‹ Deux comédies turquesChapitre 2 sur 146 · Qara-Gueu^, en turc : ceil noir · texte numérisé non relu

Qara-Gueu^, en turc : ceil noir

INTRODUCTION

d'etre fort remarquable dejd, et ce qui le rend pent etre plus curieux a etudier.

Nous allons jeter un rapide coup-d'ceil sur les divers genres de spectacles de I' Orient musulman, avant de presenter au lecteur les comedies dont nous lui offrons la traduction.

Pendant longtemps, les ta'zies ', on drames religieux de la Perse, ont ete presque ignores du public europeen. Les Orientalistes avaient dedaigne de s'en occuper, et les quelques voyageurs qui en avaient fait mention, s'etaient bornes a tine description rapide de ces spectacles. Pour la majeure partie des lecteurs europeens, le petit volume de M. A.

Chod\ko - a ete une revelation.

Cependant, dans son remarquable ouvrage sur les religions et les philosophies dans I'Asie centrale \ M. le comte de

i. Le mot ta'^i'e signifie, en arabe, condolean- Ces, lamentations sur la mort de quelqu'un.

2 Theatre persan, choix de teazies ou drames, traduits pour la premiere fois du persan, par A. Chodzko. Paris, Ernest Leroux, 1S78.

3. Les religions et les philosophies dans I'Asie centrale, par M. le comte de Gobineau, ministre de France a Athenes. Paris, Didier, i8o5, p. 405 et suiv.

INTRODUCTION

Gobineau s'etait deja occupe de ce sujet et il nous avait donne une traduction pleine de vie et de couleur d'un mystere persan « Les noces de Kassem. »

Un fait a noter tout d'abord, c'est que ce mouvement dramatique est recent en Perse : il remonte a peine aux premieres annees de ce siecle, ou a la fin du siecle dernier. Mais, avant d 'examiner les ta\ies au point de vue de la forme litteraire, il nous faut rappeler rapidement les evenements historiques qui enforment le theme et le sujet invariables.

Mahomet etait mort sans avoir designe son successeur. II n avait point de fils. 11 ne laissait qu'une Jille, Fatima, qu'il avait mariee a son cousin Ali, fils d'Abou-Taleb, le premier Arabe qui eut embrasselafoi de l Islam et, de tous ses disciples, le plus ardent, le plus genereux, le plus devoue. Le principe d'heredite plaisait peu a la race arabe et, malgre quelques hedis ' inventes apres coup, Mahomet ne parait pas avoir songe a assurer le khalifat a sa famille. En

i. Traditions concernant les paroles ou les actes du Prophete.

INTRODUCTION

tout cas, ce que Mahomet avait bien souvent affirme, c'est sa vive affection pour son cousin, la haute estime qu'il avait de ses vertus et de son courage. II le placait au-dessus des autres Ansars 1 et n'enfaisait pas mystere. Si la parente die Prophete n'etait pas auxyeux des Arabes un titre suffisant a sa succession, Ali pouvait certainement y pretendre par son propre merite. Cependant, quand Mahomet mourut, ce nest pas Ali qui he'riia de son pouvoir : il ne monta sur le trone du khalifat que vingt-trois ans plus tard, en Ian 35 de I'hegire, apres les regnes d'Abou-Bekr, d'Omar et d'Osmdn.

Ses partisans etaient asse\ nombreux, mais, le caractere de leur chef etait peu fait pour lui assurer le succes.

A li nest pas un de ces A rabes des premiers temps de I' Islam, ar dents sans doute dans leur foi religieuse, mais plus ardents encore au pillage des infideles :

c'est un veritable chevalier du Moyen- Age, un preux qui ne consulte que Dieu et son honneur. II y a dans les Prairies d'or ~, un portrait d'Ali tres-curieux et

i. Compaguons de Mahomet, et ses freres d'armes dans ses combats contre les Arabes idolatres.

2. Macoudi, Les Prairies d'or, texte et traduction par M. Barbier de Meynard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de Couneille), tome IV, p. 441 et suiv.

INTRODUCTION

tres-bienfait. Macoudi est favorable aux Alides; peut-etre meme n'est-il au fond qu'un chiite > deguise, mais, le portrait qu'il nous trace du gendre du Prophete est trop vraisemblable pour ne pas etre veridique. Ce chapitre de Macoudi jette une vive lueur sur I'histoire de ces temps troubles; on comprend facilement, apres I' avoir lu, pourquoi Ali eut si peu de fortune aupres des Arabes et pourquoi il en eut une si merveilleuse aupres des Persans. C'est que,plein d'idees genereuses et de tendances mystiques -, il ne pouvait guere etre compris des Arabes de son epoque. Macoudi nous le montre preoccupe sans cesse de la vie future et dedaigneux des richesses de ce monde, poursuivi par une pensee melancolique et par le pressentiment de sa fin malheureuse. — « monde, disait-il 3 , seduis un autre que tnoi! Estce moi que tu peux attaquer? Que me Jont tes seductions?

Va,fuis loin d'ici! Ton heure n' est pas encore venue. Je te repudie trois fois (formule du divorce) et sans retour.

I. Chiite, seclateur d'Ali : les Chiites regardent Ah comme le legitime heritier du propliele et rejetient, comme usurpateurs, les trois khalifes, Abou -Bekr, Omar et Osman.

■2. On sait que c'est Ali qui inventa, pour ainsi dire, l'explication allegorique du Coran, dont le livre saint a si souvent besoin.

Page 1