‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 12 sur 25 · A MARC SAUVALLE · texte numérisé non relu

A MARC SAUVALLE

Monsieur le paravent No 2,

Vous avez écrit ce qui suit dans la Patrie du 30

juin dernier :

Il est vrai que je connais Chapni.in depuis six ans ; mais, pour ma partje n'aurais pas voulu lui rappeler la date de

UK IXCIDENÏ 67

cette connaissance ; le pauvre diable ne rencontrait plus alors de pitié que chez un rara noyau de confrères ayant encore la compassion de l'aider quelquefois à sortir do l'ornière. J'étais du nombre de ces sauveteurs. Il habitait i\ St-Jean et venait de publier ses Feuilles d'Erable ; j'eus la bont<5 d'écrire dans la Patrie quelques lignes bienveillantos dont il mé sut gré dans une letttre triste au cours de laquelle il se plaignait de l'ingratitude des conservateurs qiû neconsen talent même pas à publier ses accusés de réception adressés tout faits par lui à leurs journaux.

Il m'en remercie aujourd'hui à sa façon en essaya-nt de me brouiller avec mon vieil «ami Fréchette au moyen du plus odieux et du plus faux des racontars.

J'ai répondu à ce qu'on vient de lire par ceci : Vous mentez, M. le paravent No 2.

Toutefois, si vous montrez dans la Patrie j je ne dis pas cinq lignes bienveillantes, mais cinq lignes quelconques, de vous ou de n'importe qui, relativement à l'apparition de mes Feuilles iVErahUy je m'engage à déclarer dans le journal même de M, Bcaugrand que tout ce que j'ai dit à propos de vos félicitations sur la publication de mon Lauréat est faux et mensonger.

Si vous n'êtes pas un menteur, vous avez Ul, n'est-ce pas, vme belle occasion de me confondre et de vous justifier visà-vis de votre ami M. Fréchette.

Apres avoir affirmé que vous aviez écrit quelques lignes bienveillantes sur mon livre qui venait de paraître, alors que j'habitais Saint-Jean, vous apportez dans la Patrie de samedi dernier cette piëce

formidable pour m'écraser :

DKUX COPAISS

' Et maintenant à mon tour !

" Eh bien, ces cinq lignes, les voici, il y en a juste cinq bien comptées, relatives k l'apparition des Femlh-S'V Emilie:

Tous ceux qui s'ititéreasont ;\ notre l.'ttér.ituro apprendront (ivoc plaisir <\\\q M. Chnpman, poÈte canadien, doit publier prochainement un yiihime de pof^sies, )ii plupart inédites, intitulÉes l'eitil/es d' Hnible.

" Ces cinq lignes se trouvent dans la P"tr''f.d\\ 28 juin 1889. "

Et voua Stes assez naïf. M, le paravent Xo 2, pour espérer qu'avec ces cinq lignes-là vous allez faire croire que vous n'êtes pas un menteur !

Mais ces cinq lignes que vous venez de citer n'annonçaient aucunement que mes Fe'i'llcs 'l'Erable, venaient de faire leur apparition.

D'ailleurs, vous ne pouviez pas annoncer l'apparition de mes Fe-rdlrs ,rErnhle le 28 juin 1889, puisq'i'idk'S n'oi't puni que i\e'if mois jAks t'ir>l, ô la fin lie mars 1890, comme je vais le prouver tout de suite on citant le MoiaJe et le Na{iQi,al de la mêmeannée.

Lisez d'abord ce que le National du 5 avril disait relativement à l'apparition de mon livre :

Uu eigiie du printemfs. Nous iivong déji\ des feuilles

Seulement, il no faut pns aller lis cliircher au boia, mais chez nos librnires, où elles brillent dans tout leur éclat dans le joli recueil de vers que vient de publiersous ce litre notre excellent potte canadien, M. \V. Chapman, elc.

Comme voue voyez, M. le paravent No 2, si vous disiez vrai en affirmant que vous avez écrit quelques lignes bienveillantes relatives i l'apparition (le mes Feuilles d'Erable qui, d'après vous, parurent dans le cours de l'été 1889, il serait difficile de comprendre comment le National pouvait laisser entendre qu'à l'époque où mon livre fut mis en vente chez le.^^ libraires il n'y avait pas encore de feuilles sur les érables.

