UX R?:VEXANT
" Ah ! Avdrœ ne s'emploie que pour les embarcations ! Voyons ce que le Dictionnaire des dictionnaires en dit : '' Se dit quelquefois en parlant de marchandises dont le transport se fait par terre. Par extension. Détérioration, dégât, accident. Une meule mal exécutée donna naissance à de grandes avaries (M. de Dombasle.) Fig. On a beau rire, faire des vaudevilles, des physiologies contre l'hymen ou ses avaries, il y a dans le mariage un prestige indestructible (Mme de Gir.).'' Et plus loin, au mot Avarier : " Attendez, sergent, j'ai une patte avaiiée, mais les reins et les bras sont encore solides, je vais vous donner un coup de main (E. Sue.). S'avarier. Ces blés se sont avariés dans le grenier. Café, sucre avarié."
'• Par conséquent, en français comme en canayen, on peut dire parfaitement que la réputation littéraire de M. Fréchette est avariée ou a reçu des avaries !
'' Et de cinq !
" Vo^'ons radouber^ maintenant, qui, selon M. Fréchette, ne s'emploie que pour les embarcations. Citons toujours Mgr Guérin : '^ Ane, Réparer, en général... Rebouter, renouer. Vous n'avez point guérie celle qui estoit desrompue. {Bible^ éd. 1556"). Sadoubery dans le sens de réparer, en général, est un excellent archaïsme que les Canadiens ont très bien fait de conserver. Quant à Radoaer, ce n'est pas un
si grand crime, non plus, et nous sommes parfaitement convaincu qu'il ne faudrait pas converser bien longtemps avec un habitant de Saint-Malo avant de l'entendre dire.
" Et de six !
BéATis. — Un ragoût de bcatû, connue on dit ici, n'est pas français. Le mot est hraiilles.
" Mgr Guérin nous dit '' qu'on rencontre au XVII s. la forme masculine Bé<ttiL Avec des champignons, béatils, andouillettes." Pourquoi, pour l'amour d'une Z, sans calembour, faire cette chicane d'Allemand k béatls?
Restks. — Ne dites point les restes de la table, du repas ; ce mot a vieilli.
Dites : les reliefs.
"Le plus récent des dictionnaires, celui de Mgr Guérin, n'indique pas ce mot comme vieilli, puisqu'il dit : '' Absol., au pi. Ce qui reste d'un repas. Manger les restes. " Et quand bien même le mot aurait vieilli, pourquoi cet acharnement stupido contre nos archaïsmes ?
" Et de sept !
" Sept grosses bévues et une chicane ridicule dans une seule colonne ! C'est Corrigez-moi, et non Corrigeovs-noas que M. Fréchette devrait mettre en tête de sa promenade hebdomadaire à travers le dictionnaire et la grammaire."
Depuis que les lignes ci-dessus ont paru, le lauréat a cessé de publier hebdomadairement son fameux Corrigeons-nous. Il a enfin compris qu'avant de corriger les autres il devait essayer de se corriger lui-même, et, bien que la Patrie ait annoncé qu'il allait bientôt reprendre son cours de lexicologie, il y a gros à parier qu'il ne remettra plus les pieds dans cette .... galëre.
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Avant de vous lâcher, M. Frécliette, j'ai encore quelque chose à vous dire.
Ça sera court, mais vous trouverez cela peut-être joliment long.
Voici :
Il y a dix-huit mois, vous étiez à l'apogée de la gloire, où plutôt au paroxysme de la frénésie de faire parler de vous.
A force de plagiais éhontés et de réclames assourdissantes, vous étiez parvenu à vous jucher sur un piédestal du haut duquel, je l'ai déjà dit, vous vous amusiez à cracher sur la tête des passants.
Vous aviez une foule de fervents qui ne juraient que par vous, et deux sociétés d'admiration mutuelle, une à Québec et l'autre à Montréal, vous avaient choisi comme leur chef, et venaient de temps à autre
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déposer à vos pieds des cassolettes pleines de l'encens enflammé d'nn culte aussi sérieux que niais.
Grisé par cet encens, vous aviez fini par croire que vous étiez un dieu, quelque nouveau Jupiter tonnant, et vous pensiez avoir remué la foudre chaque fois qu'il vous arrivait d'éternuer.
