‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 21 sur 25 · THEOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

THEOPHILE GAUTIER

Le soleil s'enfoncer comme un vaisseau qui sombre.

FRECHETTE

Le soleil, s*engouffrant comme un vaisseau qui sombre.

Et voilà l'honnêteté de M, Fréchette !

Pour faire reconnaître cette honnêteté, le lauréat nous a dit comment il avait réussi à dramatiser la Bastide Rouge^ quinze joure seulement avant la premiëre représentation de VExilé, Il nous a parlé d'un vers de Crémazîe, d'un vers de Victor Hugo, à\^ quatre mots diQ M.ïi\Q de Girardin, d'un vers de Prosper Blanchemain, d'un hémistiche de Jose-Maria de Heredia.

Mais son Vive la France^ servilement imité de

Pour le drapetm de François Coppéo, son CadicHXj versifié sur le texte même du Cadleux de M. Taché, ce qu'il a filouté au docteur Morrisset dans un concours resté célèbre, les vers qu'il a volés à son frère Achille, sa Touffe de cheveux hlancs prise dans un livre de classe, son MuriUo^ sa Petite Histoire des Rois de France^ copiée mot à mot dans Larousse, ses ExconwiurnéSj dsiu& lesquels il a honteusement faussé l'histoire, ses rabâchages, son Jean Sauriol, son Drapeau funtème^ son épître à M. Lemay démarquée de i'épître de Victor Hugo à Lamartine, son fiasco à l'Académie française avec sa Légende d"" un Peuple^ tout cela ne demandait donc pas d'explications de sa part ^ ?

Tout cela, au contraire, demandait beaucoup d'explications, et comme, malgré l'imagination que M. Fréchette a toujours pour mentir, il n'a pas os© risquer un mot sur ces sujets épineux, l'entrevue que le lauréat vient d'avoir avec Marc Sauvalle met le dernier clou à son cercueil littéraire.

Et savez-vous comment le même Sauvalle a terminé son dernier article en réponse à mon Lauréat f

Lisez ceci :

Et là-dessus le poète m'a congédié avec un franc éclat de rire qui m'a prouvé que les lauréats manques et les abbés

1 — Voir le Lauréat.

LA BASTIDE KOUGE 113

déconfits pourront publier encore bien des volumes avant de désarçonner son impertubable et philosophique gaîté.

Cet éclat de rire que vient de jeter M. Fréchette est jaune comme le rire de tous ceux qui veulent faire, comme on dit, fortune contre bon . cœur, et prouve, une fois de plus, que c'est lui-même qui a écrit de sa plus belle écriture tout ce que vient de signer Marc Sauvalle.

M. Fréchette a déjà ri comme cela, dans le temps où je lui arrachais dans le Courrier du Canada et la Vérité les plumes qu'il avait enlevées à tous les oiseaux poétiques tombés dans ses lacets. Il a déjà ri pour tacher de faire croire que mes critiques ne le touchaient pas, alors que sa peau de geai mise à nu saignait par tous les pores, et un passage d'un article qu'il publia dans la Patrie du 17 mars dernier, sous le titre de Sachons Rire, va encore établir jusqu'où cet avaleur de sabres littéraires peut pousser sa grosse pitrerie :

L'éclat de rire qui jaillit clair et sonore des lèvres largeonent ouvertes ne peut monter que d'un cœur vibrant et, lui aussi, largement ouvert.

Deux fois largement ouvert dans une phrase !

Quel guignon ! quel guignon !

Quand la malchance tombe sur les poules. . . .

La dernière reproduction ne démontre pas seule-

ment que l'éclat de rire dont nous a parlé récemment Sauvalle fut inventé par M. Fréchette lui-même, mais elle est une nouvelle preuve que le lauréat a fait dans les Hommes du Jour son propre éloge, — où se trouve cinq ou six fois l'expression largement ouvert^ — et puis qu'il est incapable d'écrire vingt lignes de suite sans rabâcher.

N". B. — Je viens de découvrir, à la derniërc heure, qu'en vue des comparaisons qu'il a fait faire à Sauvalle dans les articles dirigés contre moi, M. Fréchette ne s'est pas contenté de falsifier mes vers, mais qu'il a dénaturé une foule des siens pour les faire ressembler à ceux de mes Québecquolses et de mes Feuilles (V Erable et établir ainsi que je l'avais plagié.

On verra bientôt jusqu'où il a poussé cette falsification.

La découverte que je signalais à la fin de mon deniier article m'oblige — en dépit d'une déclaration que j'ai faite antérieurement — de m'occuper des comparaisons dont M. Fréchette s'est servi, par l'entremise de ses deux paravents, pour essayer de prouver que je l'avais souventes fois plagié.

Quand ces comparaisons parurent l'année dernière dans la Minerve et récemment dans la Patrie^ je ne doutai nullement de leur authenticité ; je ne songeai pas le moins du monde à feuilleter mes livres ni ceux de M. Fréchette pour m'assurer si ses vers et les miens avaient réellement été écrits comme Eoullaud et Sauvalle les transcrivaient.

