‹ Deux copainsChapitre 23 sur 27 · DEVANT DEUX TOMBES · texte numérisé non relu

DEVANT DEUX TOMBES

Au lieu de répondre à tout ce (|ui précède, M. Fréchette' s'est embarqué pour la Fiance, où il a passé, m'a-t-on dit, un mois à courir après des écrivains de troisième ordre pour se faire des réclames qui ... ne paraîtront pas.

Durant son séjour à l'étranger, il a aussi écrit pour la Pairie des lettres, dans lesquelles il retraçait ses impressions de voyage, et deux de ces lettres ont créé ici une profonde émotion.

Seulement, je dois me hâter de le dire, il y avait toute autre chose que de la S3'mpathie dans cette émotion-là, et M. Fréchette doit regretter de l'avoir provoquée, si l'on peut en juger par la magistrale leçon que M. Cliapais lui a faite, à propos du comte de Paris et du général .Boulanger, dans les lignes suivantes :

lo'3 DEUX COPAINS

" La dernière lettre de voyage écrite par M. Fré- -chette à la Pairie est odieuse.

" La mort du comte de Paris, cette mort admirable qui a remué tant de cœurs clirétiens, et qui vient de dicter à Mgr d'Hulst les pages émouvantes que nos lecteurs connaissent, cette mort n'inspire à M. Fréchette que des injures grossières et des farces o<lieuses.

" Lisez ces lignes ineptes :

Lp petit-fils de Loais-Philippe, couua, ou ne sait trop do ■quel droit, sous le titre de comte de Paris, est donc mort, sans avoir pvi monter sur le trône de ses illustres aïeux, sans Avoir reconquis aa couronne, et s'être ofi'ert en sacrifice pour le bonheur de son pays !

Encore un enfant du miracle de disparu !

Et cela, malgré ^50n droit divin et les desseins de la Providence qui— à moins qu'on ne nous ait trompés — tenait tant à voir ce représentant des saines traditions rétablir en France les beautés de Tancicn régime.

A quoi cela lui a-t-il servi d'avoir renié son père et son grand-père, en prenant le nom de Philippe VII pour mieux <>ntrer dans les bottes du comte de Chambord ?

Je crois voir d'ici le désappointeuK^nt (pie la triste nouvelle a dû créer dans certains quartiers, au Canada.

Il est vrai qu'il reste à tant d'espoirs frustrés la ress: ur>^c du prince Gamelle.

On peut toujours se rabattre sur l'intéressant cavalier servant do la Melba.

DEVANT DFXX TOMIÎKS ' 131

Il n'a pas écrit dos vers à Sarah Bcrnlian.lt, lui !

Et puis, il a ses droits, que diable ! ses droits que son père n"a pas oublié de lui transmettre religieusement dans l'intérct de la grande cause.

" Voilà la tenue de M. Fréchctte eu préseuce de cette tombe eutr'ou verte, devant laquelle tous les partis se sont inclinés avec respect.

" C'est la tenue d'un gavroche ou d'un saltiml anque.

" Il ne s'agit pas ici de monarchie et de république. Xous sommes do ceux qui ne croient plus ffuère à l'avenir de la monarchie traditionnelle en France.

"Mais il s'agit d'un grand exemple de foi ce morale, de courage, de résignation, de foi vive et tranquille : il s'agit d'un prince mort en exil, d'un chef de famille léguant aux siens, avec le souvenir de ses vertus, des enseignements et des conseils empreints d'une majesté et d'une grandeur souveraines !

" Et M. Fréchette, qui pourrait au moins se taire, ricane et insulte !

" Encore un enfant du miracle de disparu, s'écriet-il avec une joie stupide !

" Voilà la noblesse de sentiments, voilà l'élévation d'idées, voilà la générosité d'âme de M. Fréchette.

" C'est le fond du cœur qui se montre, et ce fond n'est pas beau. 9

132 I Kux corAixs

" Il y a quelques semaines, M. Fréclietlc se trouvait, auprès d'une autre tombe, celle d'un malheureux dont les aventures publiques et privées se sont dénouées par un suicide, loin de l'épouse et des enfants abandonnés, sur le monument funéraire d'une femme qui n'avait pas été la sienne.