Quand quelque profane passait devant vous sans courber l'échiné, d'un bond furieux vous descendiez de votre piédestal, vous vous mettiez à courir après lui avec une gaule ou un bâton.
C'était, vous l'avouerez, étrangement oublier la dignité qui convient à un dieu ; c'était, de plus, jouer un rôle très hasardeux ; et si vous aviez eu la plus légère dose de jugement, vous auriez compris que, parmi ceux que vous écrasiez de votre morgue ou que vous menaciez de vos coups, il pouvait peutêtre se trouver quelqu'un capable de vous démasquer et de vous faire rendre gorge.
Le manque de jugement et l'infat nation vous ont empêché de soupçonner même que le moindre choc pouvait vous faire culbuter du socle de carton-pâte où vous vous dressiez au milieu d'une auréole de ferblanc. Et vous voilà maintenant étendu sur le dos, les reins cassés, le cou tordu, dans la poussière étoilée des larmes de quelques rares disciples assez naïfs pour ne pas vous lâcher.
Vous voilà gisant dans une posture dérisoirenient pénible et humiliante, et le public, à qui j'ai fait connaître vos vols, vos mensonges et vos faux, se demande, stupéfié, comment vous av^ez pu tomber de si haut.
En eftet, vous étiez apparemment monté bien haut, monsieur Fréchette, et vous devez maudire la minute oii il vous vint h l'esprit de faire des fables satiriques, sans lesquelles vous pourriez encore éblouir les monocles des sociétés d'admiration mutuelle par l'éclat de vos verroteries littéraires.
Oui, vous étiez, aux yeux de bien des gens, monté très haut, et depuis que je vous ai fait faire la culbute, depuis quinze mois que je vous tourne et retourne sur le gril, pas une seule voix, dans la presse canadienne, à part celle de deux étrangers à gages, n'a protesté contre le châtiment que je vous inflige.
Je vous le demande, monsieur Fréchette, si quelque écrivain parisien osait, un de ces quatre matins, accuser Leconte deLislo d'être un plagiaire, pensezvous que la presse française resterait impassible et muette devant une pareille audace ?
Il s'élèverait dans tous les journaux de Paris et
de province un tel cri de révolte et d'indignation
contre le détracteur d'une des gloires de la France,
que le misérable serait peut-être obligé de fuir son pays pour aller cacher à l'étranger le ridicule de sa tentative et la lionte de son insuccès.
Eh bien ! ce qui ne pourrait manquer d'arriver en France à celui qui aurait la sottise et l'effronterie de contester la probité littéraire de Leconte de Lisle, me serait advenu, n'est-ce pas, si je n'eusse réussi à prouver les accusations de plagiat que je portais contre vous.
Ayant été considéré, depuis bien longtemps, comme notre poète national, les vengeurs ne vous auraient pas fait défaut, monsieur Fréchette, et j'aurais été écrasé sous une telle averse de lazzi, de sifflets et d'imprécations, que je n'aurais eu rien de mieux à faire que d'aller me cacher dans un pays d'où vous n'auriez jamais dû revenir.
Mais les hommes qui dirigent ici l'opinion publique ont compris tout de suite, par les documents dont j'appuyais mes dénonciations, qu'ils avaient été honteusement trompés par vous, que l'écrivain qu'ils avaient honoré comme une de nos gloires les plus indiscutables était un vrai brigand littéraire ; et mes articles du Courrier du Canada et de la Véritéj loin de susciter contre moi des représailles, m'ont valu les applaudissements les plus chaleureux.
Aussi, depuis qu'il se publie des livres dans notre pays, jamais ouvrage littéraire ne s'est écoulé aussi
facilement que mon Lauréat ; et quelqu'un a constaté, par un petit calcul bien facile à faire, que, étant
données la population de la France et celle du Canada, ma critique a eu, par comparaison, autant de vogue qu'aucun volume du plus populaire romancier parisien.
Est-ce que cela est assez significatif, monsieur Fréchette ?
Je ne parle pas ici du succès de mon Lauréat par vanité, mais uniquement pour faire comprendre que la justice de ma cause devait nécessairement assurer la réussite d'un tel travail.
