‹ Deux comédies turquesChapitre 142 sur 146 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Dieu, que c'est bien la ce que vous avez entendu.

Le soldat. — Je jure par le nom de Dieu que c'est bien ce que j'ai entendu s . (Aga-Merddn devient tout pale, et reste stupefait, ainsi qu'Aga-Selmdn. )

Le president. — (Se tournant vers les autres soldats). Et vous,qu'avez-vous entendu ? parlez l'un apres l'autre.

Le deuxikme soldat. — J'en atteste le nom de Dieu : c'est bien ce que j'ai entendu.

Le troisieme soldat. — J'en atteste le nom de Dieu : moi aussi, c'est ce que j'ai entendu.

Aga-Merdan. (D'une voix pleine d'anxiete.J — Mais, a ce moment-la, n'avezvous pas apeicu un petit enfant dans les bras de la femme Hadji -Ghafour?

Le premier soldat. — Non : c'est ailleurs que nous avons vu un petit enfant.

Voulez-vous aussi c} ue nous le declarions ?

Aga-Merdan. — G'est bon : taisez-vdus.

(Ensuite, se tournant vers le president du tribunal.) — Seigneur, j'ai des temoins qui ont vu un enfant d'un mois, dans les bras de Hadji-Ghafour, le jour meme dont parlent ces soldats. — « De qui est cet enfant? » ont-ils demande, a Hadji- Ghafour, et celui-ci leur a re'pondu :

« C'est mon fils. j> — Les temoins sont la, en votre pre'sence. ( II fait signe a ses temoins d'avancer.) lis sont tous gens lettre's, honorables et pieux.

Aga-Settar. — (Dun ton plein de bienveillance a Aga-Merdan.) Vraiment, Aga-Merdan, le pere de ce jeune homme etait un Hadji-Cherif ° ?

Aga-Merdan. — Oui. Que Dieu lui fasse misericorde I0 ! II etait d'une sainte famille.

Aga-Settar. — Le fils d'un pareil pere ne peut etre qu'un honnete homme, et le Hadji-Cherif etait certainement un homme bien austere.

Le president. — (Se tournant vers les temoins.) Dites tout ce que vous savfiz.

ACTK TROISIl'cMK

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Hepou. — Que je dise tout ce que je sais ?

Le president. — Oui : tout ce que vous avez appris.

Hepou. — Eh! bien, seigneur, hier.

Aga-Merdan nous a pries de passer chcz lui, mes compagnons ct moi. II nous a donne, a chacun, q'uinze tomans pournous presenter aujourd'hui devant vous, et pour vous declarer qu'a l'epoque du cholera, nous avions vu dans les bras de Hadji-Ghafour, son petit enfant, alors age d'un mois. Comme je suis un joueur de profession, j'ai accepte 1'argent, et je Tai pris; rnais, cet argent m'avait ete donne pour une mauvaise action, et il ne m'a pas porte profit. — Cette nuit, j'ai perdu les quinze tomans jusqu'au dernier sou, car j'etais tombe sur un manvais drole qui en remontrerait a Le'iladj 11. — J e ne sais pas autre chose que cela, seigneur: je n'ai jamais vu Hadji- Ghafour, et je ne le counais meme pas.

(L'emotionseche la gorged' A ga-Merddn.)

Le president. — (Anx antres temoins.) Et vous, qu'avez-vous a dire?

Lesautres temoins. — (Tous en chceur.) Nous ne faisons que repeter ce que vient de dire notre camarade.

Le president. — (Aux assesseurs.J Vous irTaffirmiez, a l'instant, qu'Aga-Merdan e'tait un homme vertueux ! Vos paroles de tout a Theure prouvent votre malhonnetete et vos fourberies ! Loue soit Dieu dans sa grandeur et sa sublimite. 12 !

Je ne comprends pas ce que tout cela signirie.

Aga-Bechir. — Non, seigneur : ce qui prouve, au contraire, notre honnetete et notre loyaute, c'est que nous avonsajoute foi aux paroles d'Aga-Merdan, et que nous l'avons cru un honnete homme.

Aga-Rehim. — (A demi-voix, a Aga- Settar.) Oh! le menteurl le diable l'emporte 13 ! Voyez done ce coquin d'Aga- Bechir ! quelle bonne excuse il a trouvee!

Le president l'a cru, et il va s'imaginer que nous sommes vraiment honnetes et

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