entreprinse d'aucuns cappitaines et soldatz de Rouen pour aller a Louviers, p. 242. — L'esglise collegialle de la Saussaye pillée, p. 242. — Bourgeois de Rouen constituez prisonniers par ordonnance des gouverneurs, p. 243. — Allarme hors le pont, p. 243. — Ladicte sacristie de rechef visitée, p. 244. — Faulx allarme au fort Saincte Catherine, p. 244. — Monsieur de Bricqueman entré a Rouen et envoie par monsieur le prince de Condé pour gouverneur, p. 244, — La gallerme part de Rouen pour aller au Havre de Grâce et secourir le chasteau de Tancquarville, p. 244. — Sortie des soldatz de Rouen pour aller rencontrer monsieur de Villebon retournant de Tancquarville, p. 245.
— Le comte de Montgommery entre a Rouen, p. 246. — Prédication au temple Nre Dame de Rouen, p. 246. — Partye de monsieur de Bricqueman, p. 246. — Le duc d'Aumalle fait sommer la ville de se rendre, p. 246. — Sortye pour aller a Claire, p. 247. — Lesclefz de la sacristie baillées a monsieur le comte de Montgommery, p. 247. — Le villaige de Limesy pillé, p. 248. — Vastation des faulxbourgs de Cauchoise, Sainct Gervaiz et Bouvereul, p. 248. — Trompette, p. 248.
— Vastation des faulxbourgs de Sainct Hillaire, Martinville et Sainct Sever, p. 24S, — Le fort battu, monsieur de Gordes blessé, p. 249.
— Escarmouches, p. 249. — La gallere retourne du Havre avec les Escossois, p. 249. — Tranché[e]s de dehors, p. 249, — Prinsedu fort de Saincte Catherine et auUresfurtz, p. 230. — Trompette envoyée a Rouen, p. 2 5o. — Rcsponce des gouverneurs de Rouen a lad. trompette,p.25i. — Escarmouches, p. 25i. — Trompette envoyée a Rouen, p. 252. — Anglois entrent a Rouen, p. 232. — Proparatifz des facinez,
p. 252. — Tranchées près Herico, p. 255. — Assault a la porte Saincte Hillaire, p. 253. — Assault a la brèche de Sainct Hillaire, p. 254. — Roy de Navarre blessé, p. 255. — Trompette envolée par le Roy et la mère royne a Rouen, p. 2 55. — Le Conseil de la ville de Rouen tenu auxCelestins, p. 256. — Allarmevollontaire, p. 256. — Trefves,p. 257. — Monsieur de Durescu envoie en hoslaige par le président d'Emandreville, p. 257. — Secours des Dieppoys envoiez a Rouen defFaict, p. 257. — Le Conseil de Rouen assemblé en la maison archiepiscopalle, p. 557. — Esmotionde soldatz faictc dedans et dehors a cause de monsieur de Claire, p. 257. — Durant les trefves messieurs d'O et Durescu traictent d'appoinctement, p. 258. — Ceulx de Rouen ne veullent accorder que les ministres sortent et envoient lettres a la mère Royne, p. 258. — Teneur des lettres envoiez a la mère Royne, p. 259. — Assault donné a la porte Sainct Hillaire, p. 264. — Escarmouches, p. 264. — Entreprinse et sortyc de la cavallerie de Rouen pour enclouer l'artillerie, p. 265. — Escarmouches, p. 266. — La sacristie de rechef ouverte et la chasse de Nre Dame prinse, p. 266. — Escarmouches, p. 266. — Prinscet sacaigement de la ville de Rouen, p. 267.
Execution des président d'Esmandreville, Socquence, Cotton et Marlorat, p. 267. — Le cappitaine de Çroses decappité, p. 268. — Le service divin recommencé à l'esglise Nre Dame, p. 268. — Commissaires depputez pour faire ouverture et visiter la sacristie, p. 268. — Le Roy faict faire la procession generalle ou il assiste, p. 269. — Trompette envoyée a Dieppe pour sommer les habitans soubz l'obbeissancedu Roy, p. 271. — Les reistres soubz la charge du comte de Reinthgrave se partent de Rouen pour aller au Havre de Grâce, p. 27 1 . — Le cœur de monsieur de Rendant, colonel de l'armée du Roy, (et) apporté et inhumé a l'église de Nre Dame, p. 272. — Commissaires depputez pour le chappitre pour aller par devers la mère Royne, p. 273. — Prédication en l'esglise Nre Dame par Reginaldy, docteur cathollicque, p. 274. — Retour de la rivière de Robec, p. 274. — Département du Roy de Rouen pour retourner a Paris, p. 274. — Decez du roy de Navarre, p. 274. — Commissaires depputez pour visiter les maisons des sedicieux de là nouvelle relligion et les desarmer, p. 275. — Assemblée a l'hostel de ville pour obvier ausdictz de la relligion nouvelle, p. 275. — Quattre cappitaines esleuz pour les quatre quartiers de la ville, p. 276. — Bataille entre les armées du Roy et du prince de (londé :\ Nuysement près de Dreux, p. 276. —
Le conncstable prins par l'admirai, p. 276. — Le prince de Condé prins par monsieur de Guyse auquel demeura la victoire, p. 277. — Le duc de Guyse escript aux habitans de Rouen nouvelles de la victoire, p. 277. — Grâces et louanges rendues en l'église de Rouen et chanté le Te Deum laiidamus ou assistèrent la court de parlement et mons"" de Villebon et mess's de l'hostel de ville, p. 278. — Soldatz picardz envoyez en garnison, p. 278. — Pour la deffence de la ville de Rouen, xiiij enseignes de bourgeois instituez par les parroisses, p. 278.
Monsieur de Vieville envoyé a Dieppe contre les rebelles, arrive a Rouen, p. 279. — Le cappitaine de Ricarville occiz par les Dieppois, p. 2 79. — Le comte de Montgom mery est appelle par les Dicppoys pour estre leur chef, p 279. — Le premier président de Sainct Anthot sortant du pallaiz de Rouen est interpellé de justice des sedicieux emprisonnez, p. 280. — Gaulerot, Buictel et Le Ramer condamnez a estre penduz, p. 280. — Assemblée de commissaires depputez de par la court pour restablir le bureau des paouvres, p. 281. — Maistre Jehan Mustel, advocat du Roy en bailliage, occiz par le peuple de Rouen pour avoir deffendu la cause de ceulx de la nouvelle relligion, p. 282. — Monsieur de Villebon a la main droicte couppée d'un coup d'espée par mons'' le mareschal de Vielleville, p. 283. — Le comte de Rheintgrave arrive a Rouen pour ayder au maréchal de Vielleville assiégé dans Sainct Ouen, p. 283. — Monsieur de Brissac entre gouverneur a Rouen, p. 283. — Ordonnance contre ceulx de la nouvelle relligion, p. 284. — Excez et viollance es champs par les reistres et Dieppoys, p. 284. — Mort de monsieur de Guyse, p. 286. — De Polletrot ayant occiz monsieur de Guyse fut prins et admené devant la Royne et aultres princes, p. 286. — Jubillé envoyé par le pappe, p. 288. — Monsieur de Villebon se retire en sa maison, p. 289. — Le chasteau de Caen assiégé par monsieur l'admirai prins par luy, p. 289. — Procession solempnelle de la confrarye du sainct sacrement de l'autel, p. 289. — Département de monsieur le maréchal de Vielleville de Rouen, p. 290. — Patent de la paix entre [le Roy] et S3s subjectz, p. 290. — Retour de monsieur le mareschal de Brissac a Rouen, p. 290. — AUarme sonné de nuict, p. 291. — Les foreissites de la nouvelle relligion envoient par dcvans monsieur de Brissac deux hommes de cheval occiz en passant au barc, p. 291. — L'esglize du Grand Quevilly pillée par huguenolz, p. 292. — Les sedicieux de la relligion retl'ormce tournyent allentour de Rouen et
fuyent devant ceulx delà ville, p. 292. — ^Monsieur de Brissac invite iesdictz foryssites de rentrer dans la ville, p. 2g3. — Ordonnance de la court de parlement pour les armes et ceulx qui les dévoient porter, p. 293. — Publication du patent de la paciffication, p. 294. — Monsieur de la Londe blessé par ung soldat au Viel Pallaiz, p. 295.
— Les quatre cappitaines des quatre quartiers de la ville cassez par ceulx de l'hostel de ville, remiz par monsieur le maréchal de Brissac en leurs charges, p. 295 . — Apprestz de guerre par monsieur de Brissac pour aller devant le Havre, p. 295. — Le camp dressé devant le Havre, p. 295. — Artillerie de Rouen etParis porté aud. camp, p. 296.
— Monsieur de Brissac va aud. camp et siège, p. 296. — Sollicitations de ceulx de la relligion prétendue reftormée, p. 296. — Commissaires delecguez de la ville de Rouen pour aller a la court du Roy pour respondre aux articles de ceulxde relligion, p. 296. — Ouysd'une part et d'aultre, ceulx de ladicte relligion n'obtiennent riens de ce qu'ilz demandent, p. 298. — DefFence des presches, assemblée et administration du sacrement en la court du Roy, ny en ses maisons, p. 298. — Aultres personnes envoyez de Rouen en grand nombre pour aller a la court contre ceulx de ladicte relligion, p. 298, — Monsieur Damours parlant pour les catholliques ofFence le prince de Condé, lequel feist plaincte contre luy, p. 299. — Quatre enseignes de Suisses envoyez a Rouen en garnison, p. 299. — Monsieur de Bourdillon, maréchal de France, gouverneur a Rouen, p. 3oo. — Ceulx de la nouvelle relligion fugitifz rentrent dans Rouen, p. 3oo.
— Procession generalle fort solempnelle, p. 3oo. — Le Roy arrive a Bourdeny près de Rouen, p. 3oi. — Te Deum laudamus chanté pour la desconfiture des Anglois et réduction du Havre, p. 3oi. — Aultre procession generalle pour la mesme cause, p. 3o2. — Le Roy va a Dieppe, p. 3o2. — Monsieur de la Mailleraye gouverneur a Dieppe, p. 3o2 . — L'entrée du Roy a Rouen, p. 3o3. — La guerre cryée contre les Anglois, p. 304. — Le Roy declairé aagé au parlement de Rouen, p. 3o5. — Le Roy va a Caen, p. 3o5. — La mort de monsieur le baron de Claire et de son nepveu monsieur d'Ausebosc, p. 3o^. — Estatz tenus a Rouen par monsieur le maréchal de Brissac, p. 396 — Mort dudict sieur de Brissac, p. 3o6. — Monsieur de Carrouges, gouverneur de Rouen, p. 3o6. — Le Roy retourne a Paris et dispose de visiter son royaulme, p. 307. — Durant toutes ces choses le duc de Bouillon est renvoyé a son gouvernement de Normandye, p. 307. — Le duc de Bouillon retourne a Rouen, p. 3o8. — Maintien de ceulx de
la nouvelle relligion a la venue dudict duc de Bouillon, p. 3o8. — Controversye entre les bourgeois de la ville de Rouen et le duc de Bouillon, p. 309. — Commissaires de la ville envoyez a la court du Roy sur les remonstrances faictes au duc de Bouillon, p. J09. — Le seigneur Papillon mys prisonnier avec plusieurs aultres bourgeois, p. 3 10. — Les commissaires de Rouen ouys devant le Roy sur lesdictes remonstrances, p. 3 10. — Le Roy et la mère Royne escripvent au duc de Bouillon qu'il ait a tenir en paix ceulx de Rouen, p. 3 1 2. — Led. Papillon et les aultres bourgeois miz hors des prisons par lettres du Roy et les commissaires revocquez, p. 3 1 4. — Ledict duc de Bouillon se part de Rouen pour visiter les villes de son gouvernement, p. 314.
Voyage du Roy en Languedoc et Gascongne, p. 314. — Grandes froidures tardives en mars i564, p. 3i5. — Monsieur d'Aumalle arrive a Rouen, p. 3i5. — Naufrage en Seine devant Rouen, p. 3 16.
— Le pont de boys sur la rivière de Seine de devant Rouen abbattu et submergé, p. 3 16. — La mort de monsieur de Villebon, p. 317.
— La réception de monsieur de Bauquemare, premier président de Rouen, p. 317. — Le partement du cappitaine Aunou et ses soldatz, p. 317. — Le patent des deffences des escollesde la nouvelle relligion prétendue refFormée, p. 3 18. — Les paouvres de la ville de Rouen nourriz et entretenuz aux ouvraiges publiez, p. 3 18. — Grande cherté de blcdz, p. 3 18. — Le Roy a Gaillon, p. 319. — Presche et assemblée des huguenotz au villaige de Roumare, p. Szo. — Requeste présentée a la court de parlement par les chanoines de Rouen pour faire cesser lad, presche, p. 32o. — Le prince de Portian mandé par le Roy pour faire cesser ladicte presche, p. 32o. — Une voix espouvantable ouyee vers la tour du Coullombier prez la porte Saincte Hillaire, p. 32i. — Mandement et commandement du Roy de garder l'eadit de paciffication, p. 322. — ConventicuUes et assemblées secrectes de ceulx de la nouvelle relligion, p. 322. — Le duc d'Albe envoyé en Flandres par le roy d'Espaigne, lequel faict mourir audict lieu plusieurs grandz seigneurs de ladicte nouvelle relligion, p. 322. — Sainct Martin, m* des requestes envoyé en Normandye informer des huguenotz contrevenantz a l'eedict de paciffication, p. 323. — Entreprinse d'aulcuns huguenotz pour surprendre le Roy a Meaulx, p. 323. — Fuitte des huguenotz de Rouen par dessus les murailles, p. 323. — Assemblée à l'hostel de ville de Rouen pour desliberer de lad. fuyte, p. 324. — Monsieur de Trou-
ville a l'absence de monsieur de Carrouges gouverneur de Rouen, p. 324. — Commissaires depputez pour bailler passeportz a la maison de ville, p. 324. — Commandement de ne laisser sortir aulcuns chevaux vallans au-dessus de dix escuz, p. 325. — Visitations aux maisons des huguenotz, p. 325. — Patent du Roy contennant que tous huguenotz eussent a eulx retirer en leurs maisons et vivre paisiblement, p. 325. — Secours demandé par le Roy pour résister a ses ennemys qui l'avoient assailly a Meaux, p. 325. — Monsieur de Carrouges arrive a Rouen, p. 325. — Assemblée du prince de Condé avec ses alliez a Laigny, p. 326. — Forces preparatives pour le Roy, p. 327. — Prinse de Sainct Denys par le prince de Condé, p. 327.
— Les habitans d'Argentueil en armez, p. 327. — Prinse dudict Argentueil, p. 327. — Lettres patentes envoyées a Rouen, p. 328.
— Confiscation declairée des corps et biens de ceulx qui estoient au camp de Sainct Denis, p. 329. — Combat a Orléans entre les cathollicques et ceulx de la nouvelle relligion, lesquelz de la relligion prindrent la ville et cytadelle et y eult plusieurs occiz d'une part et d'aultre, p. 33o. — Lettres patentes envoyez par le Roy a Rouen contennant que ceulx de ladicte relligion eussent a eulx retirer d'avec ses ennemys estans dans Sainct Denys dedans troys jours, etc., p. 33o. — Ordonnances faictes par monsieur de Carrouges, gouverneur a Rouen, p. 332. — Entreprinse pour surprendre la ville de Mectz en Lorraine, p. 332. — Commandemens et ordonnances faictes par le sieur de Carrouges, p. 332. — Le lieutenant du duc de Montpencier arrive a Paris au secours du Roy avec sa compaignie, p. 333.
— La ville de Mascons assiégé par monsieur de Tavennes, p. 333.
— Mons"" de Monluc arrive au secours du Roy avec grand nombre de gens, p. 334. — Monsieur Dennevers avec grand cavalierye, p. 334.
— Prinse des barcz de la rivière de Seyne devant Paris pour affamer la ville, p. 334. — Prinse de Busancourt faicte par le duc d'Aumalle, p. 335. — Hérault envouyé au prince de Condé a Sainct Denys, p. 335. — Ordonnances de fortiffier la ville de Rouen, p. 335. — Machination et entreprinses de ceulx de ladicte relligion de la ville de Dieppe délivrer lad. ville aux Anglois et aultres entreprinses, p. 336. — Le cappitaine du Mesnil Vasse occiz, p. 358. — Sortye faicte de Paris pour donner bataille a ceulx de Sainct Denis, p. 33g.
— Esmotion et combat entre les soldatz de monsieur de Tourville et les harquebuziers et bourgeois de la ville de Rouen, p. 340.
Assemblée a l'hostel commung de la ville pour pourveoir aux
entreprinses des huguenotz, p. 342. — Huguenotz factionnaires miz en prison, p. 342. — Assemblée en la court de parlement de plusieurs estatz, p. 343. — Publication des lettres patentes du Roy de la paix accordé[e] avec les huguenotz, p. 344. — Esmotion popullairc contredisans lad. publication, p. 345. — Ordre donné contre l'esmotion populaire pour la publication de la paix, p. 347. — Quatre compagnies de soldatz entrent a Rouen par le Viel Pallaiz, p. 347.
— La garde des portes continuée pour éviter aux entreprinses, p. 348.
— Assemblée des huguenotz en la Picardie, p. 348. — Monsieur le maréchal de Cossé envoyé pour prendre Sainct Vallery sur Somme tenu par les huguenotz, p. 349. — Monsieur le comte de Brissac part de Rouen pour aller au siège de S' Vallery, p. 35o. — Deffaicte des huguenotz audict lieu de Sainct Vallery, p. 35o. — Aprez l'eedici de paciftication les huguenotz rendent la ville d'Orléans et aulires villes, p. 35o. — Le prince de Condé se retire a la Rochelle, p. 352,
— La [ville de] Vire pillée par le comte Montgommery, p. 352.
Le cardinal de C[h]astillon et aultres envoyez par le prince de Condé au boys de Vincennes pour accorder la paix avec le Roy, p. 353. — Six mil reistres arrivez en France pour ledict prince de Condé, p. 355. — Entreprinses des huguenotz de prandre le Havre de Grâce et Dieppe et y faire venir les Angloys, p. 355. — Le maréchal de Cossey envoyé en Normandye pour gouverneur et lieutennant gênerai pour le Roy, p. 356, — Les sieurs de Linebeuf et Cateville decappitez au Viel Marché a Rouen, p. 356. — Le Te Deum chanté a Rouen, p. 357. — Ayde demandé par les huguenotz aux Anglois, p. 357. — Fortune de feu advenue a Rouen, p. 358. — Fortifficalions a la ville de Rouen, p. 36o. — Mort de monsieur de Brissac, p. 36i. — La ville de Poitiers assiégé[e] par l'admirai, p. 36i, — Ambassade d'Angleterre venue a Rouen, p. 362. — La ville de Poitiers assiegé[e] par l'admirai, p. 302. — Monsieur l'admirai de C[h]astillon condampné par la court de Parlement de Paris, p. 363. ,
— Procession generalle, 364. — Assemblée des huguenotz, p. 364.
— Te Deum laudamus chante, p. 365. — Feuz de joie de la victoire obtenue par le Roy. p. 365. — Procession generalle, p. 366,
Le douziesme jour de décembre iSbg^, monsieur Anthoine Mynart^, troisiesme président au Parlement de Paris, en revenant de la court monté dessus sa muUe, fut tué d'un coup de pistolie.
Le samedy 5 de devant Noël iSSg, futbruslé a Paris, en la place sainct Jehan en Grève, M^ Anne le Bourg, conseiller en la court de Parlement a Paris, a cause de la nouvelle relligion et scisme dont il fut convaincu et pertinax.
Le cardinal Medechin4, Italien, fut esleu pape, le jour de Noël, aud. an i SSg et fut nommé Pie quatriesme du nom, etc.
Au commencement de janvier aud. ans, furent faictes six tournelles en la court de Parlement a Paris par le commandement du Roy, pour vacquer à Texpeditiondes procès des Luthériens.
1 Le folio I" fo du manuscrit ne contient que les quatre premiers paragraphes du texte, qui ne concernent d'ailleurs ni Rouen, ni la Normandie. Ils ne sont pas disposés suivant l'ordre chronologique des faits, mais se présentent ainsi : Anne Dubourg, Tournelles, Minard, Pie IV.
2 Le président Minart était un des dénonciateurs de Dubourg, accusé d'hérésie, et s'était signalé parmi ses plus violents ennemis. Un soir qu'il revenait du Palais, il fut tué d'un coup de pistolet dans la rue Vieille-du-Temple. Son meurtrier demeura inconnu.
? 23 décembre.
4 Jean-^nge Médicis, né le jour de Pâques 1499, cardinal 8 avril 1549, élu pape dans la nuit du 2 5 au 26 décembre i559, mort le 9 décembre i565.
5 Suivant l'ancien style, l'année iSSg ne finit qu'au jour de Pâques 14 avril i56o.
Le lundyxxviii™« jour de janvier aud. an i55o, comme, par arrest de la court de parlement de Rouen, on mcnoit exécuter ung homme', declairé hereticque, lequel avoit esté condampné d'estre bruslé tout vif, en passant par le carfourc qui est a la fontaine de la Croche^, s'esmeurent plusieurs du populaire incongnus lesquelz, apprez que plusieurs des sergentz furent passez, vindrent au beneau ou estoict led. condampné acompaigné de deux carmes et du bourreau, gecierent lesd. carmes et bourreau hors de la charette par terre en la fange, coupperent les cordes desquelles estoit lyé led. prisonnier et le enlevèrent pour le saulver; et, sur ce que aulcuns sergentz vindrent pour faire leur debvoir et misrent la main a l'espée, lesd. mutins en grand nombre se saisirent des armes qu'ilzavoient apportez et qu'ilz prindrent en la bouticque d'un armurier estant la auprez, et mesmes avec des pierres dont ilz avoient faict provision, et feirent telle force que il y eut aulcuns desd. sergentz et plusieurs des habitans de la ville lapidez, lesquelz se meirent en Taide du Rov et de la justice blessés. Led. prisonnier fut mys par lesd. mutins en la maison de la Croche pensans le cacher en lad . maison ou il fut trouvé par le m^ d'icelle qui en [fit] advertir la court qui y envoya de nuit ', lesquelz le ramenèrent en la prison de la consiergerie ; et, le lendemain, les portes de la ville furent lenuz fermez jusques a Theure de quatre heures de soir qui fut aprez Texecution dud. prisonnier, lequel par aultre arrest de lad. court, fut condampné
I François Lcmonnicr. l'ioquct, Hist. du Parlement de Norm., t. II, p. 285-288.
ï La Crosse.
5 11 y a ici îles mots omis par le copiste; il faut suppléer « des sergents •>.
d'estre brusié tout vif en la place du Marché aux Veaulx ' et mené en icelle place par le tour qu'il avoitencommencé le jour précédant ; pour lequel exécuter fut ordonné par lad. court que le lieutennant criminel, avec tous les sergens armez a cheval, la cinquantaine d'arquebusiers et grand nombre de picquiers, hallebardiers et aultres portans periusannes, accompagneroient lad. exécution; et pour avoir congnoissance desd. mutins et rebelles, furent depputez six des conseilliers de lad. court pour informer sur ce, et cryé a son de trompe que, qui sauroit lesd. mutins et en advertiroit lad. court, il auroit cent escuz sol, et que ceux qui les sauroient et ne les advertiroieni, estans de ce accusez, encherroient de la peine de la hard et de la confiscation de leurs biens.
Aud. mois de janvier, furent remys et renduz soubz Pobeissance du roy de France les villes de S. Quentin, Han et Castellet-, ensuivant les conclusions et promesses de l'accord de paix ?.
Madame EIizabeth4, fille aisnée du feu roy Henry, et femme de Phillippe, roy d'Espaigne, fut menée et conduictepar le roy de Navarre et le cardinal de Bourbon 5 au
' Aujourd'hui, place de la Pucelle.
2 Ham, sur la Somme, dans le département de ce nom. — Le Catelet, sur l'Escaut, dans le département de l'Aisne. 5 La paix de Cateau-Cambrésis, signée le 3 avril iSôg.
4 Elisabeth, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, née le i3 avril i545, d'abord destinée à don Carlos, fils de Philippe II, roi d'Espagne, épousa ce roi en i55g, et mourut le 3 octobre i388. De ce mariage naquit l'infante Isabelle-Claire-Eugénie que son père s'efforça de placer sur le trône de France, comme petite-fille de Henri II, après la mort de Henri III et l'extinction de la branche des Valois.
5 Antoine de Bourbon, roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret, fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme et de Fran-
pais de Navarrois en Tabbaye de Roncevaulx ' pour esire livrée et baillée aux deppuiez du roy cathollicque son mary, assçavoir le duc del'lnfant^squc -et le cardinal de Bourguesj, laquelle royne fut receue par iceulx en très grande excellence et triomphe le quatriesmedud. mois de janvier.
Le vendredy premier jour de mars aud. an mil cinq centz cinquante neuf 4, fut faicte procession generalle par le chappitreet clergé de Rouen ou assistèrent les courtz de parlement et des generaulx en robbes rouges, les conseilliers, eschevins et citadins de la ville de Rouen, et fut le tour de lad. procession dePesglize Nostre Dame a Sainct Ouen ou fut faicte une prédication et furent portez en icelle procession les chasses de Nostre Dame et de Sainct Roumain. La cause de lad. procession fut une lettre envoiée par le roy François, deuziesme de ce nom, a lad. court de parlement, par laquelle il les advertissoit que, par
çoise d'Alcnçon, néle 22 avril i5i8, etmort devant le Petit-Andcly le 17 novembre i562 des suites d'une blessure reçue au siège de Rouen. — Charles, cardinal de Bourbon, son frère, né le 22 décembre 1323, évêque de Nevers, puis de Saintes, cardinal en 1548, archevêque de Rouen après Georges II d'Amboise en i55o. Après la mort de Henri III, les ligueurs le proclamèrent roi sous le nom de Charles X, l'opposant ainsi à son neveu Henri IV. Il mourut le 9 mai ibgo.
1 Abbaye située dans la vallée de Roncevaux (Navarre espagnole), célèbre par la défaite et la mort de Roland, qui commandait l'arrièregarde de l'armée de Charlemagne.
2 Don Inigo Lopez de Hurtado de iVIendoza, duc de l'Infantado, chevalier de la Toison d'or, mort le 17 septembre i566.
5 François de Hurtado de Mendoza, de la branche des comtes de Cagncta, né en i5o8, évêque de Burgos, cardinal en 1544, mort le '5 décembre i566. Il avait été élevé à l'archevêché de Valence, mais la mort l'empêcha de prendre possession de son siège.
la grâce de Dieu, depuis cinq ou six jours avoit esté descouverte une conspiration ' contre la personne de madame sa mare, sa propre personne, les personnes de messieurs ses frères et aultres plusieurs personnes du sang royal et de son conseil.
Le dymenche ixlill^ie dud. mois de mars avant Pasques, i55g^, apprez midy, s'esmeurent et assemblèrent hors de la ville de Rouen es praries et champs estantz hors le pont de Rouen 5, plusieurs gens du popullaire et aultres incongnus pour lors, lesquelz, en grand nombre, recouvertz par le visaige de leurs chappeaulx et manteaulx, entrèrent en la ville par dessus le pont en ordre comme de procession, chanians et submurmurans les speaulmes4 et canticques de David traduictz en langaige vulgaireet rithme comme par Clément Marot, a ce induictz et incitez par ung predicant nommé [Cottins], natif d'un villaige prez de Gisors, lequel estoit fugitif de Genefve pour estre trouvé libertin et atteiste et contraire a la doctrine de Luther et Calvin, tenue en lad. ville de Genefve, lequel bien tost apprez fut prins en lad. ville de Rouen et bruslé tout vif au Marché aux Veaulx, et deux de ses cousins tenantz sa doctrine pendus et estranglés en la
1 La conjuration d'Amboise qui s'était terminée le 18 et le 19 mars i56o par la défaite et \t supplice des conjurés.
? Au bois de Rouvray, d'après la Relation de ce qui s'est passé à Rouen pendant les troubles arrivés l'an i562 au sujet des Calvinistes, p. g, publiée par A. Pottier dans la Revue rétrospective normande, n» 7.
4 Sic. Les psaumes de David, traduits en vers par Clément Marot, ont été publiés en 1543.
J Un blanc se trouve dans le ms. à la place de ce nom que donne Floquet dans son liist. du Parlement de Norm., 11, io'5.
présence de Monsieur de Villebon', bailly de Rouen et lieutennant pour le Roy au duché de Normandye, lequel assista a lad. exécution avec plusieurs gens en armes.
Le mardi xiiij« de janvier iSôo^, fut pendu devant la porte du chasteau ung Escossais nommé Gilles Keeft", serviteur d'un nommé Le Large, barbier de Rouen, pour estre seditieulx et avoir desmenty publicquement ung relligieulxcordellier 5 preschantau couvent desCordelliers le jour des Roys précèdent apprez midy, dont plusieurs personnes estans au sermon dud. cordellier furent scandallisez, présent a lad. exécution led. sieur de Villebon avec plusieurs gens en armes.
Le jeudy cinquiesme de décembre i 5 60, le roy Frant^ois, deuziesme de ce nom, apprez avoir l'assemblée fermée des Estatz de France au diziesme jour de décembre, [mourut) en sa ville d'Orléans, auquel succéda son frère Charles neuf"*^ de ce nom, estant lors aagé de dix ans ou environ 4.
Le lundy, xvj^ jour dud, mois et an, fut faict le service dud . feu Roy en l'esglise cathedral Nosre Dame de Rouen, c'est ass(;avoir vespres, vigilles, et le lendemain au matin, fut dicte la messe dud. service ou assistèrent messieurs de la court de parlement en robbes rouges avec messieurs de l'hostel commun de lad. ville de Rouen et aultres notables personnes.
' Jean d'Estouteville, s"" de Villebon, Beaurepaire, la Gastine, etc., fils de Charles d'Estouteville et d'Hélène de Beauvau, mort à Rouen le 1 8 août I G65. 11 fut conseiller du roi, gentilhomme de sa chambre, bailli et capitaine de Rouen à partir de i522, lieutenant général pour le roi en Normandie et en Picardie.
2 i56i (n. s.). Le jour de Pâques tomba le b avril. — Ce fait est donc postérieur à la mort de François 11.
i Hugonis était le nom de ce cordelier.
4 Charles iX était né le 27 juin i55o.
Audict mois de décembre i 56o et janvier ensuivant, furent tenuz les estatz generaulx de France aud. lieu d'Orléans ou furent et assistèrent pour le bailliage de Rouen noble homme Loys de Rouville', sieur du lieu, pour Testât de noblesse, et... du Val, laboureur, pour Testât popuUaire, en la compaignie de Noël Coton^, conseillier de Thostel de la ville, et m^... du Fossé, advocat es generaulx et pensionnaire d'icelle ville.
Le vendredy xxij^^ d'aoust i 56 1 , fut publyé en la court de parlement de Rouen le patent 5 du Roy touchant la relligion par lequel le Roy declaroit voulloir vivre en la relligion antienne de ses prédécesseurs et roumaine avec certaine modération touchant ceulx de la relligion nouvelle, présent en lad. publication monsieur le président Lallement 4, tiers président d'icelle court ; et led. jour furent rendues grâces et louanges a Dieu et chanté Te Deum laudamus au cueur de Tesglise cathedral Nostre Dame de Rouen soUempnellement en musicque et aux orgues, toutes les cloches d'icelle esglize sonnans, ce qui fut faict pareillement par toutes les parroisses dUcelle quasy en ung instant.
Le vendredy, (x)xix« jour de septembre i56i, par sentence du lieutennant criminel de Rouen sans appel et par commission specialle envoiée du Roy par son chevallier.
1 En i555, M. de Rouville, s"" de Léry, fut député du bailliage de Rouen pour la noblesse aux Etats de Normandie. V. Farin, Hist. de la ville de Rouen, i668, t. I, p. 33 1.
2 Noël Cotton de Berthouville, que nous verrons bientôt jouer un des principaux rôles dans les troubles de Rouen.
5 Edit de Juillet i56i.
4 JeanLallemand, président au Parlement de Rouen, 24 août i553, mort à Angers, 8 décembre i5G5. 11 était fils de François Lallemand et de Denise de Friches.
fui pendu a'Rouen au Viel Marché un nommé Pierre Quiciart', jeune homme natit de Bourges en Berry, prins en lad. ville de Rouen en la maison de la Caigc, en la parroisse de Sainct Denys, et estimé pour espie pour ce qu'il fut trouvé saisy de plusieurs pappiers ou estoient contenuz les noms de plusieurs personnes de la nouvelle relligion avec la declairacion de leurs biens et aultres secretz, tant de lad. ville que entreprinse dud. pais de Normandye, dont il feist faire apparoir.
Led. jour, Hipolite, cardinal de Ferrare^, légat du pape Pye, quatriesme de ce nom, arriva en la court du roy de France avec grande compaignie d''Ytalliens.
Le lundy, siziesme jour d'avril apprez Pasque i562î, led. roy Charles IX^, frère dud. desfunct roy François, feist son entrée dans la ville de Paris en armes en Taage de douze ans ou environ, estant armé en blanc, ayant en sa leste ung chappeau argenté, acompaigné du roy de Navarre, messieurs deGuyse^, le cardinal de Bourbon, le
1 C'était un émissaire des Guise et de Catherine de Médicis, qui s'empressa de désavouer un agent compromettant.
2 Hippolytc d'Esté, fils d'Alphonse I'-''', duc de Ferrare, et de Lucrèce Borgia, né 24 août iSog, cardinal 5 mars i538. 11 fut archevêque de Milan, d'Auch, d'Arles et de Lyon, et évêque d'Autiin. Il mourut à Rome le 2 décembre 1572.
5 En i562, Pâques tomba le 29 mars.
4 On désignait alors sous le titre collectif de « messieurs de Guise » les fils de Claude d^ Lorraine et d'Antoinette de Bourbon, savoir : François, duc de Guise, né 17 février iSig, mort devant Orléans 24 février i563 ; Louis, cardinal de Lorraine, né 17 février 1324, archevêque de Reims, mort 26 décembre 1574; Claude, duc d'Aumale, né r"" août 1326, tué au siège de la Rochelle, 14 mars \5-^.^; Louis, cardinal de Guise, né 21 octobre i527, archevêque de Sens, mort 2y mars 157J' ; François de Lorraine, né 18 avril i534, grand-prieur et général des galères de France, mort 6 mars i5G3 ; René de Lor-
connestable de Montmorency ' , les mareschaulx de France, et le dymenche ensuivant il ouyt la messe en la grande esglize de Paris.
Le mardi vij"ie dud. mois d'avril aprez Pasques, comme le cappitaine Maze demeurant a Preaulx^ prez de Rouen, suyvant la commission qu'il avoit du Roy de faire levée de quelques gens de pied pour le service dud. sieur pour Tesmotion qui se faisoict a Orléans et lieux voisins par le prince de Gondé 5, frère du roy de Navarre,, et ceulx qui tenoient son party, apprez avoir faict publier le matin au bailliage dud. Rouen sad. commission, en s'en retournant en sa maison luy et son lieutennant Le Gras, sr du Boys, enffant de Rouen, vaillant homme, estans eulx deulx seulz a cheval, en passant par la porte Sainct Hillaire, furent assaillis d'un nombre de gens qui estoient en aguet entre les deulx portez, et aultres qui les secondoient le long des fossez, si soubdainement que en ung instant led. lieutennant fut lué a couptz de pistolles et abbatu de son cheval et led. cappitaine Maze frappé d'un coup de pistolle au bras dextre, lequel sentant le coup et voiant que on luy avoit mys la main a la bride de son cheval tira son espée dont il donna sur le bras de
raine, marquis d'Elbeuf, né 14 août i536, mort en i566. Us avaient pour sœur aînée Marie de Guise qui fut mère de Marie Stuart.
I Anne de Montmorency, fils de Guillaumes s'' Je Montmorency, et d'Anne Pot, maréchal de France en i522, connétable, 10 février 1 538, duc et pair en i55i, mort, 12 novembre i56j, des suites d'une blessure reçue, deux jours auparavant, à la bataille de Saint- Denis.
» Préaux, c. du canton de Darnétal, à i3 kil. nord-est de Rouen.
5 Louis, S'' de Bourbon, prince de Condé, frère d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et de Charles de Bourbon, cardinal et archevêque de Rouen, né 7 mai iS'io, tué à la bataille de Jarnac, i i mars i56g.
celluy qui l'arrestoict, puis picqua ei se sauva dans Dernestal' a la course de son cheval.
Le jeudy xvjnie dud. mois d^apvril, audit an i562,ceulx delà nouvelle relligion s"'asscmblerent dans la ville de Rouen et de nuit estans en armes par la ville, faisant leurs monstres par les rues tirans vers les Celestins, feirent effort contre la maison ^ desd. Celestins ou ilz entrèrent viollamment et oultragerent les relligieux et blessèrent le prieur en Toeil, pilherent lad. maison et esglize et depuis se saisirent d^icelle maison ; et, le jour mesmes, entrèrent en rhostel commung de lad. ville de Rouen duquel ilz se saisirent, et estans dedans, ilz se fortisfierent de gens, et prindrent toutes les armes et munitions de guerre qui y estoient, dont ils s'armèrent, et feirent venir les gens des champs de leur secte ausquelz ils baillèrent armes pour leur desfence a l'entreprinse.
Le matin, assiégèrent lechasteau de Rouen 5 ou estoict monsieur de Villebon, bailly de Rouen et lieutennant gênerai de monsieur le duc de Bouillon, gouverneur de Normandye, acompaigné seullement de sept a huict de ses gens, et luy estèrent les vivres dont il debvoit disner
■ Darnétal, petite ville située dans la vallée du Robec et de l'Aubette, à 4 kil. est de Rouen.
2 V. plus haut, note de la page 85.
5 Pour l'intelligence des détails qui vont suivre, rappelons qu'il existait alors à Rouen trois châteaux : i» le château bâti par Philippe- Auguste, dont il ne reste plus que la tour connue sous le nom' de tour Jeanne d'Arc; c'était là que résidait Villebon; 20 le Vieux- Palais, construit par Henri V, roi d'Angleterre, après la prise de Rouen, au bord de la Seine, à l'extrémité ouest de Rouen ; la rue du Vieux-Palais en rappelle le souvenir; 3° le petit château ou Barbacans, construit également par Henri V, à l'extrémité du vieux pont de pi?rre, vers le faubourg Saint-Sever, dont il était séparé par un bras de la Seine.
et le tindrent en telle extrémité jusques environ le inidy qu'ilz le laissèrent sortir et le mirent hors de la ville par la porte du pont assez rudement, et se saisirent dud. chasteau et mesmes du Viel Pallais et portes d'icelle ville; et, estans ainsi saisis des forces d'icelle ville, feirent venir tous leurs adherans et meirent gens pour garder les portes, ne laissans passer aulcune personne sans estre fouillez et visitez tant du sortir que d'entrer, dont telle craincte fut es cathollicques et gens esclesiasticques que la pluspart sortoient et laissoient leurs maisons et biens. Messieurs de la court de parlement voians tel trouble envoierent par devers le roy ungdes conseilliers de lad. court monsieur Le Prieur, sieur de BaudribosC, pour Padvertir de tel effect, force et trouble.
Le vendredy ensuivant, ilz sommèrent les conventz des mendians de vuider de leurs maisons quand ilz en seroient requis pour leur livrer leursd. maisons, et le semblable ilz feirent au couvent et prieuré de Sainct Lo de Rouen, pour laquelle chose plusieurs des relligieulx desd. couventz se absentèrent craingnant la fureur d^ceulx.
Le samedy xviij^ie dud. mois, ilz feirent sortir plusieurs grossez pièces d'artillerie dud. hostel de ville, qu'ilz portèrent a la tour du Coullombier^ et aultres places qu'ilz destenoient pour eulx fortiffier.
Le dymenche xix^ jour dud. mois d'avril i562, le duc de Bouillon"' entra dans Rouen sus l'heure de midy, au
1 Robert Le Prieur, s' de Baudribosc, conseiller au Parlement en i554, tué à Arques, comme on le verra plus loin, en mai i562.
2 On voit encore le soubassement de la tour du Colombier enclavée maintenant dans les terrains de THospice-Général, au-dessous de la rue Eau-de-Robec, au tournant du boulevard Gambetta.
3 Henri-Robert de la Marck, duc de Bouillon, prince de Sedan, tils (.le Robert de la Marck, maréchal de France', et de Françoise de
devant duquel allèrent tous les chefz et principaulx de la partie de lad. relligion prétendue resformée et aultres de la ville, lequel entra en icelle ville par la porte Martinville et s'en alla logera Sainct Ouen,
Le lundy xxe dud. mois d'avril aprez Pasques i562, led. sieur duc de Bouillon alla au pallais ou, toutes les chambres assemblées, Messieurs de la court de parlement l'attendoient pour conférer ensembles des affaires de son gouvernement et aultres touchant la pollice de ville et cas survenans.
Led. jour, Messieurs Jehan Nagerel ', archediacre du Vueguessin normand, RobertBuscquet^, Pierre Lambert', penitancier et Jehan Le Sueur 4, tous chanoines de Teglise cathedral de Rouen, acompaigné de quatre chapellains etdeleur messagier, insinuèrent le previlleige sainct Roumain a messieurs dud. parlement assemblés comme dict est, puis en bailliage, court des generaulx, a la manière acoustumée ou par tout paisiblement furent receuz et leur requeste accordée 5 ,
Brézé, fille du grand-sénéchal Louis de Brézé et de Diane de Poitiers, fut gouverneur de Normandie après son père et chevalier de l'ordre du roi. Il mourut le 2 décembre 1574.
' Jean Nagerel avait été reçu le 28 octobre i353 à l'archidiaconat du Vexin normand en remplacement de son oncle, Robert Nagerel qui fut évêque de Vence.
2 Robert Busquet, écuyer, chanoine de Rouen, vivait encore en i585. (Note comm. par M. Ch. de Beaurepaire.)
5 Pierre Lambert, reçu pénitencier de la cathédrale, 11 juillet i55o, député pour l'église aux Etats de Normandie en i53i, décédé le 2 mars i5Si.
4 Jean le Sueur, décédé en 1 578. (Note comm. par M. Ch. de Beaurepaire).
1 Cependant « pour la première fois depuis la captivité de Richard- Cœur-de-Lion, la sainte Fierté de Saint-Romain ne sera point levée,
Le mardy xxj» dud. mois, les chefz et gouverneurs de la nouvelle relligion feirent decappiter ung soldat de leur compaignie qui estoict d'Evreulx pour ce qu^il avoit esté a Tesfort et viollance faicte aux Celestins, pour demonstrer et soy purger qu'il n'en estoient consentans et ne voulloient allouer telz excez, et luy fut la teste couppée par sentence des seigneurs' de leur relligion, a l'exécution de laquelle se trouva Marlhorat ^, Pun de leurs ministres, qui servoit l'exécuté de consoUateur.
Le mardy xxviije dud. mois d'avril, ils feirent sortyr de Rouen environ trois centz hommes armés a pied et a cheval pour aller contre aulcuns gens de guerre qui s'eslevoient pour le Roy, comme l'on disoit, vers le Pont S' Pierre 5 et Fleury? dont ilz retournèrent le lendemain et en admenerent [en la ville] de Rouen sur les unze heures devant midy.
Le mecredy xxix™^ jour d'icelluy mois d'avril aud. an, ilz se saisirent de l'abbaye de Saincte Catherine du Mont 4 leez Rouen ou ilz mirent garnison de cinquante hommes, et emportèrent les rellicques et lettres d'icelle abbaye dans la ville de Rouen sans faire aulcune esfort
et aucun prisonnier ne sera mis en liberté ». Floquct, Hist. du Parlement de Norm., II, 38g.
' Ou plutôt senieurs, du latin seniores : on les appelait plus communément les anciens.
2 Augustin Marlorat, dit Pasquier, né à Bar-le-Duc en i5o6, ministre de l'église réformée de Rouen.
3 Le Pont-Saint-Pierre, c. du canton de Fleury-sur-Andelle, arr. des Andelys (Eure), dans la vallée de l'Andelle.
4 La forte position qu'occupait sur le mont cette abbaye fortifiée en faisait la clef de Rouen. « Sur ces entrefaites, les bourgeois s'emparèrent du monastère de Sainte-Catherine, situé sur une haute montagne qui est bien proche de Rouen, et ils en confièrent la garde à Louis David. » De Thou, Hiit. univ., t. III, p. 143-146.
aux moyncs qui lous s'enfuyrent ibrs ung vieulx relligieulx qui ne vouUut sortir.
Le vendredy premier jour de may aud, an, de nuict, aulcuns d'iceulx incongnus ruynerent tous les ymages et hauteilz et aultres biens meubles d'esglize parroissialles de Sainct Nigaise de Rouen, et Sainct Gervais ' et Saint Aignen leez Rouen -.
Le dimanche troiziesme dud. mois de may, sur les unze heures avant la minuict, ilz s'asemblerent par diverses bandes et forcèrent toutes lesesglizes parroissialles de Rouen ou ilz entrèrent viollamment rompantz et desmolissans tous les ymages, hautelz et aultres ymages et ouvraiges estans es temples d'icelles esglizes, et le mesme jour ilz feirent le semblable en tous les temples des monastères tant d'hommes q ue de fem mes de lad. ville de Rouen 5 .
Ledict jour, comme Ton disoit la grant messe en Pesglise cathedralle de Rouen que cellebroit ung chanoine nouvellement receu nommé M^ François Martin4, ilz entrèrent en icelle esglise par grande vioUance, desrompans partout les ymages et chappelles; le cueur leur fut cloz avec lescaroUesd'icellui ou soustindrent aulcuns cha-
' L'église Saint-Gervais était en dehors de l'enceinte de Rouen, dans le faubourg Cauchoise.
2 La paroisse de Saint-Aignan-lcs-Rouen est maintenant la commune du Mont-Saint-Aignan, limitrophe au N. de la ville de Rouen.
? Voici en quels termes le protestant Théodore de Bèze raconte ce pillage : « Ils firent tel mesnage qu'il n'y demeura image ne autel, fonts ne benestiers qui ne t'ust tout brisé, en telle diligence que jamais on n'eust pu estimer qu'en vingt quatre semaines se peust desmolir ce qu'ilz ruinèrent en vingf quatre heures en plus de cinquante temples, tant de paroisses que d'abbayes et couvents. « V. A. Floquct, Hist. du Parlement, 11, 391.
