ACTE IlEUXIEME
: Aga-Merdan. — Aga-Kerim, envoie quelqu'un au bazar acheter pour mes enfants quatre portions de riz et de kebab 31 , ainsi que de la glace et du sorbet au citron. Qu'il y ait un supplement de kebab, parce qu'ils ont grand'faim.
Qu'on en prenne beaucoup , n'est-ce pas ?
Un soldat. — Pourquoi prenez-vous cette peine, seigneur? Nous irons, nousmeme, au bazar, et nous y mangerons un mcrceau.
Aga-Merdan. — Quelle peine est-ce done, mon cher ami? Cest l'heure du dejeuner : pourquoi voudriez-vous quitter ma maison a jeun et affames? Par Dieu! cela va bien comme je dis.
Le soldat. — Seigneur, que desiriezvous de nous?
Aga-Merdan. — Pas grand'ehose, mon enfant : je veux seulement vous faire une petite question.
Le soldat. — Parlez, seigneur : deux, si vous voulez.
Aga-Mkrdan. — Est-ce vous qui avez enseveli feu Hadji-Ghafour?
Le soldat. — Oui, seigneur, c'est nous qui l'avons enseveli. Pourquoi?
Aga-Mkrdan. — Ah! je vous felicite de votre generosite. Votre presence est toujours un grand bonheur, non seulement parce que vous etes les defenseurs de l'lslam, mais aussi parce que vous rendez service a tout le peuple dans les jours de de'tresse. Pendant le cholera, il ne restait pas ame qui vive dans la ville : seuls, vous ne l'avez pas quittee, ayant fait d'avance le sacrifice de votre vie. Que la Ties Sainte Majeste Divine vous en recompense dignement! —Mais, mon his, avez-vous bien vu Hadji-Ghafour vivant?
Le soldat. — Oui, seigneur, nous l'avons vu vivant.
Aga-Mkrdan. — Dans ce cas, vous avez vu aussi, a ses cotes, son petit enfant au maillot, qui etait alors age d'un mois?
Le soldat. — Non, seigneur, nous ne l'avons pas vu.