‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 24 sur 25 · DEVANT DEUX TO^JBFS · texte numérisé non relu

DEVANT DEUX TO^JBFS

pour chercher à plaire à la République française et s'en faire nommer chevalier de la Légion d'honneur, il a essayé — comme on Ta vu dans mon livre Le Lauréat — de souiller la mémoire des anciens rois de France dans un pamphlet ordurier plagié dans Larousse. Et malheureusement cette avanie lui a valu la rosette de chevalier.

Dans une occasion un peu plus récente, le poëte national a agi d'une manière non moins odieuse. Pour tacher d'avoir du roi Alphonse XII une décoration quelconque, il a, dans une pièce en grande partie imitée de tout ce que Hugo, Musset et Gautier ont écrit sur l'Espagne, jeté de la boue à cette même République française, parce qu'il avait pris fantaisie à quelques boulevardiers en délire de huer, à son arrivée à Paris, le monarque espagnol, à l'occasion de sa nomination comme colonel d'un régiment de uhlans.

Mais heureusement Alphonse XII était assez perspicace pour deviner le mobile qui avait fait agir M. Fréchette, connaissait assez la langue française pour juger de la valeur de la pièce de vers qu'il lui avait adressée, et pour ne pas décorer le poète national pour des vers aussi hypocrites et aussi plats que ceux-ci, par exemple :

Depuis quand est-ce donc par des tharivaris Que la France reçoit l'hôte qui la visite ?

lâl DET'X COPAINS

Retournons-nous aux temps du Borusse et du Scythe ? Ton beau titre de peuple éminemment courtois, Des sots, pour l'abdiquer, monteraient sur les toits.

folie ! est-ce là de la vertu civique ?

Tu renoncerais donc, sublime Hépubliquc, Si belle en tes succès, si noble en tes revers, Dtsormais A. donner l'exemple à l'univers ?

Ce prince, chef élu d'un grand peuple éclairé, Devait passer chez toi comme un être sacré.

C^est un monarque, soit ; en est-il moins un homme ? Et puis Néron lui-même, à Tétranger, c'est Rome.

Oh î non, vaillante Espagne, en ces hideux exc5i Je ne reconnais point le noble sang français. Ce n'est pas là, non plus, la République fière Qui disait à chacun des peuples : Sois mon frcre !

Maintenant dites-moi, mes amis, ce qu'il faut penser d'un républicain qui injurie la République pour une faute qu'elle n'a pas commise, et qui se fait le défenseur de la monarchie pour une décoration qti'il convoite. Dites-moi si, en jetant l'injure à la face des républicains de France auxquels il devait do ^a gratitude pour la décoration qu'ils lui avaient donnée, en comparant à Néron Alphonse XII qu'il faisait mine de venger, M. Fréchette pouvait jouer plus lâchement et plus .stupidement le rôle de valet. Dites-moi lequel, du flagorneur ou du saltimbanque, on doit le plus mépriser dans la personne du lauréat !

Pour se donner une contenance, après la riule semonce qu'il reçut de M. Chapais à propos du comte de Paris et du ginéral BDulanger,— le poète national^ à l'instar des gamins grimaçant aux gens bien élevés qui les ont réprimandés pour leurs polissonneries, se mit à faire des pieds de nez aux rédacteurs du Courrier du Canada et de la Vérité.

Mal lui en prit, car M. Tardivel lui servit une salade qui faillit l'étouffer, qu'il ne pourra jamais digérer complètement, et dont on peut juger par les lignes suivantes, détachées de la Vérité du 3 novembre dernier :

" Dans la Patrie du 20 octobre, M. Frécliette, pour se vanter, pose au revenant. Son article intitulé : Un revenant^ commence ainsi :

''' Vou3 P0RS3Z peut-être qu'il s'agit de mon retour d'Earope? Vous n'y êtes pas. C'est beaucoup plus siîfrieux. Je

DEUX COl'AIXS

reviens de lautrc monde, ni plus ni moins, — de l'autre monde, où mes amisTardivel et Thomas Chapais m'envoient de temps en temps... Tardive], lui, ne se gcne pas, il m'assassine. A chaque instant j'apprends que le saint homme m'a assassines. . Thomas Chapais... ne m'assassine pas, lui, il me sffi icU:,"

'' Et M. Frécliette termine sa colonne de facéties en se demandant si Ton pourrait jurer en cour de justice que Tardivel a sa raison.

" Tout cela pour prouver que M. Frécliette n'est pas mort, qu'il se porte même à merv'eille.

" Eh bien ! le poète ne réussira pas, par quelques farces et quelques gambades, à tromper le public sur la gravité de son cas.

" Il n'est pas mort, puisqu'il gambade ; mais un homme mort vaudrait mieux que lui,car un mort n'est jamais ridicule, tandis que M. Fréchette l'est.

" On se souvient du voyage que M. Fréchette fit en France, il y a huit ans, croyons-nous. Alors, n'étant pas connu, il passa pour quelqu'un, là-bas comme ici. On lui fit partout bon accueil. Il recevait des compliments, des invitations ; les hommes de lettres à la mode le reconnaissaient comme un des leurs. De loin, la réclame aidant, ç'av^ait vraiment l'air d'une ovation.

"En 1894, M. Fréchette retourne en Europe.