4 François Martin, avait été reçu chanoine de la cathédrale le 27 avril iSGz. (Note comm. par M. Ch. de Beaurepaire.)
noines leur esfort jusques ace que monsieur de Basqueville', lieutennant pour monsieur le duc de Bouillon, y arriva avec aulcuns soldatz par le moyen desquelz la table du grant hautelqui y estoict d'argent ^ fut levée avec la tapisserie dud. cueur et mise dans la sacristie et cœur d'icelle esglise furent mys jusques a vingt ou xxx soldatz soubz la conduicte du cappitaine Hallot aux- despens desd. sieurs du chappitre, lesquelz soldatz firent, durant huict jours qu'ilz y furent, grande despence et furent fortz [difficiles] a contenter.
Le jour mesme. ilz entrèrent en la court esclesiasticque oiT ilz rompirent tous les bancz et sièges des advocatz et notaires et bruslerent leurs registres et escriptures, et exterminèrent Timage de Dognet? et tout ce jour ne cessèrent de rompre et abbatre toutes les croix et ymages estans aux porîaulx d'iceulx temples, entrèrent par toutes les maisons des cathollicques pour veoir leurs armes dont ilz se saisirent et les emportèrent avec eulx.
Le lundy iiije dud. mois de may, ilz bruslerent toutes les ymages de boys, livres et ornementz d'esglise, tapisseries 4 et mesmes les coffres, bancz et carroîles qu'ilz avoient desmollies sans avoir aulcun esgard aux biens qu'ilz perdoient, et feirent ced. jour ung dommaige que l'on ne sauroit estimer; allèrent par toutes les maisons
' Ms. Vasqueville. — V. n. de la p. i55. — Sur le rôle joué dans ces circonstances par Charles Martel, s'' de Basqueville, consulter M. A. Hellot, Essai historique sur les Martel de Basqueville, p. 166-172.
2 C'est la table donnée à Notre-Dame en décembre i5o2 par Jean Masselin, doyen du chapitre. V. p. 114-115.
? Dognet ou Doguet. Ainsi que M. Floquet (Hist. du Parlement, II, 3q8), « nous ignorons ce que ce pouvait être ».
4 Ms. tapissières.
cherchans les ymages qu'ilz rompirent et les emportèrent aux feux allumez par les rues, tous les esclesiasticques estans si csperduz de la fureur du peuple que la pluspart s'en fuirent ced . jour hors la ville.
Messieurs du Cappitre de Rouen, qui esioient lors presentz, assemblèrent led. jour en la maison archiepiscopalle, lieu qu'ilz depputerent pour tenir le Cappitre ordinaire, la ou ils conclurent que les rellicquaires, joyaulxet aultres meubles estans en lad.. sacristie ne seroient transportez pour le péril du pillaige du peuple qui estoict esmeu, mais seroient continuez et mys en Teglise pour la garde d'icelle sacristie Jusques au nombre de vingt soldatz aux despens comme dessus.
Du depuis, monsieur le duc de Bouillon, estant retourné a Rouen et logé a Sainct Ouen, furent envolez par devers luy Messieurs Tarchediacre Nagerel et deQuitanadoyne', chanoines, pour luy présenter lesclefz d'icelle sacristie et les mecttre en seure garde ^, acttendu mesmes qu'il n'estoit en asseurance de sa personne en la ville de Rouen et n'y avoitaulcune force; toutesfois il sy transporteroit pour veoir quel moyen on y pourroit prandre.
Le vendredy huictiesme dud. mois, icelluy sieur duc de Bouillon se transporta en lad. esglise sur les neuf heures de matin ou il entra par la porte de devers la maison de Tarchevesque, auquel fut faict ouverture de lad. sacristie, laquelle veue et visitée, il luy sembla qu'il n'y avoit lieu plus propice pour les biens d'icelle sacristie que le lieu où ilz estoient, et pourtant il commanda au cappitaine Garrel icelle esglise et sacristie, et sur ce que lesd.
1 Jean de Q.Liintanadoine, chanoine de Notre-Dame de Rouen, conseiller-clerc au parlement de Normandie ; examiné le i 5 juillet i 554 ; ses réponses n'ayant pas satisfait, rejeté post biennium.
2 Lacune; suppléer: ce qu'il refusa.
sieurs Nagerel et de Quictanadoincs luy remoustrereni que le cappitaine n'avoitaulcun pouvoir de soldoyer tant de soldatz, acttendu la nécessité ou ilz estoient, il reduict le nombre desd. soldatz jusques a douze soldatz avec led. cappitaine Garrel, pour le sallaire desquel z fut ordonné que pour chacune s«pmaine ils auroient Ixxiij 1. x s. qui estoict pour chacun jour a chacun soldat xv s. et xxx s. pour led. cappitaine, sallaire trop grand et excesif, et leur seroient baillé du chasteau six picques et deux hallebardes, deux pertusannes et quatre livre[s]de pouldrepour lesquelles avoir futpresenté requeste aud. sieur de Basqueville.
Ledict jour, icelluy sieur de Bouillon, aprez midy, se transporta dud. lieu de S. Ouen au Viel Pallaisde Rouen pour parlamenter avec le cappitaine des deux gallercs estans devant led. Viel Pallais, suivy luy troiziesme, duquel lieu bien tost il se retira apprez avoir parlé aud. cappitaine lequel avoit faict responce qu'il ne livreroit lesd. gallaires sinon au Roy ou a luy en baillant descharge soubz son seing, ce que led. sieur duc ne voullust entreprendre. Pourtant apprez sa despartye, led. cappitaine voiant des forces qui se preparoient par les soldatz de lad. ville contre luy, tant aud. Vieil Pallais que es isles prochaines de la rivière de Seine, fut contrainct desarmer sesd. gallaires et les rendre, par le moien desquellez les cappitaines et soldatz de Rouen coururent aval lad. rivière de Seine jusques a la ville de Caudebec qu'ilz conlregnirent par force leur estre ouverte, nonobstant la responce de ceulx de la ville, et la ils rompirent les- ymages estans au temple de Nostre Dame dud. lieu etaultreschappelles secours de lad. ville de Caudebec et emportèrent la pluspart des meubles d'icelle esglise dans lesd. gallaires et revinrent ceulx de leur relligion qui avoient esté chassez
diiJ. licudeCaudebec, et prindrent Tabbayede Jumyeges, ou s'estoicnt fortisfiez aulcuns gens du pais, sansaulcunc résistance desd. gens qui s'enfuirent voians venir lesd. gallaires.
Le mecredy xiij^ jour du mois de may, Messieurs du Chappitre de Rouen, estans assemblés au mannoir archiépiscopal pourTabsencede Baudoin' leur tabellion et secrétaire pour donner actes et faire registres des conclusions et ordonnances dudit Chappitre, la ou ils disnereni ensembles, et apprez disner mirent en desliberacion, la ou arriva led. Baudouin tabellion, entre aultres affaires ou ilz pourroient plus promptemeni recouvrer argent pour les affaires occurrantes de jour en jour et principalement pour en[tre]tenir la soulde desd. soldatz commis a la garde de lad. sacristie et cueur d'icelle esglise. La ou apprez plusieurs raisons allccguez, fut arresré que on ne toucheroit aux joyaulx et meubles estans en lad. sacristie et que on(t) regarderoit aillieurs ou on pourroit recouvrer plus commodément argent, et pour ce furent envoiez lesd. sieurs archediacre Nagerel et Le Lieur^, chanoines, avec led. Baudoin tabellion par devers monsieur de Chastignolles 5 officiai estant en sa maison canonical pour luy remonstrer lad. conclusion et offre voullontairement ausd. sieurs vij''^ pistoUetz, ce qu'il exécuta incontinant soubz l'obligation desd. sieurs signée Baudouin.
Le dimenche jour de Pentecoste xvij^dud . mois de may,
' Christophe Baudouyn, notaire du chapitre, a rédige les délibérations capitulaircs depuis l'année 1341 jusqu'en mai ib62 ; il mourut le 1 1 mai de cette année.
2 François le Lieur, prieur d'Ourville.
? Chastignolles (Jean de), chanoine, chancelier de la cathédrale iS'f'S, officiai 1542, vicaire général de l'archevêque v!c Rouen, curé de Bouidainville; décédé iq janvier 1564.
sur les trois heures aprez midy, sortirent de Rouen par la porte Beauvoisine la cavallerie et gens de pied d'icelle ville thirans par dessus les forches de Bihorel', et coururent par dessus les cothaux prez Dernestal, . au devant desquelz vindrent les gens de cheval estans aud. lieu de Dernestal et feirent quelques courses les ungtz contre les aultres sur lescostaulx. Ce que voians les soldatz estans dans la ville sortirent par plusieurs bandes et tirèrent vers le costal dud. Dernestal et montèrent par une combe ^ ayant regard vers Sainct Hillaire et vindrent pour environner lesd. gens de cheval de Dernestal, lesquels se voians et craignans d'estre encloz^ s'enfuirent vers Lonpaon5 ou ilz furent poursuivy avec grande force, et entrèrent les soldatz de Rouen dans Dernestal ou ilz mirent le feu en plusieurs lieux principaulx qu'ilz trouvèrent d'apparence, chassèrent les soldatz assemblés aud. lieu dont ilz en tuèrent grand nombre et amenèrent aulcuns prisonniers gens d'esglize qu 'ilz trouvèrent en armes et en desfence lesquelz ilz mirent en prison au Viel Pallaiz de Rouen.
Le lendemain jour de lundy ilz y retournèrent et pillèrent et saccagèrent le reste et mirent le feu aux Char-
1 Bihorel qui faisait partie. autrefois de la paroisse de Boisguillaume forme aujourd'hui une commune distincte au nord de Rouen.
2 11 s'agit ici du vallonnement qui monte vers Bihorel par le Troud'Enfer qui se trouve entre les fermes des Sapins et de Beaurepaire à gauche et celle de la Grande-Mare à droite,
? Une inscription gravée sur une pièce de bois attachée à un sommier de l'église de Saint-Ouen-de-Longpaon, une des deux paroisses de Darnétal, rappelait ^'incendié de cette ville. F. M. X. de BusseroUes : Eglise Saint-Ouen-de-Longpaon à Darnétal {Journal de Rouen du 24nov. iS58), et M. F. Bouquet : Notice historique sur la tour de Carville à Darnétal, 1867.
treux cl a l'esglise de Repaiiivillc et auhrcs lieux estans prochains diid. Dernestal ^
Le samedy xxiij« dud. mois de may, par le commandement des gouverneurs de la ville de Rouen, furent envoyez plastriers par toute la ville pour estoupper toutes les esclaires et vcues des caves estans sur les rues pour esviter renireprinsed'aulcunsqui voulloient, comme Tondisoict, mecttre le feu gregoys esd. caves pour mecttre le feu en la ville.
Cependant que telles choses se faisoient en la ville de Rouen, il y avoit grand trouble par les champs pour ce que cculx de la relligion nouvelle couroient sur ceulx de la relligion antienne, et le semblable faisoient ceulx de la relligion antienne sur les aultres, bruslans et pilhans les maisons des ungtz et des aultres, tellement que ceulx qui s'en estoicnt desmys et absentez de la ville estoient en plus grand dangier que ceulx qui estoient encloz en icelle.
Le duc d'Aumalle estoict envoyé gouverneur pour le pais de Normandye au lieu du duc de Bouillon, lequel ceulx de Rouen ne voullurent accepter, je dys ceulx qui gouvernoient les choses, et pourtant il faisoit preparatifz pour entrer en la ville de Rouen par force ou aultrement;
1 Saint-Gilles de Repainville, au-delà du lieu occupé jadis par les Chartreux. Il y a encore dans ce quartier une rue de Saint-Gilles qui tend de la route de Darnétal à celle de Lyons-la Forêt.
2 De Thou indique bien la véritable cause des violences exercées par les Rt)uennais à Darnétal : « Il y avoit, dit-il, entre les habitants de Rouen et ceux de Darnétal une extrême jalousie au sujet de leurs manufactures, qui étoient les mêmes et qui se nuisoicnt les unes aux autres. La jalousie avoit depuis très-IongtÇmps dégénéré en une haine implacable, se trouvant alors appuyée d'un prétexte de religion, elle alla jusqu'à la fureur. » Hist. universelle, trad. La Haye, 1740, t. m, p. 140-147.
contre lesquelz preparatifz iceulx de la nouvelle relligion s'efforçoient et continuellement (p)reparoient les fossez, muraillez et portes de lad. ville pour résister aud. duc d'Aumalle, faisoient venir soldatz de leur secte pour les desfendre. Dans lad. ville de Rouen y avoit grand desordre pour ce que la court de parlement esloict deseparée sans le mandement du Roy et s^estoient retirez tous les presidans, conseilliers et officiers de lad. court, ce que avoient ensuivy toutes les autres couriz et jurisdictions semblablement, tellement qu'il [n'y avoit plus de court qui] administrât justice '. Pourquoy ceulx de la nouvelle relligion qui avoient la force commencèrent a disposer de toutes choses et depputerent certaines personnes pour gouverner lad. ville par le conseil et ordonnance desquelzseroit disposé de toutes choses ^
1 La plupart des membres du parlement qui s'étaient dispersés après la dernière séance tenue en la maison du premier président, se réunirent bientôt à Louviers, en vertu des lettres données parle roi le 2 2 juillet. Ils y tinrent leur première séance le 4 août dans la maison du bailli Me Simon Behotte, sous la présidence de Lallemant.
2 « Un des premiers actes du parti qui venait de s'emparer de Rouen fut d'y organiser le pouvoir municipal. Le Conseil exécutif de le ville fut composé de six échevins : Vincent Gruchet de Socquencc, Noël Cotton de Berthouville, Michel Bouchard, Nicolas de Franqueville, Jean de Bauquemare et Guillaume de Croixmare. Le rôle des échevins se bornait à l'administration des affaires municipales ; les circonstances imposaient d'autres devoirs aux bourgeois qui avoient pris la direction du mouvement. De là, nomination d'un conseil de douze notables, dont les noms nous ont été conservés. A leur tête était Dubosc d'Emendreville, deuxième président de la Cour des Aides, et l'un des hommes les plus distingués de cette époque par sa profonde érudition ; les autres membres étaient : Nicolas Nagerel, les sieurs de Saint-Aignen et de Saint-Laurens, Pierre Buquet, Vivien Lallemand, Jean Bigot, Etienne Mignot, Charles Yon, Alleaume
Les personnes qu'ils depputerent pour le gouvernement de la ville furent les senieurs de leur relligion avec les conseilliers de ville ordinaires et les officiers d'icelle, et quelques aultres personnes qu'ilz depputerent pour assister au conseil seullement pro forma tindrent pour quelques jours leur conseil en la maison archiépiscopale de Rouen, comme ilz disoient, lieu emprunté par la viollance quiavoit esté faicte par aulcuns seditieulx en Thostel commun de lad. ville.
A la ville du Pont de l'Arche s'estoict retiré Monsieur de Villebon, lieutennant du duc de Bouillon, avec sa compaignie, qui assembloit gens de toutes partz pour aider aud. duc d'Aumalle ' lequel venoit aud. Pont de r Arche, Louviers, Evreux et aultres lieux cirvonvoisins, en attendant ses compaignies. Monsieur de Claire - et Monsieur d'Ausebosc 5, son nepveu, estoient au pais de Caux qui assembloient gens de leur costé pour soy desfendre et faire la guerre contre ceux de Rouen et aultres leurs alliez, tellement qu'ilz tenoientaulcunementla ville de Rouen en craincie et subjection.
Le dimenche xxiiij« dud. mois de may, furent faictes
Caucles, Jean Le Boullenger et Jean Deshommets. » A. Ghéruel, Siège de Rouen en i562 dans la Revue de Rouen. i85o, p. 170-
' Le duc d'Aumale avait été nommé, le 5 mai i562, lieutenantgénéral au gouvernement de Normandie, avec commission spéciale de soumettre Rouen.
2 Jean IV, baron de Clères, tué à Caen le 27 août i563. V. plus loin, p. 3o5.
5 François de Briqueville, s' d'Auzebosc, fils de Guillaume, s' de Briqueville, et de Jeanne Havart, dame d'Auzebosc. 11 avait épousé Florence de Clères, fille de Georges, baron de Clères et d'Anne de Brczé, sœur du grand sénéchal Louis de Brézé. Il fut tué avec son oncle, le 27 août i363, dans une querelle qu'il eut à Caen.
les monstres generalles des quatre quartiers de la ville des gens de pied et de cheval en armes dans la ville ou se trouvèrent grand nombre des gens bien armez.
Le mardy xxvj« jour de may, les Dieppois sortirent de leur ville de Dieppe et vindrent assaillir les habitans d'Arqués ', lesquelzse desfendirent vaillamment et y furent tuez plusieurs desd. Dieppois. Le renfort vint de Dieppe qui contregnit les habitans d'Arqués a soy retirer dans le chasteau d'Arqués ou lesd. Dieppois les assaillirent et assiégèrent.
Aud. lieu d'Arqués s'estoict retiré Mons^ Le Prieur sieur de Baudribosc^jConseillieren la court de parlement de Rouen, en sa maison, de laquelle regardant par une fenestre les soldatz de Dieppe estant parmy les rues, fut frappé en la teste d'un coup de harquebouse d'un soldat dieppois qui le congnoissoit dont il mourut tout soudain au grand desplaisir dud. soldat qui se voulut désespérer quand il seust la mort dud. sieur de Baudribosc? faicte par luy par mescongnoissance, car il estoict son amy.
Le jeudy xxviij^ jour dud. moys de may, jour et festedu sacrement dans la ville de Rouen, ceulx de la nouvelle relligion ouvrirent leurs bouticques et contregnirent les aultres de l'antienne relligion a faire le semblable jusques a rheure de midy que une trompette vint a la porte Martinville de la part du duc d' Aumalle et dud. sieur de Villebon pour semondre ceulx de la ville de bailler les clefz des portes aud. sieur d'Aumalle et le recepvoir comme gouverneur, auquel fut faict responce queon(t) n'obeyroit en rien aud. duc d'Aumalle. Pourtant aulcuns gens de guerre qui estoient vers Dernestal et la montaigne Saincte
> V. sur l'attaque du bourg d'Arqués par les Dieppois, L. Vitet, Histoire de la ville de Dieppe, in- 12, 1844, p. 80-82. 2 et ; Ms. Vaudribosc.
Catherine se descouvrirent et vindrent courir jusques au monastère dud. lieu de Saincie Catherine ou estoict ung cappiiaine avec cinquante soldatz en garnison mys aud. lieu pour ceulx de Rouen, lesquelz ilz escarmoucherent en tirant et blessèrent plusieurs qui s^enfuirent vers la ville crians allarnie et demandans secours, ce que voians les soldatz de Rouen firent sonner la trompette pour s'assembler et coururent tous aux armes. Les ungtz montèrent sur les rempartz pour garder que les enncmys qui estoient a Dernestal ne vinssent assaillir la ville du costé des portes de Sainct Hillaire et Beauvoisine; les aultres tirèrent sur lad. montaigne de Saincte Catherine avec grand nombre de pionniers qu'ils avoient en grand haste assemblez en la ville pour aller reparer les fossez et tranchée[sj qui estoient sur lad. montaigne, craignans que leurs ennemys ne s'en adressassent allencontre dud. lieu de S'* Catherine ou estans arivez sur le bord desd. fossez veirent leursd. ennemys arrestez en bon ordre tant a pied que a cheval. Aulcuns des soldatz de Rouen se mirent dans un petit boscage estant par delà lesd. fossez au pendant de la montaigne vers la prairie(re) de Sainct H illaire et entrèrent en ung cloz de murailles d'argille qui est allentour d'un petit pavillon appartenant a ung espagnol bourgeois de Rouen nommé Bagnaire ', ou ilz s'enbucherent et par des perthuis qu'ilz firent ausd. murailles commencèrent a tirer de leurs harquebouses contre lesd. ennemys lesquelz vindrent icelle part et chassèrent vers leurs gens et en furent tuez quelques ungtz de ceulx de Rouen, et aussy y furent tuez et blessez plusieurs desd. ennemys, entre lesquelz estoict le porte guidon, nepveu de monsieur de Villebon,
I Ce nom se trouve transmis jusqu'à nous par le bois de B.ignèrc qui se trouve sur le versant du mont de Sainte-Catherine, regarvlani la vallée de Dainétal.
qui s'avança trop contre les harquebusiers de Rouen qui le chargèrent tellement luy et son cheval qu'il fut frappé en plusieurs lieux dont il mourut. Cella faict, d'un costé et d'aultre se retirèrent et s'en retournèrent, ceulx de Rouen en la ville, cornme ilz estoient allez, ou ilz trouvèrent leursd. compaignons estans sur lesd. rempartz attendans et regardans vers Dernestal ou s'estoient descouvertz des aultres soldatz et du depuis lad. heure de midy Jusques au soir furent fermez les ouvreurs de Rouen.
Le vendredy qui est le lendemain xxix^ jour dud. mois, bien matin, ceulx de Rouen en grande compaignie montèrent lad. montaigne et se campèrent sur lesd. fossez et tranchées qu'ils commencèrent a reparer et faire aultres tranchées audevant desd. fossez attendans leurs ennemis qui estoient prezd'eulx campez derrière des arbres et hais estans vers Blosville ' et le Mesnil Esnard^, dans lesquelz fossez ilz s'arresterent et deslibe[re]rent de n'en partir ny de journy denuict jusquesa ce que leurs en nemys eussent levé leur camp. Toutesfois se venoient rafreschir et reposer par intervalles en la ville de Rouen les ungtz apprez les autres.
Cedict jour, le conseil de la ville de Rouen, sur quelque remonstrance qui leur fut faicte par aulcun de leur compaignie comme il coustoit une grosse somme de deniers a messieurs du chappitre de Nostre Dame de Rouen pour entretenir et saillarier les soldatz commis et depputez par monsieur le duc de Bouillon a la garde [de la] sacristie et cueur d'icelle esglise, et que lesd. sieurs du chap-
1 Blosville ou Blôville, maintenant Blosseville-Bonsecours, sur le plateau qui domine la Seine et d'où se détache le mont Sainte- Catherine qui s'avance vers Rouen comme un promontoire.
2 Le Mesnil-Esnard, c. du canton de Boos, arr. de Rouen et à 5 kil. de cette ville, au-delà de Blosseville-Bonsecours.
pitre n'y pouvoient fournir pour ne jouir d'aulcuns de leuis biens, deppuierenl M^ Nicollas Malherbe', advocat encourt esclesiasticque, et Ysac Jehan, drappier, bourgeois d''icelle ville, tous deulz dud. conseil, pour se transporter par devers les chanoines d'icelle esglise lors presentz pour veoir et entendre d'eulx Pestât de lad. sacristie et si elle estoict forte assez pour coniregarder les meubles et rellicquaires estans en icelle, et mesmes, comme ilz disoient, pour mecttre les aultres rellicqufiires des aultres esglises qu'ilz avoient assemblez pour estre conservez avec iceulK de lad. sacristie; lesquelz sieurs Malherbe et Ysac Jehan, apprez avoir faict entendre leur commission a Messieurs Tarchediacre Nagerel et de Quictanadoines, chanoines de lad. esglise, se transportèrent avec lesd. sieurs chanoines en lad. sacristie ou pour lors ilz ne peurent entrer pour l'absence du cappiiaine Carrel qui avoit la clef de la première porte d'icelle sacristie, et pourtant se retirèrent lesd. conseilliers pardevers lesd. du conseil pour en faire leur rapport.
Le samedy xxx« dud. moys de may, aprez midy, se trouvèrent au temple de lad. esi^lise Nostre Dame le président d'EsmendreviUe-, de Soquence' et Coton, conseilliers de
1 Nicolas Malherbe avait été un des juges du concours du Puy des Pauvres. M. Ch. de Beaurepaire nous apprend « qu'il prit part, comme notable, aux délibérations de l'Hôtel-de-Ville des 4 et i5 janvier, 19 août, 14 septembre i553, qu'il était trésorier de la Fabrique de Saint-Maclou, sa paroisse, cette année-là... » \'. Le Trésor immortel tiré de l'Ecriture sainte par Jacques Sireulde, introduction,
p. XXXIV.
2 Jean du Bosc, s"" d'Esmendreville, tils de Louis du Bosc et de Marie des Planches, dame de Fleury-sur-Andelle, reçu, io juin i544, conseiller et commissaire aux requêtes du palais, puis, iG janvier 156-2, second président à la cour des Aides, décapite le if novembre do la même année, pour la t^raiidc part qu'il avait prise i\ux
ville, avec lesd. Malherbe et Ysac Jehan et aultres dud. conseil et aulcuns antiens de la relligion nouvelle, c'est assçavoir Yon' advocatenviconté, et Le Machecrier^, advocat en bailliage, deBauquemare' et plusieurs aultres ou ilz mandèrent venir lesd. sieurs Nagerel et de Quictanadoynes pour leur estre faict ouverture d'icelle sacristie qu'ilzvoulloient veoir et visiter, comme ilzavoient mandé par lesd. depputezdud. conseil; ousetrouvanslesd. sieurs chanoines avec Monsieur deVilly4,aussy chanoine d'icelle esglise, qui lors y survint, fut ouverte lad. sacristie par Bianchemain, messagier dud. chappitre, ou entrerenttous les dessusd. avec deux orfebvres etl'enquesteur de Bethencourt avec son clerc. Lors led. président d'Esmandreville commanda les aulmoires ou estoient lesd. rellicquaires estre ouvertes ; et, ce faict, ilz commencèrent a faire invan-
troubles de Rouen. Le Laboureur dit de lui : « 11 étoit digne d'une meilleure destinée, pour avoir en sa personne tout ce qui se peut de'sirer de grandes qualités en un magistrat accompli. Il avoit été élevé comme les illustres de son tems, qui aspiroient à la possession des belles sciences, et principalement de la jurisprudence, qu'il alla puiser dans sa source au voyage qu'il fit exprès en Italie. »
> de la page précéd.) — Vincent Grouchet, sr de Soquence, fils de Michel de Grouchet et de Jacqueline Masselin avocat au bailliage.
1 « Charles Yon, advocat en Viconté. » Relation de ce qui s'est passé à Rouen, etc., p. i8.
2 François Le Machecrier.
; Michel de Bauquemare quartenier, qui après la prise de Rouen fut exclu du pardon accordé à plusieurs de ceux qui s'étaient compromis pendant les troubles. — Ne pas le confondre avec Jean de Bauquemare, qui, comme l'a dit M. Chéruel {V. la note de la page 2o5) fut conseiller de ville pendant que les protestants étaient maîtres de Rouen.
4 Jean de Villy, docteur en théologie, protonotaire du cardinal Ciiarles 1er de Bourbon, chanoine de Notre-Dame en septembre i56i.
tarier toute Targenierie et aultres choses estans esd. aulmoireS;, lequel invantaire ilz continuèrent jusques au lendemain matin jour de dymenche, dernier jour dud. mois; auquel jour de dymenche, sur les cinq heuresde matin, se trouva a lad. sacristie led. sieur d'Esmandreville lequel avoit fait evocquer lesd. archediacre et chanoines pour estre présents a achever led. invantaire, et alors par lesd. orfebvres feist desmonter l'un des quatre penneaulx de la table d'argent', du grand hautel tout par pièces pour poiser l'argent qui y estoict, lequel se trouva monter environ trente cinq mars, ce qu'il feist mecttre par escript pour mercque ou extimation a Tequipollent combien pouvoit poiser le reste de lad. table et a peu prez. Ce faict, il feist serrer toutes les chappes et ornementz qui estoient dispercez par lad. sacristie et les feist mecttre dans les bancqs et coffres a celle fin qu"'ilz ne se desgastassent et desperdissent pour faire place vuide et mecttre les rellicquaires qu'il disoict qui y seroient apportez le lendemain pour par aprez faire murer les portez et fenestres d'icelle sacristie et les fortisfier et oster lesd. soldatz.
Led. jour de samedy, les Dernestaliers, par le commandement qui leur fut faict de la part du duc d'Aumalle, destournerent le cours de la rivière de Robec^ qui passe par dedans la ville de Rouen et la feirent tumber dans la
1 C'est la table d'arg(xnt doré qui avait été donnée en décembre i5o2, par le chanoine Jean Masselin, doyen du chapitre.
2 Le Robcc, qui vient de Fontaine-sous-Prcaux, et l'Aubette, dont la source est à Saint- Aubin-Epinay, se rencontrent à Darnétal à l'endroit appelé le Choc pour se séparer ensuite. Aujourd'hui encore, pendant qu'on opère le curage de Robec, durant la semaine de la Pentecôte, on tait passer les eaux de cette rivière dans celle de l'Aubette, dont les moulins étaient autrefois en dehors des remparts de Rouen.
rivière d'Aubette, parquoy tous les moullins estans sur lad. rivière de Robec cessèrent de mouldre au grand destriment de ceulx de la ville de Rouen.
Les dessusd. jour de dymenche, dernier jour de tnay i562, environ les huict heures de matin, se présentèrent sur la coste des forches de Bihorel plusieurs gens de cheval et pareillement sur la montaigne de Dernestal vers Lonpaon se descouvrirent plusieurs gens de pied, lesquelz gens de cheval s'arresterent droict sur lesd. fourches de Bihorel ou ils furent long temps descouvrans et remerquans la ville de Rouen; pour cause desquelz le peuple et soldatz d'icelle ville s'esmeurent en dilligence pour aller sur les rempars et murailles dMcelle ville, etlescompaignies de gens de guerre tant a pied que a cheval montèrent la montaigne de Saincte Catherine pour fortisfier leur camp, estans près Tabbaye sur lesd. fossez et tranchées ou ilz se tindrent tout le jour et furent faictes quelques petites courses des ungtz contre les aultres ou moururent aulcuns d'une part et d'aultre en petit nombre.
Lelundy premier jourdejuing i 562, sur les deux heures apprez midy, lesd. président d'Esmendreville, Noël Cotton, Thierry, alias Laillier, Ysac Jehan, se transportèrent en l'esglise cathedral au temple de Notre Dame de Rouen, suivant les promesses dessusd. pour faire apporter les rellicquaires des aultres esglises, comme ilz disoient, et estant en lad. sacristie led. présidant commença a dire ausd. archediacre Nagerel et de Quictanadoines ces parolles : a Messieurs, en attendant que on[t] vienne apporter icy les relicquaires estans entre les mains de certains bourgeois, je vous adverty que je sçay ou sont cachés les relicques deseanset le lieu ou ilz sont, que je vous monstrcray au doigt. » Lors il feist ouvrir l'huis du degrcy par
ou l'on monte en la chambre du sacrisie auquel degrcy il monstra ung huis plâtré lequel il feist rompre par deux massons que il avoit tous prestz,et la furent trouvez dans une voulte toutes les rellicques et riches joyaulx avec les chappes d'icelleesglise, dont ilzfeirent faire par led. Laillier ung invantaire bref, et feirent emporter toutes lesd. rellicques et chappes dans lad. sacristie qu'ilz feirent refermer, et en retint led. sieur présidant d'Emandreville une des clefz par devers luy avec la clef de l'aumoire ou ilz avoient reposé lesd. rellicquaires trouvez, etc.
Le mardy, deuxiesme dud. mois de juing, sur les quatre heures de soir, monsieur d'Oyssel", envoyé par la mère royne par devers les habitans de la ville de Rouen, entra dans icelle ville par la porte Martinville, luy siziesme, tout desarmé, pour parlamenter avec les gouverneurs d^icelle ville, ayant passé par le camp de Monsieur d'Aumalle estant prez des fossez et tranchées de lad. montaigne de Saincte Catherine, lequel fut ouy au Conseil tenu en l'hostel de ville. Et apprez ce, fut logé en la maison du bailly de Dieppe prez Sainct Ouen et luy fut baillé pour sa garde une enseigne des Dieppois, et le lendemain sur les unze heures devant midy, apprez avoir ouy la responce dud. Conseil, s'en retourna par ou il estoict venu sans riens faire.
Le jeudy quatriesme dud, mois de juing 1662, lesd. d'Emandreville, de Soquence, Cotton, Laillier, Marlorat, le sieur de la Chappelle et plusieurs aultres de kid. ville, vindrent a lad. sacristie ou de faict par ungorfebvrc feirent rompre en pièces la table du bas de Tauiel qui
I Henri Clutin, s' d'Oisel. Ce personnage avait été chargé, en i56i, d'une mission auprès de la reine Elisabeth, à propos du retour de Marie Stuart en Ecosse.
estoict d'argent et feirent mecttre les pièces d'argent en deux penniersqu'ilz meirenten lad. sacristie en attendant qu'ilz retournassent aprez midy qu'ilz furent empeschez pour aultres affaires, etc.
Le samedv vj™^ jour dud. mois de juing, lesd. sieurs d'Emandreville, Colon, Laillier et plusieurs des antiens et aultres de la ville, en continuant les choses dessusd., vindrent de matin avec led. de Bethencourt, enquesteur, pour continuer Tinvantaireencommencédesd. relicquaires et, en ce faisant, par deux orfebvres feirent rompre le reste de lad. table d'argent tant hault que bas en pièces qu'ilz feirent mecttre en cinq grandz penniers ; puys, aprez midy, ilz y retournèrent tous avec le m<= de la monnoie' et commencèrent a faire poiser Pargenterie de lad. table qu'ilz mirentenquatredesd. penniers: c'estassçavoir au premier pcnnier vj^^Hij marcz, au dcuxiesme ix'^'^vj marcz, au troisiesme vij'^^xv marcz, au quatriesrne ij'^xiiij marcz. Item, en petitz cloz d'argent estans en ung sac, iij marcz, le tout d'argent doré, qui feirent en tout de poys, comprins les pierres et voirres estans enchâssez en lad. table, le nombre de vj" iiijxxjfj marcz.
Aprez lad. table ilz pesèrent Pargenterie qui ensuict :
C'est assçavoir :
Ung vaisseau ou benestier avec le vipillon d'argent blanc. . xix marcz
Deiix platz de chandelliers pendans, etc iij marcz
Deux chandelliers d'argent
' Nicolas Delisle, maître de la Monnaie, fut, après la prise de Rouen, jeté en prison pour avoir reçu les reliq'uaires et l'argenterie des églises, et l'on poursuivit son procès devant \c. Parlement de Paris. (Arch. de la S.-Inf,, G. 21 65, 2166.)
blanc xiij marcz
Ung sainct Michel d'argent doré Ixiiij marcz
Six encensiers d'argent blanc, xxiij marcz
La chasse sainct Sebastien d'argent sans le pied qui estoict de cuivre doré xix marcz
Les deux bassins a laver qui servoient a l'autel x j marcz
Deux aultres chandeliers d'argent xxiiij marcz
Le pied ou estoict porté une ymage de Nostre Dame d'or. . . . v marcz ij onces
Le secraire d'argent doré a porter le Corpus Domini le jour du sacrement xxxiiij marcz
Une grande croix d'argen t doré semée de fleurs de Hz avec le crucifix et deux ymages Notre Dame et sainct Jehan xxiiij marcz iiij onces
Somme toute de l'argenterie. . ix" xxxij marcz ij onces.
Iiem, ilz pesèrent les pièces d'or qui ensuivent :
C'est assçavoir :
La croix d'or massive ou estoient enchâssez des relicques desdouzeappostresavec plusieurs perles et pierreries. xvi marcz iiij onces
Le collier d'or iij marcz vij onces
L'ymage Nostre Dante d'or •levée dud. pied d'argent vi marcz vj onces
Somme toute dud or xxvij marcz j once.
Le tout pesé présence dessusd. et desd. sieurs archediacre et de Quictanadoines a ce appeliez; et, pour ce que lors Icd. maistrc de la monnove dist qu'il avoit encoires
de la besongne assez pour quelques jours et que il ne se voulloit charger de tant de choses ensembles, led. sieur d'Emandreville feist tout charger en trois brouetes qu'il feist mener en la maison ou il estoict logé prez Tarchevesque appartenant a monsieur Maistre Guillaume Rome, chanoine ' , lors absent, et, sur ce qu'il lu y fut remoustré par lesd. sieurs chanoines que, puys qu'il se saisissoit des bienset joyaulx de lad. sacristie qu'ilz avoient conservez jusques a l'heure présente a grandz coustz et despens, et aussy que lesd. chanoines et chapellains n avoient plus aulcun moyen de souldoier gens pour la garde d'icelle sacristie en laquelle restoient plusieurs rellicquaires, chappes et ornemens de grande valleur et mesmesle temple d'icelle esglise, requerans que Hz donnassent ordre a celle fin qu'il n'y eust aulcune pillerie ou dommage, led. sieur d'Emandreville respondit que il manderoit Helliot Carrel, cappitaine des soldatz commiz par le passé pour la garde d'icelle sacristie, pour luy dire qu'il se retirast luy et ses soldatz et que messieurs du Conseil y mettroient garde de la part, etc.
Ledict jour de samedy vi^ dud. mois de juing, Monsieur leduc d'Aumalleestant adverty que MonsieurdeMorvillerS de l'ordre, parti[r] d'Orléans avec trois ou quatre centzchevaulx que Monsieur le prince de Condé envoi [oi]t pour le secours de la ville de Rouen, estoict vers Honnefleur pour passer au Havre et pays de Caux pour s'en venir a Rouen, leva son camp dud. lieu de Saincte Catherine et tira avec son armée vers le pays de Caux et la ville de Caudebec pour venir rencontrer au devant. Led. sieur de Morviller retourna sus bride dud. lieu de Honnefleur passant par le Ponteaudemer î et vindrent luy et ses gens
1 Guillaume Rome avait ctc nommé chanoine en 1541.
2 Louis de Lannoi de Morvilliers, gouverneur de Boulogne.
? Sur ces opérations des ducs d'Aumale et de Morvilliers, v. de Thou, t. III, I. XXX, p. 179.
en grande dilligence de nuict et de jour jusques aud. lieu de Rouen.
Le dimencbe vij«^ dud. mois de juing, Icd. s^ de Morviller avec sa compaignie, sur les cinq heures de matin, tout chargé de pluye, entra en la ville de Rouen par la porte du Barc estant vers la rivière de Seine et s'en alla loger en la maison de monsieur de Feumichon prez les Carmes; depuis il changea de logis et fut logé en la maison de monsieur de Longpaon '.
Ced jour, sur les cinq heures de soir, la rivière de Rohec fut remise en son propre cours et recommencèrent les moullins a mouldre comme devant.
Le mardy neuf'"^ dud. mois, devant le jour, sortit de Rouen Monsieur de Lanquetot ^ avec cent chevaulx et la compaignie de Dieppe pour aller, comnie Ton disoit, \'crs Dieppe que Ton disoit et estimoit estre assaillie par les gens de Monsieur d'Aumalle, et ced. jour, sur les trois heures aprez midi, se partit la gallere de devant Rouen chargée de deux centz cinquante hommes.
Lad. gallaire voullant passer par devant Caudehec fut assaillye et battue d'artillerie tellement qu'il y eust plusieurs soldatz estans [en] icelle qui furent tuezet les aultres blessez; et fut contraincte s'en retourner a Rouen ou elle arriva le vendredy ensuivant xij dud. mois.
1 Robert Raulin, s'' de Longpaon, conseiller au Parlement, i août i329, procureur du duc d'Aumale, auquel il vendit ses terres de Longpaon, les Grottes, etc. Il mourut le 19 février i565 et fut inhumé dans l'église de Sainte-Croix-Saint-Ouen. 11 avait épousé Anne de Civille.
2 Jean Bazin, s^ de Lanquetot, que l'on désigne dans les mémoires du temps sous le nom de capitaine Lanquetot ou Lauguetot. 11 était petit-neveu Je l'historien Thomas Bazin, évêque de Lisieux. V. M. A Hellot, Chronicques de Normandie, note ^35.
Le dymenche xiîij" d'icelluv mois de juing, furent faictes les monstres generalles a Rouen des quatre quartiers de la ville en armes.
Le lundy xv^ dud. mois de juing, fut pendu au Viel Marché ung presbtre qui avoit esté prins a la journée de Dernestal et admené prisonnier a Rouen pour plusieurs volleries et aultres excez dont il fut convaincu et accusa plusieurs de ses complices, etc.
Le mardy xvj^ d'icelluy mois de juing, sur ce que quelqu'un auroit donné advertissement aux gouverneurs de Rouen que entour le Pont de l'Arche il estoict arivé ung basteau chargé d'artillerie pour Monsieur d'Aumalle et mesmes que en la ville du Pont de l'Arche il n'y avoit guieres de gens de desfence et que facillement on[t] pourroit entrer en lad. ville, fut desliberé par lesd. gouverneurs et cappitaines de gens de guerre secrètement que sur le soir dud. jour on y envoiroit gens en armes pour entreprandre ung tel affaire, et, pour ceste cause, que les portes de la ville de Rouen seroient fermé[e]s et n'en sortiroient aulcunes personnes qui peult reveller lad. délibération, dont il convint que tous les gens des villaiges qui avoient ced. jour apportez vivres a vendre a Rouen couchassent en icelle ville et ne peurent retourner en leurs maisons.
Le soir dud, jour, sur les huict heures, sortirent par la porte du pont quatre cornettes de gens de cheval avec quatre porte guidons de trois a quatre centz chevaulx en la compaignie de Monsieur de Morviller et plusieurs cappitaines avec leurs compaignies de soldatz et gens de pied jusques au nombre de sept enseignes, lesquelz avec trois pièces d'artillerie prindrent leur chemin en grande dilligence par dedans des bois estans prez de Rouen et pas-
serent par le Nouveau Monde' et Ellebeuf et cheminèrent toute la nuict jusquesau lendemain matin qu'ilz arrivèrent devant la ville du Pont de TArche. De la forest estans devant icelle ville, ilz feirem sommer ceulx de lad. ville de la leur rendre, ce qu'il leur fut reffuzé, parquoy l'artillere de Rouen fut affûtée contre la muraille et fut tiré environ douze couptz de lad. artillerie qui feirent brèche au haut dMcelle muraille. Les soldatz de Rouen, voians la muraille rompue, commencèrent a descendre dans les fossez qu'ilz trouvèrent fort profondz, mais ilz ne peurent approucher de lad. brèche pour ce qu'elle n'estoict a fleur de terre. Les gens de guerre estans dans lad. ville du Pont de l'Arche, qui s'estoient tenuz couvers sans tirer aulcune artilliere et sans faire demoustrance de desfence, commencèrent a tirer sur les soldatz de Rouen desquelz ilz tuèrent grand nombre et en blessèrent plusieurs, ce que voians les cappitaines desd. soldatz feirent retirer leurs gens ; et, considerans que la ville ne pourroit estre prinse d'assault si facillement qu'on leur avoit donné a entendre et qu'ilz pourroient plus perdre que gaigner a séjourner devant icelle ville, ilz reprindrent le chemin a Rouen par ou ilz estoient passez et arrivèrent sur les huict heures de soir. A telle heure ilz estoient partiz le jour précédant et en s'en retournant ilz pillèrent et bruslerent tous les temples des esglizes qu'ilz trouvèrent en leur chemin.
Le duc d'Aumalle qui estoict au pays de Caux vers Honnefieur^ et Montiviller, estant adverty du faict du
1 Le Nouveau-Monde se trouve un peu au nord d'Orival, dans la dépression qui sépare la forêt de Rouvray de celle de La Londe.
2 II faut lire, au lieu de Honfleur, Harfleur, qui se trouve à 8 kil. en avant du Havre et à peu de distance de Montivilliers. Voici ce queditdeThou (t. III, ch. XXX, p. i8o): « Leduc d'Aumale trompé par de Morvillicrs, ne voulut pas que son voyage dans le paîs de
Pont de l'Arche, laissa son entreprinse de la ville du Havre qu'il vouUoit subjuguer, meist garnison a Caudebec et aultres lieux qui estoient de son obeyssance et en grande dilligence retourna pour garder et fortisfîer lad. ville du Pont de TArche, et en ce faisant laissa quelques bandes de gens de cheval et de pied pour tousjours tenir en craincte et subjection ceulx de Rouen vers les tranchées de Saincte Catherine.
Le dimanche xxj^ dud. mois de juing, Mons. de Morviller, sur les iiij heures aprez midy, entra en la grand esglise de Rouen qu'il vouUut veoir, luy acompaigné de messieurs le président d'Emendreville, de Soquence et aultres de la ville, auquel fut faicte ouverture de la sacristie pour veoir le reste des choses et rellicquaires estans en icelle et mesmes les chappes de drap d'or et d'argent, presens M^ Jehan Nagerel, chanoine et archediacre, appelle pour cest affaire, et Cyprian Blanchemain, messagier du chappitre de Rouen.
Led. jour, sur le soir, ceulx du Havre et aultres, estans venuz pour prandre la ville de Harfleur, commencèrent a battre lad. ville et dura la batterie jusques au soir du lundy ensuivant. Ceulx de Harfleur furent secouruzdes paysans du plat pays de Caulx et furent contrains lesd. du Havre de se retirer sans riens faire.
Le mecredy xxiiije jour dud. mois, jour etfeste de Sainct Jehan Baptiste, se présentèrent devant les tranché[ejs de S's Catherine, ou il y avoit deux compaignies de soldatz cachez sans ceulx de la ville de Rouen estans illec en grand nombre, environ douze ou quinze hommes de cheval de l'exercite de Monsieur d'Aumalle. Le peuple de Rouen,
Caux fût inutile : il fit le dégât dans toute la campagne; il envoya des partis à HarHeur, à MontivillierSj à Lillebonne, au Havre... ».
estaiii esJ. tranchées, esmeuz pour la veue desd. clievaucheurs, commença a crier allarme lellement que le bruict en vint incontinani en la ville sur les sept heures'de matin pour lequel bruict plussieurs cloches sonnèrent allarme. Lors on|t] courut aux armes a qui mieulx et sortirent de la ville toutes les compaignies tant de cheval que de pied, les ungtz montans la coste de Saincte Catherine vers lesd. tranché[e]s et les aultres tirans vers les costaux estans allentour de la ville jusques a Dernestal. Finablement ne eut qu'ung cheval desd. chevaucheurs mort par les tranché! e]s tionile chevaucheur s'estoict sauvé et retournèrent tous a Rouen, etc.
Les jours ensuivans, les gens de cheval de Rouen sortirent de la ville par plusieurs fois et feirent plusieurs courses en divers lieux, etc.