Lisons maintenant ce que le Moii-k disait à la date du 1er avril 1890 :

Nous accusons réception d'un volume depof'siea inlilulé Feui//f8d'&ot?iî,que notre poÈ te montréalais, M.W.Chiipmaii, vient de publier.

Ce volume, anuoncd dep.iis Iciigtompa avec beaucoup d'éloges et d'fclat par la prPase cnnadieunc, n'a pas Irompt' l'attente de notre petit monde littéraire ; bien au contraire, il a causé uneogréable surprise aux souscripteuis, qui voient maintenant en son auteur l'émule de M. Fréchotte, etc.

Non, M. le paravent No 2, mon livre n'a pas paru dans l'été de 1889 ; et les cinq fameuses liguer et la lettre que vous venez de reproduire démontrent tout simplement qu'un de mes amis, M. Godiri, a fait publier dans la 7*('(rie et les autres journaux de

Montréal, à propo3 d'un livre qui devait paraître et non qui avait paru, une annonce que j'avais rédigée

anoi-menae.

An reste, ce qui établit bien la vérité de ce que j'avance, M. le paravent No 2, c'est que le Monde a publié, le même jour que la Patrie^ les mêmes cinq lignes avec lesquelles vous venez de me foudroyer et qui se lisent ainsi :

Toug ceux qui s'intéressent à notre littérature apprcndroLt nvec plaisir que noti'c poète montréalais, M. W. ChfipmaUj doit publier prochainement un volume de poésies, la plupart inédites, sous le titre de Feuilles d- Erable.

Vous n'êtes pas seulement capable, M. le paravent No 2, d'établir que vous avez eu la bienveillance de reproduire d'un autre journal les fameuses cinq lignes, puisqu'elles ont paru simultanément dans la Patrie et le Monde, à la demande de M. Godin, à •qui vous avez, en réalité, rendu le service que vous me reprochez.

Je vous répète donc ce que je vous ai dit plusieurs fois, et ce que les cinq lignes que vous venez dé montrer ont encore prouvé si clairement :

En affirmant que vous avez écrit pour moi <iuelque chose, à l'époque où parurent les Feuilles <V Erable, vous avez menti»

Votre, etc.,

W. Chapman.

*• La démonstration est complëte.

" M. Sauvalle avait dit : " Cliapman habitait à St- '• Jean et venait de publier ses Feuilles (V Erable ; feus " la bonté (récrire dans la Patrie quelques lignes '' bienveillantes dont il me sut gré.'

" Donc M. Sauvalle affirmait qu'il avait écrit dans^ la " Patrie '\ au moment ou les "Feuilles d'Erable'' venaient de paraît' e^ quelques mots d'appréciation élogieuse de ce recueil.

" Eh bien ! c'est faux.

^' Les Feuilles d'Erable ont été publiées en mars 1890, et la Patrie n'a publié aucune appréciation de ce volume.

'^Quanta l'annonce, à la réclame banale du 28 juin 1889, à laquelle M. Sauvalle s'accroche comme un homme qui se noie, elle ne peut constituer une appréciation bienveillante d'un livre qui n'a vu le jour que l'année suivante. Et, de plus, ce n'est pas M. Sauvalle, c'est M. Chapnan qui l'a écrite. Le paravent numéro deux en fournit lui-même la preuve avec une naïveté phénoménale. Il publie bêtement une lettre de M. Chapman, qui complète merveilleusement la démonstration de son mensonge. En effet, on lit dans cette lettre, après les remerciements obligés pour l'insertion de la réclame, les lignea suivantes :

72 DllX COPAIKS

M. Godin était allé porter Ventre filet que je vous ai expédié à la rédaction de la Presse, et la rédaction lui a refus'» net

Kncore une fjls, mille foli niorci po ir avoir mis ma réclame dans un endroit compiciious.

" Est-co assez clair ?

" M.Chapman,par son associe M. Godin,fait publier au mois de juin 1889, dans le Monde^ la Pfttrie^ la Presse, une réclame annonçant la publication prochaine de son r.^cueU de vers.

*• Et M. Sauvalle aux abois s'empare aujourd'hui de cette réclame rédigée p'ir M, Chdprn'Di et publiée en juin 1889, pour prouver que lui, Sauoalle, a écrit da)is la Patrie une (appréciation bioiveillante du Tolume de Chapman para sealeuient neaj mois plus t/jrdj en mars 1890.

" Voyons, comment trouvez-vous l'individu ?

