ACTE DEUXIEME
Le vizir. — (Apres reflexion, se tournant vers Cho'le-Khanoum. Cho'le, dismoi la verite. — Cet homme etait-il venu pour toi?
Cho'le-Khanoum. — Cette femme-la est toujours, comme un perroquet 19 , a dire des niaiseries, des betises.des mensonges!
Je n'ai jamais vu cet individu, et je ne le connais meme pas.
Le vizir. — Comment ?Tu ne le connais pas? Tu n'as pas vu Timour-Aga ? Tu le connais tres bien.
Cho'le-Khanoum. — Timour-Aga ! Mais, que faisait-il ici? Est-ce qu'apres 1'avoir jete a terre, vous ne l'avez pas envoye a sa mere?
Le vizir. — Allons, allons, bavarde!
Reponds-moi. D'apres cela, c'est pour toi que Timour-Aga etait ici.
Cho'le-Khanoum. - Non, permettez: si Timour-Aga etait venu pour me voir moi, vous m'auriez trouvee avec lui dans un meme endroit. — Ziba-Khanoum a su que j'etais allee aujourd'hui au bain. Kile
DEUX COMEDIES TUUQUES
a pensequema chambreseraitvide,etellea voulu y amenersonamantpours'y dormer du bon temps; d'autant plus que, comnie c'est aujourd'hui le tour de sachambre, et que vous lui faites l'honneur de la visiter, elle ne pouvait pas l'amener chez elle. Par hasard,il n'y avait pasd'eau au ham mam, et, sans arriere-pensee, nous sommes revenues a la maison . Comme nous sommes ren trees sans prevenir de notrc arrivee, ils n'ont pas pu se sauver de devant nous. Alors, ils sont alles se cacher derriere ce rideau, autant pour y faire la vie que pour y attendre mon depart et l'occasion des'en aller.Voila la verite.— Tranquillisez-vous. Ne vous laissez pas tromper par les ruses de cette effrontec, et ne me soupconnez pas sans raison.
Ziba-Khanoum. — (En hurlant, a Cho'le-Khanown). Oh! miserable! Quelles sont ceshistoires que tu lui fabriques?
C'est ton nom a toi que tu mets sur ma figure. Helas! Helas! par Dieu ! je me tuerai.
WW
Cho'le-Khanoum. — Miserable, toimemel Cesttoi qui es une prostituee! Tu veuxte tuer: fais-le — et ne te tue pas si tu preferes. Mais, tes ruses sont connues de tous les gens de Lenkeran. Malgre tes plaintes et tes cris, tu ne pourras pas te faire passer pour une honnete femme. Ton mari a des yeux : il voit ta conduite et la mienne.
Ziba-Khanoum. — Ah! pitie! justice!
Mon Dieu! je me tuerai. Malheureux homme! pourquoi ne casses-tu pas la tete 20 de cette impudente qui fabrique de telles calomnies contre moi? Tu es plante la a la regarder!
Cho'le-Khanoum. — Eh! catin ! pourquoi me casserait-il la tete ? — S'il est un homme, il faul qu'il te coupe en petits morceaux, pour t'avoir surprise en tete a tete avec un garcon etranger.
Le vizir. — (A Ziba-Khanoum). Certainement, il faut que je te coupe en petits morceaux. — Mais, laisse-moi un peu de repit pour que j'ailie trouver le khan. Jevais
d'abord faire Taffaire de ton amant : je reflechirai ensuite a ce que je ferai de toi. Pendant toute ta vie, tu as fait metier de mentir. Je te connais.
Ziba-Khanoum. — (Furieuse). En toute justice, je mens, moi. Bravo! — et vous, est-ce que vous dites toujours la verite?...
comme on a pu le voir par le recit que vous avez fait tout a l'heure.
Le vizir. — Disparais de devant mes yeux. Catin ! (Ziba-Khanoum sort d'e la chambre).