‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 8 sur 25 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

La neige fond partout ; plus de sombre avalanche Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ; La sève perce Tarbre en bourgeons palpitants Qui feront souff les fruits, plus tard, plier la branche.

Un vent tiède succède aux farouches autans ; L'hirondelle est encore au loin ; mais en revanche Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche^ Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.

Sous Péfîieuvc fécond il faut que tout renaisse... , Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse. Mais quand la poésie ajouté : — mois des fleurs —

Il faut bien avouer — nous que trempe l'averse, Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse— /Quelps poètes sont de charmants persifleurs.

Louis FrÉCH£TT£

Je n'ai pas plagié M. Frécbette pour écrire mou Aiirore Boréale. Non ; mais le lanrêaiy lui, a pris ridée de ses derniers tercets dans ce que Crémazie écrivait de Paris, eu 1871, à M. Tabbé Casgrain, au cours d'une lettre — publiée dans la Reçue C<inudienne — dont je détache le passage suivant :

Jacques me dit que vous avez eu un mois d'avril froid et pluvieux, et qu'il a été indisposé par suite des variations subites de la tetnpéràture.

Se change en un rideau dont la blancheur éclate, Dont les replis moelleux, aussi promps que l'éclair, Ondulent sans arrêt sur le firmament clair.

Quel est ce voile étrange, ou plutôt ce prodige ?

C'est le panoraina que l'esprit du vertige

Déroule à l'infini de la mer et des cieux.

Sous le souffle etfréné d'un vent mystérieux.

Dans un écroulement d'ombres et de lumières,

Le voile se déchire, et de larges rivières

De perles et d'onyx roulent dans le ciel bleu,

Et leurs flots, tout hachés de volutes de feu.

S'écrasent, et, trouant des archipels d'opale,

Déferlent par-dessus une montagne pâle

De nuages pareils à des vaisseaux ancrés

Dans les immensités des golfes éthérés,

Et puis, rejaillissant sur des vapeurs compactes.

Inondent l'horizon de roses cataractes.

Le voile en un clin d'œil se reforme plus beau,

Lové comme un serpent, flottant comme un drapeau.

Plus rapide cent fois qu'un jet pyrotechnique,

Il fait en pétillant un sabbat fantastique,

Il met en mouvement des milliers de soleils

Comme cristallisés dans la plaine éthérée.

Quelquefois on dirait une écharpe nacrée

Q'un groupe de houris secouerait en volant

Dans l'incommensurable espace étincelant ;

Tantôt on le prendrait pour le réseau de toiles

Que Prométhée étend pour saisir les étoiles.

Ou pour le tablier sans bornes dans lequel

Les anges vanneraient des roses sur le ciel.

Et la forêt regarde, enivrée, éblouie.

Se dérouler au loin cette scène inouïe ;

Et l'original, le muffle en avant, tout tremblant. Les quatre pieds cloués sur un mamelon blanc, L'œil grand ouvert, au bord de la savane claire, Fixe depuis longtemps l'auréole polaire Poudroyant de ses feux le céleste plafond, Et son extase fauve en deux larmes se fond.

W. Chaphan.

Coiïiparons maintenant deux poësies ëcrites sur deux augustes ruines de la terre française.

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