I.'kii n\i ilY^molioii
Les pnifiuiis IcB plus doux n'ont plus pour moi traronii'.
FRECIIETTK
l'oi'r lui rien >i'a d'éinotioii.
Les parfums les plus odcriints
N'oiit pluB iriiromc.
Jamais Af. Fréchette n'a écrit les derniers vers tels que Sau\'allc les a transcrits.
Ils se lisent, k la page 46 de son Péle-Mêle, comme suit ;
Fiie.i jiour lui n'a d'émotions ;
Son eœiir pour les illusions
N'a plus <le plaee.
Quand on fait des vers, voyez-vous, on est capaltlc anssi d'en refaire,— surtout quand on a, comme Af. Frécliette, la main souple et lurgenieiit oavertc. FRECHETTI-:
Kpcrjtillant su mervdll<ua5 note.
rA'JSSAiRE 121
CHAPMAN
Eparpillant dans l'air leurs notes inspirces.
Lisez à la page 206 de mes Qaébecquoises^ et vous pourrez constater que j 3 n'ai pas écrit éparpillant^ mais bien éparpUlait.
Le faux ici n'est pas énorme, mais il fait voir que
M. Fréchette ne dédaigne pas les petits tours de
passe-passe.
CflAPMAN
Quelle est cette lueur vacillante, indécise?
FRECHETTE
Aux lueurs de la nuit vacillante, indécise.
Un autre faux, attendu qne M. Fréchette a dit dans Mes Loisirs^ à la page 24 :
Aux lueurs de la nuit, sa silhouette grise Se détadie en passant vacillante, indécise.
Et M. Fréchette a affirma, dans son entrevue avec Sauvalle, qu'il est un honnête homm^ !
Ah ! bien, oui, par exemple.
CHAPMAN
Rumeurs plaintives et vagues, Qui montez du sein des vagues.
FRECHETTE
Nocturnes clameurs qui montez des vagues,
Bruits souris et confus, rumeurs, plaintes vagues. M. Fréchette n'a pas écrit ça.
Voici ce qu'il a écrit, à la page 54 de Pêle-Mêle :
Nocturnes clameurs qui montez des vagues, (Juand Tonde glacée entre en ses fureurs.
Faussaire ! faussaire ! faussaire !
FRECHETTE
On respiitiit partout comme un vent d'épopée.
CHA.PMAN On respirait partout de sauvages arômes.
M. Fréchette n'a jamais fait le premier vers tel qu'il est là, pas plus que je n'ai fait le dernier tel que le paravent No 2 l'a copié.
Le poète )tational a écrit dans la Voix (Van Exilé :
On respirait alors comme un vent d'épopée,
et moi j'ai écrit dans mes Feuilles (V Erable :
On respire partout de sauvages arômes.
M. Fréchette a donc fait deux faux dans une seule comparaison.
Quoi qu'il en soit, il va par une autre citation m'aider à le faire connaître pour ce qu'il est.
Jugez :
CHAPMAN
On respire parfois comme un vent d'ambroisie.
FRECHETTE
On respirait alors comme un vent d'épopée.
FAUSSAIS K 128
Pour me faire trouver en faute, le hinréaty oubliant qu'il avait déjà cité le dernier vers en le modifiant, vient de le transcrire exactement tel qu'il se trouve dans la Voix cVnn Exilé^ et l'adverbe alors qui remplace l'adverbe "partout qu'on a vu tout à l'heure, le condamne, une fois de plus, comme falsificateur imbécile.
Au surplus, qu'on jette un coup d'œil aux pages 21 et 26 du Lturéat manqué^ et l'on y constatera l'oubli stupide dont je veux parler.
Mais revenons aux comparaisons faites par Marc Sauvalle pour M. Fréchette wi par M. Frécbetto pour Marc Sauvalle :
CHAPMAN
Nous longions des rochers de feuillages couverts ; Devant nous s'enfuyaient des ailes éclatantes ; Et les arbres, pencliés sur les vagues chantantes, Semblaient nojs saluer de leurs éventails verts.
FRPXHETTE
Basant les ilôts verts et les dunes d'opales,
De» vols d'oiseaux marins s'élevaient des roseîiux,
Et, pour montrer la route à la pirogue frêle.
S'enfuyaient en avant
On aurait dit qu'au loin les arbres de la rive, En arceaux parfumés penchés sur scn chemin, Saluaient le héros.
M, Fréchette a pris tous les vers qu'on vient do lire dans trois strophes de la Découverte du Mississipl;
124 DKUX COrAINS
il les a groupés en une seule stance, pour la comparer avec une des miennes, et l'on peut voir dans le texte originaire du poète nation ffl que le premier alexandrin qu'il a cité n'e^t pa? suivi des vers qu'on a vus, mais de ceux-ci :
De méandre en muandro, au fil de l'onde pâle,
Suivre le cours des flots errants.
A son aspect, du sein des flottantes ramures * Montait comme un concert de chants et de murmures, etc.
Maintenant, qu'on relise les vers de la dernière ■citation que Sauvalle fit pour M. Fréchette ou que M. Fréchette fit pour Sauvalle, et l'on découvrira qu'il n'y a pas là deux désinences qui riment ensemble, ce qui est très rare dans les vers français.
Est-ce assez canaille et assez idiot ?
M. Fréchette a pourtant agi encore plus hardiment et plus sottement pour faire la comparaison
suivante :
CHAPMAX
On a fait un palais avec des blocs de glace.
