IV
encore par la Puirie^ qui, après avoir fait un éloge à tout casser de la première de VExilé^ ajoutait ceci :
Somme tonte, rcpréscntatien spleiidide crnn drame fortement composé et élég.imment écrit.
M. Frérliette fut appelé sur la scène, à la fin du cinquième acte, et reçut une nouvelle ovation de la part du public enthousiaste.
Si M: Fréchette n'eût pas été \\\\ prétentieux imposteur, ça aurait été, n'est-ce pas, le bon moment — la première fois qu'on l'appela sur la scène — de déclarer qu'il n'était pas l'auteur de la pièce qu'on applaudissait avec tant de confiance et d'enthousiasme.
Mais son stupidc amour de la gloriole se révolta à l'idée qu'il lui faudrait renoncer aux applaudissements qu'on lui prodiguait comme dramaturge ; il laissa le public croire, toujours plein d'une admiration sincère et fervente, qu'il avait réellement écrit V Exilé, et, le surlendemain soir de la première représentation, il vint encore renifler toute la résine que ses claqueurs à gages purent brûler aux feux de la rampe sans l'asphyxier. Et voici ce que la Patrie publiait encore à la date du 12 :
Salle comble hier encore, à T Académie de Musique, en dépit du mauvais temps, pour la deuxième de V Exilé.
Evidemment le public montréalais tient à cajoler M. Fréchette et les artistes qui l'ont si bien secondé pendant
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cette semaine mémorable dans les niinales de la littcrature canadienne.
M. Frécbette a été appelé à grands cris comme de coutume, car le public a pris l'habitude d'applaudir les artistes, mais de no lamais oublier Vauteur.
Même à la deuxième de YExi.lc^ il eût été encore temps pour M.'Fréchettc d'avouer qu'il avait copié son prétendu drame dans Is Bastide JRonge^ alors qu'il y avait foule et qu'il n'y avait plus à craindre pour Berthet l'insuccès dont il nous a parlé.
La fièvre incurable de l'infatuation cette fois encore lui paralysa la langue, et, pantin dont sa claque organisée tirait les ficelles, il revint, la bouche en cœur, faire force saluades à l'auditoire ravi d'admiration, puisse retira à reculons, toujours la bouche en cœur, empocher, la main largement ouverte, les sous que venait de lui rapporter une représentation donnée, comme la précédente, dans des conditions si honorables.
La Minerve, qui n'avait pourtant pps l'habitude de gâter M. Fréchette par ses compliments, croyant, elle aussi, qu'il était le véritable auteur du Retour de V Exilé, voulut mêler sa voix au concert laudatif qui saluait la naissance du théâtre national, et elle publia, à la même date, la flatteuse appréciation que voici :
Nous exprimions hier le vœu que M. Fréchette exerçât
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son tfticnt sur un drame non politique. Nous ne savions pas que VE.cil'' renfermait toutes ces qualités. Ce drame est purement un drame, et nous n*y trouvons pas matière à critique.
Après avoir ànialysé V Exilé, c'est-à-dire la Bastide Rouge, la 3Iincrve ajoutait :
Ce drame est très mouvementé et contient des alternatives de triomphes et de défaites, d'espérances et de décourage' Bients fort bien mi'nagéc3.
L\ représentation d'hier a été parfaitement goûtée par l'auditoire intelligent et nombreux qui remplissait l'Académie de Musique, et nous n'avons qu'à souhaiter d'autres succès à M. Fréchette dans la carrière nouvelle qui s'ouvre à son talent.
Le Courrier de Mon iréa l ne fut pas moins élogieux,et l'on y peut lire, à la même date, les lignes ci-dessous :
L'empressement du public à encourager de sa présence les commencements de notre théâtre national est d'un bon augure. S'il va applaudir les étrangers qui apparaissent de temps à autre sur la scène, à Montréal, il sait aussi faire des ovations à nos concitoyens qui interprètent si bien les œuvres d'un auteur compatriote ; et cette conduite des Montréalais fait grandement honneur à leur cœur et à leur intelligence.