Le lundy xxix^ jour de juing, an dessusd., le duc d'Aumalle, en ensuivant ce qu'il avoit mandé aux gouverneurs et cappitaines estans a Rouen le vendredy précédant, feist ses approuches pour présenter le canon aux fort et tranchées de Saincte Catherine et assist son artillerie sur la plaine du bois de Turuingues ' prochaine dud. fort prez le grand chemin de la cavée et de la il commença a tirer et battre led. fort de flanc le long des rempars estans sur lesd. tranchées sur Fheure de midy, et dura la batterie d'ung costé et d'aultre jusques sur les cinq heures de soir, durant
I Sur le versant du plateau de Blosseville-Bonsecours qui domine la Seine et descend vers l'ancienne route de Bonsecours, se trouve un bois traversé actuellement par le tramway de Rouen à Bonsecours. D; là, l'artillerie pouvait batire facilement le fort de Sainte- Catherine. De même que le duc d'Aumale en i562, Henri IV, en i3y I , y étiblii ses batteries, comme on le voit dans le plan du Discours du siège de la ville de Routn (i5yi), par (J. Valdory. Le bois y est figuré et désigne sous le nom de bois de Thuringues.
laquelle fut tué Monsieur de Lanquetot, gouverneur de la gendarmerie de Rouen devant la venue de monsieur de Morviller, luy estant sur lesd. rempars, d'un coup d'artillerie qui luy emporta la cuisse depuis le braier et ne vescut guieres aprez. Son corps fut enterré dans le monastère de Saincte Catherine sans aulcune pompe funèbre. Plusieurs furent tuez durant lad. batterie d'ung costé et d'aultre. Aprez lad. batterie chacun se retira pour soupper; par manière de passe temps sortirent de leurs tranchées pour deviser avecques quelques cappitaines du camp du duc d' Aumalle. Pour la faute d'un soldat qui meist le feu en son arquebuse contre le voulloir desd. cappitaines, les soldatz de la partie dud. duc d'Aumalle furent esmeuz; et pour ceste cause furent deschargés plusieurs harquebusades d'une part et d'aultre d'un petit fort estant en la maison deBagnerre, espagnol, prochaine desd. tranchées, de l'une desquelles fut frappé au pied le cappitaine Delavau, lieutenant du cappitaine de Bouverie, et fut rapporté sur son cheval en son logis pour soy faire traicter.
Led. Jour, au matin, le cours de l'eaue de Robec fut destourné et arresté et cessèrent les moullins estans sur icelle.
Le mardy xxx'^^ jour dud. mois de juing i 562, furent tirez plusieurs couptz de canon d'une part et d'aultre. Les Dieppois, qui estoient arrivez a Rouen le soir précèdent, s'efforcèrent d'assaillir le camp dud. duc d'Aumalle, mais iiz n'y feirent guieres leur prouffict ; et furent blessez et tuez plussieurs de leur compaignie et contrains se retirer dans le fort.
Le mecredy et jeudy ensuivant, l'artillerie du duc d'Aumalle tira contre led. fort par plussieurs intervalles et diverses fois tant de jour que de nuict et en abbatitles terres en plusieurs lieux lesquelz furent tost reparez par
la dilligence des soldatz. Et furent portez de la ville de Rouen aud. fort grand nombre de balles de laine qui furent prinses en la maison des Espagnols et aulires bourgeois d'icelle ville pour mecitre sur les rempars dud. fort et soustenir les couptz de Tartillerie.
Led. jour de jeudy \]"^^ de juillet i 562, la cavallerie estans dans Rouen sortit de la ville par la porte Martinville et print le chemin de Repainville pour aller a Dernestal. Comme lad. cavallerie fut arrivée aud. lieu de Dernestal, vindrent au devant d'eux aulcuns gens de cheval de la cavallerie dud. ducd'Aumalle en petit nombre. Ceulx de Rouen, doubtans quMl n'y eust gens en queue embuchez pour les surprandre, se retirèrent vistement a bride avallée comme s'ilz s'en fuiassent et vindrent fuyans jusques a ung camp de bled estant droict devant les rempars delà porte Saincte Hillaire, auquel lieu ilz se rassemblèrent pour résister ausd. gens de cheval qui les poursuivoient,^ et y eust plusieurs couptz donnez d'une part et d'aultre, De la tour du Coullombier furent tirez trois couptz de passevollant ou aultres menuz canons contre lesd. gens dud. duc d'Aumalle qui ne s'en esmeurent guieres et ne laissèrent de poursuivir les gens de cheval de Rouen desquelz plusieurs s'en fuirent jusques aux fossez sans aulcun ordre. Cependant lad. tour du Coullombier tiroit contre les gens dud. duc d'Aumalle, ce que les gens de cheval se doublassent les ungtz des aultres. La cavallerie de Rouen monta le hault de la coste des fourches Bihorel et de la reprindrent leur chemin vers Dernestal ou ilz ne trouvèrent personne qui leur feist résistance. Chacun desd. gens de guerre du camp dud. duc d'Aumalle, s'estans retiré de l'aultre part de la rivière d'Aubette sur la montaigne estans de l'aultre part vers le camp, ilz prindrent une enseigne pendue en une fenestre qu'ilz apportèrent
avec eulx a Rouen et s'en revindrent sans faire aultre chose. Le cappitaine Barre qui estoit avec sa compaignie vers Repainville, veoiant lad. fuitte de la cavallerie se retira au mieulx qu'il peult et se saulva par le moien qu'il se gecta en l'eaue de lad. rivière d'Aubette et perdit. plusieurs de sa compaignie. De la cavallerie de Rouen furent luez plusieurs qui furent le lendemain trouvez mortz par les bledz et en tomba dans les fossez de Rouen en fuyant plusieurs qui se tuèrent eulx et leurs chevaulx.
Le samedy iiij« dud. mois de juillet i 562, recommença Partillerie du duc d'Aumalle a tirer contre le fort, a laquelle respondit l'artillerie dud. fort sur les quatre heures de matin et furent tirez plusieurs couptz d'un costé etd'aultre et faictes quelques approuch'es des soldatz d'une part et d'aultre ou il en demeura plusieurs mortz. Led. jour sur le soir, fut crié ung faulx alarme par aulcuns gens de guerre qui se descouvrirent vers Dernestal. Le peuple de Rouen et soldatz montèrent sur les rempars, ce que voians lesd. gens de guerre se retirèrent et ne fut faict aultre chose.
Les huguenoiz en plusieurs lieu[xj emmy les champs s'assemblèrent en armes pour prandre et occupper les villes, lieux et places de tout le royaulme, destruisans toutes les esglises et temples des cathoUicques et pillans icelles. En la basse Normandye, entre aultres, Gonteville, cappitaine du Ponteaudemer, le sieur d'Aigneaux', Fer-
' Jean, autrement Jean-Jacques, de Sainte-Marie d'Agneaux, fils de Jean de Sainte-Marie, s'' d'Agneaux et de Caenchy, troisième du nom, et de Ciiarlottede Pcllevé, fille de Jean, s'' de Tracy, embrassa de bonne heure la réforme et prit p;irticulièrement part en i56i et i562 à l'occupation de Saint-Lo et de Caen par les protestants. V. Recueil de notes historiques sur la paroisse d'Agneaux par M. Dubosc, dans Notices, Mémoires et Documents publiés par la Société Agric. et Archéologique, etc., de la Manche, t. II-IU.
vacques ' et aultres cappitaines huguenotz, avoient assemblé, tant de Cosientin, Bessin, Aulge que aultres lieux circonvoisins, jusques a douze cents hommes de leur secte avec lesquelz ilz couroient le pays &n taisant tous les excez quUls pouvoient sur les cathollicques. Iceulx,aprez lavoir] pillé et bruslé les esglises de Montfort^, prez le Ponteaudemer, se deslibererent d'aller au prieuré de Sainct Phillibert? prochain dud. lieu de Montfort, le long de la rivière de Risle, ou ilz avoient entendu que le prieur avoit quelque assemblée de gens pour résister et tenir fort contre ceulx qui le vouldroient assaillir dansled. prieuré. Estoit pour lors [Nicolas]4 Dubosc, prieur dud. lieu, et Dubosc, son frère, homme secullier et suivant les armes, tous lesdeuxcathollicques et enncmys d 'icculx huguenotz,
' Guillaume de Hautenier, s' de Fervacques, comte de Grancey, fils de Jean de Hautemer et d'Anne de la Baumme, chevalier de l'ordre du roi, lieutenant général au gouvernement de Normandie sous H2nri IV, mort en i6i3.
2 Montfort-sur-Risle, ch.-î. de canton de l'arr. de Pont-Audemer (Eure).
î Saint-Philbert-sur-Risle, commune du canton de Monlfort-sur- Risle. — M. A. Canel a donné, dans son Hist. de la ville de Pont- Audemer, t. I, p. io6-ii5, l'analyse d'un livre fort rare intitulé: Histoire mémorable et très véritable, contenant le vain effort des Huguenots au prieuré de S. Philbert en Normandie, et comme ils en furent miraculeusement repoulse^. Paris, Julien Noyer, iSSj. Cette relation est, dit M Canel, traduite d'un texte latin contemporain de l'événement. Elle a été réimprimée dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, etc., t. V, p. 37-55. — L'attaque était dirigée par d'Agneaux que l'auteur nomm; Aneaux
4 La relation dont il est question dans l.\ note précédente nous fait connaître les prénoms des deux du Bosc : Nicolas du Bosc, le prieur, et Martin du Bosc « lors homme d'armer de la compaignie de M. de Brissac. » — Martin du Bosc, sr de Bourneville, puis d'EmendreviUe après la mort de son frère Jean, gouverneur de
combien que le présidant d'Emandreville, leur frère, feust pour lors en crédit en la ville de Rouen, Icelluy prieur avoit pourveu auparavant les incursions d'iceulx huguenotz, avoit muny sond. prieuré de vivres et d^armes telles qu'il les pouvoit avoir pour le temps et avoit mandé a d'aulcuns de ses voisins etamysqu'ilz le vinssent veoir et qu'il leur feroit grand chère et n'espargneroit aulcune chose qu'il eust pour résister ausd. huguenotz. Led. iiij« de juillet, iceulx huguenotz vindrent de matin pour entrer aud. prieuré ou ilz trouvèrent résistance dud. prieur et dess(c)iens qui pouvoientestre environ quarante personnes ayans seuUement quatre harquebusez, lesquelz s'estoient divisez en trois parties, dont il y en avoit une dans l'église et clocher d'icelluy prieuré qui se desfendirent si bien avec lesd. arquebuses qu'ilz occirent plusieurs desd. huguenotz, lesquelz se despartirent dud. lieu sur le soir a cause de la nuict et laissèrent aud. prieuré et a ses gens lesquelz par ce moyen furent asseurez d eulx pour cette fois.
Le dimenche cinq'^e dud. mois de juillet, sur les deux heures devant le jour, comme les gens dud. duc d'Aumalle eussent en dilligence faict toute la nuict certaines tranchées sur le boult de la coste du bois de Turuingues regardant vers la rivière de Seine pour passer quelques pièces d'artillerie et battre ung petit fort que les soldatz de Rouen avoient faict auprez de leurs rampars prochains de l'abbaie de Saincte Catherine, une compagnie de soldatz qui estoient a la sentinelle vers Sainct Paoul, descouvrans ceulx qui faisoient lesd. tranchées, craignans qu'ilz ne descendissent bas pour se saisir de la maison du
Sainte-Menehould, en r588. Il avait épousé Isabeau le Moine, dame de Sourdeval.
prieuré de Saint-Paoul' et se y fortiffier ou faire quelque entreprise, commencèrent a crier allarme a grand esfortz. Chacun courut a pied ou a cheval vers la porte Martinville pour sortir, ce que ne voullust permettre monsieur de Morviller, lequel feist entrer le tabourin qui estoict venu a lad. porte pour crier Talarme et le retint jusques au jour pour double de plus grande esmotion. Finabiement il n'y eust aultre chose que lad. esmotion dont la plupart s'en retournèrent coucher en leurs lictz.
Led. jour furent tirez plussieurscouptz de canon desd. nouvelles tranchées par les gens dud. duc d'Aumalle et fut battu led. fort de Saincte Catherine en deux lieux et fort endommaigé, maiz les soldatz qui y estoient feirent telle dilligence qu'il fut remparé comme devant.
Le lundy, vje d'icelluy mois, l'artillerie du duc d'Aumalle commença a tirer sur les cinq heures de matin, et tira toutlejourcontre led. fort de Saincte Catherine, etc. Led. jour fut crié a son de trompe par les carrefourcz de Rouen que toutes femmes avec leurs enffans et famille, desquelles les marys s'estoient absentez et mesmes tous serviteurs desquelz les maistres et maistresses s'estoient aussy absentez, se eussent a retirer et sortir hors la ville, sur peine de confiscation de biens.
Le mardy vij^^ dud. mois, sur les sept heures de matin, l'artillerie dud. duc d'AumalIe recommença a tirer contre led. fort et contynua tout le jour jusques a l'heure de midy fort furieusement et sans intermission. Cependant, sur les quatre heures [de] matin, cent hommes de cheval du camp dud. duc d'Aumalle vindrent courir jusques aux faulbourgtz de Saint Sever hors le pont de Rouen,
I Le prieuré de Saint-Paul, dépendant de l'abbaye de Montivilliers, supprimé en i66o, se trouvait derrière l'église Saint-Paul.
et mirent le feu au moullin a vent de Monsieur le président d'Emandreville, lequel ilz bruslerent et s'en retournèrent sans aulcun empeschement.
Le raecredy huictieme dud. mois, fut tiré de Tartillerie dud. duc d'Aumalle comme devant; et ced. jour led. président d'Emandreville, NoelCottonet plussieursaultres de la ville de Rouen, vindrent de matin en la sacristie de Tesglisecathedralle de Rouen pour avoir le reste dePoret argent des rellicquaires mentionnez en l'inventaire de ce faict par Bethencourt, enquesteur du Roy, descouvrirent la chasse ou capse sainct Roumain couverte de lame d'or et pierres précieuses et enrichie de plussieurs agneaulx d''or et la chasse de saincte Anne avec la croche ou baston pastoral et plussieurs aultres pièces contenus en l'invantaire de Bethencourt, enquesteur, d'argent doré et blanc qu'ilz meirent en pièces et en emplirent trois grands penniers qu'ilz laissèrent en lad. sacristie jusques aprez disner quMlz debvoient venir quérir pour les porter en la monnoie, gecterent les ossementz et relicquaires du corps sainct Roumain estans en lad. capse et les feirent brusier en ung feu estant en lad. esglise; et [en] celle capse fut trouvée une lettre en parchemin attestant comme l'archevesque Rothroud', Tan de l'incarnation de nostre Seigneur mil xj« Ixxix, le xx'f an du pontificat d'Alexandre pappe, iii^^de ce nom, régnant en Angleterre Henry deuz"^® de ce nom, duc de Normandie et comte d'Angiers, avoit faict faire icelle capse neufve laquelle il feist couvrir de lame d'or et pierres précieuses et en icelle avoit faict
• Rotrou fut archevêque de Rouen, de l'année ii65 au 26 novembre ii83, date de son décès. — Alexandre III occupa le siège pontifical de iiSg à 1181. — Henri II fut roi d'Angleterre de 1154 a 1189. — Arnulph fut évêque de Lisieux de 1 141 à 1181, et Froger, de Séez, de 1 158 à 1 184.
mecttre le corps et relicques de sainct Roumain en la présence de Arnoulf, evesque de Lizieux et Froger, evesque de Seez a ce speciallement convocquez; et furent lesd. relicques du viel feretre ou capse anticque qui avoit esté descouvert auparavant de Por qui y estoict par Messieurs de Tesgiise cathedralle de Rouen pour subvenir a une grandissisme famyne auparavant a la substention des paouvres de la ville de Rouen.
Le jeudi neuf""^ dud. mois de juillet, a deux heures de matin, les soldatz du camp du duc d'Aumalle escarmoucherent les soldatz dud. fort de Saincte Catherine, et furent tirez cinq ou six couptz d'artillerie soudainement d'une part et d'aultre avec plusieurs harquebusades, et dura led. assault environ une heure et demye.
Sur les six heures de matin dud, jour, le président d'Emandreville, acompaigné de ses frères et aultres de la ville, entra en lad. sacristie et feist porter lesd. trois penniers d'or et d'argenterie a la maison de la monnoye ou ils furent pesés, c'est assçavoir l'or de la chasse de sainct Roumain, et deux livres d'euvangilles servans aux grandes festes pesèrent xxxj marcz, v onces, vj groz; l'argent doré iiij'" iiij marcz et Fargent blanc vij'« marcz vj onces, au prix de Ixxij escuz et demy pour marc d'or, xvij 1. pour marc d'argent doré et xv 1. pour marc d'argent blanc, etc.
Le vendredy x^e dud. mois, y eust trefves d'un costé et d'aultre, etc.
Le samedy xj« dud. mois, sur l'heure de midy, le duc d'Aumalle considérant qu'il avoit battu le fort de Saincte Catherine l'espace de traize jours et que de le plus battre seroit grande despence et perte de temps, aprez avoir donné bon ordre en son camp et faict partir une grande partie de son artillerie et la pluspart de son bagaige pour
tirer vers le Pontde l'Arche sysecrectemeiit que les soldatz quiestoient aud. fort ne s'enapperceurent, feist escarmoucher les soldatz qui estoient aud. fort, et dura lad. escarmouche environ deux heures, et cependant avec toute force de son camp vint donner Tassault jusques sur les tranchées dud. fort, les gens de pied d'un costé et la cavallerie de Paultre jusques a combattre main a main en plusieurs lieux; les soldats estans aud. fort se deffen dirent vertueusement et reboutterent les gens dud. duc d'Aumalle et les contregnirent de se retirer; et n'eust esté que lors les pouldres et munitions leur(s) faillirent, ilz eussenttué plusieurs gens dud. ducd''Aumallequi sesauverent tout a loisir. La cavallerie dud. duc d'Aumalle qui estoict monté[e]le long du bois de Saîncte Catherine, dont plusieurs s'estoient mys a pied pour combattre, s'en retournèrent tout bellement sans soy haster a la veue de ceulx qui estoient a la tour du Coullombier qui ne tirèrent que trois couptz sur eulx sans leur faire aulcun dommaige. Ausd. escarmouches et assaulty eust plusieurs d'une part et d'aultre occiz ei blessez don[t] onft) nesceutle nombre. Le sergent Martin, prouvensal, y fut blessé.
Ledict jour, aprez Tassault dessusd., led. duc d'Aumalle se retira avec tous ses gens dans son camp ou il délibéra, actendu la resistence des gens de guerre qui estoient audict fort de Saincte Catherine et en la ville de Rouen, de soy retirer la nuict ensuivant, ce qui fut faict avec si bonne dilligence que devant la minuict le reste de son artillerie fut eslongné de plus d'une lieue tirant vers le Pont de l'Arche, laquelle fut suivye de tout son camp. Au partir d'iceulx, aulcunes sentinelles dud. fort apperceurent quelques feuz allumez aud. camp dud. duc d'Aumalle dont ilz eurent quelque souspçon.. Touieffois ilz ne pcurent certainement sçavoir que s'estoit, ne se
doubtans que le camp se levasl ainsy paisiblement, qui fut cause que lad. ariiglere s^en alla aisément sans que les compagnies dud. fort s'en apperceussent.
Le dimenche ensuivant, sur le matin, lesd. sentinelles descouvrirent le camp vuide de leurs ennemys, laquelle chose fut annoncée aux cappitaines et soldatz desd. compaignies qui bien tost le feirent sçavoir à Mons' de Morviller estant en son logis a Rouen et a messieurs de la ville. Le peuple de Rouen estant adverty de ses nouvelles commença a sortir de la ville par la porte Martinville pour veoir le camp et place ou estoient lesd. adversaires ou ilz meirent le feu en toutes les loges qui estoient demeurez, et bruslerent tout ce quMlz trouvèrent. Mesmes plusieurs du popullaire coururent jusques au Mesnil Esnard ou ilz meirent le feu en plusieurs maisons des paouvres gens du villaige qui estoient quasy désespérés d^avoir perdu tous leurs biens et veoir brusler leurs maisons. Plussieurs desd. paouvres gens se présentèrent et crioient qu^on leur coupast la gorge et que on(t) meist fin a leurs maulx et qu^on pardonnasta leurs maisons, maizla fureur du populaire qui n'estoient quegarsonnaille ne les voullurent ouyr. Led. jour, au matin, aulcunes compagnies des soldatz dud. fort sortirent et tirèrent vers Dernestal ou ilz trouvèrent aulcuns soldatz de la compaignie dud. duc d'Aumalle qui se retiroient et amenoient quelques chevaulx, lesquelz ilz desrtrent et mirent en fuitte et en ad menèrent la proye, remirent le cours de Teaue de la rivière de Robec et des fontaines en leurs lieux et puis s'en retournèrent a Rouen. Il ne fut trouvé au camp dud. duc d'Aumalle que trois poi[n]sons de vin qui estoient en une maison prez Bon Secours et quelques moutons qui estoient demeurez, que le peuple pilla.
La nuict du iundy ensuivant xiij« jour de juillet aud.
an, sortirent de Rouen plusieurs soldatz qui coururent par les champs allentour de la ville, et, le matin sur les huict heures, retournèrent par la porte Martinville avec plusieurs charrettes de bien et victuailles qu^ilz avoient trouvez des provisions et vivanderies du camp dud. duc d'AumalIe.
Le mecredy xv« jour dud. mois de juillet, en la maison de la monnoie de Rouen, fut faicte déduction et rabaiz de Fargent blanc et doré, et des verieres, cristaulx et doux de latton et fer qui estoient tant en l'argenterie de la table du grand hautel que de cerlainnes relicquaires contenue en l'invantaire faicte par Tenquesteur Bethencourt, présence de m« Charles Yon, commis a ce par le conseil de la ville de Rouen, etc.
Le jeudy xvj« jour dud. mois, furent faictes monstres generalles des soldatz esians a Rouen hors le pont, ausquelz fut seullement baillé demy paye dont ilz furent niai contens. L'on disoit que s'ilz eussent receuz paye entière que plusieurs d'iceulx avoient desliberé de se retirer et laisser la ville de Rouen. La cause estoict incongnue. Aucuns d'iceulx se partirent avec la gallere pour secourir ceulx du Ponteaudemer assiégés par l'armée de mons^ le duc d'Aumalle ; maiz ilz n'allèrent guieres loingt, pour ce que le lendemain vindrent nouvelles que la ville avoit esté prinse par eschelles sur les sept heures de soir dud. jour de jeudy '.
Led. duc d'Aumalle estant [parti] de devant le fort de Saincte Catherine et ayant levé son camp, comme est dict, séjourna au Pont de l'Arche le dimenche et lundy ensui-
' V. sur la prise de cette ville, A. Ganel, ouv. précité, t. 1, p. I i5-i i6.
vantei leist reposer ses gens a Alizey ' et auitres lieux prochains. Le mardy xiiij«dud. mois de juillet, il feist marcher ses gens vers le Ponteaudemer ou ils arrivèrent le mecredy xv« d'icelluy mois apprez midy et se campèrent devant la ville ou ilz furent ung jour et une nuict. Le jeudy ensuivant sur le soir, cependant qu^on parlamentoit d'un costé, fut la ville eschellée par l'aultre costé, prinse et pillée tant des maisons des papistes que des huguenotz, et ne sceust on retenir les soldatzdud. pillage quelque commandement et criée qu'on feist de la part dud. duc d'Aumalle.
Le vendredi xvij* dud. mois, ledict duc d'AumalIe, aprez avoir prins lad. ville du Ponteaudemer, avec ses gens de pied se partit de lad. ville et s'en alla a Cormeilles^ ou il fut led. jour et le samedy ensuivant et laissa en lad. ville du Ponteaudemer sa gendarmerie. Cependant qu'il estoict [aud.] lieu de Cormeilles, les citoiens et habitans de la ville de Lizieux, jusques au nombre de douze, vindrent a luy de la part de cèulxde lad. ville et luy vindrent présenter les clefz de leur ville, se mectans a son obéissance, lesquelz il receut a mercy en asseurance et envoia en lad. ville de Lizieulx Monsieur de Gouville, son lieutennant avec bon nombre de sa gendarmerie pour y tenir garnison. Ceulx de lad. ville luy feirent don de quelques somme[s] de deniers que je ne mectz icy pour la diversité des opignions. De la il print son chemin vers Honnefleu, auquel lieu arrivé il feist sommer ceulx de la ville de se ? rendre ce qu'ils refusèrent. Pourtant il com-
• Alizay, c. du cant. de Pont-dc-l'Arche, arr. de Louvicrs, sur la rive droite delà Seine.
3 Cormeilles, ch.-l. de canton de l'nrr. de Pont-Audemer, sur la Calonnc.
5 Ms. ce.
mença a battre lad. ville de son artiglerie ou il demeura quelque[s] jours. Finablement ceulx de la ville, veoians qu'ilz ne luy pouvoient résister, s'en fuirent par la mer avec la pluspart de leurs biens dans des navires qu'ilz avoient a ce préparez a la ville du Havre de Grâce, et luy quicterent la ville ou il meist garnison.
Lessoldatz de Rouen cependant par chacun jour couroient par les champs pour piller les villages et principallement les esglizes et temples dont ilz se aidoienta enrichir en apportant a Rouen leurs despouilles, ce que pareillemontfaisoient leurs adversaires delà relligion antienne, tellement que par tout estoict confusion. Les habitans de Rouen, se doubtans du retour dud. duc d^Aumalle, fortifièrent en grand dilligence le fort et tranchées de Saincte Catherine et contregnoient de chacune maison y envoler ung pionnier par certains jours, abbatoient les edifiices des lieux emynens estant en la parroisse de Bioville et mesmes remplioient les fossez et fortifïications et desfences qu'avoi(en)t faictes led. duc d'Aumalle en son camp qu'il avoit tenu contre led. fort de Saincte Catherine.
Le mardy xxj^ de juillet aud. an, aprez midy, se partit de devant Rouen la gallere avec grand nombre de soldatz pour aller faire certaine entreprinse au Havre de Grâce et pour assaillir la ville de Caudebec, si besoingt estoict; et, la nuict ensuivant, se partirent par terre plusieurs compaignies de gens de pied jusques a sept enseignes et la cavallerie de Rouen pour aller aud. lieu de Caudebec. En passant par devant l'abbaye de Jumieges, lad. gallere s'arresta et les soldatz qui estoient dans icelle sortirent et vindrent en icelle abbaye ou ilz entrèrent facilement par ce qu'on ne se doubtoit de leur venue, pillèrent et emportèrent les biens qui y estoient et puis prindrent leur che-
min par devant la ville de Caudebec. Comme ilz furent devant la ville, fut deschargé une pièce d'artillerie d'ung fort estant sur le bord de la rivière qui tua et emporta trois hommes estans en icelle gallere et en blessa quelque[s] aultres. Lad. gallere tira aussy de son costé, maiz elle ne feist grand dommaige; et pour ce que le flot de la mer survint, lad. gallere fut contraincte se retirer et mecttre a bord a couvert les soldatz qui estoient allez par terre venuz prez la ville de Caudebec et estans es carfourgtz vers Caudebequet' furent incontinant salluez de ceulx de la ville qui commencèrent a tirer sur eulx de harquebusez a croq et aultres petites pièces, et cependant entra en lad. ville une enseigne de soldatz de la compaignie dud. duc d'Aumalle qui arriva bien a poinct pour secourir icelle ville. Ce que veoians, les cappitaines et soldatz de Rouen, estans logez en lieu fort destroict et craignans qu'il ne vint quelques gens qui les surprinsent, sagement et sur bonne desliberation s'en retournèrent par ou ilz estoient venuz aux despens des gens des champs qui sentirent le traictement des gendarmes et incommodité de la guerre. Lesd. soldatz et cavallerie arrivèrent a Rouen le vendredy ensuivant xxiiij« dud. mois.
Le samedy xxv® dud. mois de juillet, a une heure aprez la minuict, fut sonné Tallarme au fort de Saincte Catherine auquel respondirent les cloches de Rouen qui commencèrent a sonner lad. allarme fort efraiement en divers lieux. Chacun courut a la porte Martinville pour sçavoir que c'estoict. On laissa sortir seullement deux enseignes qui montèrent la coste de Saincte Catherine. Il fut trouvé que lad. allarme avoit esté faicte par faulte de la
I Caudebequet, hameau de la comm. de Saint-Wandrille-Rançon, sur le bord de la Seine, à l'est de Caudebec-en-Caux.
sentinelle dud. fort qui n^avoit peu recongnoistre Monsieur de Bourris ' qui estoict arrivé en icelle heure avec environ quatre vingtz chevaulx vers led. fort pour s'en venir a Rouen et passer par devant led. fort.
Les jours ensuivans, par ordonnance du Conseil de Rouen, commença a abbattre tous les maisons et jardins estans le long des fossez depuis la porte Cauchoisse jusques au Viel Pallaiz et tirant vers la vallée d'Ionville* au grand dommaige des personnes a qui appartenoient lesd. maisons et jardins. 11 fut crié a son détrompe que chacun des bourgeois du quartier de Cauchoisse y allassent pour ayder a desmolir lesd. lieux.
Le mardy xxviij dud. mois, sur les neuf heures et demye du soir, comme le cappitaine Montlambert avec sa compagnie estoient au fort de saincte Catherine, led. cappitaine allant asseoir ses sentinelles vers la maison de Bagnerre, advisa de loin la lueur de quelque vermectz acoustumez apparoir en temps chault et pensant' que ce feussent aulcuns adversaires qui eussent le feu sur leurs harquebuses4 vers lesd. vermectz dont ceulx qui estoient au fort furent esmeuz et commencèrent a crier allarme. Led. cry fut ouy de ceulx de Rouen tellement que la pluspart des cloches commencèrent a sonner l'allarme dont toute la ville fut esmeue, etc.
Le jeudy [avant] dernier [jour dud.] mois de juillet 1 562, les harquebuziers de la ville de Rouen s'esmeurent, et pour
1 Charles du Bec, baron de Bourry, gendre de Villebon, par son mariage avec Jeanne-Diane d'Estouteville, dame de Villebon.
2 A l'ouest de Rouen, dans le faubourg Cauchoise, où l'on trouve encore la rue de la Croix-d'Yonville.
? Ms. penseat.
4 II y a ici un ou plusieurs mots omis. Il faut sous-entendre quelque chose comme ^f tirer.
leur différent appaiser, furent mandés par monsieur [le] gouverneur estant en son logis appartenant a monsieur de Longpaon, ou ilz se montrèrent proterves et arrogans jusques a dire parolles oultrageuses aud. gouverneur lequel en feist prandre deux qui avoient mis la main a l'espée dans sad. maison et les feist constituer prisonniers, etc.
Led. jour sur les neuf heures de soir, se partirent de Rouen quatre compaignies de soldatz avec grand nombre de cavallerie qui s'en allèrent joindre avec les Dieppois, lesquelz avec ceulx du Havre tous ensemble avoient entreprins d'aller a Caudebec, laquelle entreprinse ne vint a exécution pour ce que lesd. Dieppois ne vindrent point pour estre empeschez de certains nombres de gens de cheval de la compaignie de mons^ de Clere qui de ce furent advertiz et leur vindrent coupper le chemin. Ceulx qui estoient de Rouen prinsrent le chemin par lesVieux ', et de la retournèrent vers le bourg de Pavilly ^ et Barentin ' ou ilz pensoient rencontrer lesd. Dieppois et se joindre avec eulx. Auquel lieu de Pavilly ilz arrivèrent le lendemain jour de vendredy, sur les quatre heures de matin, tous chargez de pluye qui ne les avoit habandonnez depuis leur partement de Rouen. Les habitans de Pavilly, qui auparavant avoit faict ung petit fort pour garder leur esglise, ne se doubtoient de la venue desd. soldatz et gens de guerre de Rouen ; pourtant estoient tous en leurs mai-
1 Cette localité, située dans la vallée de la Sainte-Austreberthe, entre Barentin et Duclair, se trouve partagée par la rivière entre les communes de Saint-Paôr et de Saint-Pierre de Varengeville.
2 Pavilly, ch.-l. de canton de l'arr. de Rouen, à 20 kil. nord-ouest de cette ville.
5 Barentin, c. du canton de Pavilly, à 17 kil. nord-oujsl de Rouen.
sons couchez et endormiz eu leurs lictz. Dans lad. esglise estoient aulcuns prebstres et chappellains et aultres qui gardoient icelle, lesquelz, quand ilz apperceurent si grand nombre de gendarmes, sortirent par une porte et s^en fuirent. Lesd. soldatz ne trouvans résistance entrèrent dans le temple d'icelle esglise ou ilz abbatirent tous les ymages, rompirent les hautelz et pillèrent si peu de biens qu^ilz trouvèrent dedans et mesmes les maisons desd. habitans. Aultant en feirent au temple de l'église de Pavilly, Barentin, et, cela faict, ilz retournèrent a Rouen ou ilz arrivèrent led. jour de vendredy environ une heure apprez midy, bien mal en ordre pour la pluye et fanges qu'ilz trouvèrent aud. voiage, et peu de prouffict qu'ilz en rapportèrent. Ceulx de Pavilly et les villages allentour, lesquelz tousjours avoient esté neutres, irritez de rexc[ejz a euix faict par lesd . soldatz, aprez leur département s'assemblèrent et en vengence dud. excez coururent celluy jour sur tous ceulx qu'ilz rencontrèrent estans de Rouen et mesmes sur ung prebstre diacre de Peglise reformée de Caudebec passant par la qu'ilz tuèrent et mirent en pièces.
Depuis led. jour jusqu'au neuff"® jour d'auost ensuivant, ne fut faicte aulcune chose digne de mémoire fors qu'on a faict plusieurs réparations et fortiffications aux tours et murailles de lad. ville et au chasteau, etc. Les maisons et jardins estans hors la porte Cauchoise abbatuz, desmoliz et ruynez, etc.
Lelundyx""= jour d'auost 1 562, environ Hij"" ou c chevaulx de lacompaignie du duc d'Aumalle vindrent a minuicta Sainct Sever hors le pont, comme l'on disoict, pensant surprandre Monsieur d'Emandreville couché en sa maison dont il estoict party bien tard par advertissementde quelqu'ung de ses amys, lesquelz gens de cheval estans
advertiz qu'il n'ycstoict entrèrent dans les Anmuretz' ou ilz prindrent deux centz moutons, et plusieurs aultres bestiaulx qu'ilz emmenèrent avec eux, etc.
Led. jour dix^e d'auost, le cappitaine des munitions de guerre de la ville de Rouen feist ouvrir Thuis de la sacristie pour aller veoir et visiter les voultes estans sur icelle pour mecttre les pouldres; et convint vuider les lettres du Chappitre qui estoient es aulmaires de la chambre du sacristre, lesquellez furent apportez a la maison archiepiscopalle et mises en ung cabinet estant aux greniers vers la rue par monsieur Tarchediacre Nagerel et M« Cyprian Blanchemain et aultres gens, etc.
Le mesmejour fut miz ungsoldat sur la roue pour volleries.
Le samedy xv^ jour d'aoust, jour de TAsumption Nostre Dame, sur les neuf heures de soir, sortirent de la ville de Rouen trois compaignies de soldatz soubz les cappitaines MouUins, Fescamp et Bouverie, acompaignez de la cavallerie de Rouen, et s'en allèrent toute la nuict jusques au bourg et chasteau de Blainville- ou ilz arrivèrent sur les deux heures aprez minuict, trouvèrent tous ceulx du bourg couchez en leurs lictz ne se doubtans de leur venue. A rentrée dud. bourg y avoit une tranchée avec une barrière de boys pour empescher qu''on n'entrast aud. bourg facillement. Les soldatz desd. compaignies feirent leur esfort et entrèrent dans led. bourg et passèrent lad. barrière, trouvèrent quelques soldatz qui faisoient le corps de garde dans led. bourg prez desd . barrières, dont ilz en tuèrent quelques ungtz. Les aultres
I Les Emmurées, v. note de la p. i35.
î Blainville, sur le Crevon, affluent de l'Andelle, d'où le nom otliciel moderne de Blainville-Crevon, c. du canton de BucUy, arr. de Rouen, à i8 kil. nord-est de cette ville.
s''en fuirent du chasteau ou estoict logé monsieur d'Allaigre', sieur d'icelluy lieu. Furent tirez quelques couptz d'artigliere qui estonnerent les soldatz de Rouen, lesquelz ce nonobstant entrèrent dans Tesglise colleigialle ou ilz rompirent tous les ymages, autelz, livres et ornemens, ce quMlz feirent pareillement aux aultres esglises parochialles estans aud. bourg, entrerentdansles maisons des chanoines ou ilz en prindrent deux couchez en leurs lictz qu'ilz emmenèrent prisonniers dans Rouen avecques des principaulx dud. lieu, comme ilz disoient, pour recouvrer aulcuns bourgeois et soldatz de Rouen qui estoient destenuz prisonniers aud. chasteau de Blainville par led. s^ d'Aillaigre; ce faict, s'en retournèrent dans Rouen sans faire aultre excez aux habitans dud. bourg, et arrivèrent a la ville sur les sept heures de matin du dimanche ensuivant et admenerent quelques chevaulx des paisans par ou ilz passèrent, lesquelz depuis ou la pluspart furent renduz, etc.
Le mardy dixhuictiesme jour dud. mois d'aoust, Monsf de Morviller sortit de Rouen sur les neuf heures de soir acompaignez de quatre vingtz ou cent chevaulx pour aller parlamenter avec les Dieppois en la ville de Dieppe touchant la descente des [Anglois] qu'on disoit
I Yves III, baron d'Alègre, fils de Gilbert d'Alègre, s^ de Saint- Just et deMilhau, mort vers i539, et de Marie d'Estouteville, dame de Blainville, hérita de son frère Gilbert, mort en 1 55 1, la seigneurie de Blainville. « En récompense des services qu'il avait rendus aux rois Henri II, Charles IX et Henri III, dont il était échanson, ce prince érigea la baronnie d'Alègre en marquisat, par lettres du mois
de mars iSyô, enregistrées le 3o juillet suivant Il périt victime
d'un assassinat, pendant la nuit en 1577, dans son château d'Alègre, à la suite d'une affaire galante. » M. Fr. Bouquet, Recherches historiques sur les sires et le château de Blainville, dans la Revue de la Normandie, 1862, p. 569-570.
venir descendre en Normandye; auquel lieu estant, aprez avoir conféré dud. affaire avec monsieur de Senerpont', se retira en sa maison sans retourner a Rouen, au lieu duquel messieurs de la ville de Rouen, le jeudy ensuivant, députèrent pour gouverneur, en attendant que monsieur le prince y eust pourveu, monsieur deCroses^ lors logé sur la porte de Sainct Ouen.
Le vendredy xxj'>'«^ jour d'aoust, sur les huict heures du soir, sortirent par la porte du Barc les cappitaines de la Curée, de Sainct Laurens et de Lavau acompaignez de quarante chevaulx et xxx harquebuziers a pied, prindrent leur chemin par EUeboeuf ou ilz laissèrent lesd. harquebuziers pour les attendre, tirèrent en grande dilligence par les boys jusques auprezde Loviers. ATorée du boys qu'on dit estre a monsieur de L^Esprevier ', conseillier, passèrent par dessus la porte de la court qu'ilz ouvrirent et feirent entrer leurs compaignies, trouvèrent seuUement en lad. court sept a huict garsons d'estables par lesquelz ilz feirent ouvrir les estables, prindrent et emmenèrent vingt huict chevaulz et trois muUetz. Ce faict, en grande dilligence s'en retournèrent par ou ilz estoient venuz jusques a leurs harquebusiers lesquelz cependant avoient pillé l'esglise collegialle de la Saussaye4, rompu les ymages et autelz et les maisons d'aulcuns chanoines; de la s'en revindrent a Rouen ou
1 Jean de Monchy, s' de Senarpont, baron de Vismes, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur du Boulonnais et de la ville d'Eu en i5iy.
2 Jean de Crose, lieutenant de Coligny.
? Robert le Roux, s'" de l'Esprevier, conseiller-clerc en i543, était fils de Claude le Roux et de Berthc Theroude.
4 La Saussaye, c. du canton d'Amtrevilie-la-Campagne, arr. de Louviers (Eure).
ilz arrivèrent sur les sept heures de matin du samedy ensuivant, et admenerent avec eulx trois charrettes chargées de plusieurs biens meubles et marchandissez qui estoient parties du Grand Couronne appartenans a plusieurs bourgeois de Rouen qui s'estoient absentez.
Le vendredyxxviij"!" ' dud. mois, furent miz prisonniers plusieurs personnes hommes et femmes des bourgeois et citoiens de Rouen, soubz coulleur qu'ilz estoient sousesçonnés d'avoir intelligance avec l'ennemy, maiz la fin demoustra que c'estoict pour avoir argent.
Le dimenche xxx^^ d'icelluy mois d'aoust, sur les quatre heures de matin, fut sonné Tallarme vers le pont et bourg Sainct Sever, auquel lieu il y avoit garde d'une enseigne (et) de la compaigniedu cappitaine Brehiel a ce commis pour garder le faulxbourg pour les incursions des ennemys lesquelz vindrent aud. lieu secrètement par les champs jusques prez du pont de Rouen, ou estans arrivezcommencerentaescarmoucher les gardesdud. pont et provocquer ceulx qui estoient [au delà] de la rivière; aiant faict icelle bravade s'en retournèrent le long dud. faulxbourg qu'ilz pillèrent jusques a Sainct Sever sans aulcun empeschement ou résistance des solda tz de lad. compaignie lesquelz estoient tous endormis en leurs lictz, et s'estoient sauvez ceulx des sentinelles de la garde qui n'osèrent acttendrelesd. ennemys. Les soldatz estans dans Rouen allèrent aprez tant a pied que a cheval, mais ilz ne les trouvèrent, car ilz s'estoient saulvez dans le boys avec leur pillaige, etc.
Le vendredy iiije jour de septembre i 562, sur les dix heures de matin, messieurs d'Emandreville, Soquence
1 Ms. XXXe.
2 Ms. XXXle.
etCotton etaultres entrèrent enlasacristiede Nostre Dame pour veoir et visiter le reste qui estoict encore en la sacristie; en la compagnie desquelz estoict un marchand flamen auquel ilz montrèrent la chasse de Nostre Dame et la pierrerie qui y estoict, et mesmes les riches chappes d'or et d'argent pour sçavoir dud. marchand a plus prez la valleur, etc.
Le vendredy x'f dud. mois, sur les trois heures et demye aprez midy, faulx allarme au fort de Saincte Catherine advenue par les soldatz estans aud. fort soy jouans de leurs armes Pun contre Taultre dont toute la ville fut esmeue.
Le dimenche xiij^ jour de septembre, monsf^ de Bricqueman' arriva de matin a Rouen ou il entra par la porte du Barc, envoie par le prince de Condé, d'Orléans, pour estre gouverneur de la ville de Rouen, lequel fut receu par messieurs de la ville et mené au fort de Saincte Catherine qu'il visita et puis alla disner a l'abbaye dud. lieu ou le disné estoict appresté. Aprez disner descendit en la ville en la maison de monsieur de Longpaon ou estoict apresté son logis; et celluy jour furent faictes les monstres generalles des bourgeois et soldatz de Rouen hors la porte Beauvoisine devant led. sieur de Bricqueman, etc.
Le lundy xiiij dud. mois, se partit la gallere de devant Rouen avec le cappitaine Coustan et plusieurs soldatz pour aller vers le Havre et secourir le chasteau de Tancquarvilie* assiégé et battu(e) d'artillerie par monsieur de Villebon, et le lendemain se partirent plusieurs compai-
1 François de Beau vais, sf de Briquemaut, né vers i5oa, chevalier de l'ordre du roi, mort 27 octobre iSya.
2 Tancarville, c. du canton de Saint-Romain-de-Colbosc, arr. du Havre.
gnies par terre pour aller donner ayde a ceulxqui estoient dans led. chasteau. La gallere tira droict a Caudebec ou elle passa sans grande résistance de ceulx de la ville qui la laissèrent passer tout aisément, comme Ton estimoit, pour la retenir et garder de ne retourner plus en avaur la rivière ou par advanture qu'ilz craignirent qu'ilz ne feussent assailliz lors que la ville n''estoict pas garnye des gens sufisamment, etc.
Le mecredy xvj jour de septembre i562, comme advertissement fut venu aux gouverneurs de Rouen que monsieur de Villebon avoit levé le siège de devant Tancquarville et s'en revenoit au Pont de l'Arche avec quelque nombre de gens de cheval, sur les xj heures de soir, cinq cornettes de gens de cheval sans ceulx de la ville de Rouen qui les renforçoient avec trois compaignies de soldatzsoubz les cappitainesMoinet, Bouverieet Baumelles se partirent de Rouen pourallerau devantdud. sieur de Villebon lequel ilz pensoient surprendre ou rencontrer et sortirent par la porte Martinville. De la ils tirèrent a Dernestal et se mirent par les boys ou ilz tirèrent jusques au prieuré de Beaulieu ' . Se rafreschissans la les gens de cheval, furent descouvers environ quarante chevaulx des ennemys lesquelz se moustrerent a Pore dud. bois lequel il[z]- costoierent tousjours sans approcher finablement pour la nuict et espoisseur des boys. Les gens de pied se forvoierent et mesmes plusieurs gens de cheval se eslongnerent les ungtz des aultres, tellement qu'aprez grand travail sans faire aultre chose pour doubte detumber en quelque embûche, s"'en retournèrent a Rouen ou ilz arrivèrent sur les xj heures devant midy le lendemain, etc.
I Le prieuré de Beaulieu était situé dans la commune du Boisl'Evêque, canton de Darnétal, à i6 kil. de Rouen.
Le xviij dud. mois de septembre, arriva a Rouen le comte de Montgommery' avec deux centz cinquante hommes de cheval ou environ et entra par la porte Cauchoisse et s'en alla loger au logis de Tarchevesché qui estoict prins pour luy, etc.
Le dimanche xx^ dud. mois, fut faicte la presche au temple de la grande esglise Nostre Dame par Pasquier Marlorat, laquelle led. Marlorat feist au dessoubz du coeur dud. temple le matin environ les sept heures, ou se trouvèrent plusieurs personnes, les ungtz pour lad. presche, les aultres pour veoir la desolacion dud. temple qui n'avoit esté ouvert publicquement depuis qu'il avoit esté cloz. Et pour ce que led. temple ne fut trouvé commode, il fut délaissé, et, le dimenche ensuivant, la prédication fut remise aux aultres lieuz acoustumez.