Quel désastre ! Personne n'a l'air de le connaître, précisément parce que tout le monde le connaît maintenant. Pas un petit bout de ré.clame dans les journaux du boulevard, pas l'ombre d'un interview^ pas de dîner, pas de conférence, rien. Car, s'il y avait eu quelque chose de tout cela, la Patrie nous l'aurait fait connaître, au risque de blesser la modestie bien connue du pobte. Tardivel lui-même n'aurait guëre pu passer plus inaperçu dans la ville-lumière que M. Fréchette vient de le faire. Un vrai désastre, vous dis-je.

'' Seule la grande Sarali paraît avoir remarqué le passage en France du gros Louis. Dans nne lettre qu'a publiée la Patrie du 6 octobre, M. Fréchette a bien voulu nous apprendre que l'actrice " avait eu la gracieuseté de lui offrir une loge" — unc^assr, comme on dirait en canayen — ce qui lui a permis d'aller au théâtre sans payer — détail non sans importance pour M. Fréchette — et " d^avoir sous les yeux, durant quatre heures, toutes les illustrations de l'art, du journalisme et de la critique à ce moment présentes à Paris ". Il ajoute que '' deux de ses proches voisins étaient Francisque Sarcey et Paul de Cassagnac ". Mais ces illustrations, il a dû se contenter de les avoir sous les yeux durant quatre heures. Aucune d'elles ne paraît s'être entretenue avec le grand homme même durant quatre minutes. M. Fréchette a parcouru son Paris, et son Paris,

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sauf la fidèle Sarah. n'a pas fait semblant de le reconnaître.

" Trop connu, voyez-vous, pour être reconnu ! C'est profondément triste.

" Non, monsieur Fréchette, ce n'est pas Tardivel qui vous a assassiné, ni Thomas Chapais qui vous a suicidé ; c'est Chapman qui vous a déplumé. Et vous avez passé et vous passerez désormais à Paris comme un Canaycn quelconque, sans être remarqué, si ce n'est par Voiseau des pays bleus. Car c'est bien fini, soyez- en convaincu.

" Un paon qui se déplume peut espérer voir repousser sa parure ; mais le geai qu'on déplume est condamné à rester geai per omnia sœcula sœcitlorum.

'' J.-R Tardivel. "

M. Tardivel, qui est un de nos meilleurs juges en littérature, m'a beaucoup aidé à démolir M. Fréchette, en approuvant dans la Vérité la critique que j'ai faite de ses œuvres. Et ce qui doit avoir été bien cruel au poète naiional^ c'est qu'au lendemain de l'apparition de mon Lauréat — dans lequel je prétends qu'il ne sait absolument rien en fait de lexicologie — M. Tardivel corrobora mon assertion à ce sujet par l'article qui suit :

'' M. Fréchette a eu la main particulièrement

UN REVENÀN'T 139

malheureuse en feuilletant son dictionnaire et sa grammaire pour bâtir son Corrigeons-nous de samedi dernier. Voyons, sans plus de préambule, quelquesunes de ses bévues :

Fier. — Les Canadiens font un étrange abus du u\oi fier. Ils le mettent, pour ainsi dire, à toutes les sauces.

Quand la glace est vive et sèche, nous disons qu'elle est fière.

Si quelqu'un est content, heureux, satisfait, nous disons qu'il est fier.

Nous employons encore le mot fier comme synonyme de vaniteux.

Tout cela n'est pas français.

Fier veut dire altier, arrogant, superbe, .tudacieux, intrépide, noble, ^îlevé, une foule de choses ; mais à peu près rien de ce que les Canadiens lui font dire.

" Les Canadiens ne sont pas aussi bêtes que leur prétendu poète soi-disant national voudrait le faire croire.

" D'abord, nous lisons ce qui suit dans le Dlcllonnaire des dictionnaires^ au mot fier : " Tech. — Difficile à travailler à cause de sa grande dureté. Ce bloc est trop fier ; il faut le mettre de côté." Les Canadiens ont donc parfaitement le droit de dire que la glace Q^t fière quand elle est très dure.

" Et d'une !

" Le même dictionnaire donne l'exemple suivant :

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" Il est tout fier d'avoir réussi. " Cela ressemble singulièrement au ctinuyea que M. Fréchette déteste tant.

" Et de deux !

*' Même dictionnaire : " Fier comme Artaban.

Plein de vanité, de morgue."

'' Et de trois !

KoTATiox.—Jc lis à chaque instant, clans les journaux qui s'occupent d'agriculture : le système de rotation. C'est un anglicisme. On devrait dire assolement,

" En voilà une grosse, par exemple ! Rotation est aussi français qw'assolen^rht, Nous lisons dans le dictionnaire de Mgr Paul Guérln : " Aoric. : — Rotation des récoltes, série d'opérations par laquelle les champs reçoivent chaque année des semailles difterentes qui ne reviennent sur la même terre qu'après un certain nombre d'années. ..Cette combinaison et cette succession de cultures constituent l'assolement."

" Comment trouvez-vous ça pour un <(itglicis)iie !

" Et de quatre !

Avarie. — Ce mot est employé souvent à tort comme synonyme d'accident : Ma voiture a subi une avarie, il me faut la faire raduner. Avarie est un terme maritime ; il ne s'emploie que pour les embarcations ; de même que radouber, que le mot canayen rarlouer a la prétention de représenter.

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