Nous av(ms déjà dit que nous remettons à plus tard notre humble appréciation du drame V Exilé ; nous dirons cependant dès maintenant que, si le théâtre était toujours alimenté par des œuvres aussi morales que celles de M. Fréchette, on pourrait y assister sans danger et y conduire les personnes qu'on respecte.
L'Exilé est un drame assez mouvementé, dont l'intrigue est très bien nouée, et dont le dénouement arrive tout naturellement. Ce sont déjà là des qualités précieuses ; mais il y a plus : la pièce est écrite dans un style qni révèle le poète.
Dans un style qui révèle le pofete !
Le mot à mot de la prose d'Elie Berthet.
Dans le même tem-ps^V Opinion Publique publia le portrait d.e M. Fréchette dans un cadre artistiquement orné de deux couronnes de laurier, sur lesquelles se détachaient nettement les mots Paj^iveau etV Exilé.
Tout cela, naturellement, était l'expression de l'enthousiasme du public aveuglé parle rayonnement de la médaille draniatique de M. Fréchette.
Mais quand ce bon public en vit le revers, quand M. Benjamin Globensky eut fait connaître à des amis,— qui coururent aussitôt en avertir M. Fréchette, — que V Exilé n'était rien autre chose que la Bastide Rouge d'Elie Berthet, le dramaturge improvisé eut beau aller déclarer, à la troisième représentation, devant des banquettes vides, qu'il avait écrit sa machine en collaboration, ce fut un déchaînement de huées indescriptible et dont les oreilles du lauréat doivent encore bourdonner.
Et voici ce que M. Tardivel écrivait, sous sa signature, dans le Canadien du 23 août de la même année :
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Papineau n'est pas le seul drame qui porte le nom de M» Fréchette. Il y a de plus le Betour de VExUr, drame en cinq actes et huit tableaux.
Kcndant compte de cotte pièce, le Courrier de Montréal ^s^ allé jusqu'à dire que le public sait apprécier le talent que M. Fréchette a déployé dans la crkition de cette œuvre. Et il a donné de plus au Retour de V Eàlé un certificat de haute moralité.
Quant à la question de moralité, il n'y a pas à y toucher- Du haut de la chaire sacrée M. l'abbé Martineau a solennellement condamné le Iletoivr de V Exilé comme une œuvre profondément immorale.
Le fond du drame est donc jugé. Kcste la partie littéraire-
Lo Nrureau Monde a déjà fait connaître en quoi consiste la collab ovation dont il est question. Le drame de M. Fréchette est tout simplement un roman d'Elie Berthct condensé. Xotre dramaiiir(je a tout bonnenrent pris la Bastide Bovge publiée en 1865 et y a fait de larges coupures, ne changeant à peu près que les noms propres.
Curieuse manière de collaborer, en vérité !
Pour convaincre le public qu'en eftet le drame de M. Fréchette est une copie servile du roman deBerthet, je vais confronter quelques extraits des deux écrits.
Suit une pleine colonne de citations.
Je pourrais, ajoutait M. Tardivel, continuer ces citations al libitum^ car d'un bout à l'autre V Exilé n'est qu'une copie de la Bastide Rouge. Mais je crois en avoir assez fait voir pour édifier le public sur le talent que M. Fréchette a déployé dans la création de cette œuvre.
Quelque temps après, la Minerve^ qui avait fait à M. Fréchette les éloges qu'on a vus, publiait presque
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en entier la Bastide Rouge et VEx'dé^ pour les comparer, en faisant précéder cette comparaison par les lignes qui suivent :
L'accusation que nous portons contre M. Fréchettc (st excessivement grave. Prouvée, elle peut suliire à détruire la réputation littéraire le mieux assise. Malheureusement pour notre lauréat, nous sommes en mesure d'établir cette accusation de/aw-r à la satisfaction ou plutôt à la stupéfaction de ses apologistes les plus fervents.
