‹ Deux copainsChapitre 11 sur 27 · L'AURORE BORÉALE · texte numérisé non relu

L'AURORE BORÉALE

La nuit d'hiver étend son aile diaphane

Sur l'immobilité morne de la savane

Qui regarde monter, dans le recueillement,

La lune, à l'horizon, comme un saint-sacrement.

L'azur du ciel est vif, et chaque étoile blonde

Brille à travers les fûts de la forêt profonde.

La rafale se tait, et les sapins glacés.

Comme des spectres blancs, penchent leurs fronts lassés

Sous le poids de la neige étincelant dfjins l'ombre.

La savane s'endort dans sa majesté sombre.

Pleine du saint émoi qui vient du firmament.

Dans l'espace nul bruit ne trouble, en ce moment,

Le transparent sommeil des gigantesques arbres

Dont les troncs sous le givre ont la pâleur des marbres.

Seul, le craquement sourd d'un bouleau qui se fend

Sous l'invincible effort du grand froid triomphant

Rompt d'instant en instant le solennel silence

Du désert qui poursuit sa rêverie immense.

Tout à coup, vers le nord, du vaste horizon pur Une rose lueur émerge dans l'azur.

Et, fluide clavier dont les étranges touches Battent de l'aile ainsi que des oiseaux farouches, Eparpillant partout des diamants dans l'air, Elle envahit le vague océan de l'éther. Aussitôt ce clavier, zébré d'or et d'agate.

Se change en un rideau dont la blancheur éclate, Dont les replis moelleux, aussi promps que l'éclair, Ondulent sans arrêt sur le firmament clair.

Quel est ce voile étrange, ou plutôt ce prodige ?

C'est le panorama que l'esprit du vertige

Déroule à l'infini de la mer et des ci eux.

Sous le souffle etfréné d'un vent mystérieux,

Dans un écroulement d'ombres et de lumières,

Le voile se déchire, et de larges rivières

De perles et d'onyx roulent dans le ciel bleu,

Et leurs fiots, tout hachés de volutes de feu,

S'écrasent, et, trouant des archipels d'opale,

Déferlent par-dessus une montagne pâle

De nuages pareils à des vaisseaux ancrés

Dans les immensités des golfes éthérés,

Et puis, rejaillissant sur des vapeurs compactes,

Inondent l'horizon de roses cataractes.

Le voile en un clin d'œil se reforme plus beau.

Lové comme un serpent, fiottant comme un dnipeau.

Plus rapide cent fois qu'un jet pyrotechnique.

Il fait en pétillant un sabbat fantastique,

Il met en mouvement des milliers de soleils

Comme cristallisés dans la plaine éthérée.

Quelquefois on dirait une écharpe nacrée

Q'un groupe de houris secouerait en volant

Dans l'incommensurable espace étincelant ;

Tantôt on le prendrait pour le réseau de toiles

Que Prométhée étend pour saisir les étoiles,

Ou pour le tablier sans bornes dans lequel

Les anges vanneraient des roses sur le ciel.

Et la forêt regarde, enivrée, éblouie. Se dérouler au loin cette scène inouïe ;

NOCVELLKS COMPAKAISOXS 47,

Et l'original, le mufflc en avant, tout tremblant. Les quatre pieds cloués sur un mamelon blanc, L'œil grand ouvert, au bord de la savane claire, Fixe depuis longtemps l'auréole polaire Poudroyant de ses feux le céleste plafond, Et son extase fauve en deux larmes se fond.

W. Cha^man.

Comparons maintenant deux poésies écrites sur deux augustes ruines de la terre française.

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