AVRIL
La neige fond partout ; plus de sombre avalauclie Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ; La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.
Un vent tiède succède aux farouches autans ; L'hirondelle est encore au loin ; mais en revanche Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine l)lanche,. Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.
Sous l'effleuve fécond il faut que tout renaisse... Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse. Mais quand la poésie ajoute : — )nois dcsfieurs —
Il faut bien avouer — nous que trempe l'averse. Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse — Que les poètes sont do charmants persifleurs.
Louis Fkéciiette
Je n'ai pas plagié M. Frécliette pour écrire moii' Aurore Boréale. î^ou ; mais le h'iiré'if, lui, a pris l'idée de ses derniers tercets dans ce que Crémazie écrivait, de Paris, en 1871, à M. l'abbé Casgrain, au cours d'une lettre — publiée dans la Reçue Canadienne— dont je détache le passage suivant :
Jacques me dit que vous avez eu un mois d'avril froid et pluvieux, et qu'il a été indisposé par suite des variationssubites de la température.
4i PEUX COPAIN'S
J'espère que le joli mois de mai, dont les charmes existent plutôt dans l'imagination de ces farceurs de poètes que sur les bords du Saint-Laurent, aura apporté à Jacques, avec ]qs, brises printanih'es et les parfums des fleurs fraichement /■doses, un remède à l'indisposition que le mois d'avril lui avait causée.
Ce qui prouve bien que ce n'est pas par pure coïncidence que M. Fréchette a eu la même idée que Crémazie, c'est qu'aucun barde indigène n'a jamais nommé notre avril le mois des fiears, et que le lauréat ne l'a appelé ainsi que pour singer le grand poète canadiei], qui avait, relativement à la maladie de son frère, ironiquement souligné le joli mois (h /liai de la chanson, les brises printanièrss et les 'parfiDiis des jlcars fratclienient écloses.
Au demeurant, ce qui démontre surtout que M. Fréchette s'est inspiré de Crémazie pour le clou de son sonnet, c'est qu'il nomme les poètes de charmants persifleurs à propos du mois d'avril, tout comme celui-ci les a qualifiés, de blagueurs à propos <\\\ mois de mai.
Seulement, le lauréat n'a pas compris que ce qui pouvait se dire, par ironie, du mois de mai des bords de la Seine, était inapplicable au mois d'avril des bords du Saint-Laurent.
Je répète donc ici ce que j'ai dit cent fois dans mon Jjduré'it : M. Fréchette n'est pas capable de
faire la moindre piécette sans s'aider de quelqu'un ; il lui est impossible de franchir la plus étroite rigole sans être monté sur des échasses.
Cela dit, voyons jusqu'à quel point j'ai dépouillé mon modèle pour écrire la poésie qu'on va lire :