ACTE DEUX1EME
Aga-Merdan. — Peut-etre etait-il, a ce moment-la, dans les bras de sa mere?
Le soldat. — Non, seigneur, nous avons demande a Hadji-Ghafour combien il avait d'enfants, fils on filles, grands ou petits, et il nous a repondu qu'il ne laissait qu'une soeur.
Aga-Merdan. — G'est possible : il n'a pas compte son tils parce que c'etait un petit enfant d'un mois seulement. Mais, Tenfant etait alors dans les bras de sa mere; d'autres que vous l'y ont vu, et je croyais que vous l'aviez vu aussi. II n'y a pas de mal ; c'est bien. Mais, dans ce cas, quel temoignage ferez-vous? Car vous savez qu'il y a un proces entre les heritiers au sujet de la succession ?
Le soldat. — Nous temoignerons de ce que nous avons appris. L'avocat de la sceur de Hadji-Ghafour nous a deja interroges sur ce point, et nous le lui avons confirme.
Aga-Merdan. — Ah ! je comprends maintenant pourquoi vous parlez ainsi :
2 If)
c'est parce que les discours de ce miserable impie out fait impression sur votre esprit. C'est pour cette raison que vous niez l'existence de l'enfant. II vous a certainement promis pout cela unevingtaine de tomans, etil vous en aavancela moitie.
Le soldat. — Non, seigneur, il ne nous a pas promis une obole, et meme, quand nous lui avons demande un petit cadeau, il nous a re'pondu qu'un temoin doit etre desinte'resse et que c'est de Dieu seul que nous devons attendre notre recompense 3i .
Aga-Merdan. — Oh ! le maudit ! Voyez comme il est avare, ladre et serre ! II ne souffrirait pas qu'un sou profitat a un autre que lui. Dans un proces de soixante mille tomans, alors qu'il cherche a obtenir injustement un temoignage en sa faveur, il regrette de depenser vingt ou trente tomans pour des jeunes gens aimables comme vous ! Par Dieu ! il n'existe pas, en ce monde, un miserable comme lui. Que Dieu le punisse par une catastrophe! Son ceuvre est injuste et sa con-