Qui pouvait s'imaginer que M. Fréchette, cherchant à se disculper des accusations que je portais contre lui, avait osé dénaturer ses propres écrits et

même ceux d'un adversaire pour les mettre en

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regard et établir de cette façon qu'il avait été pillé par moi ?

C'est pourtant ce qu'il avait fait, et, comme ma naïveté est aussi grande que l'imprudence du lauréat est sans égale, j'ai, en face des citations faites par Eoullaud, avoué, dans le Courrier (ht Canada^ avoir tellement lu M. Fréchette dans ma jeunesse, que ses poésies avaient, à mon insu, déteint sur les miennes.

Comme le hiuréat^ en m'entendant faire cet aveu, a dû se tordrede rire derrière son paravent !

J'aurais peut-être toujours ignoré que j'avais été en butte à une supercherie aufsi hardiment et aussi bêtement perfide, si M. Fréchette n'eût pas fait mettre en brochure les articles signés par Sauvalle en réponse à mes critiques. Et c'est par un pur hasard — en transcrivant dans le Lauréat manqaé des citations dont j'avais besoin pour confondre les deux copains — que je me suis aperçu, à mon grand étonnement, qu'une foule de vers mis en parallèle pour me combattre avaient été remaniés dans l'ombre par une main qui, au temps jadis, aurait été coupée par la hache du bourreau.

Après avoir été condamné par le tribunal de l'opinion publique pour vols et mensonges, il ne restait plus à M. Fréchette qu'à l'être pour faux, et il me sera bien facile de démontrer qu'il est un

faussaire littéraire aussi stupîde qu'audacieux. Pour cela, je n'ai qu'à transcrire les comparaisons qu'il a fait faire parRoullaud et Sauvalle dans \a Minerve et la Patrie.

Mais jugez donc tout de suite, par les citations

suivantes, de la manière dont mon adversaire m'a

traité :

FRECHETTE

Il avait entendu claquer dans la tempête Le drapeau de la liberté.

CHAPMAN

Avec SCS pavillons claquant dans la tempête.

Vous êtes un faussaire, monsieur Fréchette, et tout le monde peut s'assurer de la chose en ouvrant mes Feuilles (V Erable^ à la page 25, où l'on peut lire :

Avec ses pavillons clcuiuant dans la rafale,

Vous êtes, monsieur Fréchette, un voleur, un menteur et un faussaire !

Trois beaux titres, assurément, et vous devez en être jaloux.

Mais continuons à examiner vos faux.

FRECHETTE Des frimas cristallins r étrange floraison.

CHAPMAN Son portail est orné d' étranges floraisons.

118 PFXX COPAINS

Si quelqu'un hésite à croire que M. Fréchette est un faussaire, qu'il regarde à la page 135 de mes Feuilles (V Erable^ et il pourra lire ceci :

Son portail obt orné cVétrange3//'o?ic^/8o»«.

Faussaire ! faussaire !

FRECHETTE

Quand ta b.irqne sombrait à l'horizon brumeux, On entendit longtemps sur Tabîme écumeux.

CHAPMAN

Te suivant du regard sur les flots écumeux Sombrer dans le lointain brumeux.

Je n'ai jamais écrit ça.

C'est ceci que j'ai écrit, — à la page 56 de mes Feuilles <VErahle :

Te suivant du regard sur les flots écumeux, Baissèrent tristement leur paupière effarée.

En voyant tout à coup ta voile déchirée Sombrer dans le lointain brumeux.

Peut-on être plus stupidement audacieux ?

ERECHETTE

Minuit avait jeté sa clameur solennelle.

La bise s'engouff*rait dans le noir corridor.

CHAPMAN

Minuit vient de sonner à la vieille pendule Dans le noir corridor.

FAIJSSAIRE 11^

Encore un faux, puisque j'ai écrit à la page 119 de mes Québecquoises :

Minuit vient de sonner î\ la vieille pendule.

Et, comme un long frisson, sa voix encor circule...

Que Ton remarque bien que je ne cherche pas ù faire ici d'une pierre deux coups, que je ne reconstruis pas mes vers pour me disculper des accusations de plagiat que M. Fréchette a portées contre moi.

J'aurais écrit mes vers tels que le lauréat les a fait transcrire, que je pourrais bien, n'est-ce pas, me moquer de toutes les citations de ses deux paravents.

Il n'y a qu'un imbécile qui puisse essayer parles comparaisons qu'on vient de voir de prouver que je suis un plagiaire.

Mais admirons encore l'honnêteté du procédé dont s'est servi M. Fréchette pour établir que je suis un voleur comme lui :

CIIAPMAN

Hous les bois épais tout était parfums et joie.

FRECHETTE

Tout était parfums et chansons, Lumièr3 et. joie.

Que l'on interroge Pèle- Mêle et les Fleurs Boréales et l'on y saura que le poète national n'a pas écrit •

120 nEfx copiiNS

Tout l'iiiil parfums et cliamo»!,

mais bien :

Tout -fera fnrfiiius et cliaiiaoïis.

M. Fréchette aurait-il ri assez, voyons, si jo n'eusse pas découvert se3 faux !

Admiroiif! toujours l'adresse de ce presUdigitatcur :

CIIAPMAN

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