Son portail est orné d'étranges /om^so7^s.
Du sommet transparent de sa tour l'œil ombrasse De séduisants aspects, d'immenses horizons.
Le givre à ses flancs met de folles dentelures ; L'aurore de rubis étoile son cristal ; Et, lorsque le couchant rougit ses crénelures, On dirait un tableau de conte oriental.
FEECHETTE
Des frimas cristallins V étrange fl or ai ion Dans le cîidro idé.il d'ttn conte cVOïisnt.
Comme on Ta vu, il y a un instant, M. Fréchette m'a fait écrire dans ma première strophe floraisons l^our frondaisons, et, non content de cette falsification, il a pris, à la page 167 de la dernière édition de ses Fleurs Boréales, ce vers :
Des frimas cristallins l'étrange floraison,
et l'a accolé à cet autre :
Dans le cadre idéal d'un conte d'Orient,
copiant le dernier vers dans la pièce Le Saint- Laurent, à la page 41 de sa Légende d'un Peuple,
Il a, en puisant dans deux volumes, réussi à former un distique ; le distique fait, il l'a falsifié, puis l'a comparé avec deux vers presque voisins de mon Palais de Glace, où se trouvent les stroplies qu'on vient de lire.
Et remarquez que le dernier alexandrin de M.
Fréchette a été publié quatre ans après l'apparition de mon Palais de Glace, qui fut lu pour la première^ fois dans la Patrie de 1884, et que le Courrier du Canada réédita, l'hiver dernier, à l'occasion du carnaval.
Encore une fois, peut-on être plus niaisement audacieux ?
DEI'X CXÏPAIXS
Si touU-s ces comparaiàouâ. Élites par M. Frécliette pour Saavalle on par Sauvalle poar M. Fréchettc, n'étaient pas si Êistidieuses, je pourrais co:itinner à vous démontrer jusqu'où l'on a, dans le Lniréit titanqtté^ poussé l'audaee du faussaire.
Mais je crois en avoir fait plus que suffisamment voir pour établir que j'ai été en butte à une machination plus déshonorante, si c'est possible, que le vol de la Bastf'ffe Bougr,
Et c'est avec de pareils moyens que le hntrèift a cru pouvoir refaire sa réputation d'écrivain !
Quoi qu'il en soit, que ^f. Fréchette emploie tous les moyens qu'il voudra pour tâcher de blaguer le public, il est irrémédiablement coulé.
Il n'y a, il ne peut y avoir qu'une opinion là-dessus dans tout le pays ; et je ne saurais, à ce propos, résister à la tentation de publier une lettre et une fable qu'un de ses anciens admirateurs vient de m'adreï»ser et qui toutes deux interprètent bienj'en suis sûr, le sentiment public à son égard.
Voici d'abord la lettre :
Ottawa, 3 juillet 1894.
" Monsieur,
" Vous aviez blessé mortellement Frochettte dans votre livre. Vous êtes en train de l'achever, ou
plutôt VOUS êtes après l'enterrer. Il n'a pas volé ce qui lui échoit, certes ! Qu'est-ce qu'il n'a pas fait pour se rendre odieux ! Il suffisait que quelqu'un le regardât un peu de travers pour qu'il bondît sur lui et le déchirât à belles dents. Il se croyait un lion, mais voulait être pris pour un tigre, et il passait son temps h miauler et h grincer des dents, portant la terreur dans les parages où il était certain à l'avance de remporter des victoires faciles. Vous n'avez pas eu peur de ce prétendu tigre, vous l'avez saisi à bras-le-corps, vous lui avez arraché la peau sous laquelle il faisait tant de tapage, et, une fois cette peau arrachée, le public étonné a vu que ce grand massacreur n'était qu'un singe.
" Je crois que la fable que je vous envoie est pleine d'à-propos et d'actualité, et serait une bonne réponse à l'apologue que Fréchette a }»ublié contre vous. Sa publication dans un de vos articles lui serait, en tout cas, d'autant plus cruelle qu'elle a été écrite, comme vous le savez, par son fétiche le grand Victor.
" Je vous félicite d'avoir su si bien venger les lettres et les gens, et je vous prie de croire que tous les hommes bien pensants applaudissent à votre Lauréat^ et surtout à vos derniers articles de la Vérité.
" Agréez, " etc.
Lisons maintenant la fable en question :
Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été mécliant ; lui, fut atroc'\
Il avait endossé le droit d'être féroce.
11 se mit à grincer des dénis, criant : " Je suis
Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits."
Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines.
Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s'ccriait, poussant d'affreux rugissements :
** Regardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
Devant moi, tout recule et frémit, tout émigré.
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre ! "
Les bêtes l'admiraient et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras.
Déchira cette peau, comme on déchire un linge,
Mit i\ nu ce vainqueur, et dit : " Tu n'es qu'un singe ! "
Oui, M. Fréchette n'est qu'un singe littéraire, et ce qualificatif lui appartient d'autant mieux qu'il ne peut absolument rien faire sans imiter quelqu'un.
En tout cas, il a, depuis quelque temps, fort piteuse allure, ce pauvre mime, et quelqu'un, à qui j'ai fait voir la fable qu'on vient de lire, me disait :
— Vous n'avez pas seulement arraché à M. Fréchette sa peau de tigre, mais vous avez à tel point écourté le singe, qu'il ne lui reste plus rien pour. . . s'accrocher.