*' Pour démontrer qu'il n'a pas monti, il cite une lettre qui établit son mensonge d'un manière éclatante.

" Pour prouver qu'il a loué les Feuilles d^ Erable parues en 1890, il produit une réclame du mois de juin 1889, rédigée par M. Chapman lui-même.

" N'est-ce pas qu'il est joli, le Sauvalle ?

" Que dites-vous de cette impudence, de cette audace e!: de ce monumental toupet?

" Mais ce n'est pas tout.

'' Pendant que nous avons le Sauvalle au bout des doigts, réglons avec lui notre compte personnel.

"M. Sauvalle a affirmé qu'il nous a adressé une lettre, avec prière de la publier.

''Xous n'avonsjamais reçu telle lettre.Nous croyons que M. Sauvalle a dit faux dans ce cas comme dans l'autre.

" Et nous lui avons demandé de.prouver l'envoi de ^ette lettre.

" Xous sommons do nouveau M. Sauvalle de s'exécuter.

" A-t-il un reçu de la lettre ?

" Qu'il l'exhibe !

''' Mais, par exemple, qu'il n'apporte pas un roçu do 1889 pour prouver qu'il nous a envoyé une lettre en

" Ces preuves-là ne prennent pas dans notro pays.

" îTous sommes si arriérés !

" Non, ce qu'il nous faut, c'est un re}u du 5, du 6 ou 7 juillet 1894.

" A moins que M. Sauvalle nj publie ce reçu, nous tenons qu'il a commis cette fois un mensonge aussi

impudent que celui qu'il a commis à propos des

Fe'iiUes 'VEr<ihU..

" Allons, estimable Sauvalle, montrez votre reçu.*' ;

En même temps que M. Chapais, M. Tardive! *

publia les ligues suivantes, qui sont, comme on le verra, loin d'équivaloir à un certificat d'honnêteté :

"Voulant faire une mauvaise plaisanterie, M.

Sauvalle affirma, dans la P" trie du 16 juin, ce qui à

Or, il (M. Chapmaii) ^crit " la suite an prochniii numéro", et le typc^tftphe. né malin, lui fait dire; '"la/HjVe au prochain numéro."

"La vérité, c'oat que M. Chapman avait écrit à suivre et que notre typographe avait mis à suicre. ~ M. Sauvalle mentait froidement, sans l'ombre d'une excuse, en 'in'ciii'iiit, purement et simplement, une faute 'typograpïiique que la Vérité n'avait pas commise.

"Nous lui avons signalé son mensonge, mais, au lieu de se rétracter, il fait le mort.

"Dans la Patrie du 7 juillet, M. Sauvalle affirma ce qui suit :

Je viens de lui envoyer (il SI. Chapais) la lettre suivantEt avec prière de la publier.

Au cas où cette aaintc ftmo s'y refuserait, je communique d'avance la missive à mes lecteurs.

" Or M. Ohapais déclare sur riiouiieur que c'est faux, qu'il n'a jamais reçu aucune telle lettre de M. Sauvalle. ^

'^Gelui-ci, misau défi par le directeur du Courrier (la Canada d'exiber le reçu qu'il n'aurait pas manqué de demander au bureau de poste, si réellement il avait envoyé cette lettre, a dû faire le mort encore une fois. De toute évidence,M.Sauvallea simplement publié dans la Patrie la lettre qu'il prétendait avoir envoyée à M. Cliapais.

" Deuxième mensonge.

"Enfin, dans la Patrie du 30 juin, M. Sauvalle affirme ce qui suit :

Il (M. Ghapman) habitait à Saint-Jean kt vexait dr PUB Li ER g es Feuil les tV Erah le. J ' e u» la bonté (T êcri te dwis la Patrie quelques lignes bienveUlantes, etc,"

"M. Ohapman nia que M. Sauvalle eût écrit de telles lignes.

" Cette fois, maître Sauvalle, au lieu de faire le mort pour cacher son mensonge, se donne des airs de vainqueur toujours pour cacher son mensonge. Car maître Sauvalle a bien menti cette foisci, comme les autres.

"Apres avoir longtemps cherché dans la Patrie^

il trouve quoi ? Une réclame-annonce, publiée

neuf mois avant l'apparition des Feuilles d'Erable^

écrite lion par M. SuavuUe, mais pur M. Chapm'in bn'-mêiiie ! !