Ced. jour, monsieur de Bricqueman se partit de Rouen, sur les huict heures de matin, en la compagnie de plusieurs gens de cheval pour aller a Dieppe au devant des Anglois que l'on disoit estre prestz de descendre et prandre terre, et disposer des affaires de lad. ville.
Le lundy xxje d'icelluy mois de septembre, vint une trompette a Rouen de la part de monsieur d'Aumalle pour sommer la ville de Rouen de se randre et porter les clefz, auquel fut [dit] qu'il se retirast, etc.
Le mecredy xxiij jour dud. mois, sur les xj heures de soir, se partirent de Rouen deux centz hommes de cheval
I Gabriel de Lorge, comte de Montgommery, capitaine de la garde écossaise de Henri II, qu'il tua dans un tournoi ju milieu des fêtes qui furent données pour célébrer le mariage d'Elisabeth de France avec Philippe II, roi d'Espagne. 11 se retira alors en Angleterre d'où il revint bientôt en France soutenir le parti calviniste. Matignon le fit prisonnier dans Domfront en 1574. Condamné à mort, il fut exécuté le 26 juin de la même année.
et six centz harquebuziers,soldatz de pied et aultres pour aller a Clere ', sortirent par la porte Cauchoisse et allèrent piller le bourg de Clere ou ilz trouvèrent compaignie de gens de cheval avec lesquelz ilz escarmoucherent, et pillèrent plusieurs biens aud. bourg, etc.
Le jeudy xxiiij dud. mois de septembre, monsieur le comte de Mongommery envola querre m^ Jehan Nagerel, chanoine et archediacre de l'esglise de Rouen, lequel venu en la présence dud. sieur comte de Montgommery luy [fût] faict commandement par led. sieur de luy bailler les clefz de la sacristie, auquel led. archediacre feist responce qu'il gardoit les clefz de ladicte sacristie en partye et que Monsieur le présidant d'Emandreville en avoit une aultre partye, et qu'il estoict prest de les bailler en suppliant aud. sieur compte qu'il lui pleust que le reste des joiaulz et ornemens estans encoires en lad. sacristie non invantairiez fut invantairié, afïin qu'ilz ne feussent desperduz et que bonne raison en fut rendue au Roy et a monsieur le cardinal de Bourbon; auquel led. sieur comte de Montgommery respondict qu'il ne s'en souciast et qu'il y donneroit bon ordre, et sur ce print lesd. clefz, etc.
Lesamedy xxvj« dudict mois de septembre, retournèrent plusieurs soldatz et compaignies de Dieppe, tous gens de cheval et de pied qui estoient allez avec mons^ de Bricqueman, le dimanche précèdent, avec plusieurs compaignies de gens de pied qu avoit admenez led. sieur comte de Montgommery avec luy et aultres de Dieppe, lesquelz en passant par Limesy^ prez de Claire, ou ilz trouvèrent
' Clères, ch.-l. de canton de l'arr. de Rouen, à 27 kil. nord de cette ville.
2 Limésy, c. du canton de Pavilly, arr. de Rouen, à 26 kil. nordouest de cette ville.
quelques harquebuziers paisans dud. lieu qui avoient faict ung petit fort, (et) forcereut led. fort et desfirent lesd. harquebuziers dont ilz en admenerent plusieurs prisonniers a Rouen, pillèrent le villaige ou ilz mirent le feu, etc.
Le dimenche xxvij« dud. mois de septembre i 562, Ton sonna les cloches de Nostre Dame pour l'exortation de la prédication, laquelle cloche on(t) feist cesser, et fut faicte lad. prédication aux Carmes. Ced. jour, fut crié a son de trompe que chacun allast aux fortiffications sur peine de grand amende.
Le lundy xxviij^ dud. mois, vastation pitoiable des maisons et ediffices des faulxbourgtz de Cauchoisse, de Sainct Gervaiz et Bouvereul.
Led. jour, sur les cinq heures de soir, ung herault vint soy présenter aux faulxbourgs hors le pont, lequel parla [a] Monsieur le comte de Montgommery, gouverneur, luy demandant qu'il permist qu''il parlast au conseil et eschevins de la ville de Rouen de la part du Roy, auquel led. sieur comte feist responce qu'il se retirast et qu'il n'estoict envoie de la part du Roy.
Le mardy et aultres jours ensuivans jusques au vendredy deuziesme d'octobre, fut procédé par ceulx de Rouen a la vastation et combustion des faulxbourgs de Martinville, Sainct Hillaire et Sainct Sever hors le pont, pour lesquelz faulxbourgs furent faictes plusieurs escarmouches d'une part et d'aultre, et cependant le fort de Saincte Catherine [fut] battu par intervalles de Tartilerie du camp du Roy mené et conduici par Monsieur le duc de Guyse.
Le vendredy deuziesme d'octobre i562, sur les six heures de matin, recommença l'artillerie contre le fort de S'* Catherine par l'artillerie qui estoict sur le bois de
Turuingues qui tira presque tout le jour, et y eust plusieurs gens occiz d'une part et d'aultre, et principallement aud, fort de Saincte Catherine par lad. artilerie, et entre autres le cappitaine des Cordes et fut frappé d'un coup qui luy emporta les deux jambes et fut emporté a Saincte Catherine. Led. jour y eust grandes escarmouches tant des gens de cheval que de pied vers lesd. portes de Martinville et Saincte Hillaireou furentplusieurs occiz d'ung costé et d'aullre. Ced. jour fut crié a son de trompe, etc.
Le samedy iij octobre i562, sur les six heures du matin, recommença la basterie contre le fort de Saincte Catherine par Tartiglere qui estoict sur le bois de Turingues, qui tira presque tout le jour, et y eust plusieurs gens occiz d'une part et d'aultre ; et principallement aud. fort de Saincte Catherine par lad. artilerie et entre autres le cappitaine...
Le samedy iij^ d'octobre, sur les cinq heures de matin, recommença a tirer l'artillerie contre led. fort et led. jour furent donnez plussieurs escarmouches comme devant.
Le dimanche iiij®, le fort fut battu comme devant, la ou il y eust plussieurs gens mortz et blessez d'une part et d'aultre. La gallere retourna du Havre avec unehourque chargée d'artigliere et munitions de guerre, et arrivèrent a Rouen deux centz Escossais a cheval, etc.
Le cinquiesme jour dud. mois d'octobre, fut battu led. fort, et y eust plusieurs escarmouches vers lesd. portes de Martinville et Sainct Hillaire. Cependant au camp du Roy se faisoient tranchées et approches prez led. fort jusques prez le fossé des rempars d'icelluy.
Le mardy vj""" dud. mois, sur les dix heures de matin, comme les soldatz du camp du Roy lesquelz sappoient le long du fossé allentour du rempart dud. fort de Saincte Catherine, estans attentifz a leur ouvraige, le rempart
estant descouvert vers le boult d'icelluy tirant vers la vallée de Dernestala cause de Tartigliere du camp qui battoii de flanc led. rempart, aulcunssoldatzdesd. sappans montèrent sur icelluy rempart jusques a quatre ou cinq lesquelz furent suivis des aultres sy dilligemment que les compaignies estansaud. fort, veoians leurs ennemysestre montez et entrez dans leur fort, furent si esperduz et esbahis que tous prindrent la fuitte aval la montaignc pour se sauver dans la ville de Rouen. Led. fort futprins avec Tabbaye de Saincte Catherine et fort de Sainct Michel' dict de Montgommery basty de nouveau. A la prinse dudict fort de Saincte Catherine y eust plussieurs cappitaines et soldatz occiz de la part de ceulx de Rouen entre lesquelz demeurèrent les cappitaines Beuverie et des Renelles, son frerc, lieutennant du cappitaine Moinet, Thourault et aultres. Le cappitaine Louys - qui gardoit par ou futprins led. fort y demeura et fut occiz par ung sien soldat lequel veoiant le malheur si soudain et que led. cappitaine Louys disoit qu'on tournast visaige, tira son espée et en frappa led. cappitaine sur le col tellement qu'il luy feist voiler la teste susepeçonné de trahison, etc. Led. jour sur le soir, vint une trompette a Rouen i demander qu'ilz rendissent la ville et portassent les clefz,
1 Dans le plan du Discours, etc. de Valdory, intitulé Portraicts du vieil et nouveau fort de Saincte Catherine, on lit dans la légende : « Le fort de St Michel estant sur une croupe du mont de Saincte Catherine, en descendant vers la porte de Martinville. » Il avait été construit sur le versant qui regarde le faubourg Martainville, près la chapelle Saint-Michel, dont les derniers vestiges n'ont disparu qu'en notre siècle.
2 Ce capitaine, désigné ici simplement par son prénom de Louis, est sans doute Louis David, auquel les bourgeois de Rouen avaient remis la garde du fort Sainte-Catherine qu'ils venaient de prendre. V. p. 197, note 4.
auquel fut respondu par le comte Mongommcry que on ne se rendroict pas ainsy si soudainement et qu"'il y avoit plusieurs cappitaines et chefz de guerre dans Rouen avec lesquelz il parleroit touchant cest affaire, demandant temps qui luy fut accordé pour xxiiij heures. La nuict ensuyvant, y eult sonné l'allarme a plusieurs fois.
Le mecredy vij* d'octobre i562, sur les quatre heures de soir, fut donné responce par les gouverneurs de Rouen que ilz estoient prestz de recepvoir le Roy en tel honneur qu'il luy appartenoit, maiz qu'ilz ne recepvroient aulcunement ceulx de la maison de Guyse ; laquelle responce ouye, incontinant du fort dud. mont de Saincte Catherine ou Saint Michel furent tirez deux couptz de canon contre la ville, et sur les cinq heures ung aultre coup de canon qui perça la porte de Martinville et tua ung jeune garson estans dans la ville, et cependant se faisoient tranchées vers Sainct Hillaire, etc.
Le jeudy huictiesme dud. mois, furent tirez plusieurs couptz de canon contre les desfences des rempartz de Sainct Hillaire et furent faictes plusieurs escarmouches les ungtz contre les aultres, et y eust plussieurs gens tuez. Celluy jour dans la ville de Rouen le peuple s'estonna veoiant d'assaulx' qui causa grande crainte tantaux soldatz qu'aux bourgeois estans aux desfences.
Le vendredy ix"'e jour dud. mois, jour de Sainct Denis, sur les six heures de matin, fut tiré deTartillerie et estans aux tranchées hors la porte Saint Hillaire plusieurs couptz contre la porte et rempars, et y eust assaulx et escarmouches de ce costé qui durèrent tout le jour. Ceulx de Rouen reprindrent coeur et hardiesse et se desfendirent et feirent grande dilligence de remparer, etc.
I Passage altéré. Il faut sans doute comprendre : voyant donner un assaut.
Lesamedy dixiesme d'icelluy mois, vers la porte Sainct Hillaire, fut battu d'artillerie et donné assault comme le jour précédant ou moururent plusieurs d'un costé et d'aulire. Ceulx de Rouen sommez par une trompette de se randre demandent a articuUer. Monsieur de Guise ne veult qu'ilz articullent, maiz demande qu'on rende la ville soubz sa mercy; ce que ceulx de Rouen ne veullent accorder desliberans plustot combattre et mourir sur les rempardz.
Le dimanche xj""« jour du mois d'octobre, fut contynué la batterie a la porte Sainct Hillaire et tour du Coullombier tout le jour durant si soudainement et furieusement que brèche fut faicte au hault des murailles entre lad. porte et tour du Coullombier et fut battue lad. tour du costé d'où ' elle battoit en flanc le fossé dud. Sainct Hillaire de telle sorte qu'il y eust brèche et tumba une partie d'icelle tour dans lad. fosse. Ced. jour, sur les dix heures de matin, arrivèrent a Rouen par la rivière de Seync dans des hurques et batteaux environ trois cens Anglois envoies du Havre de Grâce au secours de Rouen, qui furent receuz par le comte de Montgommery et furent salluez de plusieurs couptz de canon tirez dud. fort Saint Michel.
Le lundy xij""' dud. mois, tout le jour durant, fut battu d'artigliere contre lad. tour du Coullombier et porte Sainct Hillaire et feirent ceulx du camp^ grandz preparatifz de facines et aultres matériaux pour emplir les fossez. Cependant ceulx de Rouen feirent tranchées et aultres réparations vers lesd. brèches a grande peine et perte de leurs gens qui estoient batiuz et empeschez de
1 Ms. dun.
2 Ms. ceulx Je Rouen ; du camp a été écrit au dessus par une main postérieure.
Tartillerie du petit fort Sainct Michel qui les descouvroit et tiroit sur eulx de jour et de nuict dont plusieurs bourgeois et soldatz furent occiz et mis a mort, etc.
Le mardy xiij« dud. mois, tout le jour fut battu comme devant et faicte bresche prez la porte Sainct Hillaire a la muraille, la tour du Coullombier et les murailles rompues en plusieurs lieux. La nuict ensuivant, furent faictes tranchées vers Hierico' au pied de la montaigne Saincte Catherine, sur lesquelles furent misez cinq pièces d'artiglierie qui commencèrent a battre au poinct du jour les desfences de la tour du Coullombier et Sainct Hillaire de flanc et tirèrent presque tout le jour, dont plusieurs furent occiz tant soldatz que pionniers, etc.
Le mercredy xiiij® dud. mois d'octobre 1 562, sur les six heures de matin, recommença a tirer Tartiglierie de dehors contre lesd. desfences, qui continua jusques a l'heure de midy, a laquelle heure fut donné l'assault a la bresche estant prez la porte Saincte Hillaire et aultres desfences, qui dura jusques a quattre heures aprez midy tousjours escarmouchans les ungs contre [les aultres]. Cependant l'artillerie de dehors tiroit contre lesd. desfences contynuellement, qui endommagea grandement la porte Saincte Hillaire et tour du Coullombier ou il y eult plusieurs mortz et blessez d'une part et d'aultre. Aprez led. assault se retirèrent ceulx de dehors aux tranchées de leur
1 Farin (iï/5^ de la ville de Rouen, i668, p. 385-385), indique ainsi l'emplacement de ce lieu : « Les religieux Capucins furent receus à Rouen l'an i58o. Ils s'établirent premièrement au fauxbourg de Martainville au pié de la montagne de Sainte Catherine en un lieu appelé lerico, vers la Fontaine Jacob. 11 est à remarquer qu'en cette place, il y avoit autresfois un hôpital ou vingt cinq pauvres aveugles estoient nourris et entretenus. Il fut fondé l'an io5o par Guillaume-lo-Conquérant, duc de Normandie »
camp. Allons leurs pionniers apportèrent grand nombre de fascines pour remplir le fossé a l'endroict de la brèche et empescher iceulx. Y eult grande escarmouche des arquebusiers estans sur les rempardz et esd. desfences contre les harquebusiers de dehors jusques a la nuict durant laquelle y eult plusieurs allarmes sonnez en la ville aud. assault. Le jeudy xv'°'^dud. mois d'octobre, sur les six heures de matin, Tartiglierie de dehors tira d'une tranchée prez le fossé de la porte Saincte Hillaire et du fort de Saint Michel et de plusieurs aulires tranchées faicte[s] au pied de la coste Saincte Catherine jusques sur les dix heures devant midy, et durant que lad. artiglierie tiroit contre lesd. desfences, aprocherent fil a fil jusques a dix huict enseignes de gens de pied allemans et suissez venant le long du faulbourgt de Saincte Hillaire qui se mirent es tranchées hors les fossez de lad. porte Saincte Hillaire prestz et appareillez de combattre. SusPhoeure de midy, fut donné Tassault a la brèche de la porte Saincte Hillaire par ceulx de dehors estans esd. tranchées qui commencèrent a escarmoucher jusques au bord du fossé, lesquelz furent en ung instant aydés et secouruz de neuf a dix enseignes de gens de pied qui descendirent de devers Dernestal bien armez et morillongnez, lesquelz tous d'un front vindrent aud. fossé donner Tassault vers lad. brèche ou leur fut faicte grande résistance par ceulx de dedans qui se deffendirent vaillamment et de grand couraige avec lances a feu et potz plain[s] de feu grégeois et aultres materiaulx, tellement qu'il y eust grande occision de ceulx qui estoient descenduz dans led. fossé, au secours desquelz survindrent deux aultres enseignes de Suissez pour leur aider, maiz ils furent contrains se retirer sans riens faire pour les harquebusades et couptz d'artiglierie qui furent tirez sur eulx. Six aultres enseignes descen-
dirent du hault de la coste de Bihorel vers la vallée qui sépare la cosie de Dernetal qui vindrent en bon ordre jusquesesd. tranchées pour veoir la contenance de leurs compaignons qui combastoient, et veoiant que iceulx estoient repoulsez et que plusieurs fuioient ' dont ilz estoient venuz sains et saulvez sans coup ferir, et la fut la fin dud. assault qui dura près de quatre heures ou i4 y eult plusieurs mortz et blessez d'une part et d'auJtre. La commune opignion est quMl demeura dans led. fossé de ceulx de dehors de quatre a cinq cens hommes mortz et de ceulx dedans qui furent occiz sur les desfences tant par lesd. gens de pied que par Tartiglierie qui coniynuellement tiroit sur eulx, environ trois cens, sans les navrés d'une part et d'aultre. Audict assault fut blessé le roy d-e Navarre d'un coup de harquebuse en Tespaulle dont il tomba mallade griefvement. Aprez led. assault vint une trompette de dehors demandant qu'on rendict la ville au Roy par appoinctement qu'on pourroit faire avec ceulx de la ville, a laquelle fut respondu qu'on ne voulloit entendre a aulcun appoinctement que ceulx de la maison de Guise ne se retirassent.
Le vendredy xvj': d'octobre i 562, avant le jour, y eult plusieurs allarmes jusques a neuf heures devant midy, sur laquelle heure cessa le combat et fut commencé a parlamenter d'appoinctement entre les soldatz d'un costé et d'aultre. Sur les quattres heures de soir vint une trompette a la porte Martinville qui apporta nouvelles que le Roy et la mère Royne estoient a l'abbaye Saincte Catherine et mandoient a ceulx de Rouen qu'ilz envolassent une personne de leur costé par devers le Roy pour ouir ce
I Encore une lacune. Il faut vraisemblablement lire : se retirèrent dont (pour J'ou) ilj estoient venu:^.
qu'il leur vouUoit mander, ce qui [fut] faict; et y alla monsieur de Lymoges' lequel retourna assez tost aprez et vint dire ce que le Roy demandoit qui estoient articles d'appoinctement; sur quoy fut ordonné que le lendemain on feroit assembler les bourgeois pour desliberer.
Le samedy wVf dud. mois, sur les neuf heures de matin, les gouverneurs de Rouen feirent assembler les bourgeois de la ville et cappitaines de guerre dans le jardin des Celestins pour desliberer sur lesd. articles; et aprez plusieurs parolles, pour ce que le popuUaire s'esmouvoit, fut dict que de chacun quartier seroient esleuz et nommez douze personnes lesquelz auroient pouvoir de décider tous les differens desd. articles, ce qui fut faict, et aprez plusieurs desliberations demeurèrent d'accord de tous les articles fors de deulx^, c'est assçavoir que les ministresdela relligion nouvelle et refformée sortir[oi]ent et que les gens de guerre vuideroient la ville et se retireroient hors le pont, lesquelz deux articles ils ne vouUurent accorder, principallement celuy des ministres. Quand aux soldatz, ilz demandoient qu'on leur baillast hostaiges et pleiges d'asseurance de promesse, aultrement qu'ilz neferoient rien. Laquelle responce ils feirent a monsieur de... envoyé par le roy pour ouyr lad. responce, lequel veoiant ce se retira. Sur les neuf heures de soir, fut sonné allarme par le commandement de monsieur le comte de Mongommery lequel on disoit avoir esté adverty que la nuict ensuivant monsieur le duc de Guyse avoit desliberé de faire escheller la ville. Led. jour Monsieur de Guyse vint aux tranché[e]sprez du fossé de Sainct Hillaire ou il parla a plusieurs cappitaines de dedans.
' Ce nom a été écrit postérieurement dans un blanc laissé par le copiste.
î Ms. ceulx.
Le dimanche dixhuictiesme d'icelluy mois, cessèrent les armes d'une part et d'aultre, chacun gardant ce qu'il avoit gaigné Fung contre l'autre, tout par manière de trefves.
Ledict jour vint a Rouen monsieur de Durescu', envoie en ostaige pour monsieur d'Emandreville mandé par le Roy et la Royne, auquel sieur d'Emandreville il bailla sa monture pour aller aud. fort de Saincte Catherine, et demeura au logis dud. sieur d'Emandreville pu il disna cependant qu'il cstoict allé aud. lieu de Saincte Catherine. Led. sieur d'Emandreville retourna sur les trois heures aprez midy et renvoia led. sieur de Durescu.
Le mesme jour, deux compaignies de soldatz envoiez de Dieppe au secours de Rouen furent guettés et rencontrés prez du villaige de Marromme - par la cavallerie du camp du Roy qui les deffeit et meist en routte, et y en mourut grand nombre; les aultres furent menez prisonniers ou miz en fuite.
Le lundy xix*^ jour dud. mois, de matin fut assemblé le conseil de Rouen en la maison archiepiscopalle ou estoict logé le comte de Montgommery, pour desliberer sur les poinctz et articles de l'appoinctement, la ou ne fut rien conclud pour la difficulté de l'article des ministres. Led. jour, sur les iiij heures de soir, durant la trefve, Monsieur de Claire estant sur le bord des fossez en la tranchée de dehors vers Sainct Hillaire en parlamentant aux cappitaiaes et soldatz dedans la ville, demande a parlamenter au cappitaine de Limoges qui estoict dans la ville, auquel s'adressant aprez quelques parolles rigou-
1 Jean Ferey de Durescu.
2 Maromme, ch.-l. de canton de l'arr. de Rouen, à 7 kil. nordouest de cette ville.
reuses de reproche fut tiré ung coup de harquebouse par ung de sa compaignie, qui esmeut les soldatz des deux costés de combattre Tun contre l'aultre, et a Tinstani furent tirez plusieurs couptz d'artiglierie des tranchez et fortz de Saincte Catherine et Sainct Michel qui occirent plusieurs hommes a Rouen ; et fut combattu et tiré l'un contre l'aultre quelque temps jusques a ce que commandement fut faict de la part de la mère Royne de cesser et soy retirer, etc.
Le mardy xx"'« dud. mois i562, les armes cessèrent comme devant en attendant l'appoinctement qui se preparoit.
Messieurs d'O ' et de Durescu vindrent en la ville lesquelz ne peurent accorder les articles qui se traictoient et principallement celuy des ministres, parquoy se retirèrent sur les deux heures aprez midy par la porte Beauvoisine, et aprez qu'ilz furent despartiz, environ les trois a quatre heures, descendirent certaines compaignies de gens de pied de la coste tirant vers Dernestal qui se vindrent poser dans les tranchées prez Sainct Hillaire, qui fut cause de sonner allarme effrayement. Il y euh quelques harquebusades tirez et escarmouchez qui furent cessez incontinant.
Le mecredy xxj« d'icelluy mois, lesd. sieurs d'O et Durescu retournèrent a Rouen contynuans le parlement de Paccord desd. articles lesquelz ne peurent estre accordez pour l'article des miniitres que ceulx de la relligion nouvelle et refformée tenoieni obstinément, et pour maintenir lesd. ministres envoyèrent lettres a la mère royne au nom des manans et habiians de la ville de Rouen dont la teneur s'ensuit ^ :
1 Jean d'O, s"" de Maillebois, capitaine des gardes.
2 Cette lettre a cté publiée dans les Mémoires de Condù, t. IV,
« Madame, aprez plusieurs ouvertures faictes pour parvenir a quelque bonne paciffication et réduire les troubles de ceste ville en une saine ' police soubz Pobbeissance de Dieu et du Roy, Nous avons en la fin entendu quelle est la resolution de ceulx qui vous persuadent de chasser les ministres, afin que pour l'advenir la saincte parolle de Dieu ne soict publié et le saint esvangille ne-soict presché au public ; et non seullement ont desliberé de chasser les ministres euvangelicques, maiz aussy nous contregnent de partir et nous veullent bannir de noz maisons et domicilies, aultrement serons privé de la pasture de vie et du fruict de la prédication du sainct evangille. Or, puis que telle est leur desliberation, et que a ceste foiz ilz ont desgorgé leur venyn et rage contre Dieu, ses ministres et son sainct evangille, nous rendons grâces a nostre bon Dieu duquel nous avons jusques a présent maintenu sa cause soubz la fidélité et obbaissance du Roy et de vous qui nous a tant honnorez de s'estre servy de nostre ministre a ce que toutes les nations de la terre puissent congnoistre que la guerre furieuse qui nous est faicte soubz Paucthorité empruntée du Roy mineur d^ans ne tend a aultre but ^ que pour chasser les ministres, et empescher la publication du sainct euvangille. Il ne fault donc que no(u)s adversaires se couvrent de leur fard de rébellion, car si tous les estatz assemblez a Orléans, a Pontoisse et a Poissy ? ont requis la
p. 46-50, ce qui m'a permis d'apporter plusieurs corrections au texte de notre manuscrit.
1 Ms. saincte.
2 Ms du Roy dans un tout autre but.
? Les Etats-Généraux s'étaient ouverts à Orléans le i5 décembre i56o, la séance de clôture eut lieu le 3i janvier i56i. Le !«' août, les représentants de la noblesse et du tiers-état se réunirent de nouveau à Pontoise. Les députés du clergé s'étaient, dès le 20 juillet.
publication du sainct euvangille, sy les princes chevalliers de l'ordre 3t les principaulx chefs des parlementz de tout le royaulme et aultres notables conseilliers du privé conseil du Roy ont arresté Teedict de Janvier pour le faict de la relligion et suivant icelluy nous nous sommes contenuz et reiglés pour ouir les exortations publicques des ministres, en quoy avons nous offencé la majesté du Roy? Ce qui a esté requis par les estatz assemblez, délibéré et arresté en plain conseil privé, vous présente et a ce consentante, pourra il estre a présent revocqué et retraicté par ung particullier qui non seullement faict la guerre contre Dieu maiz aussy contre son propre sang? Nous vivons ' et mourons tous soubz ceste ferme asseurance que les eedictz ainsi 2 arrestez avec telle et si grande formalité comme l'eedict de Janvier ne se peuvent retracter durant la minorité du Roy, si premièrement les estatz ne sont assemblez et que les conseilliers esleuz par les estatz pour l'administration du royaulme soient appeliez. Si donc il n'y a aultre eedict publié au contraire, pourquoy sera Vostre Majesté forcée de chasser les ministres que le Roy a prins en sa sauve garde? et protection? Pourquoy 4 seront vozsubjectz banniz et desrassemblés à Poissy, mais le colloque par lequel le pouvoir tâcha de concilier les catholiques et les protestants n'eut d'autre effet que de les séparer davantage. Le 1 7 janvier, le chancelier de l'Hôpital faisait promulguer un édit par lequel les protestants obtenaient quelques avantages qui leur parurent insuffisants et qui irritèrent profondément les catholiques. Enfin, le l'f mars, eut lieu le massacre de Vassy qui fut le signal des guerres de religion.
• Il y a dans le texte du ms. disons et dans celui des Mémoires deCondé : nous disons et mourrerons tous... il semble qu'il faut lire vivons.
ï Ainsi manque dans le ms. ? Ms. a sa garde et protection.
4 Ms. Parquoy.
chassez pour suivre le sainct euvangille comme il leur a esté par vous mesmement permiz? Ung seul particullier aura il ce pouvoir, pour son affection dont il est transporté, de rompre les eeditz et faire mourir tant de sang innocent? Nous ne nous complegnons sans grande occasion, car nous sçavons bien que pour avoir obay aux eeditz du Roy et faict service a Sa Majesté pour mainctenir la publication de sainct euvangille, plusieurs des plus vertueulx et vaillans cappitaines de ce royaulme ont esté inhumainement faict mourir, les ungtz decappitez et les aultres penduz, le sang desquels martirs crie(nt) vengence devant Dieu contre les cruelz et furieux Amanitez qui serviront en bref d'exemple de la justice de Dieu, car encor qu'il soit tardif a ire ' , sy est ce qu'il délivrera quand il vouldra son peuple esleu. Puys donc que la desliberation est arrestée qu'il fault chasser les ministres a ce que le sainct evangille ne soit presché, il fault par mesme moyen que nous tous habitans de Rouen soions exiliez et deschassez pour le service de Dieu et que ceulx qui vouldront demeurer vivront en liberté de leurs consciences sans aultrement estre recherchez. Geste paction est si barbare et etnicque qu'il (ne) soit permis aux subjectz du Roy de vivre sans Dieu et sans relligion que nous ne serons jamais persuadez que^ vostre bonté et magnanimitté de royne et vertueuse princesse soit consentante a si estranges conditions, car vous mesmesavez par plusieurs et diverses fois declairé aux déléguez vers Vostre Majesté que vous ne permettiez de tumber en ceste réputation d'estre cause de chasser les subjectz du Roy durant sa minorité, maiz au contraire faisant office de bonne mère,
' Ms. faire.
2 Ms. de.
tu{e)trice et gouvernante de sa minorictc et approuvée par les esta tz, desirez retenir ses subjcctz en bonne paiz et union et ne permectrez que soions dechassez ' horsdenoz domicilies pour la parollede Dieu, en usant de ses termes que vostre voullonté estoict nous conserver en noz biens et possessions, et quand les ministres sortiroient vous ne permectriez nous en aller avec eulx, et nonobstant plusieurs remonstrances et requestes a vous faictes pour avoir congé de nous retirer avec lesd. ministres, que ne pourrions et ne vouldrions habandonner jusquesa Textremiité de nostre vye, avez persisté a nous donner ceste permission. Parquoy a présent nous ne croyons jamaiz que vostre bonté ayt si tost changée d'advis de - nous habandonner avec les ministres chassez hors de ceste ville, maiz ainsy que depuis cinq ou six mois avez esté attirée et vostre puissance comme captive, nous avons tous ceste opignion que Dieu ne vous a tant oublyée que ne sentiez en vostre saine conscience qu'il n'est raisonnable en viollant les eeditz du Roy de chasser les ministres evangellicques et en conséquence bannir une infinité de vo(u)s plus humbles et obbaissans subjectz et serviteurs qui seront contrains, eulx, leurs femmes, entîans et famille, tomber en extrême misère et calamité. Quelle occasion a peu persuader et enracyner si profondement aux coueurs des adversaires de Dieu de contrevenir a l'eedit de Janvier et avec telle pertinacité vouUoir chasser les ministres preschans le sainct evangille? Hz se fardent que les ministres sont cause des guerres civilles et que la prédication du sainct evangille engendre contentions et querelles; il fault donc pour appaisser les troubles que les ministres soient chas-
I Ms. chasseij.
a Ms. et.
■ sez. Maiz nous supplions a Vostre Majesté de ne croyre a telles impostures et illations, car si sans la loy le péché' estoict incongnu, si sans l'evangille il n'y avoit tant d'heresies, tant de sectes et tant de troubles, fault pourtant tollir laloy etabollirlesainct evangille. Si Jesuschristnous a luy mesme asseuré de n'estre venu en terre pour mecttre paix avec Sathan et les siens, ains pour luy susciter guerre, et qu'il nous a admonestez toutesfois que la vérité evangellicque anuncée il adviendra des troubles, divisions et guerres, fault il pourtant celler la vérité et desfendre la publication du sainct euvangille? Non, non, ce ne sont point les ministres qui sont autheurs des guerres civille[s], ny le sainct euvangille occasion des troubles, maiz la vraye origine des guerres espandues par tout le royaulme est Tavarice des gens esclesiasticquesqui se sont bandez contre Dieu et son sainct euvangile pour extermyner les ministres. Par quoy nous supplions vostre majesté faire extirper ceste racyne d'avarice esclesiasticque et emploier leur temporel pour acquicter les debtes du Roy et par mesme moyen nous faire ceste grâce que puissions demeurer en noz maisons avec noz ministres pour contynuer le service de Dieu soubz l'obbaissance du Roy suyvant ses eeditz jusques a ce que les estatz soient légitimement assemblez. Et cependant s'il plaist aux Majestez du Roy et de vous nous faire ceste faveur entrer en ceste ville, nous vous en supplions très humblement avec asseurance que nous nous déposerons aux piedz de Vos Majestez pour vous obayr et vous offrir vies et biens et les armes prises par l'aucthoricté des vrays et légitimes magistras protecteurs et conservateurs de la couronne du Roy, en faisant retirer l'armée estant devant ceste ville et
I Ms. pr esche.
appellant avec vous Messieurs les princes du sangetceulx qui ont esté nommez et esleuz par les estatz pour pourveoir aux troubles et guerres civilles et éviter a la totalle ruyne du royaulme pour la prospérité duquel nous prions Dieu inspirer nostre jeune Roy a sa saincte voullonté avec accroissement d'aage et des dons du Sainct Esprit, si que vostre digne renommée soict semblable a la digne royne et princesse laquelle moienna la délivrance du peuple de Dieu entre les conspirateurs de son esglise. Escript en l'hostel commung de la ville de Rouen, le xxje d'octobre mil v" soixante et deux et par voz très humbles et très obeissans serviteurs les manans et habitans de la ville de Rouen. Signé Danten '..S.
Iceulx sieurs d'O et Durescu retirez et sortiz de la ville de Rouen feirent leur rapport a la mère Royne de ce qu'ilz avoient faict avec les gouverneur et conseilliers de Rouen, parquoy sur les huict heures de soir fut donné Tassault et escarmouche a lad. porte Sainct Hillaire, Tartiglierie de dehors tirant contre les desfences et rompardz de la ville effraiement, lequel assault dura jusques a dix heures de nuict.
Le jeudy xxij^ dud. mois d'octobre i 562, Tartiglierie de dehors estant aux tranchées, sur les sept heures de matin, recommença a tirer contre lesd. desfences, et incontinant apprez celle de Saincte Catherine, du fort Saint Michel et aultres lieux feirent le semblable et de fois a aultre plusieurs escarmouches contre les soldatz d'une part et d'aultre.
Led. jour, sur l'heure de midy, sortirent de Rouen par la porte Beauvoisine cent hommes de cheval esleuz et choisiz par les cappitaines conducteurs d'iceulx lesquelz
I Ms. d'Antem.
estant advertis que la plus grande partye de la cavallerie de dehors estoict absente, entreprindrent d'aller enclouer l'artiglierie de dehors estant es tranchées vers les fossez Sainct Hillaire ; et estant sortiz et apperceuz de ceulx de dehors, accoururent plusieurs au devant d'eulx jusques au bord desd. tranchées, tirant vers la porte Beauvoisine la ou fut escarmouche les ungtz contre les aultres sans grande perte des personnes Lesd. gens de cheval de Rouen alors tindreni bon et poulcerent leurs ennemys hardiement Jusques dans leurs tranché[e]s en les suivant de bien prez ; ce que veoians ceulx qui estoient èsd. tranchées tournèrent l'artiglierie contre lesd. gens de Rouen et tirèrent ung coup sur eulx qui ne feist aulcun dcmmaige; et n'eust esté Monsieur de Banville ' que y arriva au secours et soy présenta avec sa compaignie, ceulx de Rouen les eussent chassez jusques a leur camp vers Dernestal. Iceulx de Rouen veoians led. sieur de Banville avec sacompaignie se serrèrent en [un] vallot^ estant soubz les fourches de Bihorel ou ilz furent attendans quelque temps a couvert pour l'artiglierie desd. tranchées que on avoit tournée contre eulx ; de la se retirèrent par le hault dud. vallot et s'en revindrent a Rouen sans grande perte de leurs gens, etc.
Le vendredy xxiij'"^ jour dud. mois d'octobre 1 562, les soldatz estans es tranchées dehors la porte et fossé de
I Charles de Montmorency, duc de Damville, troisième fils du connétabls Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, lieutenant ge'néral au gouvernement de Paris et de l'Ile-de-France, colonel général des Suisses, chevalier des ordres du roi, amiral de France en ogG, duc et pair en 1610, décédé en 161 2. Il avait épousé Renée de Cossé, comtesse de Secondigni, fille du maréchal de Cossé, dit de Gonnor.
î Le Val de la Jatte.
Sainct Hillaire et ceulx de Rouen cstanssur les rempardz de la ville, combattirent et escarmoucherent par plusieurs fois et tirèrent les ungtz contre les aultres plussieurs harqucbusades dont plusieurs furent blessez et occiz, et mesmes Tartiglierie de dehors tira plusieurs couptz contre les desfences de la ville tellement que plusieurs boulletz tombèrent en la ville sur les maisons d'icelle.
Le samedy xxiiij dud. mois, sur les six heures de matin, lesd. soldatz recommencèrent a tirer a grande force les ungs contre les aultres, et durant leur combat, jusques sur les dix heures avant midy, l'artiglierie de dehors tirant par plusieurs fois contre lesd. desfences, surTheure de midy fut sonné allarme et se présentèrent quelques gens de cheval le long des costes de Dernetal et Bihorel tellement qu'on esperoit assault. Led. jour, la gallere et ung gallion retournèrent a Rouen du Havre de Grâce ou ilz estoient allez quérir les Anglois, lesquelz ne revindrent et apportèrent seuUement quelques vivres et ne peurent passer par devant Caudebec, etc.
Le mesme jour, par le commandement de monsieur le comte de Montgommery, et des gouverneurs de la ville, fut ouverte la sacristie de Nostre Dame, [de] laquelle led . sieur comte et monsieur le président d'Emandreviile avoient les clefz, pour prandre le reste des joyaulx et feirent prandre et descouvrir la chasse de Nostre Dame laquelle avoit esté réservée jusques a lad. heure, et ce sans appeller aulcuns des chanoines ne aultres qui en avoient eue la garde par le passé.
Le dimanche xxv"ie d'icelluy mois d'octobre i 562, il y eult plusieurs escarmouches et couptz d'artillerie tirez du camp et tranché[e|s du Roy, et pour la pluye et brouilla[rd 1 cessèrent vers les vespres, etc.
Le iundy xxvj dud. mois, sur les onze heures avant
m\dy, l'ariiglierie de toutes partz, tranchées et fortz commencèrent a tirer furieusement contre les deffences des rampardz et tour du Coullombier. Et cependant que Tartiglierie tiroit, les soldatz qui estoient èsd. tranchées et aux fossez droict a la brèche commencèrent a tirer contre ceulx de dedans et en ung instant furent descharges infiniz et harquebusades les ungs contre les aultres, et fut donné assault fort furieux qui dura plus de deux heures, durant lequel assault survindrent quatre compaignies de soldatz chacune de quatre enseignes le long de Sainct Hillaire, lesquelz vindrent les ungs apprez les aultres par bon intervalle secourans et rafreschissans ceulx qui combatoient en si bonne ordre et sans confusion qu'apprez avoir bien combattu d^une part et d'aultre, ceulx dedans furent repoulcés et ne peurent soustenir l'esfort des soldats de dehors qui entrèrent par force par la brèche, ceulx dedans fuyans ça et la au mieulx qu'ils pouvoient. Lors fut la ville habandonnée en proyc aux soldatz qui entrèrent dans la ville et forcèrent toutes les maisons ou ilz pillèrent tout ce qu'ilz trouvèrent, et dura le saccaigement de pillaige par trois jours devant que les soldatz feussent contenus, avec lesquelz estoient meslez plusieurs sortes de gens qui pillèrent la ville sans discreption ou acceptation de personne. Chose horrible a veoir! A l'entrée desd. soldatz fut exécuté la crudelité et fureur de la guerre sur toutes personnes indifferamment soy trouvans sur le pavé par les rues, hommes et femmes, huguenotz et cathoUicques, tellement que, durant deux jours, on trouvoit les corps des mortz parmy les fanges en grande habondance, et, quelque cryée qui fut faicte par le Roy, n'y peult on donner ordre.
Le vendredy xxx= dud. mois, furent exécutez et miz a mort lesd. présidant d'Emandreville, Socquence, Cotton
Cl leur ministre Malhorat par arrest de la court du parlement comme autheurs de la sédition et ruynede la ville de Rouen, et fut Icd. président deccappité sur les eschaffaulx du Viel Marché, Socquence et Cotton penduz devant rhostel de ville et Marlhorat pendu devant le parmy de Nostre Dame.
Le samedy dernier jour dud. mois, furent exécutez le[s] cappitaine[s] de Croses lequel fut deccappité au Vieil Marché' et plusieurs aultres bourgeois sedicieux penduz en divers lieux.
Ced. jour recommencèrent le service divin en Tesglise de Nostre Dame et furent dictes vespres en lad. esglise lesquelles encommença monsieur m^ Jehan Bigues ', grand archediacre de Rouen, trésorier et grand vicaire de monseigneur le reverandissime cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen, ou assistèrent aulcuns chanoines et chappellains les ungs ayans surpeliz et les aultres vestuz de manteaulx.
Messeigneurs de Longpaon et de Boquencéî, conseilliers de la court de parlement, commissaires depputez pour faire ouverture de la sacristie suivant une requeste présentée a lad. court par le chappitre de Rouen, aprez midy commencèrent a faire lad. ouverture et faire invan-
1 «c Jean de Croses, René de Provanes-Valfenières, capitaines d'infanterie, Jean le Baleur, prévôt de camp ordinaire, Blanchet le Nud, Richard Manger et Claude du Sac, capitaines, furent aussi condamnés à mort; De Croses eut la tête coupée; Valfenières, condamné au même supplice, obtint sa grâce à la recommandation du maréchal de Brissac. » De Thuu, t. III, 1. XXXllI, p. 335.
2 Jean Bigues, s' de Saint-Désir, grand archidiacre de Rouen, vicaire général du cardinal de Bourbon, conseiller et aumônier du roi Henri III, décédé en 1594.
5 Charles Duval, sr de Bosquencey, avocat au Parlement, puis conseiller-clerc en i553.
tarier ce qui estoict resté dans lad. sacristie pour veoir et entendre ce que auroit esté prins.
Le dimanche premier jour de novembre et jour de Toussaintz, Messieurs du chappitre de Rouen, en tel nombre qu'ilz se peurent trouver bien petit avec quelque peu de relligieulx cordeliers et jacobins, soy partant de l'esglise de Nostre Dame, allèrent en forme de procession a Sainct Ouen pour trouver le Roy quivoulloit venir dud. lieu jusques a lad. esglise Nostre Dame en procession solempnelle, en laquelle procession assista sa majesté acompaigné de la Royne mère, son frère duc d''Orleans' et plusieurs aultresdu sang royal, des cardinaulx de Ferrare, légat en France, et de Guyse et plusieurs aulîres evesques et prelatz, de messieurs le duc de Guyse, [le] connestable et aultres princes seigneurs et barons, de messieurs de la court de parlement, tous soy partans du monastère et esglise de Sainct Ouen et passant par la grande rue des Carmes, vindrent en lad. esglise Nostre Dame ou ilz entrèrent par le portail de Sainct Estienne estant acosté du grand portail fermé pour Phoeure^, et la arrivez allentrée de Teglise, Monsieur m^ Jehan Bigues, grand archediacre de Rouen et vicaire de mons^ l'illustrissime et reverandissime cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen, p(o)urtant une croix d'argent préparée pour dire la messe avec m^ Pierres Lambert, penitancier, et Tourmente', chanoines, faisansTofficedediacreet soubz diacre, présenta au Roy a baiser la croix et apprez ce luy
I Henri de Valois, plus tard Henri III, porta d'abord le titre de duc d'Orléans, puis de duc d'Anjou.
î « Le roy et la reine-mère entrèrent dans l'église Saint-Etienne parce que les clefs du grand portail étaient adirées. » Inv, somm. des arch. départementales delà S.-Inf., G. 2io5.
) Richard Tourmente, docteur en théologie.
feist une oraison briefve selon Texigence du temps, auquel le Roy respondit qu^il garderoit les libertez et franchissez de Tesglise de Rouen et la maintiendroit aultant ou plus que ses prédécesseurs les roys de France. De la entra au cueur et soy présenta devant l'hostel a ce préparé faict en haste d^une tumbe de pierre levée d'une sépulture. La grand messe fut dicte par led. archediacre estant en ung boult de Tautel tirant au costé senestre et a Taultre costé estoict ung des chappellains du roy qui disoit uno contextu une basse messe '. Les chantres de lachappelle du Roy feirent la décantation de lad. grand messe; les chanoines soy tindrent aux chaires haultes et basses indifferamment actendans la fin de lad. messe, laquelle finye les président Lallemant et conseilliers de la court de parlement se levèrent de leurs places et soy vindrent présenter devant le Roy l'ung aprez Paultre et la renouvellerent les sermens par eulx faictz auparavant; aprez laquelle solemnipté le Roy sortit du coueur et s'en retourna a son logis a Sainct Ouen; en passant par la nef de lad. esglise il toucha aulcuns mallades des escrouelles.
Ced. jour furent appréhendez plusieurs des séditieux de la ville tenans la relligion nouvelle lesquelz furent constituez prisonniers, ce que fut faict pareillement les jours ensuyvans.
Cependant que le Roy estoict dans la ville de Rouen
I « ..... ou je remarque en passant que l'on fut obligé de dresser dans la Cathédrale un Autel d'une tombe de pierre que l'on fit lever, sur laquelle le sieur Bigues chanta la Messe, et sur la contestation qui arriva avec un Chappelain du Roy qui prétendoit dire la Messe devant Sa Majesté, il luy fut accordé sans conséquence pour l'advenir de la dire basse au côté droit de l'Autel. « Dom Pommeraye, Histoire de l'église cathédrale de Rouen, métropolitaine et prima' tiale de Normandie Rouen, 16S6, p. 129.
avec la Royne sa mère et son privé conseil, aprez la prinse d^celle fut envolée une trompette a la ville de Dieppe pour sommer ceulx de la ville de soy remecttre souhz la main et obbaissance du Roy et luy rendre sad. ville de Dieppe, de laquelle estoict cappitaine monsieur de Fours', lequel voullant obtempérer au commandement rendit la place et pour ce que doubtoit de sa personne se meist sur la mer pour passer en Angleterre.
