‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 7 sur 25 · SPENCER WOOD · texte numérisé non relu

SPENCER WOOD

Voilé par un bosquet, loin de tout œil profane, C'est Tasile du rêve et du recueillement* Que le printemps éclose, ou que Tété se fane, Seul, par moments, le bruit du fleuve diaphane Rompt le calme embaumé de cet endroit charmant.

Seuls, les oiseaux, cachés sous les branches pensives,.

Réveillent, au matin, ses hôtes vénérés ;

Et là, dans le fouillis des frondaisons massives,

Les parfums et les chants ont des fraîcheurs si vives^

Que tous les coeurs en sont émus et pénétrés.

Tout autour du palais, comme des sentinelles Qui veillent sur les eaux du fleuve séduisant. Des pins géants, tout pleins de , bruissements d'ailes,. Bercent indolemment leurs têtes solennelles Sur des sentiers sablés partout s'entre-croisant.

Des gazons veloutés tapissent la terrasse ; Maint parterre odorant sert à l'enguirlander ; La toiture au soleil luit comme une cuirasse ; Et de la véranda coquette l'on embrasse Le plus vaste horizon que l'œil puisse sonder.

Quand l'aube vient darder ses flèches de lumière A travers les réseaux du bocage qui dort.

Avec tous ses parfums et ses feux la clairière Enroule autour des pins à l'épaisse crinière Comme un voile d'encens frangé de reflets d'or.

Et puis, si le couchant tout à coup incendie Les grands arbres, les fleurs, le gazon, le lichen, Ce lieu, qui jusqu'aux flots empourprés s'irradie,. Pendant que mille oiseaux disent leur mélodie. Semble aux j^eux éblouis un fragment de l'Eden.

Quelquefois des massifs, où jasent les mésanges, S'élèvent de longs cris rieurs et triomphants... Comme à ce paradis il a fallu des anges, Sous les rameaux ombreux entrelaçant leurs franges On voit s'ébattre alors de radieux enfants.

Non, nul autre séjour, où notre œil s'extasie. N'eût avec plus de calme et de grâce abrité Ceux qui, passionnés pour toute poésie, Gardent au plus profond de leur âme choisie Le culte de l'honneur et de la loyauté.

W. CflAPMAX.

A Mme ALBANI

Qui donc nous avait dit, 6 notre artiste aimée ! Qu'en un morne dédain ton âme renfermée, Gardait — fleuve songeant aux cailloux. du ruisseaxi — Des ronces du passé rancune à ton berceau.

Comme un papillon d'or qui, dans son vol splendide, Méprise désormais la pauvre chrysalide.

Qui donc nous avait dit — ô profanations !

Qu'entraînée au courant de tant d'ovations, Aux oublis généreux femme inaccoutumée.

Tu rêvais, au moment même où la renommée Du succès à ton front fixait l'astre éclatant, A punir ton pays de ses froideurs d'nntan ?

O sainteté de l'art, toujours, toujours niée ! Ceux-là, grande Albani, qui t'ont calomniée N'avaient jamais compris ce que c'est que le cœur Où le reflet d'en haut mit un cachet vainqueur.

Ceux qui parlaient ainsi de toi ne savaient guère

Combien l'artiste plane au-dessus du vulgaire ; Combien l'âme d'élite, être immatériel.

Qui se fait ici-bas l'c^cho des chants du ciel, Trouve, bercée au vent des saintes harmonies, Peu de place en son sein pour les acrimonies !

Ils ignoraient, ceux-là, — mais au fond c'est leur droit — , Qu'on n'est pas grande artiste avec un cœur étroit !

Lorsque, fouettant les airs de m vaste envergure. L'aigle, au clair finnapaçnt, monte et se transfigufc, En veut-il au vallon qui lui fut moins vermeil ? Quant la goutte flottante aux rayons du soleil Monte en bruine rose au sommet de la nue, En veut-elle au ruisseau de l'avoir méconnue ?

Non, non ! l'aigle qui vole, ivre d'immensité, Après être allé boire aux urnes de clarté.

