SCENE XVI
Aga-Selnun. — Bonjour, madame.
Serine Khanoum. — Bonjour, monsieur.
Yous etes le bienvenu, Aga-Selman, et votre visite me fait grand plaisir : prenez . done la peine de vous asseoir. (Elle lui indique du doigt le canape. - Aga-Selmdn s'assied au bas du canape, et A\i\-bey se place a son cute.)
Sekine-Khanoum (Dune voix melancolique.) - Aga-Selman, je suis la soeur de Hadji-Gliafour. J'espere que vous m'accueillerez comme votre fille,et qu'en ce jour malheureux, vous ne me refuserez pas votre appui.
Aga-Selman. — Parlez, madame, que j'apprenne quel est votre desir.
Sekine-Khanoum. — Vous savez, Aga- Seiman, qu'il y a sept ou huit mois. tout le monde avait quitte la ville et avait fui de tous cotes, a cause du cholera. Hadji-
Ghafour etait un homme plein de confiance en Dieu : il declara qu'il ne partirait pas. Mais, par precaution, il porta au president du tribunal et lui confia en depot, contre certificats et devant temoins, une somme effective de soixante mille tomans, contenue dans des coffresforts 32 . — « Si je viens a mourir, luidit-il, vous donnerez cet argent a mon heritier legal. »— Le president du tribunal prit livraison de la somme, puis il quitta la ville, comme tout le monde. Tous nos voisins 33 etaient partis aussi. II n'y avait a la maison que mon frere et moi, avec une femme qu'il avait epouse'een mariage temporaire. Par hasard, mon frere tomba malade. II ne restait dans la ville que quelques soldats que le gouvernement y avait laisses pour garder les maisons des habitants et emporter les morts au cimetiere. Ce jour-la, quatre soldats vinrent a notre maison et mon frere leur dit :
« Je meurs, et je n'ai en ce monde d'autre heritier que ma soeur que voila. Apres ma