Et remarquez que je n'ai pas vendu mon livre seulement à des membres du clergé et à des amis politiques, comme l'a prétendu un de vos truchements.
Non, monsieur Fréchette ; et si je vous faisais voir la liste des personnes qui, parmi vos intimes, ont souscrit au Lauréat ; si vous pouviez lire les lettres que des écrivains de France m'ont écrites pour me féliciter de la critique de vos œuvres, vous sauriez jusqu'à quel point vous êtes coulé.
Incontestablement, ma critique a eu un succès inouï pour notre jeune pays, et si vous aviez pu entendre les observations qui se faisaient sur votre prétendue gloire littéraire, lorsque mon volume
150 lyy^vx copains
parut, vous auriez compris qu'il était parfaitement inutile de chercher à vous défendre des accusations que j'y ai formulées avec toute la prudence d'un honnête homme combattant un drôle.
Le calfeutrage soyeux et velouté de vos somptueux lambris ont empêché une grande partie des rumeurs du dehors de parvenir à vos oreilles ; un entourage obséquieux et vigilant a fait aussi grand bruit autour de vous pour les étouffer, et, confiant dans un prestige dont vous jouissiez depuis trente ans, vous avez naïvement espéré que, si vous pouviez faire croire que je vous avais plagié, cela vous sauverait.
Pour atteindre ce but, vous n'avez reculé devant aucun moyen.
Vous avez inventé une entrevue qui n'a jamais existé que sur votre papier ou celui de Sauvalle, vous avez fait falsifier mes vers, vous avez dénaturé vos propres écrits, vous avez poussé la bassesse jusqu'à me faire attaquer dans ma vie privée.
Liîche !
Oui, vous venez, par les articles de vos deux paravents, de prouver que vous êtes un lâche.
Vous êtes un lâche, parce qu'au lieu de m'attaquer BOUS votre signature vous vous êtes caché derrière KouUaud et Sauvalle pour me combattre.
UK DERKIER MOT 151
VouB êtes un lâche, parce que vous avez fait signer à ces deux valets des écrits mensongers, que, par un reste de prudence pourtant bien inutile, vous n'auriez pas voulu signer vous-même.
Vous êtes un lâche, parce que vous rendez les coups dont je vous enveloppe à des prêtres, qui ne peuvent pas et ne voudraient pas, non plus, vous le savez, se colleter avec un fier-à-bras de carrefour.
Vous êtes un lâche, parce que, galoppant sans cesse dans des flaques de boue, vous essayez de faire croire que les gens qui reculent devant les éclaboussures ont peur de vous.
Et, malgré le dévoilement de vos plagiats et de vos faux, vous croyez encore survivre à l'écorchement que vous venez de subir ; vous osez, comme on l'a vu dans votre entretien avec Sâuvalle, pousser des ricanements à propos de mon Lauréat.
C'est le temps de vous appliquer encore ces vers de votre ami le grand Victor :
Je t'ai saisi. J'ai mis récriteau sur ton iront ;
Et maintenant la foule accourt et te bafoue.
Toi, tandis qu'au poteau le châtiment te cloue, »
Que le carcan te force à lever le menton,
Tandis que, de ta veste arrachant le bouton,
L'histoire, à mes côtés, met à nu ton épaule,
Tu dis : " Je ne sens rien ! " et tu nous railles, drôle î
Ton rire sur mon nom gaîment vient écumer.
Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer.
Et maintenant que vos attaques occultement brutales m'ont forcé à parler aussi rudement, montrez, monsieur Fréchette, que vous gardez un reste de cœur.
Sortez de la cachett3 où vous êtes blotti depuis si longtemps, et venez m'attaquer en face, visière levée, sous votre propre signature.
Ecartez Sauvalle, et approchez seul.
. Je vous attends.
Puisque les prêtres, sur lesquels vous déversez la haine que vous me portez, ne peuvent aller vous combattre sur le tréteau où vous étalez crânement le bariolage de votre maillot de lutteur forrain, je suis prêt, moi, à vous y rencontrer.
Je suis votre homme.
Sortez de votre cachette.
Mes livres sont là.
Mes accusations sont formulées.
Je vous attends.