Revient sur le rocher rafraîchir son plumage, Conservant dans son œil la flamboyante image Du globe incandescent que lui seul peut fixer ! Quant à la perle humide, elle va se bercer Et se dissoudre aux cieqx en vapeur irisée, Pour tomber ici-bas, fécondante rosée.

Pour aller resplendir en goutte de cristal Sur la fleur qui se mire au doux ruisseau natal.

Tu semblés l'une et l'autre, ô diva ! D'un coup d'aile, Comme l'aigle au vieux roc resté toujours fidèle. Comme la goutte d'eau qui retrouve son coure. Pour donner à nos vœux quelques instants trop courts. Tu redescends enfin de la sphère infinie Où le soleil de l'art a sacré ton génie Tu quittes l'empyrée où ton vol radieux Semait aux quatre vents tes chants mélodieux. Tu dis : Trêve aux rappels des brillants auditoires ! Aux bouquets ! aux bravos, ! trêve à toutes les gloires !

36 DECX COPAINS

O ma patrie ! adieu, rives fau ciel doré !

Je tombe à deux genoux sur ton sol adoré.

A moi tous les trésors de ta grande nature !

A moi le fleuve altier qui te sert de ceinture ! Tes cités, tes forêts, tes monts au front hautain ! Le blanc clocher, là-bas, qui luit dans le lointain ! Chambly ! le vieux couvent. Que je vous reconnaisse, Th(fâtre inoublié de mes jours de jeunesse !

Voilà ce que tu dis en touchant notre sol.

Aigle sublime... non ! — céleste rossignol !

Oui, nous l'avons appris, — et, dans notre âme émue, A ton nom, dtîpuis lors, chaque fibre remue. —

Quand TEurope artistique, enchaînée à ta voix.

Te hissait, jeune encor, sur Timmortel pavois.

Quand d'Italie en France, et de Londres à Bruxelles,

Les acclamations folles, universelles,

Que soulevaient tes pas, montaient, ô notre enfant !

Délirantes clameurs, à ton char triomphant.

Quand enfin, répété par la foule qui gronde,

Ton nom frappait l'écho des grands centres du monde,

Pour de là se répandre, et retentir partout.

Fidèle au vieux foyer, patriote avant tout,

Des souvenirs d'enfance inflexible gardienne,

L'univers à tes i)ieds, tu restas canadienne !

Merci, chère Albani, merci !

Si notre main N'a pas toujours battu si fort sur ton chemin. Si notre enthousiasme, ignorant trop encore, ' N'a pas, comme il devait, salué ton aurore ; Si nous n'avons pas su découvrir sur ton front Ta future couronne à son premier fleuron ;

Si ton aube a pâli par notre indifférenccv Oh ! tu te venges bien, grande âme, et ta vengeance Eclate aux yeux de tous, sans fiel et sans rancœur, Belle comme ta voixj noble commiî ton cœur.

Eh bien, soit î ton pays est debout qui t'acclame !

Ton nmour, il le veut ; ta gloire, il la réclame !

Il eût voulu voulu t'offrir un diadème d*or,

Si son orgueil de père eût cru trouver encor,

Au milieu des joyaux sans prix dont tu rayonnes^

Sur ta tête d'enfant place pour des couronnes.

N'importe ! Avec Taveu de nos torts expiés.

Laisse-nous, Albani, déposer à tes pieds

Toutes nos amitiés qui, ce soir, n'en font qu'une !

On t'a donné, là-bas, la gloire et la fortune ;

Ton pays, fier de toi, vient t'oifrir, à son tour.

Son plus fervent hommage et son plus tendre amour»

Louis Fréchetie.

A EUGENIE TESSIER

Tu ne te souviens pas d'avoir vu le soleil Qui dore l'horizon, le flot, l'arbre, la pierre, Car le destin ferma pour toujours ta paupière. Sitôt qu'elle eût souri dans ton berceau vermeiL

Or, quand s'évanouit l'éclair de ta prunelle, Le génie en ton âme alluma son flambeau ; Et l'œil de ta pensée a vu l'astre du Beau, Ton esprit, pour l'atteindre, a déployé son -aile»

Et ce que l'onde dit d'enivrant au roseau, Ce que le hautbois a de divin dans sa note.

