Deux comédies turques
Jes Arabes, les Turcs et les Persans connaissent-ils le theatre et possedent-ils une litterature dramatique? Si I'on entend par Id le theatre tel que nous le comprenons en Europe, avec des decors et des costumes, des acteurs dont c'est le metier de representer des, pieces, et des pieces ecrites pour amuser ou emouvoir le public, si c'est la ce qu'on entend par theatre, on peut dire que les Orientaux musulmans ne le connaissent pas.
En Turquie, a part quelques traductions de comedies francaises empruntees
INTRODUCTION
generalement a Moliere ', a Sardou ou a Dumas; apart quelques plates imitations de nos comedies et de nos drames europeens, parues pour la plupart en feuilletons dans les journaux de Constantinople, nous ne trouvons guere d'autre spectacle populaire et original que Qara-Gueuz l , le Polichinelle de I'Orient musulman, et un certain nombre de farces et de bouffonneries, sans la moindre pretention litteraire. Les pays de langue arabe ne sont pas mieux partages, et c'est encore Qara-Gueu^ qui fait les delices de la populace e'gyptienne, tandis que les hautes classes et les membres des colonies etrangeres vont ecouter les operas italiens ou franc ais. En Perse, nous trouvons quelque chose de mieux : un theatre vraiment national et qui tient, pour ainsi dire, au cceur meme de la patrie. Mais, il y a loin des drames religieux de la Perse moderne a Videe qu'on se fait en Europe d'un drame ou d'une comedie.
Les Persans en sont encore aux spectacles de nos aieux, aux farces et aux mysteres du Moyen-Age; leur art dramatique est un art enfant, ce qui ne Vempeche pas
i. Moliere a ete traduit en turc sous la direcrection de S. E. Ahmed Vefiq pacha, ancien grand vizir; la traduction a conserve une partie des qualites et des merites de I'original.