" C'est-à-dire qu'en aSirmaut que les Fttdlles \

iTl^rnblc VEXAIENT de paraître et qu'il eut la bouté ^

d'i-crire, à cette occaaiou, quelques lignes bienvei!iantes, M. Sauvalle a proféré un mensonge, tout '

comme il a menti en noua attribuant une faute typographique qui u'a pas figuré dans nos colonnes et en prétendant avoir envoyé à M. Chapais une i

lettre qu'il n'a jamais mise à la poste, 1

■■ Trois mensonges dans trois semaines ! " i

il va de soi qu'après un pareil éreintement Marc J

Sauvalle n'eut pas envie de regimber, et voici tout |

ce que le défenseur de M. Tréchette put articuler en s' éloignant pour aller se cacher:

liisqu'à ce que Oiapman se soit cx(;ciité et ait fait publier l'iiltcstatioii de boii mensonge, il est déqualifia et nt m(;rite pus qu'on s'occupe de lui.

Et le Courrier du Cninn/a répondit aux lignes que je viens do reproduire de la Patrie par celles-ci :

" Savez-voua la nouvelle?... Chapman est déqua- .j

litiO : !

— " Comment, déqualifié ? i

— " Oui, déqualifié !

— " Mais déqualifié par qui?

— " Déqualifié par. . . l'incommensurable Paul- Marc Sauvalle, l'homme qui prétend avoir écrit en 1889 une appréciation bienveillante d'un livre paru en 1890.

" Ces gens-là ont de l'audace, allez !

" Pris en flagrant délit de mensonge, convaincu d'avoir voulu tromper le public, confondu par les dates, par les faits, par les pièces mêmes qu'il a produites, maître Sauvalle porte des jugements do déqualification.

" Il faut lire cela pour avoir une idée de son impudence :

Jusqu'à ce que Chapman se soit exécuté et ait fait publier l'attestation de son mensonge il est déqualifié et ne mérite pas qu'on s'occupe de lui.

^' Voilà la réponse de ce bateleur à la. lettre écrasante de M. Chapman, et à l'article du Courrier du Canada,

" On ne saurait avouer plus clairement son impuissance à sortir du pétrin.

" Naturellement pas un mot de la fameuse lettre que M. Sauvalle a prétendu nous avoir envoyée, et que nous n'avons pas reçue.

7S 1>EUX c'OPAISS

" Quand vous proposez-vous tic tirer ce point au clair, M. Sauvalle? "

Miire Sauvalle n'a pas encore tiré ce point-là aa clair, pas plus qy'il n'a montré l'appréciation qu'il jiivtoncl avoir faite de mus Feuilles d'Er/ible, etm non copain n'existait pas, le rédacteur de la Patrie serait certainement le plus grand mcutcur du t'aiiada.

Continuation de IMNTERVIEW

Ecoutons à présent Texplication que M. Fréchette va donner à son truchement sur son plagiat de la Bastide Bouge :

M, Sauvalle, — Chapman — pardon, votre emprunteur — voua accuse aussi d'avoir, dans une certaine pièce de théâtre, copié des fragments de dialogues dans un roman d'Elie Bcrthct intitulé La Bastide Bovge.

31, Fréchetle. — J'ai été beaucoup plus loin ; j'ai dramatisé tout le volume. Cette accusation, j'en ai fait justice dans le temps, et je ne sache pas que j'aie été considéré comme un voleur depuis cette époque. Remettre au jour cette risible affaire n'est qu'une perfidie, toute jugée d'avance, qui témoigne surtout de l'impuissance où l'on est de trouver quelque chose de sérieux à n\e reprocher ; et si je prends la peine d'entrer dans de nouvelles explications là-dessus, c'est tout simplement pour l'acquit de ma réputation auprès de mes compatriotes de France établis récemment dans le pays, et qui m'honorent de leur estime.

Voici la chcse en deux mots. En 1880, j'avais à l'étude un

80 DIUX COPAINS

drame historique intitulé PapineqUj et mon associé Jehin- Prume et moi, nous nous demandions si la machine pourrait tenir T affiche durant les six jours pour lesquels la salle était louée. C'était deux seniaines seulement avant la première» Nous assemblâmes nos acteurs amateurs, et il fut convenu que je dramatiserais la Bastide Bouge d'Elie Berthet, qu'on l'imprimerait et qu'on répéterait au fur et à mesure que je pourrais livrer un acte.

