‹ Deux copainsChapitre 4 sur 27 · UNE REPLIQUE · texte numérisé non relu

UNE REPLIQUE

Aux défis que j'ai portés clans l'article qui préeède, publié d'abord dans la Vérité, M. rréch3tte s'est contenté de répondre par un mot your rire cj^ui a passé par tous les almanaclis de la France, de la Belgique et du Canada et à l'aide d'un mensonge qui ne pouvait passer par d'autre bouclie que la sienne.

Il faut être bien à court de ressources pour recourir à d'aussi piëtres moyens, et l'honorable M.Chapais a écrit dans le Comrier du Canada, à propos de cette réplique du lauréat, les lignes ci-dessous :

" Voici comment MM. Fréchette, Sauvalle, Roullaud et Cie répondent aux défis accablants que M. Cliapman leur lance dans la Vérité:

Le poète ordinaire de la haillargerie, le pauvre Chapinan, puisqu'il faut l'nppeler par son nom, n'est pas un chançard.

Jusqu'aux typographes de la Vérité qui lui jouent de mauvais tours ; c'est bien le comble de la déveine.

18 DEUX CûPAIX;^

Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris (ceci est un plagiat éhonté), il se débat comme un diable dans l'eau bénite de Tardivel-, sous les cuissons des petites ventés que nous lui avons dites.

Or il écrit : " la siiUc au prochain numéro ", et le typographe, né malin, lui fait dire : " la fuite au prochain numéro ''.

" A supposer que cette coquille serait autlieiitique, on voilà une forte riposte aux coups droits que M. Chapman porte au Lauréat et à ses paravents !

" Mais il n'y a pas do coquille. On ne lit au bas de l'article de M. Cliapman ni " la stiite,'^ ni " Infttite au prochain numéro." On y lit purement et simplement les mots : " à suivre/' imprimés très correctement.

" Faut-il être réduit à qui" pour descendre à d'aussi pitoyables blagues ? "'

M. Tardivel ne fut pas moins sévère relativement à la prétendue coquille.

Qu'on en juge :

" Dans son premier article en réponse à M. Frécliette, publié dans le dernier numéro de la Vérité, M. Chapman porto à l'ami de Sarah et à son paravent Sauvalle i)lusieurs défis très sérieux qui demandent à être sérieusement relevés si M. Fréchette ;t quelque souci de sa réputation. Or voici intégrale-

rXE KEn.IQUE JO

meut la réi^lique des deux copains que nous apporte la Patrie de samedi dernier :

Le poète ordinuire do la l.aillargerio, le pauvre Chapnian, puisqu'il faut l'appeler par sou uoni, n'est pas un chançard.

Jusqu'aux typograj lies de la T'én/é qui lui jouent de mauvais tours ; c'est bien le comble de la déveine.

Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris (ceci est un plagiat éhontéj, il se débat comme un diable dans l'eau bénite de Tardivel, sous les cuisions des petites vîr'dcs que nous lui avons dites.

Or il écrit : " la .s»/.V au procliain numéro." et le typographe, né malin, lui fait dire : " la fuite au prochain numéro."

" Se raccrocher à une faute t\'pograpliique, en pareille circonstance, ce serait déjà un aveu compromettant pour M. Fréchette, car ce serait proclamer qu'il est dans l'impossibilité de relever les défis de son adversaire. Que dire alors du procédé de MM. Fréchette et Sauvalle, qui, n'ayant pas de faute typographique à laquelle ils puissent se raccrocher, ^■/i inventent une; ou plutôt — car ces gens-là ne peuvent rien inventer — en rééditent une qui traîne dans les mots pour rire depuis des années !

" C'est à peine croyable, MNr. Fréchette et Sauvalle ont tout simplement menti. M. Chapman avait écrit, à la fin de son article, non pas : " La suite "" 'prochain naméro" mais : à suivre. Et notre typo-

DEUX COPAIK.-

gmplie a mis à suivre, tel que M. Chapiiiaii l'avait écrit. Chacun peut s'en convaincre en consultant la Vérité de la semaine dernière, première colonne, cinquième page.