Le vendredy sixiesme jour de novembre aud. an i 562, se partirent de Rouen les reistres allemans de la compaignie du comte de Rheintgrave- pour aller vers le Havre de Grâce et garder le pays contre les Anglois qui destenoientla ville dud. Havre de Grâce et faisoient plussieurs courses et pilleries allentour d"'eux, et fut expédié led. comte de Rheintgrave pour aller contre lesd. Anglois. Ced. jour fut inhumé le coeur du comte de Renden?,
1 « Charles de Ponssart, ou Poussard, sr de Fors ou des Eorets, issu d'une famille du Poitou, maître d'hôtel du roi, vice-amiral des côtes de Normandie; adopta, en i56o, les doctrines de la Réforme. Il vécut, selon les généalogistes, jusqu'au lo septembre i584; il était de la branche du Vigean. » Note de M. E. Lesens, dans l'Histoire de la Réformation à Dieppe, par Guillaume et Jean Daval, X, I, p. 233. — De Fors, destitué par le duc de Bouillon, fut remplacé par Ricarville. Ibid., p. 17.
2 Jean-Philippe, comte de Salm, dit le Rhingrave, né en iS^S, tue à la bataille de Montcontour en i56g.
3 Charles de la Rochefoucault, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et colonel gênerai de toutes les bandes et infanteries de France, baron de Celfrein et du Luguet, seigneur de Randan, de Sigognes, des Pins et de Bezard, fils de François II, comte de la Rochefoucauld et d'Anne de Pùlignac, dame de Randan. Il fut ambassadeur de France en Angleterre et conclut, sous François II, le traité de paix entre la France, l'Angleterre et l'Ecosse. Il n'avait que trente-sept ans quand il mourut, le 4 novembre i5Ô2, des suites d'j la blessure qu'il av:iit
colonel de Tarmée du roy, lequel mourut le jour précédant en la maison du président Cavellier' en la parroisse de Sainct Laurens, rue Ganterie, et fut apporté depuis lad. maison jusques a l'esglise de Nostre Dame ou il fut mis en une fosse a ce préparée soubz la tombe du légat d'Amboise de la maison duquel il estoict descendu ; et fut mis ung epitaphe prez dud. lieu. Le convoy dud. coeur fut des relligieulx mandians et prebstres des parroisses de Rouen, aprez lesquelz venoient deux tabours couvertz de drap noir avec ung phiphre sonnans de dueil, et deux hommes revestuz en dueil portans deux enseignes treynans contre bas. Messieurs les chanoines et chappitre de Pesglise de Nostre Dame estans au bas de la nef de Tesglise prez la porte receurent led. appareil et convoieront led. coeur du decedé, que portoict ung gentilhomme sus ung coussinet couvert d'ung taffetas blanc et noir en forme de croix, jusques la ou la fosse estoict préparée, puis fut dicte la messe au coeur,
Ced. jour ce partirent de Rouen, Messieurs les ducz de Guyse, dWumalle et Connestable avec Tarmée du Roy pour aller au devant du prince de Condé et ses adherans que Ton disoit estre sortiz d^Orleans et tirer vers Paris.
Le compte de Rheinthgrave avec ses reistres allemans se partit pareillement de lad. ville de Rouen pour aller vers le Havre de Grâce contre les Anglois qui Toccup-
reçue à la prise du fort de Sainte-Catherine. Il avait épouse Fulvie de Pic de la Mirandole.
' Nicolas Cavelier, s'' d'Espinay, conseiller au Parlement, en i34l^, puis président aux requêtes du palais, décédé de la peste à l'Hôtel- Dieu de la Madeleine de Rouen, le lîo mai i568. 11 avait épousé Madeleine Daniel, fille de Jacques Daniel, s' de Boisdennemctz.
poient estantz joiiictz avec les huguenotz sortiz de Rouen.
Le samedy vij"ie dud. mois de novembre i562, Messieurs les archediacres Bigues et Nagerel, Dabaro' et Grenier, chanoines de Rouen, commiz de la part du Chappitre, se présentèrent a la mère Royne estans en la gallerie de la chappelle de SainctOuen pour luy requerre quMl leur pleust leur faire rendre et deslivrer Tor et l'argent et pierres précieuses^ que le prevost de l'hostel avoit rescous d'aulcuns soldatz de monsieur d'A[i]lIaigre, de la chasse Nostre Dame mises en pièces et trouvez en la maison ou demouroit le président d'Emandreville, laquelle dame leur feist responce que Tor et Targent avoit Ja esté porté a la monnoye pour le service du Roy, maiz que les pierres etaultreschosez leurseroient renduz telles qu'on les pourroit recouvrer, et pour ce faire en leur présence demanda aud. prevost de l'hostel lesd. pierreries, lequel respondict qu'ilz estoient entre les mains du thesaurier de Tespargne, par quoy elle luy commanda qu'il allast avec lesd. chanoines présentement et leur feist rendre, ce que exécuta led. prevost, et fut ouvert ung coffret ou estoient plusieurs patenostres de
1 « Richard Dabaro, chanoine, curé de Boscguérard et de Saint- Laurent de Rouen; testament daté de i5j6 ». Inv. somm. des arch. dép. de la S.-Inf., G. 3428. Il fut, le 27 sept. 1570, nommé par Louis Filleul, sr de Frcneuse, pour jouir des fruits, revenus et émoluments de la chapelle de Notre-Dame, fondée au prieuré des Filles- Dieu.
2 Le Conseil de ville avait, dès novembre, décidé de faire une demande analogue, mais d'un caractère plus général. On lit au registre A, 18, des délibérations municipales : « Le Roy. ., doyt estre suplié que les cloches, candélabres de cuyvre et autres ustensiles d'église soyent restituez à qui ils appartiennent ». Inv. somm. des arch. comm. de Rouen, p. 194, 2.<- col.
coural cl quelques pierreries de pciiie valleur qui fureni invantariez et renduz ausd. chanoines et furent baillez en garde aud. sieur archediacre Bigues tant qu'il les apporta eud. chappitre.
Le dimanche viij'"« dud. mois, fut faicte prédication apprez disner en la grande esglise par monsieur Reginaldy nommé le Plasirier, Jacobin', ce qui n'avoit esté faict depuis la vastation de Tesglise.
Le lundy ix<= dud. mois, la rivière de Robec fut remise en son cours et entra dans la ville de [Rouen] sur les six heures de soir, depuis lequel jour jusques au jeudy xije dud. mois de novembre le Roy séjourna a Rouen avec son conseil.
Le jeudy douzième d'icelluy mois, le Roy se pan de la ville de Rouen pour s'en retourner vers Paris et alla couchera Escouis. Le prince de la Roche sur Yon-, lequel avoit la garde de son corps demeura apprez luy pour cause de la malladye du roy de Navarre avec mpnsf le cardinal de Bourbon, son frère.
Led. sieur roy de Navarre se tint a Rouen a cause de sa malladie jusques au dimanche xv"»* dud. mois de novembre quHl se partit sur les quatre heures de soir et se feist porter sur la rivière de Seine dans une maison de boys faicte et assise sur un grand batteau bien natté et tapissé qu'on avoit préparé pour sa personne pour le faire porter jusques a Paris; et s'en allèrent avec luy lesd. cardinal de Bourbon et prince de la Roche sur Yon, lesquelz furent plussieurs jours sur lad. rivière de Seine jusques au mardy xvije d'icelluy mois que le roy de Navarre deceda dans led. batteau
I Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, fils de Louis, sr de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, et de Louise de Bourbon, comtesse de Montpensier, décédé le lo octobre i365.
devant la ville d'Andely sur les cinq heures de soir, et I fut J porté son corps inhumer aVandosme ' avec ses prédécesseurs 2.
Cependant a Rouen, aprez le partement du Roy, on commença a procéder contre ceulx de la nouvelle relligion qui avoient esté autheurs et avoient consenty a la sédition et forces faictes en lad. ville, et, pour ce faire, furent depputez commissaires pour visiter toutes les maisons de ceulx de la nouvelle relligion et leur oster les armes ainsy qu'ilz avoient faict viollamment es cathollicques, ce qui fut exécuté par plusieurs jours.
Le xviiij'"^ Jour dud. mois de novembre, fut faicte assemblée en l'hostel de ville pour dellecguer et depputer lespersonnesquicomparoistroientauxestatz, ou premièrement fut ordonné que, pouraultant que on estoict adverty que en aulcuns lieux de la ville ceulx de la nouvelle relligion se rassembloient etfaisoient leurs conventiculles etpresches, qu"'on yvoict en tous les lieux et maisons appartenant a rhostel commung de ville estans le lorî§ des murailles de la ville et qu'on les feroit vuider, mesmes on sortiroit tous leurs meubles hors desd. maisons sur le pavé du Roy, et que monsr deBremetot5, lequel l'an passé avoit porté parolles aux estatz contre Thonneur de l'église cathoUicque de la ville sans estre advoué, seroit adjourné par soy présenter et comparoir ausd. estatz et soy desdire ou purger desdictz parolles. Aud. hostel de ville on feist
' Vendôme, ch.-l. d'arr. du département d'Indre-et-Loire.
î V. dans les Archives curieuses de VHistoire de France, t. V, p. 67-72, la Relation de la mort du roi de Navarre, arrivée le 1 7 novembre 1 562.
? Antoine Le Lieur, s' de Brametot et de Bosc-Bénard. V. Cahiers des Etats de Normandie sous Charles IX, etc., publiés et annotés par M. Ch. de lîeaurcpairc, p- 91.
plussieurs assemblées pour ordonner des affaires de la ville et deffence d'icelle, et pour commencement furent nommez quatre cappitaines pour les quatre quartiers de la ville, c'est assçavoir Messieurs de Vandrimare',Varangeville, alias Rocque^, le contrerooUeur Puchot 5 et Jehan Puchot, fils de Vincent Puchot4.
Le samedy xix^ de décembre i 562, les armées du Roy conduictes par messieurs de Guyse, le connestable et mareschal Sainct Andréa, et du prince de Gondé présent en personne conduicte par monsieur Tadmiral de Ghastillon^ et aultres grandz seigneurs tenans le party dud. prince, se rencontrèrent en ung lieu appelle Nuysement a deux lieues prez de Dreux, auquel lieu fut donné ba(i)taille entre eulx fort rigoureuse en laquelle fut rompue i'avangarde que conduisoit le connestable et luy prins,
1 Jean de la Roche, sr de Vandrimare, député aux Etats de Normandie en i563 et i566, conseiller-échevin de Rouen en i566, plus tard swgent-major de Rouen .
2 Jacques Rocques, s' de Varengeville.
J Nicolas Puchot, contrôleur du grenier à sel.
4 Vincent Puchot figure parmi ceux qui, dans la séance du conseil de ville tenue le 6 novembre 1 562, contribuèrent au soulagement des pauvres par des dons volontaires.
5 Jacques d'Albon, sr de Sainct-André, fils de Jean d'Albon et de Charlotte de la Roche, chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Jarretière, premier gentilhomme de la chambre du roi, gouverneur du Lyonnais, maréchal de France en 1547, ^"'-' ^ ^^ bataille de Dreux en idGz. Il fit partie du triumvirat avec le duc de Guise et le connétable de Montmorency.
6 Gaspard de Coligni, s' de Châtillon-sur-Loing, fils de Gaspard de Coligny et de Louise de Montmorency, ne le 16 février i5i6, chevalier de l'ordre du roi, colonel général de l'infanterie française, amiral de France, 16 novembre i552, gouverneur et lieutenant général de Paris, de l'Ile-de-France, de Picardie et d'Artois, du Havre-de- Grâce et de Hontleur, tué à la Saint-Barthélémy, 24 août 1372.
ce que entendant led. sieur de Guyse avec sa bataille donna sur ses ennetnys sy vigoureusement qu'il leur esta Tesperance qu'ilz avoientde la victoire et les poursuivit en telle manière qu'il lesmeist en fuite et route [et] print led. prince de Condé prisonnier. En celle bataille moururent plusieurs grandz seigneurs comme monsieur le mareschal Sainct André, monsieur d'Ennebault' et plusieurs aultres tenans le party du Roy; du costé dud. prince, Monsieur de la Rochefoucaud 2, beau frère dud. prince, et par estimation y moururent d'une part et d aultre dix mil hommes de guerre, etc.
Le lendemain de lad. bataille, led. sieur duc de Guyse avec toute l'armée du Roy suivit la cavallerie dud. prince qui se retiroit avec l'admirai et manda lettres tant aux habitans de Rouen, de l'église que des aultres estatz qu'ilz eussent par tous moiens a donner ordre et advertir les villaiges et lieux des champs qu'ily se tinssent sur leurs gardes et qu'ils empêchassent par tous moiens, jusques a sonner les tocsains, que lad. cavallerie et gens dud. prince ne passassent par leurs terres pour soy joindre avec les Anglois qui estoient au Havre de Grâce.
Le mecredy xxiij"^ dud. mois, les lettres dud. sieur de Guyse furent présentés au chappitre de Rouen par les
1 Jean, baron d'Annebault, de Retz et de la Hunaudaye, chevalier de l'ordre du roi, bailli d'Evreux, fils de Claude d'Annebault, maréchal de France, et de Françoise de Tournemine, dame de la Hunaudaye et de Retz, mort des suites de la blessure qu'il avait reçue à la bataille de Dreux.
2 François III, comte de la Rochefoucaud, prince de Marsillac chevalier de l'ordre du roi, ne mourut point à la bataille de Dreux, mais périt dans le massacre de la Saint-Barthélémy. Il était beaufrère du prince de Condé, ayant épousé en mai lôSy Charlotte de Roye, comtesse de Roucy, sœur cadette d'Eléonore de Roye, mariée en i55i au prince de Condé.
conseilliers de Thostel de ville pour les com[mu"lnicquer a Messieurs dud. chappitre avec advertissement de la court de parlement de rendre grâces a Dieu de lad. victoire et chanter le cantique Te Deum laudamus; pour laquelle chose acomplir tut ordonné par led. chappitre que, sur les dix heures de matin, devant la grand messe, au coeur de l'esglise, seroit chanté seullement Te Deum, etc., avecqucs ung motet en musicque et les orgues, les cloches de Marye d'Estouteviile et Rigaud sonnées a voilée, la cloche Georges d'Amhoise sonnée au tinter seullement par faulte de cordes, et seroient portez par les dignitez sept chappes riches ; auquel acte se trouvèrent messieurs de la court de parlement avec messieurs de Thostel de ville et monsieur de Villehon avec les harquebusiers.
Le vendredy jour de Noël xxv^dud. mois, aprez midy, arrivèrent a Rouen et entrèrent par la porte Martinville quatre enseignes de gens de pied picardz envoiez en garnison pour la desfence dUcelle ville, pour lesquelz recepvoir et conduire par lad. ville les cappiiaines des quatres quartiers des bourgeois feirent assembler leurs gens et soy mirent en armes et les receurent et logèrent en certains quartiers de la ville.
Cependant les habitans de Rouen se tenoient sur leurs gardes et faisoient grande dilligence d^eulx enquérir des seditieulx de la relligion nouvelle et de les desarmer, et, pour obvier aux sedicions et portz d'armes d'iceux de la nouvelle relligion, ordonnèrent en l'hostel commung de la ville ou assistèrent plusieurs notables personnages de tous les estatz et jurisdictions qu'on leveroit certaines compaignies par les parroisses de la ville jusques au nombre de quatorze enseignes soubz les quatres cappitaines ja esleuz pour les quatre quartiers, et pour ce faire
furent faictes plusieurs assemblé[e]s et reveue[s]des bourgeois.
Monsieur de la Vieuville', envoie par le Roy et son conseil pour aller a Dieppe contre ceuh. de la ville qui s'estoient rebellez aprez le pardon qui leur avoit esté octroyé depuis la prinse de Rouen, passa par Rouen ou il séjourna quelques jours pour attendre les compaignies qui .estoient soubz sa charge, que l'on disoit estre deux centz avec plusieurs pièces d'artiglierie.
Lesd. habitans de Dieppe ou gens interposez avoiént occiz monsieur Ricarville^^ cappitaine de la citadelle, dont ilz se cuidoient excuser vers le Roy, et, veoians qu'ilz ne pourroient obtenir pardon dud. cas, avoient faict venirmonsieur le comte de Montgommery de la ville du Havre de Grâce pour estre leur chef; lequel estant a Dieppe avec ses gens commença a gouverner a sa voulonté et contraindre lesd. de Dieppe, en sorte qu'ilz n'avoient moyen de résister a la fureur, dont ilz se repentoient, et luy feirent plusieurs offres a celle fin qu^il se retirast, et feirent venir quelques Anglois pour leur ayder, coururent les villaiges troys ou quatre lieues a Fentour d^eulx, feirent plussieurs oultraiges et excez aux catholicques et principallement aux prebstres et aultres gens ecclésiastiques.
' François de Scepeaux , sr de Vieilleville, comte de Duretal, fils de René de Scepeaux et de Marguerite de la Jaille, dame dcDuretal, chevalier des ordres du roi, gouverneur en i553 des évêchés de Toul, Metz et Verdun, maréchal de France en i562. Homme de guerre et diplomate, il fut employé en diverses négociations. Il mourut le io novembre 1571. Ses mémoires ont été rédigés par son secrétaire Carloix .
2 Florentin de Ricarville, gouverneur du château d'Arqués, et capitaine du château de Dieppe, tué le dimanche 21 décembre i562.
Lelundy dixhiiictiesme jourde janvier i 562 ', comme le premier président de Rouen Monsieur de ( Sainct J Anthot 2, lequel esioict nouvelIe[ment] retourné de sa maison en Bourgongne, sur les dix heures du matin, retournoit du pallaiz en sa maison, s'adressèrent a luy aulcuns cappitaines et soldatz de la ville de Rouen, estantz le long de la rue devant le prieuré de Sainct Lo, lui demandant justice des sedicieux de la nouvelle religion estans es prisons du pallaiz, et, pour ce qu'il ne leur respondit a leur gré, luy dirent plusieurs parolles, rigoureuses et tournèrent leurs armes contre luy, dont il fut contrainct se sauver dans la maison de la Blonderie', conseillier, et incontinant lesd. cappitaines feirent sonner et assembler leurs compaignies, lesquelz ilz feirent marcher par les rues a enseigne desploiée.
Le mardy xix" dud. mois Gauretot 4, clerc du greffe de la court, Quidel et le Ramer, tous trois delà nouvelle relligion etautheurs de la sédition, pour plusieurs cas furent penduz et estranglés au Viel Marché devant la maison dud. Quidel par arrest de lad. court, a Texecution desquelz toutes les compaignies de la ville se trouvèrent en armes.
1 i563, n. s. Pâques tomba cette année le 11 avril.
2 Antoine de Saint-Anthot, conseiller au Parlement de Dijon, en 1542, remplaça, lettres du 11 juin i553, Pierre Remon, dans les fonctions de premier président du Parlement de Rouen. Il mourut en i565. Sur l'agression dirigée contre lui et les mesures prises à la suite, V. les délibérations du Conseil de ville des 20 et 21 juin i563, Jnv. somm. des arch. delà ville de Rouen, Délibérations, p. 197.
î 11 n'y a pas eu de conseiller de ce nom. 11 s'agit peut-être de Jean de Croismare, s"" de la Blandinière, conseiller en i545 et président en 1567.
4 Th. de Bèze, Hist., etc.. Il, 40(j, lui donne le nom de Gaurelet et D. Pommeraye, op. cit., p. 1^4, appelle ces trois personnages, Gavrelot, Quidel et Ravier.
Le mecredy xx« jour de janvier i562, pour le restablissement du bureau des paouvres vallides de la ville de Rouen, en une des salles du pallaiz s'assemblèrent Messieurs de Longpaon et Le Febvre', conseillers de la court de parlement, depputez par lad. court commissaires pour procéder audict restablissement dud. bureau entrelaissé depuis la prinse de la ville de Rouen, avec messieurs m« Jehan Bigues, grand archediacre de Rouen et vicaire de l'archevesché dud. lieu, Jehan Nagerel, chanoine et archediacre du Vulgaisin le normand en Tesglise de Rouen pour le chappitre dud. Rouen, m« Pierre de La Place, conseillieren la court des généraux, messieurs Pappillon, conseillier de ville 2, Gauvain Mazier et Jehan Pigné, bourgeois de Rouen, auquel lieu, apprez plusieurs opignions, conclurent que devant que de procéder au restablissement dud. bureau on feroit perquisition du fons des deniers des paouvres par inquisition, voulonté et puissance des bourgeois et nombre des paouvres.
Led. jour, comme me Jehan Mustel, sieurdu Boscroger?,
1 Jean Le Febvre, s' d'Escalles, tils de Nicolas Le Febvre, s'dudit lieu, et de Marguerite du Bosc, fille de Jean du Bosc, sr de Coqucréaumont, fut reçu conseiller au Parlement le 3o juin 1544, par la résignation de Jacques de Bauquemare, son beau-frère.
2 Richard Papillon, conseiller-échevin de Rouen en iSSg, député aux Etats de Normandie en i56g.
5 Issu d'une vieille famille rouennaise, dont les membres furent fréquemment appelés aux fonctions municipales. Robert Mustel fut deux fois maire de Rouen en 1^42 et i352, et Jean Mustel remplit cette fonction en i356 ; il mourut en Angleterre où il s'était rendu comma otage du roi Jean. Après la suppression de la mairie, furent conseillers-échevins : Jean Mustel en i^gi, 1394 et 1397; Robert Mustel en 1400, 1406 et 141 2; Roger Mustel en 1452; Jean Mustel en 1461, 1473 et 1499; Robin ou Robert Mustel, en 1464 et 14G7. En iSog, un Jean Mustel fut député aux Etats de Normandie. On
advocat du Roy au bailliage de Rouen, sortit de Rouen par la porte du Barc ou il fut arresté par aulcunssoldatzde la ville et miz en la gallere pour illec estre en garde jusques a ce qu'il [fut] mis es mains de la justice comme autheur des séditions et adhérant a icelles et sedicieux de la nouvelle relligion pour plusieurs cas dont il estoit notté et accusé, les soldatz et peuple de Rouen estans de ce advertis allèrent par devers monsieur de Villebon que il l'envoiast quérir pour en estre faicte justice. Led. sieur de Villebony envoya aulcuns soldatz de sa compaignie lesquelz demandans a ceulx de la gallere led. Mustel, pour ce qu'ilz ne le voulloient livrer, se prindrent paroUes et débat tellementvque ceulx de lad. gallere furent forcez de le rendre et le mecttre en batteau ou par ung soldat (ou) il fut frappé d'ung coup d'espée sur la teste, et sortant dud. batteau sur la rive fut chargé de plusieurs couptz de harquebusades, picques et aultres bastons tellement qu'il fut occiz et despouillé tout nud et laissé dans la fange. Son corps demeura ainsy jusques au lendemain quMl fut osté aux enfans qui le voulloient traîner par les rues, et fut enveloppé dans ung drap et porté en sa maison pour estre inhumé.
Le dimanche xxiiij jour de janvier i562, monsieur de Villebon et monsieur le mareschal de Vieuville furent de matin en la grand esglise de Rouen ensemble pour ouir messe, et apprez se retirèrent ensemble a Sainct Oucn au logis abbatial ou estoict logé led. sieur mareschal, et le disner préparé; la estans arrivé se meurent quelques parolles entre lesd. sieurs touchant la pollice de la ville et occision dud. feu advocat Mustel, en sorte que led. sieur
trouve enfin, parmi les vicomtes de l'Eau, Jean Mustel en i3o2, Roger Mustel en 1418.
delà Vieuville meist la main a une espée que luy bailla ung de ses gens et en frappa led. sieur de Villebon qui [leva] la main droicie contre le coup qui lui descendoit sur la teste en sorte qu^il luy couppa le brasprez delà main et le navra en la teste. Pour ceste cause la ville fut esmeue' et les habitans en armes, et fut assiégé led. sieur de Vieuville aud. lieu de Sainct Ouen. La court de parlement veoiant tel esfroy s'assembla pour y donner ordre et informer du cas dont ilz advertirent la Royne mère et son conseil par homme exprès envoyé par lad. court. Le comte de Rheinthgrave, beau frère dud, sieur de Vieuville, arriva a Rouen pour donner ayde audict sieur son beau frère et pour demander quelques prisonniers estans es prisons du Roy pour les sedicions passées, lesquelz il demanda pour délivrer asulcuns de ses gens prisonniers au Havre, dont luy furent délivrés.
Le samedy vj™^ jour de février i562, monsieur de BrissaC , mareschal de France et lieutennant pour le Roy, envoyé a Rouen, entra en la ville de Rouen sur les trois a quatre heures aprez midy par la porte de Martinville ou luy allèrent au devant plusieurs des bourgeois de Rouen avec la Cinquantaine a enseigne desploiée, les harquebusiers de la ville et plusieurs compaignies de gens en
' Le Conseil de ville s'assembla le jour même. — « Par Mons. le lieutenant a esté remonstré que ce d'huy, estans assemblez MM. de Vieilleville, mareschal de France, et Villebon, lieutenant gênerai pour le Roy en ce pays, s'est meu quelque différend entre lesd. seigneurs, tellement que led. s"" de Villebon auroit eu la main couppée; à ceste cause et que l'on ne sçavoit à quelle fin cela pourroit estre
faict, estoit requiz délibérer pour éviter à toutes surprinses. »
Avant d'avertir le Roi, on ira par devers MM. de la Cour. La garde de nuit sera remplacée, et l'on suppliera M. de Villebon de mettre force de bourgeois au Vieux-Palais et au Château, » Invent. somm. des Arch. de la ville de Rouen. Délibérations, p. 197, ire col.
armes a pied et a cheval' qui le conduirent en la maison de Sainct Ouen ou estoict préparé son logis.
Depuis la venue dud. sieur mareschal de Brissac^ fut procédé a Rouen contre les séditieux et aultres de la nouvelle relligion, et fut ordonné que pour evicter le dangier ou ilz pourroient mecttre la ville, ilz sortiroient hors d'icelle ville tant hommes, femmes que enffans s'ilz ne voulloient vivre doresavant comme bons cathollicques en faisant profession de lafoy cathollicque, ce qui fut exécuté sur aulcuns obstinés. Cependant led. sieur de Brissac gouvernoit la ville fort paisiblement sans bruict ne murmure. Lesreisires soubz la charge dud. comte de Rheinthgrave faisoient grande pillerie par les champs sur toutes gens et emportoient tout a leur camp estant prezdu Havre de Grâce. Les Dieppois faisoient le semblable lesquelz descouvroient en plusieurs lieux sans que personne leur allast allencontre, prenans prisonniers toutes gens d"'esglise principallement qu'ilz congnois- [soijent estre solvables et les rançonnoient a grandes sommes de deniers et faisoient aultres infiniz maulx tellement que plusieurs personnes se retiroient des champs en la ville de Rouen pour estre a sauveté.
Durant que ces choses ce faisoient en Normandye, le camp du Roy estoict devant la ville d'Orléans conduyct
1 Ms. a pied et a pied .
2 Charles de Cossé, comte de Brissac, fils de René de Cessé, s' de Brissac et de Charlotte Gouffier. Il fut chevalier de l'ordre de Saint- Michel, lieutenant général des armées du roi en Piémont, colonel général de la cavalerie légère de France, maréchal de France en i55o, gouverneur de Picardie. Il mourut à l'âge de cinquante-sept ans, le 3i décembre i563. Après i55o, on ne le désigne pas autrement que sous le titre de maréchal de Brissac. Le maréchal de Gonnor, dont il sera parlé plus loin, était son frère.
par monsieur le duc de Guyse, lequel faisoict battre icelle ville fort furieusement. En la compaignie dud. sieur duc de Guyse s'estoict fainctement retiré ung jeune soldat nommé Jehan de Polletroct', soy disant seigneur de Merey, natif du pays d'Angaumois en la seigneurie de Aubeterre, aagé de xxvj ans ou environ, lequel s'estoict party de la ville d'Orléans ung peu auparavant et s'estoict présenté aud. sieur duc de Guyse, auquel il avoit donné a entendre qu'il se repentoit d'avoir porté les armes contre le Roy et qu'il se voulloit doresavant rendre a luy. Led, seigneur de Guyse avoit prins en bonne part et luy dict qu'il estoict le bien venu. Icelluy de PoUetrot estoict tousjours en aguet et sollicitude d'accomplir ce qu'il avoit desliberé au partir d'Orléans, et pourtant il ad[v]int que le jeudy xviij dud. mois de febvrier led. de Polletroct, veoiant l'esfort qu'on faisoit de battre la ville d'Orléans et craignant que ladicte ville ne feust prinse d'assault et ceulx qui estoient dedans saccagez etocciz, deslibera oud. jour de mecttre en effect ce qu'il avoit en sa pensée. Car, comme led. sieur duc de Guyse aprez disner passoit la rivière de Loret pour s'en aller au Portereau^, icelluy de Polletrot l'accompaigna et suivyt jusque audict lieu de Portereau, puis il s'en retourna par le pont et villaige de Olivets ou estoient logez les Suisses, et vint attendre led. seigneur de Guyse au passaige de lad. rivière de Loret en intention, soict qu'il fut bon ou mal accompaigné,
' Né vers i525; il avait donc environ 37 ans. Après l'assassinat du duc de Guise, il fut écartelé et son corps réduit en cendres.
2 Ms. Pontereau. Portereau est un faubourg d'Orléans sur la rive gauche de la Loire.
î Saint-Martin-d'OIivet, comm. de l'arr. d'Orléans (Loiret), à 5 kil. de cette ville. Près de là, se trouve le parc du château de la Source, d'où sort le Loiret.
d'exécuter son entreprinse, comme il feist, et oiant une trompeté qui sonnoit au retour dud. seigneur duc de Guyse, quand il voulut entrer dans le bateau pour passer l'eaue, il s^approcha de la rivière et, aprez que luy sieur de Guyse se feust descendu en terre, estant seuUement acompaigné d'un gentilhomme qui marchoit devant luy et d'un aultre qui parloit a luy, monté sur un petit mulet, il le suivit par derrière et approchant de son logis en ung carfourg [ou] il y a plusieurs chemins tournans de costé et d'aultre, il tira contre led. sieur de Guyse de sa pistoUe chargée de trois ballez, de la longueur de six a sept pas, s'esforçant de le frapper a l'espauUe doubtani qu'il fut armé par le corps, et a l'instant picqua son cheval sur lequel il estoici monté, de vitesse se saulva, passant par plusieurs boys et taillis et feisi celle nuict environ dix lieues de pais, pensant s'elongner de la ville d'Orléans, mais pour l'obscurité de la nuict, il se destourna de son chemin et se vint rendre jusques au villaige d'Olivet dedans le corps de garde des Suisses, ou il luy fut dict par l'un desd. Suisses Houardot'\ entendant lesquelz motz, il congnust que s'estoict la garde des Suisses et se retira en arrière picquant jusques au lendemain neuf heures de matin et, congnoissant que son cheval estoict las et travaillé, il se logea en une censé ou il se reposa jusques au lendemain qu'il fut trouvé et admené prisonnier, et le lundy xxj'"e jourd'icelluy mois de febvrier, il fut admené devant la mère Royne en la présence de laquelle et de messieurs le cardinal de Bourbon, duc d'Estampes 2,
1 On peut reconnaître sous cette forme altérée le cri des sentinelles allemandes : Wer da? correspondant à notre : Qui vive?
2 Jean de Brosse, dit de Brctngne, fils de René de Brosse et de Jeanne de Cummines, Hllc du célèbre historien, duc d'Etumpes, comte de Penthicvre, etc., décédé en i565. Il avait épuusé la maî-
prince de Mantoue', comte de Gruyères, seigneurs de Marticques2, de Saussac 5, de Cypierre 4, de Losseî et de Pevesque de Lymoges^, respectivement conseilliers du roy et chevalliers de son ordre, enquis et interrogé qui Pavoit suscité et induict de donner led. coup de pistolle audict sieur de Guyse et quel sallaire il en avoit receu etesperoit en recepvoir pour ce faire, il confessa qu'il avoit esté induict et solicité par monsieur de Chastillon, admirai, a la suason de Théodore de Beze7 et d'ung aultre ministre
tresse de François 1er, Anne de Pisseleu, si connue sous le nom de duchesse d'Etampes.
1 Louis de Gonzague, prince de Mantoue, fils de Frédéric II, duc de Mantoue et de Marguerite Paléologue, né en i538, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, 3i décembre 078, gouverneur de Champagne, décédé le 23 octobre iSgS. Il était devenu duc de Nevers et de Rethelois, en i365, par son mariage avec Henriette de Clèves, héritière en i562 de son frère François de Clèves, duc de Nevers et de Rethelois.
2 Sébastien de Luxembourg, s"' de Martigues, fils de François de Luxembourg et de Charlotte de Brosse, dame de Penthièvre, colonel général de l'infanterie française, gouverneur de Bretagne ; Charles IX érigea en sa faveur le comté de Penthièvre en duché-pairie en i56g. 11 fut tué au siège de Saint-Jean-d'Angély, le 19 novembre i56g,
5 Jean Prévost, baron de Sansac, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 5o hommes d'armes de ses ordonnances.
4 Philbert de Marcilly, sr de Cypierre, gouverneur de Charles IX, chevalier de l'ordre du roi et lieutenant au gouvernement de l'Orléanais, décédé le 2 décembre i565, à Liège.
5 Jean de Losse, ancien capitaine des gardes d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre.
6 Sébastien de l'Aubespine, fils de Claude, s'' de la Corbillière, et de Marguerite le Bsrruier, membre du Conseil privé, abbé de Saint- Martial et de Saint-Eloy de Noyon, évéque de Limoges en iSbg, décédé le 2 août iiJ82. Il remplit un rôle actif dans les négociations et fut ambassadeur en Allemagne, Hongrie, Angleterre, Espagne, Belgique et Suisse.
7 Théodor-i deBèze,né en i 5iy, mort en i6o5, un des chefs les plus
de la nouvelle relligion, et qu'il avoit reçeu par les mains [dud.] sieur de Chastillon vingt escuz sol en une fois et aultre fois cent escuz sol pour luy achapter un cheval a faire son entreprinse. II chargea et rendit sucepeçonnez dud. cas le seigneur de Feuqueres' et le capitaine Brion*, lesquelz il declaira l'avoir solicité et présenté and. sieur de Chastillon. Il chargea le seigneur de Soubize ? de lad. entreprinse, mais par la voulonté de Dieu il fut prins et mené a Paris ou depuis il fut exécuté. La malladie dud. sieur duc de Guyse estonna fort le camp du Roy, tellement que led. sieur mareschal de Brissac estant a Rouen fut mandé en dilligence pour conduire led. camp.
Le samedy xxvij^ dud. mois de febvrier, se partit de Rouen icelluy sieur de Brissac pour aller par devers le Roy aud. camp d'Orléans et laissa en la ville de Rouen lesdictz de Vieuville et de Villebon.
Le dimanche dernier jour dud. mois, fut célébré a Rouen et au diocèse le jubilé envoie en France par le pappe Pie.
Le mardy ijme de mars i562, led. sieur de Villebon se
actifs du protestantisme français, a pris part au colloque de Poissy, et laissé, entre autres ouvrages, une Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume de France depuis Van 1 52 1 jusqu'en i563.
' Ce personnage était fils de Jacques de Pas, et frère puiné de Louis de Pas, s' de Feuquières. On le désignait communément sous le nom de Feuquières, bien que ce titre n'appartint qu'à son aîné. 11 était, lui, s' de Mantinsart et d'Arcy.
2 Le capitaine Brion, d'abord du parti protestant, passa ensuite au service des Guise.
5 Jean de Farthenay-l'Archevêque, s' de Soubise, tils de Jean de Soubisc et de Michelle de Saubonne, gouverneur de Lyon pour le prince de Condé en i5Ô2, chevalier de l'ordre en i56i, mort en i566.
partit de Rouen sur Thoeure de midy pour se retirer en sa maison a cause de sa viellece et blesseureet quicta le gouvernement de Rouen. Monsieur de Vieuville demeura en la ville en acttendant que le roy y envoyast aultre gouverneur.
Ledict jour, le chasieau de Caen, assiégé par monsieur l'admirai de Chastillon (et) fut prins par le costé dedans la ville, aprez v avoir esié faicte bresche ; auquel chasteau estoict pour lors monsieur le marquis d^Elleboeuf ' mallade. Monsieur de Renouard^, cappitaine de lad. place, fut prins et le chasteau pillé de plusieurs richesses qui y avoient esté transportez du plat pais pour seureutté. Dans led. chasteau furent trouvez plusieurs gens eclesiasticques qui s'y estoient retirez, desquelz la pluspart furent tués et les aultres par faveur furent mis en rançon. Ce faict, led. admirai envoya sommer ceulx de Lizieulx de se rendre a luy.
Le jeudi xxv de mars i562, jour de TAnnonciation Nostre Dame, fut faicte par les confréries de la confraternité du sainct Sacrement de lautel une procession? fort solempnelle qui se partit de la grande esglisede Rouen, ou assistèrent tous les confrères en fort grand nombre acompaigné des relligieulx des quatre couventz et le clergé des parroisses de la ville, en laquelle procession se trouvèrent des plus notables bourgeois avec deux cens petiz enffans revestuz tout de blanc, marchans deux a deux, ayans chacun une chandelle de cyre blanche allumée et grand nombre de harquebuziers et la Cinquantaine de la ville donnant ordre par tout et fut porté le corps de Nostre Seigneur par la ville et rues d'icelle, toutes tendues de tapis-
1 René de Lorraine, marquis d^Elbeuf. V. p. 192, n. 4.
a Jean de Bailleul, s"" du Renouard.
? F. pour la composition et l'ordre de ces processions, p. 14!^ et 162.
série ou fut taicte prédication ei dicte la messe par monsieur Sequart, doien de Teglise de Rouen'.
Lesamedy xxvij"^cduj mois, environ Thoeurede midy, se partit de Rouen trois centz chevaulx ou environ avec monsieur le mareschal de Vieuville , gouverneur de Rouen, et laissa le gouvernement de la ville a monsieur de Maillairaye *, faict venir par messieurs de la ville do Rouen jusques a la venue de monsieur de Montpancier ' que l'on disoit estre depputé aud. gouvernement, etc.
Le jeudy viij d'avril avant Pasques v" Ixij, fut présenté a la court le patent de la paix entre le Roy et ses subjectz envoie par la mère Royne pour le faire publier, duquel lecture faicte en la chambre ou s'assemblèrent les président Lallemant ei conseilliers estans en la ville, par leur
advis furent depputez messieurs pour aller faire
quelques remonstrances au Roy devant que publier icelluy patent.
Le jeudi xw^^ dud. mois d'avril, sur les dix heures du matin, monsieur le mareschal de Brissac retournant delà court arriva a Rouen et s'en alla descendre a son logis a Sainct Ouen.
1 Adam Sequart, docteur en théologie, nommé doyen du Chapitre de llouen, 27 octobre i56i, député pour le clergé aux Etats de Normandie, en i5Ô2, i563, i5Ô4, i565 et 1571, grand vicaire du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen.
2 Jean de Moy, s' de la Mailleraye, capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances du roi, lieutenant général en Normandie, viceamiral de France, mort à Rouen en i5gi.
5 Louis de Bourbon, duc de Montponsier, fils de Louis de Bourbon, prince de la Rochelle-sur- Yon, etc., et de Louise de Bourbon, comtesse de Montpensier, dauphine d'Auvergne, né 10 juin i5i3, décédé 23 septembre i582. En février i538, le comté de Montpensier fut érigé en sa faveur au duché-pairie. 11 prit une grande part aux guerres étrangères et civiles de ce temps, et se trouvait à la prise du Havre en ibG'S.
Le vendredy xvj^ dud. mois d^avril apprez Pasques, Pan i563, fut leu led. patent de la paciffication ■ entre le Roy et ses subjectz en la première chambre du pallais en Taudience. La publication et modiffications furent tenuez secrettes pour regarder le moien de Fexecution dud. patent. Cependant furent envoyés a la court du Roy certains personnages tant, de la court de parlement que de l'hostel de ville.
Ceux qui tenoient la nouvelle relligionqu'ilz appellent resformée estoient assemblés pendant en plusieurs lieux et villaiges d'entour la ville de Rouen descouvrans de jour en jour, de lieu en aultre, attendant de rentrer en icelle ville qui estoict bien gardée de jour et de nuict par les bourgeois d'icelle, estans en armes par les quartiers et portes de la ville. Iceulx de la nouvelle relligion envolèrent a la ville deux-de leurcompaignie bien montez a cheval, lesquelz soy présentant vers le barcq hors le pOiPt disans qu'ilz estoient envolez vers monsieur le mareschal de Brissac, pour quelques parolles qui se murent entre eulx et les soldatz de la ville et mariniers estans sur la rivière de Seine, furent occiz et jectez en Peaue, dont led. sieur mareschal fat fort mal content contre le peuple de la ville, et si pour lors il eust congnu ceulx qui avoient faictled. meu[r]tre de leur auctorité, il en eust faict faire justice. Toutesfois cela s'appaisa, qui fut cause que ceulx de la nouvelle relligion estfins de ce advertiz feirent plu-
' L'édit de pacification d'A,mboise, 19 mars i563, fut mal accueilli par les habitants de Rouen qui avaient eu tant à souffrir des calvinistes. Voir à ce sujet les délibérations municipales des 27 mars, 6, 18, 27 et 3o avril i563. Reg. des délibérations, A i8 et Inv. somm., p. 197-198. Comme on le verra plus loin, l'édit de pacification ne fut publié que le vendredi 3o avril « suyvant une seconde jussion envoyée par le Roy à la court de parlement de Rouen ».
sieurs grandz maulx par tout ou ilz passoient et occirent cruellement plusieurs personnes de toutes quallitez, pillèrent et desroberent les gens des champs.
Le samedy xxiiij d^avril i 563, lesd. de la relligion nouvelle, au matin eschellerent l'esglise du Grand Quevilly ' ou ils rompirent et brisèrent tout, pillèrent et emportèrent les ornements et meubles d'icelle esglise, offencerent plusieurs des parroissiens. Ce faict, ils passèrent a Dieppedalle vers Croisset ^ ou ils rompirent les huys et portes d'aulcunes maisons et caves plaines de vins appartenantz a plusieurs marchandz tant de Paris que de Rouen dont vindrent grandes plaintes aud. seigneur mareschal de Brissac, lequel y envoya le cappitaine Voilant avec quelques harquebuziers.
Le dimanche ensuyvant xxvc dud. mois, aprez midy, aulcuns cappitaines de la ville avec quelques nombres de leurs gens par manière d'ebat sortirent de la ville par la porte du Barcq pour soy exe[r]ce[r] a tirer de leurs harquebuses,t Les sedicieux, qu'on appelle huguenotz ou aultrement, tenant le party de la relligion nouvelle qu'ilz disent resformée, tenans les champs comme vacgabons tournoians allentour delà ville de Rouen, menasçans d'y rentrer par force et faire en icelle tout a leur voullonté, chose ridiculle veu le petit nombre qu'ilz estoient comme de deux centz personnes, je dis bourgeois de la ville sans quelques estranges en petit nombre qui les accompagnoient, estant lors au villaige du Petit Quevilly, veoians iceulx cappitaines de Rouen approcher dud. lieu de Que-
1 Sur la rive gauche de la Seine, en aval de Rouen.
2 Dieppedalle et Croisset, sur la rive droite de h Seine, en aval de Rouen, vis-à-vis le Grand et le Pctit-Quevilly.
J Le Petit-Quevilly, comm. située entro Rouen et le Grand- Quevilly.
villy, en grande dilligence se retirèrent vers la rivière de Seine au port de Croisset ou ilz avoient batteaux tous appareillez pour soy sauver.
Les jours ensuivans ilz discourent les villaiges d'entour de Rouen tousjours acttendans de rentrer dans lad. ville. Il leur fut envoie dire de la part de monsieur lemareschal de Brissac que s'ils voulloient entrer dans la ville, que suivant le patent du roy on les recepvroit, c'est assçavoir les habitans et manans et chefz des maisons en baillant par nom et surnom les personnes qui debvoient rentrer, la parroisse et domicilie ou ilz demeuroient par avant et en laissant les armes, ce qu'ilz contempnerent.
Le mardy xxvij"'« dud. mois d'avril, fut ordonné parla court de parlement que par tous carrefourcz de la ville de Rouen y auroit corps de garde de gens en armes pour obvier a toutes entreprinses qui pourroient estre faictes par les gens de la ville et garder qu'il ne se feisse aulcun meultre(s) par le peuple contre ceulx de la nouvelle relligion et que toutes personnes qui n'estoient du nombre de ceulx qui estoient depputez et esleuz pour garder la ville et portes d'icelle, les gens de guerre estans soubz cappitaines en icelle ville, nobles et officiers du roy et de la justice, eussent a mecttre les armes bas sur peynedela hard, laquelle ordonnance fut publyé[e] le lendemain par les carrefourcz de la ville'.
' Le même jour (27 avril), des mesures furent prises par l'hôtel de ville pour assurer l'ordre public : « Assemblée pour donner ordre et obvier aux meurtres et séditions qui se commectent, chacun jour, en ceste ville, sur l'exécution de l'eedict de la paix et des moyens de faire guet de jour en ceste ville pour faire cesser les troubles ». Présents à l'assemblée : les quatre capitaines des quartiers et les onze capitaines des paroisses. » Inv. somm. des arch. comm. Délibérations, p. ig8.
Le vendredy dernier jour dud. mois d'avril, suyvani une seconde jussion envoyée par le roy a la court de parlement de Rouen, fut publié le patent de la paix devant dict en lad. court, et le jour mesme a son de trompe par les carrefourcz de la ville et, pour garder le peuple d'émotion, assistèrent a la publication les harquebuziers de la ville avec la Cinquantaine et furent prestz en armes les quatre cappitaines des quartiers de la ville avec leurs compaignies qu'ils amenèrent par les places ou se feist lad, publication.
Le jeudy vj"i« de mai oud. an i563, Monsieur de La Londe', cappitaine, et ayant la garde du Viel Pallaix de Rouen, estant aud. lieu, fut frappé et blessé d'un coup de pistoUe que luy tira ung huguenot lequel aprez led. coup se jecta hors dud. Viel Pallaiz pardessus la muraille se cuidant saulver; toutesfois il fut poursuivy et prins. Questionné dict plainement qu'il avoit juré la mort dud. sieur de La Londe luy dixhuictiesme et avoient desliberé de surprandre le Viel Pallaiz. Son procès fut faict et envoyé au Conseil du roy pour Tadvertir dud. cas.