Dès aujourd'hui nous commençons à mettre en regard le
texte d'Elie Berthet et le texte travesti plus ou moins grossièrement de M. Fréchctte.
Déjà cette supercherie a été signalée dans un autre journal ; mais elle n'a pas été démasciuée d'une façon assez complètement. M. Fréchctte n'a pns seulement plagié quelques passages, comme on va le voir, mais c'est à peine s'il peut revendiquer la paternité de (iuel([uos pages, de quelques V)Outs de dialogues.
Il a voulu donner luie couleur canadienne à une scène qui se passe ailleurs. Mais l'habit d'emprunt perce partout ; il n'a pas eu seulement le tact de supprimer une foule do choses qui ne sauraient avoir été dites ou faites ici. Jamais personnages canadiens n'ont tenu le langage qu'il leur prête. Saiif quelques plaisanteries do mauvais aloi, empruntées au langage populaire, rien qui sente le terroir. Pardon, il a uu mérite : il a changé les noms de la plupart des personnages du roman d'Elie Berthet." ^
Et après un éreintement comme jamais imposteur ne reçut delà part des journaux, après l'explosion
Voir le Lauréat.
t)2 DEUX COPAINS
^e sarcasme et de mépris qu'on vient de voir contre sa fameuse collaboration, M. Fréchette a encore l'efFronterie de venir nous expliquer son plagiat de 1880 !
Décidément, le lauréat est — selon le mot de ses propres amis — tout à fait mûr pour la Longue- Pointe.
En tout cas, l'explication que M. Fréchette a donnée pour la colonie française de Montréal, relativement à la Bastide liougc^ vient de mettre le sceau à sa réputation. Et, de même que Tipitte Vallerand de ses Originaux et Détraqués remporta la " torquette du diable dans un concours de sacres ", il esfc parvenu à obtenir, sur le tréteau de foire où il se débat depuis trente ans, la palme du plagiat à outrance et du mensonge u jet continu.
J'oubliais. Après avoir raconté — à la façon d'un Marseillais décrivant à un Parisien la Cannebière — <îomment il avait dramatisé la Bastide Rouge d'Elie Berthet, M. Fréchette s'est renversé en arrière, et, la figure rayonnante de satisfaction, les lèvres larcernent ouvertes, il a ajouté :
— Et voilà l'histoire de mon grand plagiat.
Et Marc Sauvalle, riant sous cape, de reprendre :
— Ma foi, Monsieur, elle m'intéresse à ce point que je ne puis m'empccher de vous demander celle des petits.
Et M. Fréchette a poursuivi :
— Ah ! quant aux petits, par exemple, c'est une tout autre aflairo. S'il s'ngit d'avoir plagié des prépositions et des adverbes, j)o«r, avec, depuis, alors, pourtant, et des substantifs, le soleil, les cotnaux, avec les oiseaux, les nids, la Mse, les branches, lc8 feuilles, Vécorce, les racines, quand je parle d'un arbre, je l'admets, mes rapines sont presque aussi nombreuses que celles de Victor Hugo et de Lamartine.
Pour ce qui est des plagiats de cette espèce, je m'avoue coupable ; je n'ai, du reste, fait que cela toute ma vie : plagier le dictionnaire.
M. Fréchette veut, sans doute, faire allusion au dictionnaire de Larousse, où il a- plagié de quoi faire tout un volume : la Petite Histoire des Bois ih France '.
Oui, ça doit être le dictionnaire de Larousse dont il veut nous parler ici.
Autre chose est des phrases qui se ressemblent. Ici, il y a ce qui s'appelle la rencontre, la réminiscence involontaire, et le démarquage.
La rencontre constitue une simple curiosité en littérature.
En eftet, la rencontre en littérature est une curiosité, et je n'en connais pas de plus amusante que celle-ci, par exemple :