Ce que 1 3 vent de mai sous les lilas chuchote. Oui, tout cela frémit dans ton gosier d'oiseau.

Comme le rossignol dont la chanson se mêle Aux «ouores frissons des feuilles dans la nuif , Tu gacouillas d'abord pour tromper ton ennui, Et ton refrain rendit jalouse Pbilomèle.

Et bientôt le passant, tout rayi, s'arrêta Pour savoir qui diantait dans cette ombre sereine... Lorsque tu fis, un soir, ton début &ur la scène» Une acclamation délirante éclata.

Dès ce moment ta main a fait tomber le voile Qui te cachait aux yeux des chercheurs d'idéal... Déjà tu fais Porgueil de ton pays natal, Et ton nom désormais luira comme une étoile.

Mais, malgré tes succès, quand ton trille argentin Fait treesaillir les cœurs d'une ivresse divine, Parfois un sanglot semble étreindre ta poitrine, Une larme jaillit de ton grand œil éteint.

Tu pleures, le front plein d'une sublime fièvre. L'esprit dans les rayons éblouissants de l'art. De ne pouvoir, hélas ! caresser du regsud Les milliers d'auditeurs suspendus à ta lèvre.

Et tu songes toujours que c'est payer bien cher Les applaudissements de la foule éperdue Que de venir chanter à tâtons et perdue Sous les feux de la rampe aussi vifs que l'éclair.

Ta préfères la paix des humbles villageoises

Qui contemplent les cieux, les prés, les eaux, les bois.

Aux bravos éclatants que soulève ta voix,

Au prix de tant d'ennuis, au prix de tant d'angoisses.

Ton cœur saigne souvent en palpitant d'émoi... Mais console-toi donc, en songeant, Eugénie,

Que Fon a de tout temps vu souffrir le g<5nie, Et que Milton était aveugle comme toi.

Oui, chante plusgaîment au-dessus de nos fanges... Et, quand tu nous fuiras, oiseau mélodieux, Aux rayons éternels tu rouvriras te» yeux, Tu mêleras ta voix à Thosanna des anges !

Nous allons continuer nos coufrontations, pour voir s'il est bien vrai que tout ce que j'ai barbouillé — selon le mot de M. Fréchette — est une imitation des pièces du lauréat.

A cette fin, j'aurais aimé trouver dans les volumes de mon modèle quelque paysage d'une certaine ampleur pour le mettre en regard d'un des barbouillages les plus considérables que j'aie commis en voulant décrire les scènes de la grande nature canadienne.

Malheureusement, le lauréat n'a exercé son talent de paysagiste que dans des sonnets.

Or, comme une seule piécette de ce genre ne saurait être raisonnablement mise en parallèle avec une poésie passablement longue, je transcrirai trois sonnets des Oiseaux de Neige^ couronnés par l'Académie française, ayant une certaine analogie avec

une de mes pièces qui viendra immédiatement après, et l'on verra que, lorsque j'écrivis V Aurore Boréale, je n'avais certainement pasmon7no(?<?îc sous les yeux.

Lisez ;

FÉVllIER

Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ; Au firmament l'azur de tons roses s'allume ; Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.

Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort, Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume, Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume L'orient plus vermeil met une épingle d'or.

Folâtre, et secouant sa clochette argentine.

Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine Sur le plancher rustique et le tapis soyeux.

Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victiiucs ; La gaîté vient s'asseoir t\ nos cercles intimes... C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux.

UAUB

Adieu les jours sereins et les nuits étoilées ! La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison Au penchàht des coteaux, dans le fond des vallées. Cest le dernier effort de la rude saison.

C'est le mois eimuyeux, le mois des giboulées ; Des frimas cristallins l'étrange floraison Brode ses fleurs de givre aux branches constellées, Là-baà un trait bronzé dessine l'horizon.

Le vieux coureur des bois dépose ses raquettes ; Plus d'orignaux géants^ plus de biches coquettes.

Plus de course lointaine au lointain Labrador !

On s'en consolera dans la combe voisine, En regardant monter sur un feu de résine La s^ve de F érable en brûlants bouillons d*or.

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