SCENE V
Lk khan. — O pouvoir ! est-il, en ce monde, chose plus fatigante que toi ?
Tous les homines ne pensent qu'a leur propre repos. Moi, il faut que je m'occupe de mille et mille personnes, et que je m'informe de tous leurs ennuis. Depuis le jour de mon avenement, je n'ai pas renvoye de mon palaisun seul solliciteur.
Selim-bey. — Les actions de graces de tous ces gens-la sont la recompense de votre peine, seigneur. Us sont pour vous comme vos vrais enfants, et la prosperite de ce pays est l'ceuvre de votre justice benie. (Les plaideurs s'avancent et s'inclinent.)
Le plaignant. — 5 Seigneur, je suis votre rancon. — Mon frere etait malade. On m'a dit : « Cet homme est medecin. » Je lui ai donne trois tomans, et je Tai mend
aupresde mon frere, dansl'espoir qu'il lc guerirait 8 . Aussitot pres du malade, il lui a fait une saignee, et, des que la saignee a ete faite, voila que mon frere est mort.
— Maintenant, je lui dis : « Cruel, il faut que tu me rendes mon argent ». Mais il ne me rend rien, et il me repond : « Si je ne l'avais pas saigne, ca serait bien pire ». II me reclame meme encore de l'argent. — Venez a mon secours, seigneur, je tourne autour de votre tete.
Le khan. — (Au defendeur.) Seigneur medecin, si vous n'aviez pas saigne le malade, quel plus grand malheur seraitil done survenu? Qu'y a-t-il de pire que ce qui est arrive?
Le defendeur. — Seigneur, le frere de cet homme etait. atteint d'une hydropisie mortelle. Si je ne l'avais pas saigne, il serait mort certainement, dans six mois.
Par une simple saignee, j'ai epargne au plaignant une depense inutile de six mois de traitement.
Le khan. — (Au defendeur.) II faut