Les quatres cappitaines des quatres quartiers de la ville durant ces choses remonstrerent a Messieurs de la ville qu'ilz ne pourroient plus faire leurs charges s'ilz n'avoient les gaigcs qu'on leur paioit au commencement qu'ils furent instituez, lesquelz gaiges on leur avoit ostés par Tadvis du conseil d'icelluy hostel de ville pource que il n'y avoit deniers en commung pour y fournir ; ausquelz fut respondu que s'ilz ne voulloient faire le service qu'ilz se retirassent et que dès lors ilz estoient cassez et qu'il suffiroit alagarde de la ville des cappitaines des parroisses
I Louis de Bigars de la Londe, s' de Tourville. nommé en i56> capitaine de la ville et des châteaux de Rouen. Il avait été député de la noblesse aux Etats de Normandie en i554 et t557.
ausquelz les choses estoient reduictes. Les bourgeois et habitans de la ville qui estoient soubz lesd. quatres cappitaines ne voullurent marcher soubz la conduicte des cappitaines des parroisses et dirent qu'ilz esliroient d'aultres cappitaines entre eulx qui serviroient sans gaiges, ce que feirent aulcuns des quartiers et les présentèrent a rhostel de ville ou ilz furent receuz et feirent le serment. Monsieur le mareschal de Brissac veoians les choses ainsi traictées feist venir lesd. quatre cappitaines cassez et leur commanda de reprandre leurs compaignies, ce qu'ilz feirent et prosmirent servir sans gaiges.
Cependant led. sieur de Brissac faisoit ses apprestes et dressoit ung groz appareil de gens de guerre tant de pied que de cheval qu'il faisoit venir de plusieurs lieux du royaulme pour assiéger les Anglois qui destenoient la ville du Havre de Grâce de toutes partz. Les soldatz françois y acouroient par compaignies bien esquippés en guerre, dont la pluspart passèrent le long des murailles de Rouen, conduictz par estappez, comme il fut ordonné. Aultres passèrent par delà la rivière de Seine, tirans vers le Ponteaudemer. Tous arrivez prez du Havre le samedy xxij™^ dud. may et Joinctz avec les compaignies que desja le comte de Rheinthgrave tenoit devant lad. ville du Havre, fut lad. ville assiégée et le camp de France dressé devant icelle ville sur la nuict, et a Tinstant fut faicte escarmouche a ung fort que faisoient les Anglois, ou moururent environ quarante hommes tant françois que allemans et aultant d'anglois. Depuis arrivèrent aud. camp dixhuict enseignes françoises soubz la conduicte de monsieur de Richelieu', qui resforcerent le siège, et fut envoie
I François du Plessis, dit Pilon, surnommé le sage Richelieu, fils de François III du Plessis et d'Anne le Roy, grand-oncle du car-
de Paris et aultrcs lieiiz grandz nombres de pièces d'artiglierie lesquelles furent portez par la rivière de Seine jusques a Rouen, ou ilz furent chargez avec Tartiglieric qui estoict dedans la ville de Rouen et de la portez a Caudebec et dudict lieu jusques aud. lieu du Havre.
Ce faict, led. sieur de Brissac se partit de Rouen le mardi viij"i« jour de juing i563, aprez midy, pour aller aud. camp du Havre et laissa a Rouen en son lieu pour gouverneur monsieur de Carrouges '.
Ceulx de la nouvelle relligion prétendue reformée n'estoient cependant en repos, maiz incessamment praticquoient et sollicitoient plusieurs princes et grandz seigneurs du conseil du Roy contre les habitans de Rouea de la relligion du Roy, pour ausquelz obvier furent envoyer monsf m^Damours-,advocat du Roy en parlement, a ce commiz par lad. court, messieurs de Blaqueville? et
dinal de Richelieu, V. G. Hanotaux, Hist. du cardinal de Richelieu, t. i, p. 26-3o.
' Tanneguy le Veneur, comte de Tillières, seigneur de Carrouges, fils de Jean le Veneur, baron de Tillières, seigneur du Homme et de Carrouges, et de Gilonne deMontejean, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de Normandie, bailli et gouverneur du Vieux- Palais de Rouen, 6 février iSyô, mort en 1592. Il eut de son mariage avec Madeleine de Pompadour, Jacques le Veneur, qui lui succéda dans la charge de bailli et de capitaine de la ville et château de Rouen.
2 Nicolas Damours, chevalier, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, avocat général au parlement de Rouen en ib'i^, président en iSyS, décédé le 22 août i585? Il avait épousé Marie de Moncel.
? On ne connaît pas de chanoine du nom de Blaqueville. Par ce nom, l'auteur a peut-être voulu désigner Robert Busquet, précité, qui fut curé de Blacqueville. (Note communiquée par M. Ch. de Beaurepaire).
leTessier', chanoines depputez parle chappitrede Rouen, messieurs Emilie Mancenet, curé de Boscguillaume, et Denis Guerard 2, curé de Louvetot, depputez pour le clergé du diocèse de Rouen, Georges Langlois, Jehan Rocque et Allonce le Seigneur, depputez par J^hostel commung de la ville de Rouen 5 avec plusieurs aultres a la court du Roy pour respondre aux articles proposez par lesd. de la relligion nouvelle; auquel lieu arrivez furent ouys le vendredy dix huictiesme dud. mois de Juing, mons^ m® Hierosme Maynet4, conseillier, parlant pour ceulx de lad. relligion nouvelle. Fut demandé par led. Maynet qu'il pleust au Roy faire poser les armes a tous ses subjectz de quelque condition qu'ilz feussent, et pour ce que lesd. habitans de Rouen cathollicques ne les vouUoient mecttre bas, qu^il pleust au Roy envoyer audict lieu garnison d'hommes d'armes pour les y contraindre; qu'on feist une chambre au parlement de Rouen ou seroient traictées et en laquelle seroient jugées les causes et querelles desd. de
' Jacques le Tessier. Il était, en iSyi, vicaire général de l'évêque de Lisieux. (Id.)
2 Ms. Quecardure.
? D'après !e registre A 18 des délibérations de la ville, les députés de 'la ville furent : Jacques le Seigneur, Pierre Rocque, Georges Langlois et Clément Gontran, Voir sur ces remontrances faites au roy au bois de Vincennes et ensuite à Gaillon, l'Inv. somm. des délibérations de la ville, p. 20oet20i. Notre chroniqueur a donc établi une confusion entre Alonce le Seigneur, 2e consul en 1564 et prieur en i565 des marchands de Rouen, conseiller-échevin en i566, député aux Etats de Normandie en i568, et Jacques le Seigneur, conseiller échevin en i556, i562 et iSyS, premier consul en 1567 et prieur en i568 des marchands de Rouen.
4 Jérôme Maynet, s' de la Vallée, reçu conseiller-clerc au parlement le 23 novembre i55i,fut privé de sa charge par arrêt du 10 avril 1570 parce qu'il était protestant, et mourut le 5 novembre 1574. Il avait épousé Marie Fumierre.
la relligion nouvelle prétendue refformée; ausquelz ariicles respondict pour tous lesd. dellecgués led. sieur Damours si sagemment et meurement que iceulx n'emportèrent rien de ce qu'ilz demandoient, estans au privé conseil du Roy, lors présent le prince de Condé, le connestable, le chancelier, monsieur de Montmorancy et aultres seigneurs que ceulx de lad. relligion nouvelle pensoient bien leur estre favorables.
Le lendemain dixneufviesme jour dud. mois de Juing, le Roy en son conseil declairaet ordonna que en sa court et suitte d'icelle et semblablement en ses maisons royalles, aulcunes presches, assemblées ou administrations de sacremcns de la nouvelle relligion prétendue resformée ne seroient cy aprez faicts en quelque sorte que ce feust. non plus que es villes prevosté ny viconté de Paris exemptes et reservez par Teedict de pacisfication entre ses subjectz sur les peynes aud. eedict.
Ceulx de la prétendue relligion resformée praticquoient et sollicitoient Teffect de leur demande et faisoient courir le bruict par coppies et exemplaires qu'ilz avoient obtenu ce qu''ilz demandoient, maiz que la publication estoict différée jusques a ce que le Roy seroit a Gaillon', soy vantans que le roy en personne les establiroit dans la ville de Rouen et les remecttroit en leurs biens et honneurs; pour doubte desquelles choses et pour éviter a toutes surprinses, les habitans de Rouen cathoUicques de tous estatz s'assemblèrent et deslibererent d'envoier gens a la court par devers le Roy pour luy remonstrer et supplier qu'il ne prestat l'oreille ausdictz de la nouvelle relligion prétendue resformée, et pour ceste cause furent depputez de
I Gaillon, ch.-l. de cant. de l'arr. de Louviers, où le cardinal Georges i^r d'Amboise avait fait construire un château qui était une des merveilles de la Normandie.
la court de parlement huict conseilliers avec les advocatz du Roy, six chanoines de Pesglisede Rouen et les dessusd. depputez du clergé, des bourgeois Jusques a vingt cinq pour chacun quartier de la ville avec plusieurs des courtz de bailliage, viconté et aultres colleiges et plusieurs aultres bourgeois en leur nom privé, tellement qu'ilzestoient estimez jusques a deuxcentzchevaulx sans grand nombre du poppuUaire des paroisses de Sainct Vincent, Sainct Nigaise, qui estoient partiz a pied pour demander raison et justice desd. sedicieulx et empescher qu'ilz n'emportassent Teffect de leurs demandes. Tous les desusd. delecgués se partirent de Rouen pour tirer a la court du Roy lequel ilz actendirent au chasteau de Gaillon la ou il arriva le dimanche ensuivant aprez midy, et la furent ouys en la présence du Roy par la bouche dud. sieur Damours, advocar, lequel parla, aprez avoir demandé congé au Roy de parler librement, sy haultement que le prince de Condé la estant feist plaincte contre luy et fut cause •que led. sieur Damours fut mis en arrest aud. lieu de Gaillon'. Lesd.de la relligion prétendue resforméesolicitoient que mons^ le duc de Bouillon, gouverneur en Normandie, vint a Rouen pour les maintenir contre les cathollicques, mais ils n'obtindrent leur requeste et leur feust dict que le Roy y envoyeroit aultre que ledict duc de Bouillon pour estre gouverneur de la ville.
Lesamedy dix"e du mois de juillet, sur les dix heures du matin, entrèrent par la porte Martinville quattre enseignes de Suisses cathollicques lesqueiz furent logez
' Quelques-uns des délégués rouennais étaient demeurés à Gaillon pour la délivrance de Monsr Damours et dans sa délibération du 20 juillet, le Conseil de ville décida d'intervenir en faveur de M' Damours, avocat du roi. Inv. somm. des délibérations municipales, p. 20 1.
depuis lad. porte jusques a Tesglise Sainci Maclou ci aultres rues collatérales, et sur le midy resortirent par lad. porte ainsi comme ilz estoient entrez pour aller au devant de monsieur le maresciial de Bourdillon' envoyé par le roy et son conseil pour gouverneur de Rouen, lequel sieur de Bourdillon ilz rencontrèrent au pied de la montaigne de Saincte Catherineprez lad. porte ou ilz s'arresterent soy mectans en ordre des deu.K costez, et passa led. sieur mareschal avec sacompaignieparlc mcillieu d'eulx ei entra dans la ville acompaignéde quelques cappitaines et bourgeois de la ville et le suivirent lesd. quatre enseignes des Suisses en ordre comme ilz estoient sortiz et retournèrent en leur quartier. Led. sieur mareschal alla descendre a Sainct Ouen ou il se logea et pour sa garde feist faire aud. lieu de Sainct Ouen un corps de garde de Suisses pour donner tremeur aud. poppuUaire a celle fin qu'il ne fut faict aulcune sédition contre ceulx delà nouvelle relligion prétendue resformée, lesquelz incontinant entrèrent dans la ville bien niarriz par semblant de veoir les armes es mains des cathollicques, Lesd. Suisses estans arrivez dans la ville prindrent la garde des portes de la ville avec aulcuns bourgeois des compaigniesd'icelle ville pour leur assister et parler ausdictes portes a tous ceulx qui entreroient.
Le dixhuictiesme jour dud. mois, fut faicte procession generalle par le commendement ou advertissement dud. sieur mareschal de Bourdillon, laquelle procession fut faicte sur les huict heures de matin devant que dire la grand messe de l'esglise de Nostre Dame, et se partit lad. procession d'icelle esglise pour aller a Sainct Ouen ou fui
I Imbcrt de la Platièie, &' de Bourdillon, chevalier de l'ordre du roi, maréchal de camp en i552, maréchal de France en i36a, décédé le 4 avril ibO-j.
faicte prédication par frère Lehongre de Tordre de sainct Dominicque', ou assistèrent a lad. procession led. sieur mareschal avec monsieur de Carrouges, les cours de parlement et des generaulx en robbes rouges et ceulx de rhostel de ville, led. sieur mareschal marchand a costé du premier président, ayant sa garde de ses gentilzhommes avec grand nombre de Suisses et plusieurs harquebuziers de la ville et cappitaines d'icelle. Lad. procession fut accellerée a cause que led. jour sur les dix heures devant midy le Roy arriva a Bourdeny ^ prez dé Rouen ou il disna . II y fut tout le jour et le lendemain bien matin s^en partit pour tirer vers le Havre de Grâce et alla disnera Enneval? et soupper a Yvetot.
Le vendredy xx(i)x« jour de juillet i563, fut chanté Te Deum laudamus en la grand esglise Nostre Dame de Rouen ou assistèrent messieurs de la court de Parlement, des generaulx, eschevins de la ville. Monsieur de Carrouges, gouverneur de la ville, et plusieurs aultres pour randre grâces a Dieu de ce que la ville du Havre estoict remise entre les mains du Roy 4 et les Anglois vaincuz et
1 Jacques le Hongre, d'Argentan, prieur des Jacobins de Rouen, décédé en \5']b. Plusieurs prédications de le Hongre, sont mentionnées dans VInv.somm. des arcli. de la Seine-Inf. G. 2166. C'est lui qui prononça l'oraison funèbre de François de Guise, dans l'église Notre-Dame de Paris, le 20 mars i562. V. Satyre Ménippée, etc. Ratisbonne, 1726, t. II, p. 222.
2 Saint-Léger-du-Bourg-Denis, qu'on devrait écrire Bourdeni, comm. du cant. de Darnétal, à 5 kil. de Rouen.
? L'ancien château des barons d'Esneval, dont la construction remonte au xv' siècle, existe encore à Pavilly.
4 Le comte de Warwick, gouverneur du Havre, capitula le mercredi 2S juillet, et le lendemain les troupes françaises entrèrent dans la ville. V. Discours au vray de la réduction du Havre de Grâce en l'obéissance du Roy auquel sont contenus les articles accorde:^
enchâssés suivant les lettres envoyées a lad. court par monsieur le connestable, et le... jour fut faict sur les cinq heures de soir par toutes les paroisses de la ville, etc.
Le dimanche premier jour d'auost i563, fut faicte aultre procession generalle aux Cordeliers de Rouen ou assistèrent les cours de parlement et generaulx en robbes rouges par lettres du Roy envoyées a lad. court pour rendre grâces a Dieu delà réduction du Havre de Grâce.
Aprez la prinse de la ville du Havre de Grâce, le Roy se retira vers la ville de Dieppe ou il feist son entrée le samedy septiesme dud. mois'. Les Dieppois le receurent honnorablement et allèrent au devant de luy hors la ville environ quinze centz hommes en luy disant qu'ilz estoient tous bourgeois de la ville, prestz de s'emploier pour luy et pour la desfence de l'euvangille; maiz s'estoient pour la pluspart gens ramassez de leur secte. Le lendemain, le Roy fut a la messe a Pesglise de Sainct Jacques laquelle il trouva en mauvaise ordre et quasy toute desmollye. Il laissa aud. lieu pour gouverneur monsieur de la Mailleraye et commanda que la citadelle comme nuysante et inutille fut desmolye et abbatue, ce qui fut faict,
entre ledit seigneur et les Anglais. A Paris, chej Robert Estienne, imprimeur du Roy, M. D. LXIII. Avec privilège de la Court.
» « Le dimenche i. d'aoust, partit le Roy, la Royne sa mère, et toute la Court, pour s'en aller à S. Romain de Collebosc, et le lendemain à Estlen : demeurant monsieur le connestable au camp pour y ordonner toutes choses. Le Roy partant d'Estlen, s'en va disner à Sainte Gertrude, et coucher au chasteau d'Yvetot, et le lendemain disner en l'abbaye d'Ouville, et coucher à Basqueville, et le jour d'après à Dieppe où il fist son entrée. Partant de Dieppe vint a Clere coucher, et le lendemain fit son entrée en sa ville de Rouen, dont ensuit le discours. » Description du pars et duché de Normandie, etc. D d 3, imprimée à la suite de l'Histoire et Cionique de Normandie, Rouen, Martin le Mesgissier, i6io.
et se logea led. sieur de la M[a]illeraye dans le chasteau ou il feist toute apporter l'artiglierie qui estoict dans la citadelle.
Le Roy ayant donné ordre a la ville et chasteau de Dieppe, se partit de la pour venir faire son entrée a la ville de Rouen en laquelle il entra le jeudy xij"'^ du mois d'auost par la porte Cauchoisse a grand triomphe sellon la commodicté du temps qu'on avait eue'. Les habitans de la ville le receurent joyeusement et luy feirent préparer en grande dilligence plusieurs théâtres par ou il passa et pour couvrir et cacher les eschaffaulx et place du Viel Marché feirent faire comme une hayes de boys et yierre le long dud. Viel Marché tellement qu'il sembloit que ce feust une rue tapissée tout de verdure, chose fort délectable a veoir et ou led. sieur print grand plaisir. Les compaignies des cappitaines des quatre quartiers luy allèrent au devant seuUement avec les eschevins, bourgeois et habitans et ne vouUut on que les aultres cappitaines se meissent en armes de craincte qu'il n'y eust esmotion et pour aultres causes. Le Roy vint droict en grand triumphe descendre au portail de Pesglise Nostre Dame la ou Tactendoient le reverandissime et illustrissime cardinal de Bourbon, archevesque de Rouen, avec les
1 Carrouges était allé, le 4 août, avertir le Conseil que le Roi et la Reine, ayant égard à la situation de la ville ruinée par le sac qu'elle avait subi, entendaient « qu'on ne la mit en superflue despence à l'occasion de l'entrée ». Et en effet, les portiques et les théâtres élevés sur le passage du roi ne furent ni si nombreux ni si magnifiques que ceux qu'on avait établis lors des précédentes entrées. Le souvenir de l'entrée de Charles IX a été conservé par une plaquette dont voici le titre : L'entrée faicte au Roy très chrestien Charles neujiesme, a Rouen, le XII. jour d'aoust, Van mil cinq cens soixante troys, de son règne leiroisieme. Rouen, Martin le Mesgissicr, i56'i. — Achevé d'imprimer le 2^ jour de septembre i563.
chanoines de lad. esglisc et chappellains tous revestuz des plus belles et riches chappesd'icelleesglise. Led. sieur cardinal luy feist une belle oraison, comme il est acoustumé de faire, en luy remonstrant les previlleges d'icelle esglise, et, aprez luy avoir donné de Teaue beniste, le mena devant le lieu ou estoict le crucefix ou il s'agenouilla sur ung coussin de drap d'or a ce préparé, et puis le mena dedans le coueur de l'esglise ou estoient tous les chanoines et chapellains en leurs chaires revestuz desd. chappes et la ou il s'agenouilla devant le m^ autel ou il feist son oraison, et la jura et promist de garder icelle esglise en ses libertés et franchises comme avoient faict ses prédécesseurs roys de France. Ce faict, il se retira en son logis a Sainct Ouen.
Le lundy xvj'"'; Jour dud. mois d'auost, fut crié à son de trompe par les carrefourcgs de la ville de Rouen la guerre ouverte par mer et par terre contre les Anglois pour cause des invasions et deppredations qu'ilz avoient faictes des terres du Roy et biens de ses subjectz.
Le mardy xvij'ne dud. mois d'auost, le Roy avec les princes de son sang et tout son privé conseil alla et assista en sa court de parlement de Rouen ou en sa présence furent donnez quelques arrestz et sentences, estant le Roy en son trosne et lieu a ce préparé'. Il se declaira en pre-
I A la suite de son édition de l'Histoire et cronique de Normendie, Martin le Mesgissier a imprimé la Description du pays et duché de Normandie, appellee anciennement Neustrie, de son origine, et des limites d'iceluy. Extraict de la Cronique de Normandie, non encore imprimée, faicte par feu maistre Jean Nagerel, chafioine et archidiacre de nostre Dame de Rouen. On y trouve L'Entrée faicte au Roy tres-chrestien Charles à Rouen, le 1 2. iour d'aoust, l'an j 563. De son règne le troisième, et, à la suite : Les propo^ tenu;; par le Roy séant en son lict de justice en sa Court de Parlement de Rouen, Actes de maiorité, et autres choses lors par luy faictes et ordonnées.
sence de toute la compaignie et du consentement d'icelle aagé et cappable de gouverner son royaulme, et sur ce sa mère Royne et gouvernante se leva de son siège et luy vint faire la reverance et hommaige. Le Roy la receut doulcement et la baisa. Puis le duc d'Orléans, son frère, et les princes et seigneurs luy vindrent faire semblable reverance et hommage, lesquelz il receut tous humainnement. Au sortir du pallaiz, il se retira a Sainct Ouen ou il toucha les mallades des escrouelles.
Le jeudy xix'"« d'icelluy mois, le Roy se partit de Rouen ' pour aller vers la ville de Caen et visiter la basse Normandie ou il fut quelques jours donnant ordre par tout le plustost qu'il luy fut possible ; et, pour ce que les affaires de Paris et aultres lieux de France sollicitoient son retour en la ville de Paris, il se partit de Caen pour tirer aud. lieu de Paris.
Comme le Roy se partoit de la ville de Caen et que tous les sieurs de la cour se mecttoient a la suitte dud. sieur, monsieur d'Auseboscq, nepveu de monsieur le baron de Claire, fut agressé dans lad. ville par plusieurs de ses ennemys pour quelque querelle antienne et fut tué, ce que voiant le baron de Claire se gecta sur celluy qui avoit tué sond. nepveu, lequel il frappa de son espéeau travers
I « Le jeudy xix jour d'aoust audict an, le Roy partit de sa ville de Rouen, pour s'acheminer en la Basse Normandie et s'en va ledit jour coucher à Bosbenard, lieu fort plaisant appartenant au sieur de Bresmetot, et le lendemain disner à la chapelle de Brestot, et au Ponteaudemer coucher, où il feist entrée. Et de la disner à Hesbertot, coucher au Pontlevesque, le jour d'après disner à Darnetal, coucher à Saint Sauveur sur Dive, et puis disner à l'abbaye de Trouart, et coucher à la ville de Caën, ou il feist son entrée. Auquel lieu y séjourna quelques jours, et durant ce tems y furent tués pour quelque querelle les sieurs Baron lic Clere et d'Auseboc. » Ibid.
du corps et Poccist, mais ne se retirant a coup, fut occiz des aultres de lad. compaignye et fu(ren)t apporté son corps a son chasteau de Claire.
Au mois de novembre ensuivant, furent tenuz les estaiz a Rouen; presidoi(en)t pour le Roy led. sieurde Brissac, et furent tenuz lesd. estatz par le commandemenr dud. sieur de Brissac au manoir abbatial de Sainct Ouen ou il fut logé en une grande salle haulte de laquelle le sollier ou pavement tumba a cause d'une poultre qui la soustenoit, laquelle rompit en telle manière que la pluspart des gens estans sur led. plancher tumberent avec led. plancher tous envellopez des matheriaulx d'icelluy, et la il y en eust plusieurs occiz et grand nombre de blessez '. Les aultres se saulverent au mieulx qu'ilz peurent, tous couvertz de pouldres tellement qu'il sembloit a veoir emmy les rues qu'ilz vinssent du moullin.
Depuis monsieur le mareschal de Brissac demeura gouverneur de la ville de Rouen, laquelle il gouverna fort paisiblement sans aulcuneesmotion, estant logé a udict lieu de Sainct Ouen, jusques au . . . jour de mars ^ qu'il deceda en la ville de Paris ; et succéda en son lieu le sieur de Carrouges pour gouverner lad. ville de Rouen, lequel traicta le peuple doulcement et en paix et feist faire ung corps de garde en l'estre ou cymetiere de Sainct Ouen devant sa maison ou il meist quelque nombre de soldatz pour tenir le peuple en craincte et les garder de sédition, etc.
Le Roy estant arrivé a Paris et ayant disposé de plusieurs affaires touchant la ville, il deslibera de visiter les
' Cet accident eut lieu le 2 décembre i563. IbiJ. 2 Cette date, donnée incomplètement, est d'ailleurs erronée ; maréchal de Brissac mourut le 3i décembre ibôi.
pays de son royaulme et appaiser les troubles le plus doulcement qu'il pourroit; et pour ce faire encommença son voiage vers le pais de Lorraine ou il desiroit se trouver pour tenir sur les fondz de baptesme le filz du duc de Lorraine ' et parlamenter avec le cardinal de Lorraine qui estoict nouvellement retourné du concilie tenu a Trente ou Tridente. Sa Majesté fut bien receue et festoyée par led. duc de Lorraine et ses oncles qui le receurent a Nancy. Dela.il tira vers le paysdeChampaigne et de Bourgogne et y feist son entrée en plusieurs des villes, tirant tousjours vers la ville de Lyon, laquelle ne luy estoict bien encoire obbaissante pour la rébellion de ceulx de la religion prétendue resformée qui tenoient encoires la force d'icelle ville.
Durant toutes ces choses le duc de Bouillon soUecitoit la mère Royne par le raoien de monsieur le cardinal de Bourbon, les ducz de Montpensier^, son beau père, et d'Aumalle, son beau frère, et plusieurs de ses aultres amys et alliez pour retourner et estre renvoyé a son gouvernement de Normandie et principallement a la ville de Rouen. On luy remonstroict plusieurs difficultez a cause des choses passez et principallement qu'il tenoit le party de la relligion prétendue resformée, qui pourroit estre cause de faire encore quelque esmotion en Normandie, signamment en icelle ville de Rouen laquelle estoict de
1 Henri, fils de Charles III, duc de Lorraine et de Bar, et de Claude de France, fille du roi Henri II et par suite sœur de Charles IX. Henri était né le 8 novembre i56'3 ; il devint duc de Lorraine et de Bar après la mort de son père qui arriva le 24 mai 1608 et mourut le 3i juillet 1624.
2 Le duc d'Aumale était, non pas le beau-trcre, mais l'oncle, par alliance, de Henri Robert de la Marck, duc de Bouillon, la mère de celui-ci, Françoise de Brézé, étant sœur de Louise, dame d'Anet, mariée au duc d'Aumale.
présent bien paisible soubz le gouvernement dud. sieur de Carrouges. Finablement, a la faveur desd. princes qui tous promirent qu'il se gouverneroit sagemment et de ce le piégèrent et en respondirent, il fut renvoyé a sond. gouvernement et furent envoyez lettres du Roy a ceulx de Rouen de le recepvoir et obéir comme gouverneur en leur promectant qu'il les traicteroit doulcement et paisiblement; en vertu de quoy, il se meist a chemin pour venir a Rouen au grand regret de plusieurs de celle ville qui craignoient qu'il ne favorissast trop a ceulx de lad. relligion prétendue resformée.
Le dimance dixhuictiesme jour de Juing i 564, icelluy duc de Bouillon retourna en son gouvernement et entra sans grand appareil en la ville de Rouen par le barc estant sur la rivière de Seyne, environ les deux heures aprez midy, et s'en alla loger a Sainct Ouen sans acttendre qu'on allast au devant de luy pour le recepvoir ainsy qu'il appartenoit, et rencontra en son chemin devant l'église de Nostre Dameles conseillierseteschevins quiluy alloient au devant.
Led. duc de Bouillon estant dans Rouen se tint lajusques au mecredy xij"'« de juillet ensuivant. Plusieurs de la nouvelle relligion prétendue resformée y arrivèrent de plusieurs endroictz, lesquelz s'asseurants qu'il les favorissoit et qu'il ordonneroit choses a leur advantaiges, luy faisoieni la court et, en eslevant la teste plus hault qu'ilz ne souloient devant qu'il retournast a son gouvernement, marchoient teste levée avec semblant qu'ilz estoient au dessus de leurs affaires, dont les habitans et bourgeois caihollicques furent esbahis ; et tant pour ce que led. duc s'estoit declairé de lad. relligion nouvelle et que, pour doubte qu'il avoit de sa personne, faisoit fortifficaiions tant a l'abbaye de Sainct Ouen que au chasteau du Viel
Pallaiz et ne marchoit par la ville que avec grand compaignie de soldatz en armes, s'esmeurent grandement, et plusieurs eurent doubtc et craincte de luy qu'il ne fut cause que lesd. de la relligion nouvelle prétendue resformée ne recommençassent les troubles passez, dont il leur conviendroit se retirer de lad. ville. Les conseilliers et eschevins d^icelle ville, pour y donner ordre, feirent faire plusieurs assemblées en Thostel commung de lad. ville de gens de tous estatz d'icelle ville ou fut résolut qu'on se retireroit par devers led. duc et qu'on luy feroit quelques remonstrances par escript, ce qui fut faict; ausquelles il respondict par escript accordant aulcuns articles; lesaultres les renvoya au Roy, donîfutderechef résolu aud, hostel de ville qu'on envoieroit les remonstrances par luy respondues avec aultres remonstrances par devers le Roy par certains bourgeois de la ville qui seroient nommez et depputez, c'est assçavoir pour resta[t] esclesiasticque monsieur de Blasqueville, chanoine de Rouen, monsieur de Vandrimare pour la noblesse et RaoullinHalley ', quartenier de la ville, pour le tiers estât, lesquelz se partirent de Rouen le samedy xv™'' de juillet 1564 pour aller la ou seroit le roy.
Cependant par la menée d'aulcuns de lad. relligion prétendue refformée vindrent a Rouen deux conseilliers du grand conseil ayans commission de remecttre en leurs estatz ceulx d'icelle religion prétendue resformée etaussy d'informer d'aulcuns griefz faictz a iceulx, comme ilz disoient, et principallement de la mort de feu m^ Jehan Mustel, advocat du roy en bailliage, et par vertu d'icelle commission, de nuict, sans observer l'ordre de justice,
' Ce personnage fut conseiller-échevin de Rouen en i56g et député aux Etats de Normandie en 1571.
prindrent le segneur Pappillon, antien conseillier de la ville, et le feirent constituer prisonnier au Vicl Pallaiz avec plusieurs aultres bourgeois a la requeste et instance dud. feu advocat, etc.
Les déléguez dessusd. arrivèrent a la court, présentèrent leurs remonstrances ' au Roy en son conseil ou ilz furent ouys présence de celluy que led. duc de Bouillon y avoit envoyé pour faire aultres remonstrances d'icelluy duc. Les remonstrances que faisoient iceulx déléguez de la ville csioient telles :
Que depuis le retour dud. sieur duc a la ville, la paciffication qui y estoict devant sa venue [estoict] aulcuncment altérée sans occasion par la deffiance seulement dud. duc ;
Que il donnoit occasion de deffiance d'aultant qu'il s'estoict fortiffié dans Tabbaye de Sainct Ouen laquelle il avoit pourveue de munitions avec gens et gardé nuict et jour par gens que on dict de la relligion prétendue refformée, desquelz les gens de bien de Tantienne relligion estoient contempnez et ne leur estoict l'accez si facille mais doubteux quand ilz avoient affaire a lui, principallement les gens d'esglize et de la justice ;
Que il avoit logé partye de la garnison qui est dans la ville autour de lad. abbaye, tiré la garnison du sieur de Carrouges, qui estoict a Evreux, a la [Bouille] = qui est le
1 Ces remontrances, dont nous n'avons ici que l'analyse, sont transcrites dans le procès-verbal de la séance du conseil de ville du lo juillet 1364 sous ce titre : Remoustrances et advertissemcns a faire an Roy et à la Reyne sa mère de la part des manans et habitans de la ville Ae Rouen ; Arch. de la ville de Rouen, A 18, f. 180 et suivants.
i Petit port sur la rive gauche de la Seine, à 1 9 kil. en aval de Rouen. — Ce nom, que le copiste a laissé en blanc, nous est donné
lieu ou toutes personnes et marchandises de la ville descendoient et qui y faisoient ung incroyable dommage;
Qu'il ne voulut permettre qu'en la procession solempnelle qui se feist dernièrement les harquebuziers de la ville se trouvassent ainsy qu'il a coustume pour la seuretté;
Que aux expedictions qu'il faisoit il nommoitetescripvoit la relligion simplement sans voulloir que Ton y adjoustat ceste queue : prétendue resformée;
Que le dernier jour de juing il alla a la court de parlement avec une trouppe de harquebuziers, morions en teste et le feu sur la harquebouze avec ung tabourin ;
Qu'il sembloit voulloir entreprandre sur l'auctorité de la court, prenant congnoissance contre l'ordonnance du roy des causes pendantes en icelle, et a ceste fin baillé commission pour cas enormez et volleries dont aulcuns qui estoient en sa suitte estoient retenuz en mandement de prinse de corps ;
Qu'il avoit addressé aultre commission au visbailly contre aulcuns particulliers bourgeois de la ville ou il n''estoit poinct question de sédition prescripvant audict visbailly forme pour le juger aultrement qu'il n'est porté par les ordonnances du Roy ;
Tiré les prisonniers des prisons ordinaires et mis dedans le Vieil Pallaiz ;
par le passage suivant des remontrances qui montre quelle fut l'importance, autrefois et presque jusqu'à nos jours, du petit port de la
Bouille : « a changé la garnison de la compaignye d'icellui s^ de
Carrouges estant à Evreux et faictvenirà la Bouille prez de Rouen, lieu fort incommode a lad. ville pour y tenir garnison, de tant que c'est l'abordée et arrivement des vivres qui sont apportez de la basse Normandie et illec chargez pour estre apportez par eaue en lad. ville de Rouen par les marchandz et voicturiers lesquelz sont moUestez par ceulx de lad, garnison. »
Que non seuUementle menu peuple de la dicte ville, maiz les environs vivans de toutes ces choses en craincte delaissoient beaucoupt de leurs oeuvres ordinaires et mesmes les paisans n"y apportoient plus de vivres et la marchandisse discontynuée ;
Que le jour du sacrement dernier passé, a Dieppe se feireni plusieurs insolences et que, a Luneray, prez de la, ceulx de la rell[ig]ion prétendue refformée avoient faict ung fort qui servoit de reffuge a tous les voUeurs et briguans du pays, lesquelz usoient de grandes menaces et les executoient quand ilz pouvoient;
Et que a Esneval ^ se contynuoit Texercisse de ladicte relligion encores qu^il fut prohibé ;
Et davantaige que ceulx dont il estoict le plus acompaigné estoient de ceulx qui ont esté admis dedans lad. ville et des principaux autheurs de Toccupation dïcelle, dont le peuple estoict fort scandalisé et estoient les gens de bien qui se asseurent assez de son intention en grande peyne de veoir le menu peuple en caste fraieur et les choses passer en telle desfiance, choses a quoy ilz desiroient qu'il fut pourveu pour le bien commung d'icelle ville et du service du Roy, monstrans en ce bonne et entière dévotion.
Lesdictes remonstrances entendues,estans lors a Roussillon ?, par Tadvis de la mère Royne et du conseil furent escriptes une lettre par le Roy aud. duc de Bouillon, du viij^ jour d'auost 1S64, narratives desd. remonstrances, par lesquelles le Roy luy mandoit qu^il le voulloit bien
1 Luneray, comm. du cant. de Bacqueville, arr. de Dieppe.
2 Le château d'Esneval, dans le bourg de Pavilly.
? C'est par un édit daté du château de Roussillon, que le commencement de l'année fut fixe au l'r janvier, mais cette r«5formc ne fut appliquée qu'à partir de 1 567.
advertir de ces choses et le prier de donner ordre a telle occasion de double a ce que la ville et les habitans n'eussent plus de quoy se plaindre, observant pour la transquilitc d'icelle le plus de doulceur et privée communication qu'il pourroit envers eulx, usant du conseil des plus notables gens de bien tant de la court de parlement que de la ville en recu(i)llant de luy iceulx qui ne se peuvent représenter la sans apporter quelque suspicion audict peuple pour la souvennance des choses passées, et tenant main que ceulx de la relligion antienne feussent conservez et retenuz en protection de leurs biens et personnes sans injure ny offence comme il sçavoit estre l'intention de Sa Majesté qu'il s'asseuroit estre le voulloir dudict sieur duc de Bouillon en tout et partout ensuyvie de manière que la paix et concorde se peust restablir en lad. ville comme il desiroit, etc.
La mère Royne escripvit audict sieur duc de Bouillon lettres dudict huictiesme jour d'auost et aultres du xij= d'icelluy mois contenantes semblables prières et advertissementz qui valloient commandementz et principalement pour ceulx de lad. relligion nouvelle prétendue resformée que led. duc de Bouillon voulloit faire rentrer au conseil et gouvernement de la ville contre la voullenté dupeuple etgouverneurde Thostel commung d'icelle ville, et sur cella furent licenciés par le Roy et la mère Royne lesdictz déléguez chargez de bonne asseurance que led. sieur duc ne feroit chose aulcune contre la pacisfication d'icelle ville aprez avoir receu lesd. lettres. Lesquelz déléguez sur ceste asseurance retournèrent de la court et arrivèrent a Rouen, le. . . jour dudict mois d'auost, etc. '.
I Sur ces démêlés du Conseil de ville avec le duc de Bouillon que la faveur qu'il montrait aux religionnaires rendait suspect à la ville de Rouen, voir les intéressants détails que renferme le registre
Ung peu devant leur retour, led. segneur Pappillon et les aultres de la ville qui estoict accusez de la mort dud . advocai Mustel et pour ceste cause miz prisonniers au Viel Pallaizetau chasteau de Rouen, furent eslargis et mis hors desd. prisons par vertu d'une lettre que le Roy escripvit dud. xVf jour d'auost aux commissaires qui estoient venuz de Paris pour cest affaire et pour informer de lad. mort, en revocquant la commission a eulx sur ce donnée et en leur recommandant d'eulx retirer en leurs maisons, etc.
Ledict sieur duc de Bouillon aprez avoir receu lesdictes lettres du Roy et de la mère Royne se disposa d'aller visiter le pays de son gouvernement et se partit le mardycinquiesme jour de septembre aud. an de la ville de Rouen pour tirer es villes du pays de Caulx et de la passer a la ville de Caen, et laissa en lad. ville de Rouen monsieur de Carrouges pour gouverneur, comme il estoict devant sa venue en icelle ville, laquelle par ce moien demeura paisible sans aulcune esmotion; et se retirèrent les soldatz qu'y avoit faict venir led. sieur duc de Bouillon es lieux et garnisons qui pour ce leurfs) estoient destinés. Depuis led. duc de Bouillon se retira en son pays et duché de Bouillon pour donner ordre a quelques affaires qui luy estoient survenuez.
Le Roy et son conseil, aprez avoir séjourné audictlieu de Roussillon quelques jours, se meist a chemin pour visiter ses pays de Languedot et Gascongne, ou il fut par toutes les villes joieusement receu, et s'arresta es villes ou estoient les cours de parlement plussieurs jours, donnant par tout ordre de pacisfier son peuple. Led. voiage
A i8 djs délibérations du Conseil et dont M. Ch. de Beaurepaire a donné l'analyse et reproduit de nombreux extraits dans son Inventaire sommaire.
estoict de grande et difficille entreprinse a cause que il se faisoit sur l'iver lequel de commancement jusques a l'advent de Noël fut fort doulx et clément avec quelques peu de gelées et neiges, tellement que l'on disoit que incontinant qu'aprez led. jour de Noël cesseroit l'hiver, dont plusieurs furent deceuz qui n'avoient faict provisions de boys, car tout a coupt se tourna le vand de septentryon ou il demeura par l'espace de troys mois ou environ avec telle frigidité et froidure, neiges, gelées et bruynes que la rivière de Seine gela depuis Noël jusques a la Chandeleur; puis, pour ce que le soleil s'eslevoit et que environ huict jours le temps s'adoucit, icelle rivière se dégela et incontinant a coup le vend ayant la maistrisse le feist reprandre, de sorte que covint différer par plusieurs jours la foire accoustumée a lad. Chandeleur, et furent en telle nécessité plusieurs personnes par faulte de boys qu'il leur convint brusler leurs vieulx meubles sur espérance d'en faire resfaire nouveaulx aprez le mauvaiz temps.
Le samedy xvij™^ jour de febvrier aud. an iS6^', le duc d'Aumalle arriva a Rouen et se logea en la maison de monsieur de Longpaon prez Sainct Ouen la ou se présentèrent par devers luy plusieurs de la ville pour luy faire la reverance et le saluer de la part tant de l'église que de Thostel de ville et aultres particulliers. Le lendemain, aprez disner, il alla visiter le Vieil Pallaiz a Rouen, et au reste on ne peult entendre par quoy il y estoict venu. Aukuns disoient que c'estoict pour passer ung contraict de la terre et seigneurie de Longpaon que lors vendit Monsieur Raoullin, conseillier, son hoste, par aulcunes raisons qui ne touchent notre histoire 2.
' i565, n. s. Pâques tomba cette année le 22 avril, a V. plus haut, p. 218, n. i.
Le mecredy xxj"^^ dudil mois de febvrier, sur les huici heures de matin, comme la rivière de Seyne devant Rouen fut esmeue a cause du flot de la mer lequel, se joignant avec un nombre infiny de glaces rompues descendans au dessus du pont de Rouen devallans avec grandissime viollance, feist rompre les glaces estans joignans led. pont, ung grand glaçon estant entre deux arches eschappa lequel porté parla force du cours de l'eaue avec telle véhémence qu^il vint ung grand nombre de glaçons lesquelz avec led. grand glaçon heurtèrent plusieurs navires estant sur le long des kays de lad. ville, lesquelz navires furent en partie rompus et froissés avec grand nombre de basteaux estans meslezparmyeulx et submergez dans lad. ryvi[e]re, et les aultres navires [craignant] le péril et naufrage coupperent leurs cordes et s'abandonnèrent a l'adventurc de Teaue et des glaçons courantz par la rivière dont les ungtz furent perduz et submergez et les aultres arrestez au long de quelques isles avec grandissime perte de gens et marchandises estans dedans. Messieurs de la justice se y transportèrent a la requeste des bourgeois et marchandz pour donner ordre a sauver ce qu'on pou rroit et pour éviter au pillaige qui estoict a craindre de plusieurs qui y couroient de toutes partz.
Le mecredy vij"'^ jour de mars ensuyvant, environ midy, par la force et violance des eaues descendans en la rivière de Seyne tant a cause des glaces et neiges fondues que du flot de la mer, furent emportez deux arches du pont de Rouen sur lesquelles estoict porté ung grand pont de boys faict de nouveau, lequel fondit et fut emporté de l'eaue avec une grand ruyne et perte d'icelluy pont et ad[v]int cella d'advanture qu'il n'y eust personne perdu.
Le samcdy xviij'"« d'auost i 365, decedaa Rouen Mons'
de Villebon ' et par sa mort vacquerent ses offices de lieutennant du gouverneur de Normandye et bailly de Rouen, et fut enterré son coeur en Tesglise cathedralle de Rouen en la sépulture de feu Monsieur le cardinal d'Estouteville et ses armes posées et pendues en hault sur sa sépulture, et luy succéda a Testât de cappitaine du chasteau de Rouen Monsieur de Trouville, son nepveu, filz de madame de La Londe sa niepce 2, etc.
Le lundy xj™^ jour de mars 1 565 5, Monsieur m*^ Jacques de Bauquemare, sieurdeBourdeny4, fut receu en la court de parlement de Rouen premier président et en print possession et le lendemain il tint audiance. Auparavant il estoict conseillier du grand Conseil, lequel office il quicta en prenant lad. presidance et est le premier natif de la ville de Rouen qui a esté premier président.
Le jeudy xxj" jour dud. mois de mars, se partirent de la ville de Rouen le cappitaine Aunou 5 et ses soldatz et furent coramiz en leur lieu pour la garde du chasteau et Viel Pallaiz les harquebuziers de Rouen jusques a ce que
' Moréri fait mourir Villebon en i568, A. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, p. 248, en i566. Le 18 août i565, donné par cette chronique, est la date authentique; elle est confirmée par le registre A 18 des délibérations municipales.
2 Marie d'Estouteville, fille d'Antoine d'Estouteville, frère de Villebon, mariée à Guillaume de Bigars, s"" de la Londe; de ce mariage naquit Louis de Bigars de la Londe, sr de Tourville.
5 i56G, n. s. Pâques tomba cette année le 14 avril.
4 Jacques de Beauquemare, chevalier, s'" de Bourdeny, de Varengeville-sur-Mer, du Mesnil et de la Rivière, conseiller au grand conseil, premier président du parlement de Normandie, décédé le 28 juin 1584.
$ Ce nom est différemment orthographié dans les registres des délibérations de la ville : « 2 mai i565, capitaine Honoux (Reg. A 40). Aux pages 208 et 20g de VInv. somm., Osvoulx et Auvoulx.
aultrementseroit pourveu et ce en Tabsence dud. sieur de Trouville.
Le mardy vif de mai i 566, fut publié en la court de parlement de Rouen le patent du Roy en dabte du xv^e de mars i566 donné a MouUins touchant les escoUes et instruction des enflfans et deffence a tous de n'en tenir escolle et instruire lesd. enfans a la doctrine des dogmaiisans de la nouvelle relligion prétendue resformée sur les peynes contenues aud. patent, nonobstant quelques oppositions mises par aulcuns de lad. relligion, etc.
Audict mois de may, a cause de la stérilité et cherté de bled et tous aultres biens, fut par ordonnance de lad. court pourveu aux paouvres mandians par la ville de Rouen, c'est assçavoir qu'on lesemploieroit aux oeuvrespublicques d''icelle ville, comme aux fossez et vuider les terres estans le long des kaizde la rivière et a dresser lesdictz kaiz durant led. mois de may et juing ensuyvant, en attendant l'aoust et despeuille des grains sur la terre. Ainsi furent entretenuz lesd. paouvres ausquelz on(t) distribuoit certaine somme d'argent pour avoir du pain que pour ceste cause faisoient fournier les gouverneurs de la maison de ville'.