" En être réduit à mentir pour se faire une contenance ! Pauvre M. Frécliette, que vous êtes bien vide, et surtout que vous êtes bien vidé !"

Oui, M. Fréchette est bien vidé, et il ne reste plus maintenant qu'à empailler cet aigle littéraire dont le vol, naguère encore, le portait si haut, si haut.

INTERVIEW

Pour faire croire que ce n'était pas lui qui écrivait contre moi les articles que signait Sauvalle, M, Fréchette — quel farceur ! — s'est fait intervlewcv par le paravent numéro deux, tout comme il se fit interviewer par le bon Marc quand celui-ci signa l'autobiographie du poète national dans \esHomjncs (la Jour.

Seulement, M. Fréchette avait oublié, au moment où il écrivait l'entrevue qu'on lira plus loin, que dans son autobio-graphie il laissait Sauvalle le tutoyer et lui taper sur le ventre, comme le prouvent les lignes suivantes empruntées aux Hoariacs da Joar :

— ëfiis-lu ce qui m'amène, Frccliettc ? Tu ne dcviiuras jamais. Il faut que je fasse ton portrait.

— Comment ? Es-tu devenu photographe ?

— Non, ce n'est pas cela : je suis chargé par la direction

des ITommos du Jour dV'crirc ta monographie ; on m'amrnie demande' ta vie.

— Htin ?

— Disons ta biugrapliie, mais je n'ai consenti qu'à essayer ton portrait ; veux-tu poser ?

— Ce n'est guère dans mes habitudes.

— Je le sais ; aussi, je n'insiste pas ; seulement tu vas me laisser toute liberté de saisir mes lignes, de guetter :ncs nuances, et pour cela de te faire parler un peu, de parler beaucoup moi-même, et aussi de circuler à loisir dans toute la maison, de la cave au grenier, en véritable inquisiteur.

— Mais cela n'intéressera personne.

— Tu te trompes. As-tu lu de Goncourt et sa Mais m iV an ArlUte ! C'est lui-même qui passe en revue ses bibelots et qui dit : '" En C3 temps où les choses dont le pojto latin a signalé la mélancolique vie latente sont associées si largement par la description littéraire moderne à l'histoire de l'humanité, pourquoi n'écrirait-on pas les mémoires des choses au milieu desquelles s'est écoulée luie existence d'homm? ?

■ — C'est bon, tu m'as convaincu, j'y consens, mais tu m'es témoin que c'est à mon corps défendant.

Sauvalle avait convaincu M. Frécliette !

Lo compère était à son corps défendant !

îlTon, il n'y a rien qui approche pour le cocasse une pareille fumisterie.

Aussi, faudrait-il être revêtu d'une triple cuirasse

IXTEHYIEW 23

de sottise pour ne pas s'apercevoir que tout ce que disent là Sauvalle et sou ami a été écrit de la propre main de ^f. Fréelictte, que l'entrevue de l'autobiographie et celle des articles du paravent numéro deux ont été inventées l'une et l'autre par le poète ntitional pour triclier de blaguer mieux le public.

Au surplus, deux expressions typiques, le cœar (jran(J ouvert ow Itirgriii'nt omert, br nm'ii largonriit OKcerte ou largement te m/ ne, deux expressions que M. Fréchette ne lâche jamais, avec lesquelles il est, comme on dit, en amour, vont prouver surabondamment mon assertion à ceux qui savent par mon L-uiréat que le poète /"ilional est toujours à bout de ressources et ne cesse de rabâcher.

Dans sa première lettre à M. l'abbé Baillargé le hmré'it disait :

C'est au moins ce que M. l'abbé Xautel a paru comprendre, et }v ne lui ai pas mf'najê (sic) une uiain linjement uitverle.