'• Et cette fois, devant le tertre du cimetière d'ixclle où repose le cadavre de ce suicidé, M. Frécliettes'incliuait ; il était ému, respectueux, et il emportait religieusement comme une relique sacrée une fleur fragile poussée sur cette triste et misérable tombe.

" Ce contraste, dont M. Fréchette nous a donné le spectacle, le peint sous de déplorables couleurs. Voici deux morts, l'une chrétienne, héroïque, grande et sainte ; l'autre impie, criminelle, scandaleuse et lamentable : M. Fréchette donne une larme de sympathie à la dernière et un grossier outrage à la ])remière.

" Le plus cruel ennemi du hmréat découronné

n'aurait pu lui faire subir une plus terrible exécution

morale que celle qu'il vient de s'infliger de ses

propres mains."

Ce n'csb pas la première fois que M. Fréchette a écrit comme un maroufle à propos des hommes et des choses d'outrc-mer. Il v a une dizaine d'années,

DEVANT DLUX TOMEPS 1Q^

pour c'iiercher à plaire à la République française et s'en faire nommer elievalier de laLé^^ion criionueur, il a essayé — comme on l'a vu dans mon livre Le Lauréat — de souiller la mémoire des anciens rois de France dans un pamphlet ordurier plagié dans Larousse. Et malheureusement cette avanie lui a valu la rosette de chevalier.

Dans une occasion un peu plus récente, le poète national a agi d'une manière non moins odieuse. Pour tîtcher d'avoir du roi Alphonse XII une décoration quelconque, il a, dans une pièce en grande partie imitée de tout ce que Hugo, Musset et Gautier ont écrit sur l'Espagne, jeté de la boue à cette même République française, parce qu'il avait pris fantaisie à quelques boulevardiers en délire de huer, à son arrivée à Paris, le monarque espagnol, à l'occasion de sa nomination comme colonel d'un régiment de uhlans.

Mais heureusement Alphonse XII était assez perspicace pour deviner le mobile qui avait tait agir M. Fréchette, connaissait assez la langue française pour juger de la valeur de la pièce de vers qu'il lui avait adressée, et pour ne pas décorer le poètenational pour des vers aussi hypocrites et aussi plateque ceux-ci, par exemple :

Depui.s quand est-ce donc par des ( liarivaris Que la France reçoit l'hôte qui la visite ?

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Retournons-nous aux temps du Borusse et du Scythe ? Ton beau titre de peuple éminemment courtois, Des sots, pour l'abdiciuer, monteraient sur les toits.

O folie ! est-ce là de la vertu civique ? Tu renoncerais donc, sublime Ilépublique, Si belle en tes succès, si noble en tes revers, Désormais à donner l'exemple à l'univers ?

Ce prince, chef élu d"un grand peuple éclairé, Devait passer chez toi comme un être sacré. C'est un monarque, soit ; en est-il moins un homme? Et puis Néron lui-même, à l'étranger, c'est Rome.

Oh ! non, vaillante Espagne, en ces hideux excès Je ne reconnais point le noble sang français. Ce n'est pas là, no.n plus, la République hère t^ui disait à chacun des peuples : Sois mon i'rhre !

Maintenant dites-moi, mes amis, ce qu'il faut pcniser tVun républicain qui injurie la République pour une faute qu'elle n'a pas commise, et qui se fait le défenseur de la monarchie pour une décoration qu'il convoite. Dites-moi si, en jetant l'injure à la face des républicains de France auxquels il devait do \a gratitude pour la décoration qu'ils lui avaient donnée, en comparant à Is^éron Alphonse XII qu'il faisait mine de venger, M. Fréchette pouvait jouer plus lâchement et plus stupidement le rôle de valet. Dites-moi lequel, du flagorneur ou du saltimbancpu', on doit le plus mépriser dans la personne du hiuréat!

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