La dicte cherté de bledz vint a cause de certaine pluye qui tumba au mois de juillet i565 sur les grains qui en
I L'Inv. somm. donne ces détails intéressants sur les salaires et la chanté publique; « 3 mai... ordre qu'il convient tenir pour faire besongner les pauvres vallides aux ouvraiges publiques de ceste ville. » Salaire de chaque homme, i8 d.; de chaque femme, lo d.; de cliaque enfant, 6 d. par jour. — C mai, « à chaque homme, sera baillé ung pain poisant 20 onces, cuyt et rassis, pour leur disner, et au soir, 20 d.;aux femmes, un pain de 10 onces à disner, et 10 d. à souper; aux petits enfants, un pain de 10 onces pour disner avec 3 d. pour leur souper.
furent myellés et gastés en telle sorte que le fourment fut vendu depuis le commencement de l'année et despeuille de Taoust jusques audict mois de may i 566 sept et huict livres la myne, et les aultres menuz grains suivoient led. fourment de bien prez. Aud. moys de may, arrivèrent sur les kaiz de Rouen plussieurs navires de Bretaigne et aultres lieux chargés de fromentz qui furent venduz a cent solz la myne. Cella fut cause que le bled amenda et que ceulx qui gardoient leurs bledz en greniers les exposèrent en vente. Les menuz grains, comme orges, avoynes, poys et veiches et aultres pesas, combien qu^il en fut grande habondance, furent bien chers a cause que les laboureurs et aultres gens par les champs pour espargner leurs fromentz faisoient faire du pain d'orge pour leur famille, advoine et poix ; ainsy nécessité leur aprint d'estre d'espargne.
Le [i6]' jour de septembre, le Roy vint a Gaillon ou il séjourna jusques au jour Sainct Michel auquel il feist la fesie de l'ordre de ses chevalliers et s'en partit le lendemain pour aller a Anet et de la s'en retourner a Paris.
Au mois d'octobre ensuyvant, ceulx de la relligion prétendue resformée veoyans qu'ilz ne pouvoient plus assembler a Pavilly pour la mort entrevenue de la damoisselle d'Esnevalî et qu'ilz estoient frustrez de la maison de Rou-
1 Cette date, omise par le manuscrit, nous est donnée par le Recueil d'extraits des registres secrets et ordinaires du parlement de Rouen, par Ch. Pellot. Bibl. mun. de Rouen, ms. a. f., Y 214.
2 Anne de Dreux, dame d'Esneval, fille de Jacques de Dreux, vidame et baron d'Esneval, s'' de Pavilly, et Madeleine de Hames, avait épousé, par contrat da 19 janvier i528,' René de Prunelé, chevalier, s^ de Herbaut et de Gazeran, panetier du roi, décédé en i553. C'est par ce mariage que la baronnie d'Esneval passa dans la maison de Prunelé. Anne de Dreux décéda en octobre i566.
ville' ou ilz pensoient staier leurs assemblée[s], pourchassèrent par le moien du prince de Portien^ de cslever et contynuer la presche et assemblée d'icculx au villaige de Roumare' prez de la ville de Rouen, ce qu'ilz feirent par plussieurs dimanches. Ce que veoians les doien et chanoines de Rouen présentèrent requeste a la court de parlement rcmonstrans que la terre et seigneurie de Roumare leur appartenoit et que rassemblée d'iceulx de lad. relligion faisoient plusieurs dommaiges a leurs subjectz dud. lieu de Roumare et cmpeschoit le divin service de l'église parrochial dudict lieu, requerans a lad. court que les eeditz du Roy feussent observez et deffences esire faictes a ceulx qui estoient de la relligion prétendue resformée habitans dans Rouen et qui n'estoient de la famille dud. prince de Portian de soy y assembler, et pourveoir au reste sellon les eeditz du Roy. A quoy la court ordonna que ladicte requeste seroit mise dans le sac du procès et informations ja sur ce faictes a Tinstance du procureur gênerai, et que le tout seroit envoyé au Roy pour estre pourveu par luy et son Conseil et, pour ce faire, furent envoyez deux conseilliers de lad. court pour le tout conduire et poursuyvre, etc.
Le Roy adverty de ses choses manda le prince de Por-
1 Rouville, coram. du cant. Je Bolbec, arr. du Havre.
2 Antoine de Croy, prince de Porcien, fils de Charles de Croy et de Françoise d'Amboise, comte d'Eu par son mariage avec Catherine de Clèves, mort sans postérité le 5 mai iSGy. Le comte d'Eu et le chapitre de ISotre-Damc de Rouen exerçaient le droit de hautejustice sur leurs tiefs respectifs de Roumare. Par lettres de novembre ibGû, le roi interdit le prêche de Roumare et autorisa les protestants à transporter burs enfants à Rouville, pour y être baptisés.
5 Roumare, comm. du cant. de Maromme, arr. de Rouen, à 14 kil. ouest de cette ville.
tian lequel par la première fois s'excusa de comparoir; à la fin il se présenta et feist plusieurs remonstrances pour ces desfences et promist faire cesser lad. assemblée audict lieu de Roumare, ce qu'il feist.
A la fin du mois de juillet et commencement du mois d'aoust 1567, futouyeplussieurs jours une voix es praries et maraiz de Martinville en tirant vers les Gliartreux et fossez de la porte Saincte Hillaire, fort espouvantable, et estoict ladicte voix comme d'un thaureau, aulcunefois d'un butor. Le peuple y alloit par grandes bandes sur les rempardz pour ouyr icelle voix, laquelle fut ouye de plussieurs, maiz il ne fut possible de sçavoir on descouvrir d'où elle venoit, tellement que aulcuns disoient que s'estoit la voix d'un serpent qui pouvoit estre engendrée de la pourriture des corps qui avoient esté enseveliz en la brèche de la porte de Sainct Hillaire durant laprinse de la ville de Rouen. Les aultres disoient que c'estoit ung butor qui secachoit dans lesd. maraiz; et ne peult rien estre descouvert. Dieu veuille que ce ne signiffie quelque portante ' contre ladicte ville, etc.
Le dernier jour d'auost i Sôy, le baron de Tournebuz^, recepveur des tailles de Caen, fut decappité en la ville de Rouen pour meultre commis par luy ou par son commandement dans sa maison de Caen de la personne de. . . commiz a la recepte desd. tailles durant la main close aud. baron.
Le xvij™^ jour de septembre i 567, fut publié a son de trompe par le commandement de monsieur le bailly de
1 C'est le mot latin porlentum, présage (d'ordinaire malheureux) et, par suite, malheur.
2 Robert le Fournier, baron de Tournebu, fils de Jacques le Fournier, grainetier du grenier à sel et receveur des tailles de Châteaudun, et de Marie de Villcbresne, petite nièce de Jeanne d'Arc.
Rouen ou son lieutennant, suy vant une lettre du Roy a luy envoyée(s) en dabte du x<^ jour de septembre, que tous subjectz dud. sieur eussent a garder Teedict de paciffication avec desfence de levée et contribuiions de deniers, port d^armes et assemblées illicites sur peine de la vye, quelque mandement qu'il leur feust faict d'aultre que de Sa Majesté'.
Les huguenotz environ ce temps commencèrent a s'assembler en plusieurs lieux et a tenir conventiculles et assemblées touchant leurs affaires qu'ilz disoient de la relligion prétendue refformée; mais soubz le prétexte de lad. relligion brassoient ainsi qu'on les menoit de su-rprandre la personne du Roy et de la Royne sa mère et ses frères, pour ce faict disposer des affaires du royaulme a leur voullonté. Et pour ce qu'ilz veoient que le Roy avoit faict venir en France pour son asseurance six mil Suisses gens d'eslite et que le roy d'Espaigne avoit envoyé en Flandres contre les siibjectz (des) huguenotz et rebelles le duc d'Albe avec grandissime force tellement qu'il avoit dombié iceulx rebelles, tellement qu'il en avoit faict mourir plussieurs et aultres qu'il tenoit prisonniers, iceulx interpretans toutes ses choses a leur desadvantaige et qu'on les forceroit et contraindroiton de garder les eeditz du Roy, deslibererent entre eulx d'exécuter leur entreprinse, cependant que le Roy seroit a Meaux occuppé a faire sa feste de l'ordre du jour Sainct Michel en septembre oud. an, et qu'il ne se doubteroit d'aulcune chose. Et pour ce faire s'estoient advertiz les ungtz les aultres qu'ils se trouvassent en la compaignie a certain jour par eulx ordonné en armes pour exécuter leur entreprinse. En la ville de Rouen et aultres
' Sur les mesures prises par le Conseil de ville pour assurer l'ordre public, voir le registre A 19 des délibérations municipales, Inv. somm., etc., p. 214-215.
lieux de Normandie, plussieursdesd. sedicieulx s'estoient préparez pour se trouver avec les aultres dont aulcuns estoient ja partiz et les aultres les debvoient suivre, esmeuz principallement de ce que monsieur de Sainct Martin, conseiller du Roy et commissaire, estoict venu en Normandye pour faire information contre ceulx qui avoient contrevenu contre lesdictz eeditz, dontplussieurs d'iceulx s'estoient [rendus] coulpables. Lequel sieur commissaire se partit de Rouen le vendredy xix'ne jour dudict mois de septembre, aprez avoir exécuté sa commission, pour s'en retourner par devers le Roy. Lesd. sedicieulx signamment veoians qu''il estoict party, en acttendant nouvelles de Pexecution de leur entreprinse, s'assemblèrent, le lendemain samedy xxn's dud. mois de septembre, en aulcuns lieux de la ville de Rouen, sur les quatre a cinq heures de soir, pour desliberer de leurs affaires, et feirent quelques exortations et prières a leur mode acoustumée tousjours contrevenantz aux eeditz du Roy qui leur desfendoit de s'assembler aultrement qu'aux lieux qui leur estoient assignez pour lefaict de leur prétendue relligion. Ce faict, ilz se retirèrent si secrètement que les harquebuziers de la ville et aultres gens de justice qui furent envoyez en armes pour les faire cesser, ne les trouvèrent. La nuict ensuyvant, iceulx huguenotz sedicieulx, estansadvertiz que l'entreprinse qu'ilz avoient voulleu faire contre le Roy estoict descouverte et que le Roy s'estoict retiré a Paris en grande dilligencea saulveté, tous esfraiez et tremblans, ayans ceste persuasion qu'on les feroit tous mourir, s'en fuirent de la ville de Rouen a porte ouverte, les ungs par les portes, les aultres de grand haste se gecterent et passèrent par aulcuns lieux des rempardz et fessez de la ville emportans avec eulx leurs armes et aultres choses comme ilz peurent a la haste. Le dimanche xxj'''^ jour dud. mois de sep-
tembre au matin, cella venu a la congnoissance des gouverneurs de la ville de Rouen, ilz feirent fermer les portes de lad. ville de Rouen et y furent mis gens en armes pour les garder et envoyèrent en dilligence par devers le Roy pour l'advertir de ces choses et avoir son commandement de ce quMIz auroient affaire en tel trouble. Cependant les bourgeois et habitans de la ville, pour obvier aux entreprinses que pourroient faire lesd, huguenotz sedicieux qui tenoientles champs, feirentassembler quelque nombre de gens de la ville avec les harquebuziers, lesquelz prindrent les armes pour garder chacune nuict la ville, et fut commandé a ung chacun de mecttre lanternes et chandelles allumez la nuict es fenestres de leurs maisons, tout en attendant la responce du Roy.
Le mardy dernier jour de septembre oud. an 1667, fut faicte assemblée en Phostel commung de la ville en laquelle furent depputez et nommez xij cappitaines des bourgeois de la ville, c'est assavoir troys de chacun quartier, ausquelz fut commandé de lever gens des bourgeois de leurs quartiers et enregistrer et faire armer pour garder les portes et murailles de la ville, ce qui fut faict, et prindrent lesd. bourgeois dès lors la garde de la ville suivant les lettres du Roy et responce d'icelluy sur ledict affaire. Monsieur de Trouville, cappitaine du chasteau en Tabsence de Monsieur de Carrouges, prend le gouvernement d'icelle ville avec le conseil de la court de parlement et bourgeois de l'hostel de ville, commande et ordonne des choses par Tadvis des dessusd.
Cent depputez aulcuns bourgeois notables pour le faict de la marchandise et aultres choses portées en icelle ville et yssans d'icelle, lesquelz pour souUager led. sieur gouverneur, ordonnent et disposent sur lesd. choses portez et rapportées et baillent passeportz lesquelz sont admis et
receuz par les cappitaines et lieutennaniz esd, portes. Est commandé ausd. cappitaines de ne laisser sortir de la ville aulcuns chevaulx de valleur de plus de dix escuz sans-licence dud. sieur gouverneur. Les maisons des huguenotz sedicieulx et rebelles et aultres gens suspectz sont visitez par lesdictz cappitaines qui leur ostent les armes qu''ilz portent par invantaireenThostelcommung de lad. ville.
Le lundy six™e jour d'octobre aud. an, fut publyéa son de trompe ung patent envoie du Roy a monsieur le bailly de Rouen ou son lieutennant donné a Paris le xxviij"** de septembre aud. an i 567, contennant que tous huguenotz et aultres sortis de la ville pour les causes dessusd. retournassent en leurs maisons paisiblement pourveu qu'ilz obaissent a la majesté dud. sieur, qu'ilz ne feussent rebelles ny adherans a ses ennemys qui Festoient venuz assaillir et luy faire la guerre, en implorant l'aide, faveur et assistence de tous ses bons subjectz, tant de Teglise, de noblesse que du peuple, ausquelz led. sieur permecttoit a tous en gênerai et en particullier prandre les armes pour résister aux entreprinses de ses ennemys. Parquoy aulcuns retournèrent en petit nombre estans ennuyez de tenir les champs ou ilz trouvoient plus de péril pour eulxque dans la ville de Rouen ; les aultres obstinez en leurs entreprinses ou ne se fyans ausd. lettres patentes, ne voullurent retourner dont plussieurs aprez s'en repentirent.
Le vendredy x"^^ d'octobre aud. an iSô/, aprez midy, arriva a la ville de Rouen monsieur de Carrouges gouverneur d'icelle, aprez la venue duquel, Messieurs de la court et bourgeois de la ville, pour secourir le Roy et donner bon ordre pour la garde de la ville de Rouen, ordonnèrent qu'on leveroit six centz soldatz dont en seroit envoyé quatre centz soubz la conduicte du cappitaine. . .
a Paris pour secourir le Roy, et les deux aultres centz demeureroient pour estre distribuez a chacun quartier d'icelle ville cinquante avec les bourgeois.
Ce pendant le prince de Condé et ceulx de Chastillon avec leurs adherans ayans failly a leur entreprinse qui estoict de prandre et se saisir des personnes du Roy et de ses frères et (se) faire roy, comme ilzcuydoient, led. prince de Condé, se mirent sur champs et vindrent a la ville de Laigny ' ou ilz s'assemblèrent et la, en attendans leurs compaignons qu'ilz avoient mandez par toutes les provinces du royaulme pour se joindre avec eulx, feirent quelques courses allentour dud. lieu de Laigny, pour surprandre quelquesvillesdedesfencepar le moien desquelles ilz peussent empescherles vivres aux habitansde Paris par les rivières de Seyne et de Marne et mecttre iceulx en nécessité ou de composer avec eulx ou de sortir et combattre, ce qu'ils ne peurent faire pour le bon ordre qui y fut donné en dilligence. Touteffois ilz se saissirent des villes de Montereau fault.Ionne^, Soissons et aultres lieux ou ilz mirent garde et garnisons. Doncques veoyans qu'ilz ne prouffitoient guieres en cela, ilz se partirent dud. lieu de Lagny, se mirent encompaignietiransvers la ville de Paris laquelle ilz pensoient esbahir et surprandre, maiz il y avoit ja tant de gens de guerre pour le Roy avec les bourgeois d'icelle ville bien armez et encouragez de servir le Roy qu'ilz n'osèrent aprocher plus que la ville Sainct Denys ou ilz entrèrent facillement pour n'estrede desfence, et la s'assemblèrent monstrans en leur fierté bon visaige et ostention qu'ilz ne craignoient le Roy ne sa puissance, etc.
De toutes les provinces de France se preparoient d'aultre
• Lagny, ch. 1. de canton de l'arr. de Meaux (Seine-et-Marne). i Montereau, ch. de canton de l'arr. de Fontainebleau (Seine-et- Marne), au confluent de la Seine et de l'Yonne.
costé les grandz seigneurs et gendarmes cathollicques en grand nombre pour venir au secours du Roy dont il y en vint si grand nombre en peu de temps, se presentans au Roy joyeusement de grand couraige, que toute la ville de Paris reluisoit en armes ; et assembla le Roy, devant la feste Sainct Denys aud. an iSô;, sans les bourgeois de Paris, environ vingt mil hommes de pied et six mil chevaulx, en attendant les aultres qui se preparoient pour lesd. provinces tant nobles, ban et arrière ban, que aultres grandz seigneurs, princes et cappitaines qui se preparoient en grande dilligence pour venir servir le roy.
Les huguenotz estans a Sainct Denis faisoient plussieurs courses et pilloient les pays tout allentour et contregnoient les personnes qui estoient aux champs de porter vivres en leur camp qui estoict audict lieu de Sainct Denis.
Les habitans d'Argentueil', lieu de peu de resistence, craignans d'estre assailliz des huguenotz et pour garder leurs biens et principallement leurs bons vins, s'estoient armez au mieulx qu'il leur avoit esté possible, desliberans de se desfendre desd. huguenotz lesquelz se assemblèrent en grand nombre tant a pied que a cheval et vindrent aud. lieu d'Argentueil, le xiij"^^ jour d'octobre iSôj, pour piller la ville ou mieulx le villaige. De prime face par le moien d'une compaignie de soldatz qui ayderent ausdictz d'Argentueil, lesd. huguenotz furent repoulcés et y furent occiz d'iceulx de six a sept vingtz hommes, qui fut grand perte ausd. huguenotz, lesquelz se veoians donnèrent ung tel assault avec eschelles qu'ilz entrèrent dans lad. ville d'Argentueil mectant a Pespée tous ceulx qu'ilz trouvèrent en leur fureur. Lesdictz soldatz s'estans retirez de Teaue
I Argenteuil, ch.-l de cant., arr. de Versailles (Seine-et-Oise), sur la rive droite de la Seine.
de Seine ou ilz se saulverent, lad. ville fut pillée et mise en proye et fut brusié Tesglisc du prieuré dud. lieu; et a celle fin qu^on ne congneust la perte des gens desd. huguenotz, iceulx feirent jecter leurs compaignons mortz dans la rivière de Seyne avec ceulx d'Argentueil, faisans accroire que s''estoient de leurs ennemys. Plusieurs des hugucnotz fugitifz de la ville de Rouen et pays de Normandie estoient audict combat d'Argentueil et principallement les basteliers et voicturiers de la rivière de Seine, gens adonnez a piller. Le lendemain, xiiij'"^ dud. mois d'octobre, iceulx huguenotz vindrent sur les trois a quatre heures de matin jusquesèsfaulx bourgs de Sainct Honoré et a la porte de Montmartre a Paris par une bravade ou ilz tuèrent ung de la compaignie des Suisses, lesquelz leur feirent teste et les contregnirent de se retirer. Ced. jour arriva a Paris le mareschal de Strocy ■ ayant laissé ses bandes et compaignies a Sainct Clou, qui fut receu du Roi joyeusement en attendant messieurs de Guyse, deTavennes ^, de Marticques et aultresgrandz seigneurs qui bien tost debvoient venir au secours du Roy.
Le dix septiesme d'octobre fut publié a Rouen une lettre de déclaration du Roy donnée a Paris lexiij^^ jourd'icelluy mois, envoiéeau bailly de Rouen ou son licutennant, contennantes queencoresque le Roy parces lettres patentes
> Philippe Strozzi, fils de Pierre Strozzi, maréchal de France, né en i54i, chevalier des ordres du roi, colonel général de l'infanterie française. C'est à tort que notre relation lui donne le titre de maréchal qui n'appartint qu'à son père, mort en i558.
2 Gaspard de Saulx, s'" de Tavannes, fils de Jean de Saulx et de Marguerite de Tavannes, chevalier des ordres du roi, lieutenant général au gouvernement de Bourgogne, maréchal de France, 28 novembre 1 570, gouverneur de Provence, amiral des mers du Levant, décédé en iby'i.
du vj°"e de ce présent mois eust admonnesté tous et chacuns ses subjectz adheransou ayans intelligence avec ceulx qui troubloient son royaulme, les chefz desquelz estoient lors en la ville de Saint Denis en France, d'eulx retirer de lad. intelligence dedans trois jours aprez la publication d'icelle sur peine de confiscation de corps et de biens, neantmoins n^auroient laissé pourtant de les faire depuis tenter et solliciter par tous moiens pour cest effect et envoyé devers eulx des premiers et plus grandz seigneurs de ses officiers et serviteurs qui y avoient trouvé telle dureté et opiniastreté de contynuer leur mauvaise entreprinse qui n'entendoit qu'a la ruyne et eversion de son estât, qu'il en debvoit avoir plus d'occasion [de] mescontentement et courroux, toutesfois que ayant tousjours opignion que la pluspart d'entre eulx ne se seroient précipitez en lad. intelligence que par faulx donné a entendre, pour ceste cause désirant de les retirer et que son affection fut plus amplement congnue d'ung chacun, declairoit de rechef que sans avoir esgard aux lettres précédantes que tous ceulx qui se vouldroient retirer de l'intelligence et participation desd. perturbateurs et retourner a luy pour luy faire service ou bien se retirer en leurs maisons pour y vivre doulcement et se y contenir sans s'emploier aux armes, qu'il les deschargeoit de la faulte qu'ilz pourroient avoir faicte pour vivre et joir doresavant de leurs biens, et a ceste fin les mecttoit et prenoit en sa protection et sauvegarde, dcsfendans très expressément aud. bailly ou son lieutennant et aultres ses justiciers, officiers et subjectz, sur peine de la vye, de leur mesfaire ne mesdire ne souff"rir qu'il leur soict mesfaict ne mesdict en leurs personnes et biens en quelque sorte que ce soict, maiz les conserver et favoriser en tout ce qu'ilz pourroient, comme il entendoict aussy que l'on courust sus a tous aultres de lad. intelligence portant
armes contre luyet excerçant Thostilitéjapar eulx encommancce comme ennemys de luy et de son royaulme et perturbateurs du repoz et transquillité d'icelluy.
A Orléans les huguenotz durant ces choses s'estoient assemblés en plus grand nombre que n'estoient les cathollicques, tellement que par plussieurs jours ilz combattirent les ungtz contre lesaultres ou plusieurs furent occiz d'une part et d'aultre. Finallement les cathoUicques ne peurent résister a la force desd. huguenotz, lesquelz assiégèrent la cytadelle dud. lieu ou s'estoient retirez la pluspart desd. cathoUicques, lesquelz avec lecappitained'icelle, apprez avoir soustenu par quelque[s] jours led. assiège et assault desdictz huguenotz, par faulte de vivres et secours rendirent ausd. huguenotz lad. citadelle.
Le mecredy xv^e jour d'octobre iSôy, furent publié a Rouen lettres patentes du Roy données a Paris le vj^'edud. mois d'octobre, contennant que led. sieur avoit admonncsté et de rechef admonnestoict tous gentilzhommes et aultres ses subjetz, de quelque estât qu'ilz feussent, estant de l'intelligence desd. perturbateurs du bien public, tant en la ville de Sainct Denis que aillieurs, qu'ilz eussent sur tant que Dieu souverain juge ordonnoit et commandoit et le debvoir du subject auquel ilz luy estoient naturellement obligez de bien considérer l'intention et la fin detelz desseingtz si pernicieux et dampnables et en ce recongnoissans eulx départir de cculx qui vouldroient demeurer obstinez et pertinax en leurd. meschante entreprinse, se retirans a Sa Majesté comme a leur prince souverain duquel ilz trouveroient les bras tendus et ouvertz pour les embrasser et les recepvoir comme ung père faict ses enffans et oublier leur faulte si dedans trois jours aprcz la notiffication de sesd. lettres ilz y satisfaisoient, ce que Sa Majesté leur commandoit et enjoignoit tresexpresse-
ment sur peine de la vie et confiscation de corps et de biens, avec declairation qu'aprez led. temps passé il feroit procéder contre eulx, leurs alliez, adherans et complices par toutes veoies et manières permise[s] de Dieu en tel cas, en sorte que, moiennant sa grâce et bonté sur laquelle estoict fondée et appuyée la vengence d'ung si cruel et énorme deseing, ilz remporteroient et sentiroient de leur iniquité ce qu'ilzauroient mérité, desfendant en oultre a tous ses subjectz de ses villes et villaiges que bourgades sur les mesmes peines qu'ilz n'eussent a faire ouverture ausd. huguenotz de leurs portes, villes ne chasteaux, bailler, administrer ne porter vivres, victuailles ne aultre commodité, ne obair ne croire a aulcung mandement, commandement ne ordonnance desditz perturbateurs, quelque prétexte et coulleur qu'ilz y peussent donner, et ce sur peyne d'estre tenuzet repputezfautheurs, adherans et complices desd. conspirateurs et comme telz puniz et chastiez de la mesme rigueur; et pour ce que Sa Majesté entendoit que plussieurs trouppes de gens tant de pied que de cheval s'assembloient en armes pour venir trouver les dessusd. perturbateurs et sedicieux, avec lesquelles forces ils faisoienî infiniz oultraiges, meurtres et pilleries sur ses paouvres subjectz, mandoit a tous ses lieutennans generaulx des provinces, baillifz et sénéchaux, chacun en son regard, que pour rompre et discipper telles assemblées, ilz eussent a mecttre sur tout ce qu'ilz pourroient de force tant de la noblesse, ban, arrière ban, et a tous aultres ses subjectz avec lesquelz il voulloit qu^on courust sus comme ennemys publicqz de Sa Majesté et de son royaulme, faisant a ceste fin sonner le tocq saing quand besoingt seroit, en manière que lesd. gens en armes et assembléez prohibez feussent contenues et empeschez exécuter leur mauvaise intention, etc.
Monsieur de Carrouges, lieutennant de monseigneur le duc de Bouillon, gouverneur de Rouen, estant a Rouen enTabsencc dud. sieur duc, feist plusieurs ordonnances et commandemens touchant la pollice tant du faict des armes que des fortifications de la ville de Rouen, et premièrement feist desfences a toutes personnes de quelque qualité ou condition quMlz feussent, aller puis. . . heures de soir sans lumière et se trouver sur le pavé aprez dix heures sonnées avec armes et sans lumière, ny mecttre les armes a la main dans la ville, ny soldatz a faire nourrir a leurs hostes ny mesmes les rançonner sur peine de la vie Lad. ordonnance du xvj'"® d'octobre iSôy, laquelle fut publiée le lendemain seiziesme d'icelluy mois, etc.
Aud. mois d'octobre i 567, la ville de Metcz en Lorraine, dont estoict gouverneur le mareschal de Vielleville, cuida estre surprinse par les huguenotz par la connyvence des soldatz et aultres habitans de la ville, tellement que le m« d'hostel dud. sieur maréchal y fut tué et dix ou douze de ses gens, le chef de lad. entreprinse estant un nommé Rocq fortisficateur d'icelle ville. Toutesfois, si bonne ordre y fut donnée que le tout futappaisé et la ville asscurce par le Roy. Le cappitaine Vadancourt y acquict honneur pour ce qu'il tint bon et garda si bien la cytadelle que par son moyen la ville fut ainsy asseurée. Le Roy adverty manda au duc de Guyse que avec toutes ses forces il allast celle part pour garder lad. ville et le pais d'environ, ce qui fut faict en dilligence. Les forces dud. sieur de Guyse estoient lors, comme il fut rapporté au Roy, xxiiij enseignes de gens de pied et mil chevaulx.
Le xxj'"*' d'octobre aud. an, ledict sieur de Carrouges commanda a tous cappîtaines des bourgeois de la ville de Rouen, suivant ce qu'il avoit ja ordonné, que lesd. bourgeois eussent a leur trouver au lieu ou leur garde s'as-
sembleroient, quand ilz en seroient advertiz, a quatre heures et demye de soir et qu'ils [eussent] a se rendre a la place Sainct Ouen devant son logis pour le plus tard et a celle fin de veoir les faultes qui se pouvoient commecttre et par aprez s'en aller a leur quartier.
Le vingt huictiesme dud. mois d'octobre, monsieur de Savigny, lieutennant de monsieur le duc de Montpencier, arriva a Paris avec le marquis de Villiers, de Montpesat' et leurs compaignies dud. seigneur duc de Montpensier, les harquebuziers du senechal d'Agenetz^ et aultrez grandz seygneurs avec le grand nombre de gens y arrivèrent lors pour leur plaisir et faire service au Roy, et estoient environ huict centz chevaulx et quatre enseignes de gens de pied. Le mecredy précédant, monsieur de Saussac estoict arrivé avec huict centz chevaulx. Monsieur de Marticques assembloit ses forces en Bretaigne pour venir au service du Roy et feist ses monstres en la ville de Nantes, le xxvij^e dud. mois d'octobre iSSj, de douze centz chevaulx et six mil hommes de pied, qu'il amena bien tost aprez a Paris et les présenta au Roy. Le grand prieur d'Auvergne admena au Roy huict centz chevaulx tant de gentilz hommes d'Auvergne pour leur plaisir que d'aultres bien montez.
Cependant monsieur de Tavennes tenoit assiégé la ville de Maçons, que tenoi[en]t les huguenotz. Aprez la prinse de la ville, il arriva au camp du Roy avec grande compagnye de gens et entre aultres quatre mil Suisses.
1 Melchior des Prez, sr de Montpezat, fils aîné de Lettes, dit des Prez, s' de Montpezat, maréchal de France, mort le 26 juin 1544, tut chevalier de l'ordre du roi et son lieutenant en Guyenne.
2 François Ruffin, dit Poton, sr de Peculvary et d'Azay, sénéchal d'Agenais et capitaine des gardes du roi. Sa veuve, Nicole le Roy du Chiliou, épousa Artus de Cossé, sr de Gonnor, maréchal de France*
Monsieur de Montluc arriva avec trois mil harquebuziers de pied, ayant premièrement desfaict mil ou douze centz hommes huguenotz en Gascongne qu^il trouva en son chemin.
D'aultre cosié, monsieur Dennevers admena grande cavallerie d'Itallie.
Les huguenotz estans a Sainct Denis, veoyans qu'on ne sortoit point de Paris pour les combattre, s'advancerent et prindrent tous les barcz de la rivière de Seine allentour de Paris par le moien desquelz ilz s'esforcerent de coupper les vivres, du costé du pont Sainct Clou, tellement qu'on [n'Jy paouvoit aller seurement et tenoient une isle ou ilz tenoient ung corps de garde de cinquante soldatz pour garder les gens qui passoient. Le lieu s'appelloit Sainct Ouen^; on y envoya cinquante soldatz des compaignies du comte de Brissac dans ung bateau avec vingt cinq nautonniers partansde Paris de nuict faignans d'aller au pont de Challenton' qui tournèrent en icelle isle ou ilz deffirent ledict corps de garde et tuèrent partye desd. soldatz-, les aultres se gecterent dans Teaue, et admenerent huict prisonniers et rompirent tous les pontz.
1 Biaise de Montluc, tils de François de Montluc et de Françoise d'Estillac, après avoir servi avec la plus grande distinction dans toutes les guerres qui eurent lieu entre la France et l'Autriche et s'être particulièrement distingué par l'héroïque défense de Sienne, fit une guerre acharnée aux protestants et ternit sa réputation par d'affreuses cruautés. Il fut chevalier de l'ordre du roi, colonel de l'infanterie française, lieutenant général du roi en Guyanne, maréchal de France en 1574, et mourut en 1577. ^^ ^ laissé sur sa vie et sur ses campagnes des Commentaires très .estimés.
a Saint-Ouen, comm. située sur la rive droite de la Seine, entre Paris et Saint-Denis. — Ms. Sainct aouen.
3 Charenton, en amont de Paris, au confluent de la Seine et de la Marne.
Le septiesme de novembre iSôy, aprez disner, monsieur le duc d'Aumalle se partit de Paris avec deux mil chevaulx et quelques gens de pied pour aller a Busancourt près de Surene ' ou estoient environ cent soldatz qui empeschoient les vivres, lequel lieu fut prins par composition qui fut telle qu'ilz sortiroient avec leurs espées et que ceulx qui voudroient retourner en leur camp le pourroient faire, ce qu'ilz ne vouUurent, et demeurèrent au service du Roy.
Led. jour, le Roy feist reyterer par unherault au prince de Condé certaine ordonnance par luy faicte, lequel ne se monstraaud. herault.
Led. seigneur de Carrouges, avec les présidant et conseilliers de la court de parlement et gouverneurs de l'hostel de ville de Rouen, pour obvier aux entreprinses qui pourroient estre faictes contre la ville de Rouen par lesd. sedicieulx perturbateurs du repozpublicq et rebelles au Roy, premièrement ordonnèrent de faire reparer les murailles, rempardz et fossez d'icelle ville et pourveoir a toutes ces choses, et pour ce faire furent miz grand nombre de gens ausdictz réparations tant aux despens dud. hostel de ville que des parroisses de la ville et aultres communaultez d'icelle; et, pour ce que les ouvriers estoient negligens et s^admusoient a aller prandre leurs heures de leurs repas ou ilz consommoient la pluspartdu jour, led. sieur de Carrouges commanda a tous ouvriers besoingnans aux fortiffications de lad. ville de Rouen se trouver a Tatellier a six heures de matin et n'en partir que a semblable heure du soir et n'abandonner le quartier ou ilz estoient besoingnans pour déjeuner ne disner sur
î Suresnes, à l'Ouest de Paris, sur la rive gauche de la Seine, au pied du Mont-Valérien.
peine d'un coup d'estrapade a la première fois et aultre plus grande punition a la seconde. Lad. ordonnance fut publyée èsd. qua[r]tiers ei furent deppuiez plusieurs notables bourgeois, tant de resta[t] esclesiastique que des aultres, pour avoir la superintandance sur lesd. ouvriers.
Durant ces choses et qu'on donnoii ordre aux affaires de la ville de Rouen, les huguenotz et sedicieux de la ville de Dieppe, lesquelz s'estoient ' auparavant avec les cathollicques d'icelle ville touchant la garde et manutention de leurs biens estans en lad. ville, veoians que les affaires n'alloient sellon leur désir et que les forces des cathollicques croissoient de jour en jour et les leurs diminuoient tant en Normandie que aultres provinces de France, secrètement commencèrent a machiner entre eulx de faire venir les Anglois descendre en France et leur livrer leurd. ville de Dieppe, et pour ce faire surprandre le chasteau d'icelle ville qui commandoit sur icelle, dans lequel estoict le cappitaine Chigongne^, lieutennant en icelluy chasteau pour monsieur de la Milleraye, lesquelz avoient desliberé, soubz l'ombre de quelque feste qu'ils luy debvoient faire, le mecttre a mort, comme ilz avoient auparavant faict le cappitaine de Ricarville. Led. cappitaine Cygongne, estant adverty de leur entreprinse par quelque personne de lad. ville, se donna de garde de ne sortir du chasteau dont lesd. huguenotz et sedicieux furent encore plus esmeuz et commencèrent a s'assembler tumultueusement pour forcer led. chasteau. Et cependant aulcuns d'eulx, tant des fugitifz de la ville de Rouen que
' Lacune. Il faut, ce semble, sous-entendre quelque mot au sens de : entendus, concertés.
2 René de Beauxoncles, s' de Sigognes, gentilhomme de la suite du maréchal de Brissac, qui l'avait fait nommer gouverneur de Dieppe. 11 mourut le 7 novembre i582.
des habitans de la ville de Dieppe, se mirent sur la mer et passèrent en Pisle d'Angleterre pour solliciter lesd. Anglois de passer la mer et venir faire la guerre en France et leur promecttre de leur livrer lad. ville de Dieppe. Led. cappitaine Cygongnc congnoissant toutes ces choses en advertit led. s^ de la Milleraye qui estoict a la ville du Havre de Grâce, luy donnant a entendre qu'il luy envoyast secours pour résister aux entreprinses d'iceux huguenotz sedicieulx lesquelz vouUoient myner led. chasteau si on n'y remedio[i]i bien tost. Monsieur de la Meilleraye de ce adverty incontinant fit lever trois compaignies de soldatz allentour de la ville du Havre etmanda a aulcuns aultres cappitaines estans prochains d'icelle •ville de Dieppe qu'ilz levassent gens et qu'ilz se tinssent prestz pour entrer en lad. ville quand il leur feroit sçavoir, et mesmes manda au cappitaine La Grange qui estoict dedans Rouen qu'il vint a luy avec sa compaignye. Ce faict, en grande dilligence alla aud. chasteau. Le lendemain, led. sieur de la Meilleraye envoya quérir quattre des conseilliers et gouverneurs de l'hostel de ville pour parler a eulx, lesquelz vindrent aud. chasteau et se présentèrent devant luy, ausquelz il feist plusieurs remonstrances des choses dessusd. en leur demandant que pour l'asseurance de lad. ville ilz eussent a recepvoir la garnison des soldatz qu'il luy voulloit mecttre et luy délivrer les portes et desfencesd'icelle ville pour les garder. Iceulx conseilliers luy respondirent par la bouche de Jehan le Noble ', contreoileur d'icelle ville, l'un d'eulx, comme celluy qui estoict en plus grand crédit que tous ceulx de la ville que eulx esioient humbles serviteurs du Roy au-
' Jean le Noble, s' de Grosmesnil, qui, d'après YHistoire de la Réformation à Dieppe par Guillaume et Jean Daval (t. I, p. 33), avait commandé toute la cavalerie de la ville en lôGa.
quel ilz vouUoieni bien obayr, maiz que eulx d'eulx mesmes ne pouvoieni cella accorder sans Tavoir premièrement refferc et communiqué avec les bourgeois d'iceile ville qui les avoient envoyez la pour entendre son voulloir, luy priant leur donner temps de trois jours de délibération ; a quoy led. sieur de la Meilleraye dict qu'il ne leur donneroit aultre delay que d'une heure pour le plus. Lesd. conseilliers partiz de devant led. sieur de la Meilleraye se mirent a retour et incontinant les huguenotz sedicieulx, lesquelz cependant s'estoient armez et fortiffiez, commencèrent a fermer les maisons et se mectre en desfence pour empescher que- lesd. soldatz ne sortyssent du chasteau a la ville. Quoy veoians les cappitaines Du Mesnil Vasse, La Grange, Tresforetz' et leurs soldatz tous appareillés se mirent en debvoir pour sortir du chasteau et entrer en la rue, led. sieur de la Meilleraye advertissant ledict cappitaine Du Mesnil Vasse de^ ne faire tant habandonner et hazarder comme il faisoit; lequel, nonobstant led. advertissement, hardyement se mect le premier en se tournant vers ses soldatz pour leur donner cou-
raige et estant descouvert de son d'un coup de
harquebouze tiré d'une fenestre de la ville par la teste dont il mourut. Les aultres cappitaines et soldatz se meirent er^la rue pour aller vers lesd. huguenotz qui avoient faict une tranchée pour empescher qu'on ne vint sur eulx. La fut combattu vaillamment par lesd. soldatz lesquelz chassèrent lesd. sedicieulx vers la porte estant vers la mer ou aprez avoir soustenu quelque temps ilz quicterent la place et la pluspart se mirent dans des navires qu'ilz
1 La seigneurie de Tresforetz appartenait à la famille rouennaisc de Maromme. On trouve en i5o3 un Jehan de Maromme, s' de Tresforetz et en i38i un Louis de Maromme, s' do TretVorestz.
2 Ms. et.
avoient a ceste cause préparez et se retirèrent dans la mer. Lesd. huguenotz occirent lesd. soldatz plusieurs nombres par des perthuis qu'ilz avoient faictz dans des maisons estans prez led. chasteau par ou ilz tirèrent a couvert et y mourut led. cappitaine de Trefforet, et le cappitaine La Grange y fut blessé en sorte qu'il fut rapporté a Rouen ou il mourut bien tost aprez. Monsieur de la Meilleraye feist saisir les portes ou il meist gardes et se saisit de la ville ou il donna si bon ordre qu'il la força et la garda bien pour le Roy, dont lesd. huguenotz et leurs complices [furent] bien fâchez. Quelques jours aprez, y furent envoyez par la court de parlement de Rouen, Messieurs le président Fumée ' , Bretel - avec monsieur Bigot 5, advocat du roy, pour informer des choses et des sedicieux qui estoient passez en Angleterre.
Le lundy x""^de novembre i 567, le Roy estant adverty que les huguenotz estans a Sainct Denis estoient de grand matin sortiz dud. lieu pour aller, ainsi que l'on disoit, a Soucssons, a Tinstant sur les sept heures de matin, commanda a toutes compaignies tant de pied que de cheval de sortir de Paris et soy mettre sur les champs, ce qui fut faict en grande dilligence par tous les seigneurs en gênerai. Le Roy et la Royne et messieurs les frères du Roy demeurèrent au chasteau du Louvre. Et furent menez douze pièces d'artillerie gardées par les Suisses et se campèrent entre la Chappelle et Sainct Denis ; et, sur les deux heures de rellevée, commença a tirei Tartillerie du Roy
' Antoine Fumée, sr de Blandé, président au Parlement de Rouen en 1567.
2 Raoul Bretel, sr de Grémonville, conseiller au Parlement de Rouen en i552, président en 1584.
3 Laurent Bigot, s"" de Tibermesnil, avocat général au Parlement en 1527. Son fils Emery remplit cette fonction à partir de 1570.
qui feist grand meurtre sur lesd. huguenotz. La y euh plussieurs escarmouches et y furent faictes plussieurs charges qui feirent repoulcer lesd. huguenaulx lesquelz s'estoient gectez sur certaine bande de gens de cheval et infanterie de Paris vestuz de rouges qui lors s^enfuirent et cuiderent faire grand dommaige a l'armée du roy. Touteffois ilz retournèrent' et reprindrent couraige et poursuivi[rent] lesd. huguenotz qui se retirèrent a grande haste dedans Sainct Denis; etdict on que sans la nuictqui survint que iceulx huguenotz eussent esté desconfitz. Aud. combat fut navré le connestable dont il mourut bien tost aprez et fut porté son corpsa Paris pour estre inhumé comme [a] icelluy appartenoit. On n'a peu bonnement sçavoir au certain le nombre des mortz du costé desd. huguenotz, principallement des gens nobles et gens de nom, a cause que la nuict ensuivante les corps furent portez dans la ville de Sainct Denis et la enterrés secrectement pour en perdre la congnoissance. De la part du Roy n'y mourut n'y fut blessé aulcun seigneur ou personne de nom que led. seigneur connestable, etc.
Le jour Sainct Martin, xj* de novembre^ 1567, aprez midy, comme les soldatz de la compaignie de monsieur de Tourville estans a ung corps de garde qui ung peu auparavant avoit esté faict bastir dans le cymettiere de la grand esglise Nostre Dame, joignant la porte d'icelle esglise du costé de la grosse tour de beurre, faisoient la garde comme de coustume et plusieurs gens de la ville pasassentparled. cymetierc pour aller en lad. église, ung desd. soldatz indiscrept s\itache de parolles a deux cordelliers qui passoient par devant led. corps de garde pour
' Ms. poursuivis.
2 Ms. décembre.
aller en icelle esglise, ce que veoiant ung des harquebuziers de la ville hardy et audacieux print la parolle pour lesd. cordcliers et disant aud. soldat qu'il ne faisoit son debvoir etaultres parolles dont sortit grande querelle entre led. harquebuzier et aùlcuns de ses compaignons qui estoient dedans le cymettiere contre lesd. soldatz, lesquelz de parolles vindrent aux armes, en sorte que pour le débat fut toute la ville esmeue en armes, et n'eust esté la dilligence que monsieur de Carrouges et plusieurs gens de sa compaignie avec monsieur le présidant y meirent ordre de les appaiser, estoict fort a craindre une grande esmotion et combat en icelle ville. Toutesfois fut la ville a ce meue que lesd. soldatz, veoians le grand nombre des bourgeois armez qui venoient sur eulx, quictent led. corps de garde et se sauvèrent dans lad. esglise ou ilz se enfermèrent et fut le service divin interrompu pour le grand bruict qui estoict. Iceulx soldatz furent [prins] et emprisonnez jusques au lendemain qu'ilz furent délivrez et leur furent rendues leurs armez. De la part desd. soldatz y demeurèrent mortz neuf a dix hommes et du costé desd. harquebuziers et habitans de la ville y fut tué un porteur de sel, homme de bien, lequel ne portoit aulcunes armes et ne faissoit que passer son chemin. Plusieurs d'ung costé et d'aultre y furent blessez qui furent portez a rhosiel dieu ' prochain de la, dont aulcuns moururent le lendemain, les aultres au péril de leurs personnes. Durant lad. esmotion les cappitaines qui avoient la charge ce jour la de la garde des portes feirent bien leur debvoir de garder lesd. portes ayans leurs gens appareillez et rengez en bataille, et fut si bon ordre donné parmy les rues et carrefourgs par le commun de la ville lequel en ung instant fut en
I L'hôpital de la Madeleine dans la rue qui en garde le nom.
armes que toutes les veoyes et passaiges furent cloz decharettes et poinsons ou tonneaux, en sorte quelesd. soldatz [virent] et congnurent qu"'ilzse debvoient gouverner sagement en la ville de Rouen et qu'il ne leur seroit pcrmiz de faire follie ou oultraige a aulcun de lad. ville.
Le lendemain, led. seigneur de Carrouges feist crier a son de trompe que toutes gens de la ville eussent a poser les armes et ne les porter par la ville sinon quand ilz seroient de garde ou qu'il leur seroit commandé, pour esviter aux querelles et debatz qui pourroient subvenir'.