Au(;un mystère en tout cela : M. Prume, M. McGown, M. Chs Lebelle, M. Brazeau, M. Louis Lebelle, M. Dufour sont encore pleins de vie et peuvent endosser ma déclaration, llestait à décider si nous mettrions le nom d'Elie Berthet sur la brochure et sur l'affiche. On fut unanime dans la négative, attendu que le succès d'une pièce faite et montée dans ces conditions était loin d'être assuré, et que c'eût été une injustice de faire courir aucun risque à l'auteur sans sa permission.

Parce que M. Fréclietle a le toupet de donner une pareille explication, en face d'anciens camarades qui, par pitié, ne le démentiront pas, il croit pou voir se disculper de l'accusation que j'ai portée contre lui à propos de la Bastide Bouge.

Le Icutréat se fourre le doigt dans l'œil jusqu'à la deuxième phalange, et les citations que je vais faire de différents journaux de l'époque vont prouver qu'il ne s'est pas borné à mettre le nom de V Exilé ou celui du Retour de V Exilé sur l'affiche, mais qu'il en fait faire l'éloge dans son propre organe la Z^^if^m, qu'il a, sans lèvres desserrer, laissé même les rédacteurs des feuilles conservatrices, trompés

LA BASTIDE EOUGE 8 1

par ses réclames de charlatan, dire tout le bien qu'ils pensaient de son prétendu drame.

Et remarquons bien que chaque fois que M.

Fréchette fit louanger par la presse Papineau et

VJSxilé, la plus large part des éloges fut pour le

dernier, qui, au fait, valait, sous le rapport de l'in-

f vention et du style, dix fois mieux que le premier.

Lisons d'abord ce que la Pairie publiait le 12 avril 1880, c'est-à-dire deux mois avant la première représentation du Retour de V Exilé :

M. Fréchette est actuellement en train d'écrire un nouveau drame qui aura pour titre, croy ons-noug, Le Retour de V Exilé, et qui sera représenté alternativement avec Painnean au Théâtre Royal à la fin du mois de mai.

Nous prédisons à notre ami un succès magnifique, qu'il mCrite tant et à si juste titre, et nous saluons en lui le fondateur du drame fianco-canadien et du théâtre national.

OÙ en est maintenant M. Fréchette avec la déclaration qu'il vient de faire à son copain ?

Après qu'il a aflirmé solennellement n'avoir eu que quinze jours — quinze jours avant la première représentation de V Exilé — pour dramatiser la Bastide Ponge, le journal la Pairie, en prouvant qu'il travaillait, dès le 12 avril, à cette pièce, — qui devait être jouée pour la première fois le 8 juin suivant, — vient de donner à M. Fréchette le plus

»1 Dl.UX COPAIN^S

ilnrablc certificat île menteur que j'aurais voulu lui iléceriier moi-même.

IjC 5 mai, un mois et plus avant la première de VEx'dé, la Patrie revenait h la charge et publiait r ébouriffante réclame suivante, écrite probablement

[lar M. Frécliette lui-même :

L'ort dramatique a. <-tO peu cullivé jusqu'ici par nos lioinmes de lettres. Ce ne sont cependant piis les sujets qui font défaut. Notre Cana^la frangais a ses niinales glorieuses, l't iiotte société canadienne ses ridicuks particuliers, où l'on Iroiivernit des matériaux abondants pour la création d'un Iliéiltre national.

C'est U que 51. Frécliette a recueilli le sujet des deux drames qu'il est sur le point de soumettre à l'appréciation (lu public.

Le Retour île rj-'xili, dont la presse a fait mention, est iiiaitUenanl terminé et sera produit fllternativement Avec J'ajiineau dans le cours d'une série de représentations qui iiuront lieu au Théillre Royal vers la fin du mois.

Cette pièce dramatique, comme son atnéo, est parfaitement iL'ussie. M. Frûclictte y a fait prcuvod'un talent dramatique liots ligne et d'une connaissance complète des ressotta de la .seÈnc. L'inirigue est conduite avec une rare habileté ; l'auditeur s'étonne de la facilité avec laquelle l'autour réussit i'i dérouler sa trame compliquée avec art d'incidents et de s-ituations aussi variés qu'émouvants, qui s'enchaînent et se succèdent d'une manière irréprochable. L'intérêt est très liieu soutenu dans tout le cours de la pièce, et le dénouement iulLiiitablement ménngé.

Comme êlvdes ilc mœurs canadienve», ïcSdotir de l'Exili ne

LA BASTIDE KOUGE Sl\

lais'se rien à désirer. Les caractères v sont dessinés de main de maître, et le dialogue, tantôt pathétique et d'une élo- -quence entraînante, tantôt vif et pétillant, se déroule avec un naturel charmant.

En face de preuves aussi foudroyantes que le sont les citations ci-dessus, qu'est-ce que va dire la colonie française de Montréal, à qui M. Fréchette devait, •d'après lui, l'explication que l'on sait, potir V acquit 4Je sa repu ta tf 071 ?

La réputation de M. Fréchette 1

Le 24 mai, M. L.-O. David, odieusement induit -en erreur par le futur lauréat ou quelqu'un de ses amis, faisait dans VOpItff'o/f Pablrjae l'appréciation suivante de VExilé, qui était terminé le 5 mai et peut-être longtemps avant cette date, puisque M. Fréchette n'avait fait que transôrirc la Bast'ule Rouge :

Le Betour de r Kxiléf quQ nous n'avons pas entendu, est, dit-on, supérieur j sous certains rapports, à Pajuneau,

Les deux pièces seront jouées à la fin do ce mois à Montréal et à Québec le soir do la Saint-Xoîin-Baptistc et les jours suivants.

On peut s'attendre à une véritable fête littéraire ; ce sera la naissance ou le baptême du drame canadien.

On a vu dans mon Lauréat comment ce baptême

littéraire fut administré, — non pas au Théâtre

Uoyal comme l'avait d'abord projeté M. Fréchette, G

mais à l'Académie de Musique, — et ron saura plus loin pourquoi le lauréat et ses acteurs ne sont pas venus renouveler leur farce k Québec, le jour de la Saint -Jean -Baptiste elles jours suivants.

Sans doute, les citations que je viens de faire de la Patrie sont surabondantes pour démontrer que M. Fréchette est l'un des plus grands menteurs qui aient jamais tenu une plume dans n'importe quel pays du monde, et je n'ai nullement besoin d'autres documents pour le confondre. Cependant, comme je tiens à le châtier, comme il faut, d'avoir mis autant d'audace à mentir qu'il en a mis à voler, je vais lui remettre sous les yeux certains trucs dont il s'est servi pour tâcher de faire réussir VExiU^ ainsi que certains pavés qui lui furent lancés le jour où l'on découvrit qu'il n'était qu'un vulga\re imposteur.

A cette fin, je cite ce que disait la Patrie du 9 jum dans son compte rendu de la première représentation du Retour de VExilé, donnée deux mois aprës avoir été annoncée et moussée dans le même journal :

Après la prenncre de Papineau la première de VExilé^ Après le succès de lundi le succès de mardi. Certes, deux premières en deux jours. M. Fréchette fait bien les choses. Xous avons parlé si souvent de V Exilé que nous n'entreprendrons pas de parler doses mérites littéraires. La charpente du drame est forte, élégante et durable, le dialogue est vif, mouvementé, et il y a dans chaque scène cette lerve et cette

énergie de lan<jue qui disiinffuent le style de M. Fréchette-. J.a scène se passe à Québec, et l'intrigue roule sur l'arrivée inattendue d'un Canadien qui a quitté son pays depuis vingt ans et qui vient réclamer à un intendant infidèle sa fortune qu'il lui a confiée avant son départ. Un peu T intrigue des Cloches de Corne ville !

Entendez-vous ? Un peu l'intrigue des Cloches de Corneville !

Pourquoi pas l'intrigue de la Bastide Roaje d'Elie Berthet ?

M. Fréchette espérait, n'est-ce pas, qu'en avouant que le mérite de son œuvre dramatique ne dépassait pas, quant à l'originalité, celui des Cloches de Corneville^ le public croirait plus aisément qu'il était le véritable auteur du Retour de V Exilé.

Y a-t-il dans la langue française un mot pour peindre une pareille hâblerie ?

M. Fréchette ne se contenta point défaire chanter les louanges de l'auteur de V Exilé dans son propre journal, de laisser toutes les autres feuilles montréalaises faire chorus après la Pa^r/e; il poussa l'audace et le ridicule jusqu'à organiser une claque qui devait, à chaque représentation de cette pièce, l'appeler sur la scène pour lui brûler de la résine sous le nez.

Et la résine, de fait, fut bridée à profusion sous la noble narine du laurédt^ comme on peut en jugar

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