Le premier jour de Tan i 568, fut assemblé en Phostel commung de la ville de Rouen, présence de monsieur de Carrouges, gouverneur, pour donner ordre aux affaires de la ville et a quelques advertissementzqui estoient venuz que les huguenotz et rebelles, tant de dehors la ville que de ceulx qui estoient dedans, machinoient secrectement de faire quelque entreprinse contre la ville de Rouen, s'il estoict possible, esperans que le prince de Condé avec ses alliez et son armée tourneroient vers le pais de Normandie et laisseroient Tentreprinse qu'il avoit faicte d'aller en Lorraine au devant de quelques compaignies de reistres; et pourtant en lad. assemblée fut advisé et conclud que soudainnement et sans en rien descouvrir, on se saisiroit des principaulx huguenotz d'icclle ville, tant de ceulx qui estoient retournez aprez les eeditz du Roy que de ceulx
I Inv. somm. des délibérations de la ville, p. 216 : « i3 nov
« Mention de la sédition advenue le J i de ce mois, au cimetière
N.-D., entre les soldatz et les bourgeois. — 7 déc Lettre du
Roi (Paris, 2 1 nov.) touchant l'émotion advenue le jour Saint-Martin ; l'information avait établi que l'agression était venue du cùté des soldats, dont la plupart étaient tenus pour gens de la nouvelle religion. Ordre avait été donné à Carouges de faire tel châtiment de leur faute que les autres y prissent exemple. »
qui s'estoient absentez, mais estoient factionnaires et a craindre pour ce qu'ilz avoient taict par le passé, et que on les constitueroit prisonniers, ce qui fut faict et exécuté contre les personnes de Ysaac Jehan, Civille, viconte de Teaue-, Poullain dict Boscguillaume^, Pinchon, Le Machecrier, advocatz, Viard, changeur, etaultres qui furent mis es prisons de la court esclesiastique.
Le unziesme de janvier i 568, a sept heures de matin, s^assemblerent en la court de parlement messieurs de lad. court avecqucs les grandz vicaires de Pesglise et archcvesché, deux des chanoines du chappitre de Rouen, le lieutennant gênerai du bailly de Rouen, le procureur du Roy aud. bailliage, pour desliberer et respondre a ce que avoit proposé dans Phostel commung d'icelle ville ung gentil homme envoyé par le Roy aux habitans de lad. ville ayant lettres de créance du Roy nommé [Lullier] ? contennantlesd. lettres que ceulx de la ville eussent a regarder s'ilzavoient forces assez pour tenir et desfendre la ville de Rouen contre ceulx qui la vouldroient assaillir et que de ce ilz eussent a Pcn advertir pour y donner ordre et leur envoler gens s'ilz en avoient besoing, et pour la créance avoit dict que le Roy luy avoit donné charge de dire qu'ilz se tinsent sur leurs gardes et que le prince de Condé avec son camp faisoit estât et se desliberoit de venir en Normandie et assaillir icelle ville et aultres qu'il avoit promis
' Jacques de Civille, vicomte de l'Eau en i538.
2 Mathieu Poulain, sr du Boisguillaume, avocat en la cour pour la vicomte de Rouen, fut en i582 député par le roi aux Etats de Normandie chargés de procéder à la rédaction et la reformation de la coutume.
5 Lullier. Ce nom, que n'indique pas le ms., nous est donné par le registre A 19 des délibérations municipales. Voir sur les assemblées du ler et du il janvier i568 VInv. somm., p. 106.
livrer aux reistres qu'il faisoii venir ; a quoy, aprez plusieurs discours et adviz, pour ce que monsieur de Carrouges, gouverneur de Rouen, demandoit qu'on feist venir deux compaignies d'hommes d'armes de cheval ei douze centz hommes de pied et qu'il ne soroit se fier et asseurer'de la desfence des bourgeois et soldatz estans a présent avec eulx, et aussy demandoit quarante soldatz pour la garde de sa personne, fut conclud par lad. court qu'on advertiroit le Roy de ce et qu'on le prieroit d'envoier lesd. hommes d'armes et soldatz; ce que n'acorderent lesdictz conseilliers et eschevins de lad. ville, lesquelz dirent de leur chef qu'ilz envoieroient au Roy au nom des habitansde la ville pour cest affaire pour y donner tel ordre qu'il plairra a Sa Majesté. Depuis fut regarde qu'il n'estoict nécessaire et que les ennemys tournoient d'aultre costé ; par le tout fut délaissé.
Le samedy ii)""^ d'avril i 568, comme toutes les chambres de la court de parlement de Rouen faussent assemblées en la salle dorée du pallaiz pour deslibcrer sur les lettres
patentes du Roy en dabte du dernier touchant la paix
accordée aux huguenotz et aultres ennemys et rebelles dud. sieur, jouxte qu'il estoict contenu ausd. lettres, plussieurs gens non congnuz, en grande tourbe de menu poppuUairc et soldatz estans en la ville de Rouen, se trouvèrent aud. pallaiz esmeuz contre les huguenotz et fâchez de la paciffication qui leur estoict accordée a leur advantaige, comme ilz estimoient, aprez avoir esté cause de tant de maulx en ce royaulme, pour ou,ir et entendre le contenu esd. lettres patentes et l'arrest de la court sur icelles. L'heure venue, aprez la desliberation de la court, ordonné que lesd. leures seroieni publiez, la porte de lad. salle fut ouverte et furent appeliez les advocatz et procureurs, comme de coutume, pour ouir lad. publication.
Lors lesd. soldatz et poppulaire entrèrent avec lesd. advocatz confusément en grand nombre tant que' lad. salle en peultcomprandre, etla,attentifz a ouyr la lecture d'icelles lettres, laquelle futfaicte par Godeffroy, l'ungdes greffiers de lad. court, se contindrent paisiblement sans tumulte jusques a ce que ledict greffier vint a l'article des presches accordées aux nobles en leurs maisons; ce que oyans lesd. soldatz et aultres gens incongnuz commencèrent tumultueusement a crier et empescher lad. lecture et publication, de sorte qu'il convint a messieurs les presidans et conseilliers et aultres d'icelle première chambre se retirer et sauver pour esviter la fureur desdictz soldatz, lesquelz commencèrent as'atacher aux huguenotz qu'ilz trouvèrent aud. pallaiz, tant procureurs que aultres, en rompans leurs bancz, saz et escriptures, et a les battre a couptz de poingtz et a leur faire plussieurs viollances. De la, aulcuns d'iceulx soldatz allèrent en la cohue et court de bailliage ou ilz contregnirent les lieutennans et conseilliers presidiaux de leur rendre et délivrer neuf ou dix soldatz prisonniers, lesquelz ilz amenèrent avec eulx. Puis, avec les aultres qui estoient sortiz du pallaiz, commencèrent a entrer es bouticques des huguenotz estans allentour du pallaiz, et principallement les libraires ou ilz commencèrent a rompre et brusler leurs livres et pappiers et a les piller. De la, courans par les rues prochaines ou ilz trouvèrent des libraires ou ilz feirent le pareil et mesmes s'attachèrent aux aultres huguenotz marchans, les pillans et saccagens leurs bouticques. Aulcuns desd. soldatz par force entrèrent es prisons de la court esclesiasticque ou estoient prisonniers lesd. Ysaac Jehan, Giville, Pinchon, Le Fossé et aultres dessus nommez, ausquelz ilz feirent
' Ms. par.
la paour de la mon et aultres menaces en les menasant de les occire; ce que veoians lesdictz prisonniers leur baillèrent tout ce quHlz avoient d'argent pour saulver leurs vies en criant miséricorde. Lesd. soldatz aians eu leur argent les laissèrent la. La nuict ensiiyvant, lesdictz prisonniers furent menez secrectement dans le Vieil Pallaiz pour les saulver de la fureur du peuple. Aud. tumulte se trouvèrent plusieurs gens des ordonnances estans en la ville et y furent veues plussieurs casacques jaulnes qu'on disoit estre de la compaignie du mareschal de Gonnor', Icsquelz aprez le pillaige se retirèrent de lad. ville.
Le luiidy vne dud. mois, a la levée de la court, se trouvèrent grand nombre desd. sedicieux en la court du pallaiz et recommencèrent le tumulte et sedicïons precedans pour empescher la publication d'icelle paix qu'ilz estinioient lors estre publiée. Monsieur de Carrouges y cnvoia le sergent major avec cinquante soldatz de sa compaignie pour faire cesser led. tumulte, lequel fut contrainct se retirer veoiant le grand nombre desd. sedicieux qui luy commandoient qu'ail se retirast. Iceulx sedicieux bien tost aprez s^appai"serent quand ilz entendirent que la court ne poursuivoit plus lad. publication laquelle fut remise jusques a ce qu'on y auroit donné ordre.
Le vendredy ncuf"^^ ^qJ. mois d'avril 1 568, par le commandement dud. sieur de Carrouges et de messieurs de lad. court de parlement, tous les cappitaines, tant des
' Artus de Cossé, fils de René de Cossé, s' de Brissac, et de Charlotte Gouffier, et, par suite, frère du maréchal de Brissac, chevalier des ordres du roi en iSSg, gouverneur des pays d'Anjou, de Touraine et d'Orléans, maréchal de France en ibôj, mort i5 janvier i382. On le désigne d'ordinaire sous le titre de maréchal de Cossé ou de maréchal de Gonnor. 1! fut aussi grand pannetier de France et surintendant des finances.
bourgeois que des soldatz de la ville de Rouen, s'assemblèrent en armes avec leurs gens pour garder les rues et places de la ville et principalement allentourdud. pallaiz qu'il n'y eust esmotion desd. sedicieux pour empescher la publication d'icelle paix laquelle fut publiée a la barre du pallaiz sans contradiction d'aulcune personne, et lors chacun se retira paisiblement ; et touteffois, pour esvitera toutes surprinses, fut contynuée la garde des portes de la ville comme devant, et depuis pour aulcune raison furent changez aulcuns des cappitaines et aultres miz en leurs lieux, le tout paisiblement au contentement d'iceux cappitaines.
Au commencement du mois de juing i568, vindrent quatre compaignies de soldatz pour entrer dans le Viel Pallaiz de Rouen, estans envoies par le Roy pour tenir garnison en lad. ville. Les bourgeois et habitans d'icelle ville leur fermèrent les portes et ne les voullurent laisser entrer, et demeurèrent es faulbourgs quelques jours jusques a ce que le Roy manda aux conseilliers et sindictz de la ville, qui avoient envoyé a Sa Majesté pour quelques affaires publicques d'icelle ville, qu'il ne les orroit en aulcune manière jusques a ce que lesd. compaignies seroient entrés dans lad. ville pour la garde et asseurance d'icelle. Monsieur de Carrouges, gouverneur, et les conseilliers sindictz de la ville veoians ce, pour esviter la sédition du peuple, de nuict secrectement feirent entrer lesd, compaignies par le Viel Pallaiz dans la ville et les logèrent par quartiers es maisons des huguenotz ou ilz se contindrent fort paisiblement et avec grande modestie, et a leur entrée led. sieur de Carrouges leur feist faire profession de leur foy cathollicque '.
' V. sur les difficultés qui surgirent alors et les dangers que courut la ville VInv. somm. des Délibérations, p. 219.
Les huguenotz de la ville qui estoieni cncores absens furent cause des venuesdesd. compaignies, pour ce qu'ilz donnoienta entendre qu'iiz n estoient asscurez des cathollicques qui leur faisoieut, comme ilz disoient, plussieurs esforts des portes de la ville ou ilz en avoient tué grand nombre desd. huguenotz. Mais quand ilz veirentque lesd. soldatz estoient logez en leurs maisons seullemcnt, et les cathollicques maintenuz en leurs libertez, ilz furent foriz fâchez et se repentirent plusieurs d'estre retourné en leurs maisons. Toutesfois il leur convint avoir pacience pour l'hoeure, etc.
Pour evitter aux entreprinses et esmotions que pourroient faire iceulx huguenotz, il fut advisé par la court de parlement et gouverneur de la ville suivant le mandement du Rov que on contynueroït le guet et gardes de la ville et portes d'icelle, et que tous chefz de maisons y assisteroient de jour en personne et de nuict y mectroient leurs gens; et, pour ce que plussieurs des bourgeois s'en excusoient desoy trouver, il fut ordonné par lad. court que en chacune porte se trouveroit de jour ungconseillier d'icelle court pour commander et prandre garde avec lesd. bourgeois et leurs cappitaines et lieutennants sur tous ceulx qui entreroient et sortiroient en lad. ville, dont les huguenotz furent bien fâchez pour ce qu'iiz ne pouvoient plus sortir librement comme ilz faisoient auparavant.
Lesd. huguenotz estans toujours en sollicitude et inquiété espartiz en plussieurs lieux, aud. mois de juing et juillet ensuivant, se assemblèrent en la Picardye soubz la conduicte du cappitaine Cocqueville qui estoict sorty d'Orléans ou il avoit eu charge, et sollicitèrent si bien leurs entreprinses qu'iiz attirèrent avec eulx plussieurs soldatz du Havre' et au Itres garnisons qu'iiz attirèrent I Ms. du Havre soldats.
avec eulx et gaignerent par force d'argent, leur donnant a entendre que tous ceulx de leur alliance avoient desliberé de faire la guerre en Normandye aussy test qu'ilz auroient prins quelque ville ou place [ou] ilz se pourroient retirer prez dudict pays de Normandie, que incontinant ilz seroient secouruz de tous costés. Doncques estans ensemble avec lesd. soldatz jusques au nombre de deux ou troys mil hommes, vindrent surprandre la ville de Sainct Vallery sur Somme dont ilz se saisirent et emprisonnèrent tous les hommes qui estoient dedans, fortz les gens d'esglise quUlz feirent mourir a leur voullonté, et mirent toutes les femmes et entfans hors d'icelle ville. Le Roy adverty de ses nouvelles y envoia le mareschal de Cossé acompaigné des sieurs de Mailly' et Rubamprey^'etaultres cappitaines jusques au nombre de six mil hommes de pied avec quelque nombre de chevaulx, lesquelz trouvèrent les gens du plat pays en armes en grandissime nombre, assiégèrent lad. ville qu'ilz battirent de telle sorte qu'ilz feirent bresche par laquelle ilz entrèrent dedans le dimanche dixhuictiesme de Juillet i 568.
Le dimanche xviij™^ de juillet, les quatre compaignies qui estoient dans la ville de Rouen en garnison se partirent de lad. ville de Rouen(s) pour aller audict siège de
' Faut-il voir sous ce nom René, baron de Mailly, sr de BoUillancourt, etc., fils d'Antoine de Mailly et de Jacqueline d'Astarac, gentilhomme ordinnire de la chambre du roi, chevalier de son ordre, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur de Montreuil, ou François de Mailly, s"" d'Harcourt, fils d'Esme ou Edme de Mailly et de Marie Poulain, tué au siège de la Fère en 1 58o ?
2 André de Bourbon-Vendôme, sf de Rubempré, fils de Jacques, bâtard de Vendôme, et de Jeanne de Rubempré, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur d'Abbeville, mort en juin i58o.
Sainct Vallery, accompaignez de monsieur le comte de Brissac qui y arriva si bien appoint qu'il se trouva a Tassault et prinse de ceste ville devant que lesd. quatire compaignies y faussent arrivez. Ceulx qui estoient dedans s'enfuirent la pluspart, dont plussieurs furent occis par la commune du pays et une grande partye se noierent a la rivière. A Pentrée^ ceux qui furent rencontrez furent miz a mort ; les aultres qui s'estoient cachés furent prins avec leur cappitaine Cocqueville et aultres chefz 5 qui furent menez a Abbeville la ou ilz eurent les testes couppées et icelles envoyées a Paris, etc.
Lesd. huguenotz 4 audict lieu de Sainct Vallery estonna beaucoup les aultres a cause que leur deseing estoict descouvert et rompu qui estoict, comme confessa led. de Cocqueville devant que de mourir, de se fortiflfier aud. lieu de Sainct Vallery et la s'assembler en si grand nombre qu'ilz seroient les plus fortz es parties de Normandye et Picardie et auroient la mer a commandement aisément pour passer de la a la ville de la Rochelle que lesd. huguenotz tenoient encoires, et mesmes de faire venir les Anglois a leur aide quand il leur plairoit, etc.
Iceulx huguenotz, aprez l'eedict de paciffication publié et que leurs reistres furent retournez en leur pays, rendirent la ville d'Orléans et aultres villes qu'ilz avoient
' Timoléon de Cossé, comte de Brissac, lils de Charles de Gossé, maréchal de Brissac, et de Charlotte d'Esquetot, grand fauconnier de France, colonel de l'infanterie française, tué en ibôg au siège de Mussidan, à l'âge de vingt-six ans.
2 Ms. allentrée,
î De ïhou, IV', p. 77, cite parmi les compagnons de Cocqueville, les capitaines Vaillant et S. Arnaud « braves officiers venus de Normandie >'.
4 Passage altéré. Il faut sans doute lire : La défaite desd. huguenotz. . . .
occupez durant le discours de la guerre, fors et réservé lad. ville de La Rochelle qu'ilz ne voullurent rendre a cause, comme ilz disoient, que dans lad. ville d'Orléans on avoit miz grosse garnison de gens de guerre et mesmes que es aultres villes du royaulmelescathollicquesn'avoient posez les armes mais les portoient et gardoient les portes de leurs [villes] et desarmoient par tout lesd. huguenotz et faisoient plussieursexcez a ceulxqui retournoient dans les villes et les contregnoient ' aultrement que l'eedict de paciffication ne contenoit ; dont pour remedieretpourveoir a ce qu'ilz veoient, retindrent lad. ville de la Rochelle que gardoit le sieur de Rochefoucault et aultres leurs chefzde guerre et pour se fortiffier feirent faire l'entreprinse dessusd. de Sainct-Vallery par led. Cocqueville, qui ne vint pas a leur advantaige, comme ilz cuidoient. Le sieurd'Andelot^, devant que la guerre qu'il sentit prochaine fut esmeue, s'en alla [a] la ville de Laval en Bretaigne 5 qui estoict venue a sesenffans parsuccession, soubz coulleur de visiter lad. ville et ordonner de lad. succession avec les aulires cohéritiers de la maison de Laval, mais c'estoict pour estre plus prez d'icelle ville de la Rochelle et pour recepvoir les coiiipaignies qui le debvoient venir trouver quand il seroit besoingt.
Le Roy estant adverty de ses choses et que l'admirai estoict allé en Alemaigne pour faire venir gens en France
1 Ms. contre gnirent.
2 François de Coligny, s^d'Aiidelot, etc., fils de Gaspard deColigny et de Louise de Montmorency, né i8 avril i52i, colonel général de l'infanterie en i555, mort en iSôg. Il avait épousé en 1547 Claude de Rieux, comtesse de Laval et de Montfort, et c'est ainsi que la ville de Laval était venue à ses enfants par succession. 11 était le frère de l'amiral de Coligny et d'Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, cvêque de Beauvais.
3 Au Maine et non en Bretagni;.
pour lesd. huguenotz, ordonna son camp estre dressé a Orléans la ou toutes compaignies d^ordonnances se trouvèrent dans le qjjinz'"^ jour de septembre ensuivant, duquel il bailla la charge a monsieur son frère pour tirer vers le pais de Rochelois et avec luy les sieurs de Marticques, de Monluz et de Damville, et pour obvier aux Aliemans qu'on disoit venir pour lesd. Iiuguenotz, il y envoya le duc dWumalle vers les frontières avec grosse compaignie de gens de guerre pour garder les passaiges, etc.
Le prince de Condé, veoyant l'esfort que faisoitle Roy et craignant d^esire prins la ou il estoict vers le pays de Lyonnais, secrectement se relira avec quelque nombre de chevaux et trouva moyen de passer la rivière de Loyre sans estre apperceu et se saulva avec les autres aud. lieu de Rochelle ou ils commencèrent a desliberer de la guerre.
En Normandie, le comtede Montgommery, aprez s'estre tenu paisiblement quelque temps en ses terres prez de la ville d'Avranches, aiant entendu Testât des choses, aud. mois de septembre assembla les compaignies des sieurs d'Aigneaux, Trassy et aultres de la basse Normandie et se mect sur les champs et de prime face alla [prendre la] ville de Vire qu^il pilla et meist le feu aux Cordelliers, et de la tira vers Argentan, Faillaize et Allençon, pillant et mectant le feu par tout, brusla Tabbaye de Sainct Martin de Seez et feist plussieurs excez audict pays et principalement sur les gentilz hommes catholicques.
D'aultre costé, au pavs de Caux, le cappitaine la Moissonniere' assembla quelques gens qu'il [vouloitj faire
I Le hef de la Moissonnière qui appartenait aux Blondel ( V. plus loin, p. 355) se trouvait dans la paroisse de Lintot (vicomte de Caudebec, sergentcrie de Bolbec.) V. Registre des Fie/s et Arrière-
passer la rivière de Seyne pour se joindre avec ledict sieur de Montgommery, maiz il fut empesché de son entreprinse pour le bon ordre qu'i donnèrent les sieurs de Carrouges et la Meilleraye et Breaulté', lesquelz feirent prandre et arrester tous les basteaux estans sur lad. rivière de Seyne et garder aux villes de Rouen, Caudebec et Pont de l'Arche, etc.
Au mois de janvier (568, le cardinal de Chastillon, Arles aultrement dict le sieur de Ligny, Teilligny- et aultres envoyez par le prince de Condé et l'admirai soubz saufconduict du Roy, vindrent au boys de Vincennes pour traicter de la paix. La, de la part de sa majesté leur turent proposez deux conditions principalles pour parvenir a la paix, c'est assçavoir que lesd. princes, admirai et tous les aultres de leur party eussent a poser et mectre les armes bas et qu'ilz vinssent tous demander [pardon] a Sa Majesté, et qu'il pardonneroit a tous ceulx qui avoient porté les armes contre Sad, Majesté tant a la bataille de Sainct Denis que aillieurs, fors et réservé [ceulx] qui avoient prins les armes contre luy le jour de Sainct Michel a l'assemblée de Meaux, lesquelz n'entendoict
Fiefs du Bailliage de Caux en iSo'i, publié par M. A. Beaucousin, p. 195.
' Adrien II, sire de Bréauté, fils d'Adrien le' et de Jeanne de la Haye, chevalier de l'ordre du roi, membre de son conseil privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, colonel général des arrière-bans de Normandie, vicomte hérédital de Hautoten-Auge, lieutenant pour le roi au pays et gouvernement de Normandie, mort en juin i6o5.
2 Charles, s"' de Teligny en Rouergue, de Lierville, du Ghâtelier et du Monstreuil-Bounin, gentilhomme ordinaire du roi, lieutenant de la compagnie de l'amiral de Coligny, dont il épousa la tille Louise en mai 1571.
comprandre au traicté de la paix, jusques a ce quMlz se feussent justiffiez pour ce faict. L'aultre article estoict que le Roy voulloit qu^ilz restablissent tout ce qu'ilz avoiem desmoly, ravy et prins et le remissent en son esta[t] deu, lesquelles conditions ilz ne voullureni recepvoir, ains demandoient a avoir presches et vivre(s) en leurs maisons selon leur conscience, et que Sa Majesté remis et oubliast toutes choses passées sans demander pardon, n^aiantz, comme ilz disoient, aulcunement Sa Majesté offencé, et que de remectre les choses en son premier estât et deu ne leur estoict possible. Doncques aprez avoir esté quelque temps aud. lieu de Vincennes, furent renvoyez sans riens faire et fut la charge au senechal d'Agenesiz de les faire reconduire jusques au lieu dont ilz estoient venuz, et sur ce fut la paix faillye a faire. Le Roy alors commanda au prevost de Paris que incontinant il feist saisir et prandre et vandre les biens des huguenotz estans. a Paris, ce qui fut faict pour lors assez doulcement et sans tenir trop grande rigueur ausd. huguenotz, estans supportez plussieurs d'iceux des cathollicques leurs parens et alliez. Semblablement en fut faict a Rouen ou ilz ne furent pas plus mal traictez.
Le prince de Condé et ses alliez estans a Lespiney vers Chalon en Champagne, aprez le retour desd. cardinal de Chastillon' et ses compaignons, estans advertizquele Roy assembloit grandes forces pour aller contre eulx, deslogerent dud. lieu et tirèrent a Bar et de la vint recepvoir
I Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, fils de Gaspard de Coligny et de Louise de Montmorency, né le lo juillet i5i5, archevêque de Toulouse, évèque et comte de Beauvais, cardinal en 1 553. 11 adopta les doctrines des protestants et épousa Elisabeth de Hautcville, dame de Lore. Il mourut en Angleterre le 14 février 1571. Il était frère de l'amiral de Coligny et de Dandelot.
six mil reistres' que Tadmiral avoit praticqués en Allemaigne aveclesquelzil s'achemina vers Geinville^ et print son chemin par laBourgongne pour se venir joindre avec grand nombre de Provensaulx et Bourguignons qu'on estimoit Jusques a huict mil hommes de pied qui venoient de Provence et Bourgongne. Le camp du Roy poursuivit lesdictz prince et ses gens lesquelz ne voullurent oncques attendre maiz fuyoient devant led. camp fuyans et destruysans le pays par ou ilz passoient, en sorte que ceulx du camp du Roy qui les suivoient contynuellement sans les perdre guieres de veue, ne trouvoient? plus souvant riens par ou ilz passoient, tellement quUlz eurent lors de grandes nécessités, tarit par les ruynes que faisoient lesd. reistres queaussy pour le mauvaiz temps de la saison qui estoit fort pluvieux.
Au mois de febvrier i Sôq, esmotion en Normandie par les huguenotz excitez au pays de Caux par Jehan de Canouville, sieur de Raffetot4, Pierre et Loys dictz Blondel, sieur[s] de la Moissonniere, et aultres chefz d^iceulx huguenotz. Secrectement avoient esté emblez les clefz des portes de la ville et les moulles d'icelles prins et baillez a ung serrurier de la faction pour les contrefaire, et par ce moyen les huguenotz d^celle ville debvoient a certain jour faire leur esfort et ouvrir les portes et recepvoir dedans lesd. aultres huguenotz acompaignez de
' Ce renfort était amené par le comte palatin Jean-Casimir.
? Joinville, ch.-l. de canton de l'arr. de Vassy (Haute-Marne).
5 Ms. tronvans.
4 Jean de Canouville, troisième du nom, sr de RafFetot, d'Auzouville-l'Esneval et de Boscherville, fils de Pierre de Canouville et de Renée Chauvin, dame d'Ausouville-l'Esneval et d'Auzouville-sur- Bacqueville. 11 épousa, par traité du i5 janvier i536, Antoinette de Rouvray de Saint-Simon, petitc-fillc du chancelier Du Prat.
leurs complices espartiz en divers lieux qui tous avoient le mot du guet. Aultant en debvoient faire au Havre de Grâce et avoient la promesse d'ung soldat dud. lieu qui debvoit faire aud. jour la sentinelle et les recepvoir secrectement avec eschelles par certain endroict facille a occupper. Le tout descouvert, monsieur de la Melleraye en advertit monsf de Carrouges estant a Rouen qui luy envoya ung bon nombre de bourgeois et soldatz estans dans Rouen esquippés en guerre, lesquelz partirent de nuict pour aller trouver led. sieur de la Meilleraye; maiz devant qu^ilz arrivassent, ledict sieur de la Meilleraye avoit esté à RafFetot dont s^estoict party en dilligenceled. sieur de Canoville ayant laissé quelques gens pour la garde de sa maison, lesquelz il print et les envoya prisonniers a Caudebec pour faire leur procez; depuis ilz furent admenez a Rouen et furent penduz sept d'iceux au Viel Marché, Lejeudy x'^e dud. mois, ledict de Canoville fut condampné a estre decappité par effigie et lesd. sieurs de la Moissonnerieaussy condamnez a estre penduz par effigie pour n'avoir peu estre appréhendez au corps et leurs biens confisqués au Roy comme convaincuz de cryme de laise majesté.
Le dimanche xxvij^^e dud. mois de febvrier i 569, le maréchal de Cossey, dict de Gonnor, envoyé par le Roy pour gouverneur et lieutennant gênerai en Normandye soubz Taucthorité de monsieur d'Anjou, frère du Roy, gouverneur dud. pays, entra a Rouen sur le midy par la porte de Martinville et s^en alla loger a la maison du Bourgtheroulde au Marché aux Veaux et le jeudy ensuivant sa commission fut leue au parlement de Rouen, etc.
Le samedy cinquiesme de mars \56q, furent decappitez au Viel Marché de Rouen les sieurs de Lineboeuf et
de Canteville' par sentence et arrest de la court de parlement et leurs enffans et héritiers déclarez inobles pour avoir esté accusez et convaincuz de la trahison qu'ilz avoient voulleu faire avec les huguenotz de livrer aux Angloiz et fugitifz les villes du Havre et de Dieppe.
Le lundy xix"ie jud. mois de mars oud. an 2, fut chanté en resglise Nostre Dame de Rouen Te Deum laudamus par le commandement de monsieur le mareschal de Cossey, gouverneur, environ les neuf a dix heures de matin, ou se trouvèrent messieurs de la court de parlement en robbes noires. Messieurs du chappitre de Rouen prindrent toutes les riches chappes pour solempniser la feste, a cause de la victoire donnée au Roy sur les huguenotz et de la mort du prince de Condé ; et fut advisé par messieurs du chappitre que le Te Deum seroit deschanté en la nef d'icelle esglise ou on avoit préparé ung lieu pour ledict sieur gouverneur et places pour les sieurs de la court, pour plus grande solempnité et au contentement du peuple qui affluoit de tous costez, ainsy qu'on avoit faict a la publication de la paix entre le ray Henry et le[roy] Philippe d'Espaigne, ce qui. [fut] empesché par ladicte court qui voulust qu'il fut chanté en coeur.
Les huguenotz fugitif[s] estans en Angleterre solicitoient par tous moiens a eux possibles les Anglois de leur donner aydeet les secourir et d'esmouvoir guerre en France pour empescher les cathollicques, et si emploi[oi]t de
' François Martel, sr de Lindebeuf, fils de Charles 1er Martel, s' de Basqueville. — Jacques de Malderrée, s"" de Catteville. V. sur les faits qui amenèrent le supplice de ces deux personnages : M. A. Hellot, Essai historique sur les Martel de Basqueville, etc., p. 184- 193. L'arrêt qui les condamna est donné p. 188-190.
2 Le Te Deum fut bien chanté le 19 mars, mais ce jour était un samedi.
tout son pouvoir le cardinal de Chastillon, en sorte qu'ilz obtindrent que xxx navires bien esquippés en guerre se partiroient de la rivière de la Tamise et xij aultres de la rivière de Cauchester' avec ceulx de Cornouaille qui se debvoient trouver avec les aultres jusques au nombre de cinquante navires en tout et deux navires de la royne d'Angleterre avec plussieurs vaisseaux et moindres navires chargez de gens, pouldres, boulletz et aultres munitions de guerre prinse[s] aU magasin de la royne secrectement, et tous lesdictz navires se debvoient trouver a Plainmouth ou Plenme en Cornouaille^ ou estoient appareillez cinq cents bœufztuez et salles pour mectre dans lesd. navires avec grand nombre de bledz et farynes et aultres vivres, pour envoyer a la Rochelle aux frères de leur relligion pour leur ayder sans faire semblant que la royne dWngleterre s'en meslast ; et fault notter que sans Payde desdictz Anglois, les huguenotz estans vers la Rochelle eussent eu beaucoup a souffrir. Cependant lesdictz Anglois cuidoient faire acroire au Roy et a son conseil qu'ilz n'entreprandroient aulcunement la guerre contre luy, mais qu'ilz se tenoient prestz sur la mer pour se garder du roy d'Espaigne et des Flammens leurs ennemys.
Le ij de May i 569, fourtune grande advenue en la maison de Tabbaye de Vallemont assise devant l'église de Sainct Lo de Rouen aux nopces de M« [Jehan] le Roy, sieur de Heudreville' en la basse Normandie, nouveau con-
' Golchester, port d'Angleterre, sur la mer du Nord, ch.-l. du comté d'Essex, à 80 kil.. nord-est de Londres.
2 Plymouth, port militaire sur la Manche, au sud-ouest de l'Angleterre, dans le comté de Devon. —C'est sans doute à cause de la difficulté de lire la première syllabe de ce nom, qu'il ne connaissait pas, que le copiste a ajouté ou plenme.
J Jean Le Roy, sr de Heudreville, reçu avocat au Parlement de
seiller en parlement, [et] de la tille de monsieur M« Robert GoHppil, sieur du Parquet', présidant des requestes du pallaiz, ou furent bruslezen la salle delà feste plusieurs personnes ^ tant hommes que femmes et enffans et des principaux par inconvénient du feu qui se print en lad. salle;. Le dimanche dixneuf™^ de juing oud. an m.v« lix,
Rouen, 6 juillet iSôy, nommé conseiller par lettres du i^r décembre i568, reçu le 5 février 1569.
1 Robert Le Goupil, s'' du Parquet, lieutenant général à la table de marbre du palais, lettres du 10 décembre i543, par résignation de soH père Pierre Le Goupil, puis président de la chambre des requêtes, lettres du g juillet i568, reçu le 4 août de la même année.
2 « M. Le Febvre remarque que, le 2 de may i56g, les nopces du dict Le Roy et de la fille de Me Robert Le Goupil, lieutenant de l'amirauté en la table de marbre, furent faictes en la sale de Valmont près Saint-Lô, et le feu ayant pris en cette sale grand nombre de personnes y furent bruslez. « Bibl. de Rouen, ms. fs. Martainville, Y 24, t. II, i" p., f. 173 vo.
î A propos d'un incendie qui eut lieu dans l'église de Saint-Lô, Hercule Grisel rappelle dans ses Fastes de Rouen, les incendies mémorables qui désolèrent cette ville, et, en premier lieu celui qui éclata dans l'Hôtel de Valmont, à la suite d'un banquet et au milieu d'un bal donné pour la célébration d'un mariage. (V. Les Fastes de Rouen, poème latin par Hercule Grisel, publié par M. F. Bouquet, trimestre d'été, v. 217-230, ex Nouveaux documents sur Hercule Grisel et les Fastes de Rouen, par M. F. Bouquet, 1878, p. 22-36 et 48-54.) Jean Vauquelin de la Fresnaye a composé trente-trois sonnets et un tombeau sur ce triste événement (V. t. II, p. 681 de ses œuvres publiées par Julien Travers, Caen, 1870). Il nous y fait connaître le nom de deux des victimes, Madeleine de Bailleul, fille de M. de Bailleul du Renouart, et Mlle de La Moricière. Au nombre des victimes fut encore Nicolas Gosselin, parent des Goupil, qui avait exercé la charge de lieutenant-syndic des Etats de Normandie de i52g jusqu'à son décès et auquel son fils Jean, s' de la Vacherie, succéda jusqu'en i588. — D'après Vauquelin de la Fresnaye, t. Il, p. 681 et 692, ce sinistre eut lieu le 4 mai.
monstres gencralles a Rouen par le commandement de monsieur le maréchal de Cossé.
Et aud. mois ledict sieur mar[e]chal commença a faire fortiffier la ville de Rouen ou il feit emploier grand nonbre d'hommes et femmes aux fosses, lesquelz remeirent plus de terres en bref temps qu'on n'avoit faict auparavant en plusieurs années, et estoient baillez ausd. pionniers des mereaux tellement que celluy qui plus en faisoit gaignoitplus que les aultres'.
Le chasteau de Lassé- en la basse Normandie que occuppoient aulcuns huguenotz gens de guerre et Pavoient fortiffié et muny d'armes et vivres dont ilz faisoient plussieurs coursses et pilleryes sur les cathollicques qu'ilz guectoient et admenoient prisonniers ausd. chasteau, lequel assiégé et battu d'artillerie jusques a fa^re brèche et prins par monsieur de Matignon? par composition, les vies saulves seullement pour evitter le desespoir desdictz huguenotz et fureur 4 ou ilz estoient et pour craincte de la perdition de ses soldatz.
Monsieur de Brissac ayant assiégé le chasteau de Mus-
1 Sur les travaux exécutés pour fortifier la ville et les dépenses qui en résultèrent, voir les délibérations municipales des 28 juin, i3 juillet, 2 août, 16 et 27 septembre et 19 octobre iSôq. Inv. somm. p. 120-I2I.
2 Lassay, ch.-l. de canton de l'arr. de Mayenne, à 20 kil. nordouest de cette ville.
i Jacques de Matignon, comte de Thorigny, fils de Jacques, sr de Matignon, et d'Anne de Silli, conseiller du roi, capitaine de cinquante lances de ses ordonnances, lieutenant général de la province de Basse- NormanJie, maréchal de France, 14 juillet 1579, chevalier des ordres du roi, 3i décembre 1579, gouverneur de Guyenne iSSq, décédé 27 juillet 1597.
4 Ms. furent.
sidan' et ayant icelluy ba.ttu et faict brescheet en approchant de lad. brèche pour remarquer icelle, fut occiz dMn coup de harquebuse par la teste dont fut grand dommaige, car il promecttoit grand chose estant si hardy entreprenant en sa jeune aage. Son corps fut deppuis apporté a Paris pour estre enterré.
En celluy mois de juing et juillet ensuivant, plusieurs des messieurs de la court de parlement de Rouen, (de) presidans et conseilliers commissaires [furent] depputez pour informer des rebelles et conspirateurs contre le Roy et la relligion cathollicque et principallement des officiers royaulx de la prétendue relligion resformée dont plus- ' sieurs furent destituez de leurs offices et icelles declairées vaccans et miz en la main du Roy.
Le xxiiij"'e de juillet oud. an, Gaspard de Colligny, admirai, avec son armée de huguenotz assiégèrent la ville de Poitiers, laquelle fut desfendue par monsieur de Guyse^ qui entra dedans avec quelque nombre de gens de cheval, et fut contynué le siège par lesd. huguenotz Jusques au sizie™^ jour d^auost qu'ilz se deppartirent pour venir au devant du camp des cathollicques que conduisoit Monsieur le duc d'Orléansqui battoit la ville de Chastelleraud, etc.
Led. sieur maréchal de Cossey, pour contynuer les fortiffications par luy encommencez a faire es fossez de la ville, ordonne que les deniers déposez et miz en garde par ladicte ville seroient prins et empruntez pour ledict ouvraige et furent les huguenotz d'icelle ville de Rouen
' Mussidan, ch.-l. de canton de l'arr. de Ribérac (Dordogne).
2 Henri, duc de Guise, dit le Balafré, fils de François de Guise et d'Anne d'Est, né 3i décembre i55o, assassiné à Blois, 23 décembre i588, par ordre de Henri III.
cottizez en plussieurs et diverses sommes pour lesd. réparations.
Ambassadeurs d^ Angleterre envoyez en France parlementent avec led. sieur maréchal touchant les navires et marchandises arrestées tant d'une part que d'aultre, sont renvovés avec deux bourgeois de la ville de Rouen a ce depputez pour aller en Angleterre par devers la Roy ne et son conseil pour cest affaire.
Le lundy premier jour d'auost i56g, led. sieur maréchal estant mandé par le Roy se partit de Rouen pour aller trouver Sa Majesté au camp qu'on alloit lever a Chartres, et se partit avec luy le sieur de Carrouges et laissa le gouvernement de la ville a monsieur le premier président.
L'admirai assiégea la ville de Poitiers qu'il feist battre et y faire bresche par plussieurs jours, laquelle fut bien desfendue par monsieur de Guyse et ses gens, de sorte qu'aprez plussieurs combatz et perte de grand nombre de reistres et huguenotz, il feust contrainct de lever son siège et se retira.
Le xxiiij'"^ dud, mois d'auost, jour et feste sainct Barthellemy, fut faicle a Rouen une procession generalle ou assistèrent messieurs de la court de parlement en robbes rouges, messieurs de l'hostel de la ville, les lieutennantz criminel de bailliage et gênerai de viconté, ou il y eult quelque différend pour qui precederoit ou led. lieutenant crymynel, ou led. Caron lieutennant particullierdu bailly, en l'absence du lieutennant gênerai Brevedenf. Fut dict que l'ordre antien seroit gardé dud. hostel de ville ou le lieutennant cyvil presidoit comme juge polliticqueet que
I Jacques de Brevedent, conseiller au parlement de Rouen, l'y'i^, lieutenant général civil et criminel au bailliage de Rouen en 1547, décédé le i5 août i58o.
led. Caron lieutennant particullier prefferé aud. lieutennant cryminel. Et pour ce que ledict jour estoict la procession acoustuméea faire au monnastere de Sainct Ouen, fut ordonné en chappitre qu'on diroit la messe de Sainct Barlhellemy a sept heures et qu'aprez icelle on iroit en ordre de procession generalle a Sainct Ouen ou d'arrivée il y auroit sermont, lequel finy on feroit la procession acoustumée, ce qui fut faict, et y assistèrent tant a la procession que a la messe lesd. sieurs de parlement en robbes rouges.
Le xlii)"^' de septembre i 569, en la court de parlement a Paris, fut donné arrest contre Gaspard de CoUigny, cy devant seigneur de Chastillon,chevallier de Tordre du Roy et admirai de France, exécuté led, jour, par lequel il fut privé de tous ses estatz et honneurs et condempné a estre. . . ' et que [a] icelluy ou ceulx qui representeroient ledict de Colligny au Roy ou a justice seroit donné et délivré la somme de cinquante mil escuz d'or soleil a prandre sur Fhostel de la ville de Paris et aultres villes de ce royaulme, et que encores ceulx qui representeroient ledict de Colligny, feussent adherans et complices de la rébellion et conspiration contre Pestât du Roy et son royaulme, neantmointz oultre ledict don de 1. m. escuz, leur seroit l'offense par eulx commisse pardonnée, quictée et remise sans qu'ilz puissent estre aulcunement poursuyvis ny eulx ne leur postérité.
Le xiiij"^^ dud. mois de septembre, en lad. court de parlement de Paris, pour aultant que par led. arrest estoict simplement ordonné que ledict prix seroit baillé et lad. grâce faicte a ceulx qui representeroient le dict de
I «... pendu et estranglé a une potence, qui pour ce faire sera mise et dressée en la place de Grève, devant l'hostel de la ville de Paris » Arrêt du Parlement du i3 septembre i56g.
Colligny (ny) sans exprimer vif ou mort, plussieurs seroient entrez en doubte sy, en représentant led. de Colligny mon et non vivant, ledict prix seroit baille et lad. grâce faicte suyvant led. arrest, fut declairé qu'a celluy ou ceulx qui representeroient ledict de Colligny au Roy ou a sa justice vif ou mort, de quelque qualité, condition, nation ou party qu'ilz feussent, subjectz du Roy ou estrangiers, domesticques, familliers dud. de Colligny ou non, auroient et leur seroit délivré lad. somme de cinquante mil escuz d'or sol. et jouiroient de la grâce et pardon porté par led. arrest'.
Le dimance x\']^^ de septembre iSôg, procession generalle a Sainct Vyvien par le clergé.
Le mecredy xviij"'® d'icelluy mois de septembre i56g, procession generalle a Sainct Ouen ou assista la court de parlement en robbes rouges avec monsieur de la Meilleraye, gouverneur en Tabsence de monsieur deCarrouges, lequel sieur de la Melleraye en ladicte procession marchoit entre le premier et second président et fut porté la chasse Sainct Sever.
Les huguenotz soubz la conduicte de monsieur de Senerpont s'assamblerent grand nombre vers la Picardye et cuident esmouvoir la guerre en Normandye pour empescher le camp du Roy qui estoict vers Poitiers. Led. sieur de la Melleraye adverty de ces choses y remedye et envoyé gens, etc.
Raffetoi et la Moissonniere avec plussieurs leurs complices huguenotz s'assemblèrent en la basse Normandye
' Les deux arrêts rendus par le Parlement de Paris contre Coligny à la date du i3 et du 28 septembre 1569 ont été réimprimées dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, \" série, t. VI, p. 377-381.
et pillent les cathoUicques. Led. sieur de la Melleraye les poursuit avec plussieurs harquebuziers de Rouen.
Le jeudy xxviij""' dudict mois de septembre iSôg, fut decappité a Rouen le cappitaine de Hambures.
Le vj-n* d''octobreaud. an 1 5 69, de matin, aprez la grande messe ou assista la court de parlement en robbes rouges, la court des generaulx, l'hostel de ville de Rouen, toutes les cloches de lad. esglise sonnans au grand rejouissement du peuple de la ville pour lad. avoir receu lettres de monsieur d'AUençon comme le camp du Roy avoit eu la victoire des ennemys huguenotz et led. Gaspard de Colligny estre prins vif et constitué prisonnier.
Le vendredy vijme dud. mois, furent receuz lettres du Roy reyteratives de ce que dessus par lad. court et eschevins de Thcstel de ville, par lesquelles leur estoict mandé qu'ilz feissent faire feux de joye, sonner l'artiglerie de la ville et tous aultres signes d'allégresse avec actions de grâces et prières a Dieu de ce qu'il avoit eu la victoire de ses ennemys et rebelles qu'il avoit miz en route, dont il estoict demeuré sur le camp de mortz jusques a xij mil hommes ou environ, la pluspart de l'infanterie desd. ennemys, et le reste des gens de cheval estoient en fuyte qu'on poursuivoit, et pour ceste cause messieurs dud. hostel de ville feirent faire ung preparatif de boys au millieu du cymetiere de la grande esglise du consentement de messieurs du chappitre de ladicte esglise, et feirent [déchanter] en musicque par les chantres et enfans de coeur d'icelle église Te Deum laudamus ou assistèrent le premier président avec les dessusd. et grandissime nombre de gens en armes ; aprez laquelle décantation et aultres notables ceremonnyes observées, led. boys fut allumé et y meist le premier le feu led. premier président tenant une torche allumée et ung canseillier de la court et le lieuten-
nant gênerai aprez luy, et fut tiré grand nombre de harquebusades en allumant led. feu, avec toute Tartigliere de la ville qui feist ung grand bruict avec les cloches de lad. esglise qui sonnèrent en bon ordre, George d'Amboise première, et aprez icelle cessée les aultres cloches sonnans le carrillon qui se faict le jour des Roys, chose fort mélodieuse a ouyr auquel spectable assistoict une infinité de peuple qui y arrivoient de toutes partz.
Messieurs du Chappitre, pour décorer led. acte et le rendre plus solempnel, feirent mecttre en haste sur le m* portail de l'église certain nombre de fallotz de pappier avec des chandelles tant hault que bas en bonne ordre qui sembloient au peuple quand ilz les regardoient lanternes arengées Tune prez Taultre, avec xij gros fallotz ou flamboys qui rendoient grande lumyere.
Cella faict, par toutes les rues de la ville, furent faictz feuz de Joye et toutes les cloches des parroisses sonnans toutes divers s-ons.
Le dimanche ensuyvant, fut faicte procession generalle a Sainct Ouen et porté la chasse sainct Roumain, ou assista lad. court en robbes rouges et l'hostel de ville et aultres comme a la dernière procession.