Dans la biographie de l'honorable M. Laurier, que M. Fréchette a publiée, quelque temps avant la sienne, dans les Hoinmcs du Jonr^ on lit :

Dans SCS relations sociales Laurier ne perd rien de son prestige. Affable et hospitalier chez lui, d'un commerce charmant chez les autres, la huiin et le cœur laiyement ouverts à tous, etc.

Au commeucement d'un article que l'auteur

24 DEUX COPAIXS

à'Or'Hjiii'iiix et Déti'nqués publia dans la P'/tiiedu 17 mars de cette année:

L'éclat de rire qui jaillit clair et sunoro des lèvres Linjernent ouvertes ne peut monter que d'un cœur vibrant et» lui aussi, 1 xrgement ouvert.

A la tin de la préface écrite par le poète ïKitioinil pour les Refrains de Jeiiiicssr de M. J.-W. l'oitras :

Je salue les liefrains de Jcunpsse. et teinh une main largement ouverte à leur très sympathique auteur.

Dans la notice nécrologique de M Jos. Duhamel, publiée dans la Patrie du 27 octobre dernier :

Obligeant à l'extrême, doué d'une charité inépuisable, jamais ami ne fut plus sincère et iv cutAo cirur pi us largement ouvert.

Voyons maintenant si les choses qu'on trouve dans la biographie de M. Fréchette, publiée dans les Hoaniiis du Joar, ne sont pas suflisantes pour établir que c'est lui-même qui a écrit cette biographie :

J'escalade lestement les deux étages, et sur le palier je trouve mon excellent compagnon d'autrefois, qui me tend •une niain largement cuve) te.

Son émotion, comme sa gaieté, est communicative ; le nrur toujours ouvert, la main promptement tendue, etc.

Louis, le lils aîné, si délicat (t si bien élevé; Jeanne,

INTERVIEW

l'aînée des filles, déjà grandelette. aux yeux largement ouverts, etc.

Mais ce sont les étoiles françaises qu'on y accueille le plus somptueusement et à cœur plus larr/euient ouvert, etc.

Une autre citation — prise encore dans la première lettre de M. Fréchette à M. l'abbé Baillargé :

Si les coups — et par malheur il ne peut guère en être autrement — ricochent un peu sur certains de vos confrères. ceux-ci ne devront pas s'en prendre ;i moi, mais à la corneille qui s'est mêlée d'abattre des noix, etc.

Comparons à présent les lignes suivantes, détachées de la biographie du hniréat, signée, pour la frime, par Marc Sauvalle :

Mais autant il est indulgent pour l'ignorant involontaire et sans prétention, autant il déteste les faux savants ou les pédants qui pataugent devant lui, au milieu des Ijellcslettres, comme des corneilles abattant des noir, etc.

Tous ces rabâchages — qui n'appartiennent qu'à M. Fréchette — sont, n'est-ce pas, assez probants pour démontrer que le huirént a fait son propre éloge dans les Hoituncs du Jour.

Oui, il est évident pour celui qui connaît le style rococo de Marc Sauvalle que c'est le poète nation "l qui s'est portraituré dans la publication de M. Louis Taché, comme aussi c'est lui-même qui vient de se donner un brevet d'honnêteté comme écrivain dans les deux derniers articles du paravent numéro deux.

En tout cas, quand Marc Sauvalle parle à M. Frécliette dans la fameuse biographie, il est familier avec lui jusqu'à lui dire qu'il ne se gênera pas de circuler à loisir dans sa maison, delà caveau grenier, tandis que, dans la dernière conversation qu'il prétend avoir eue avec le lauréat à mon endroit, il lui l)arle le front l:)as et récliine courbée.

Mais laissons donc parler les deux copains, pour juger de cela :

M. Sauvalle. — Je me suis permis tle venir vous demander quelques nouveaux renseignements au sujet du livre de Cliapman. Est-ce qu'un interview vous ennuierait?

31. 7''m7/e//e.— Aucunement, mais je ne crois pas avoir rien à ajouter aux documents imprimés que j'ai déjà mis entre les mains de INI. lîoullaud et des vôtres relativement au même siijet. Ne sont-ils pas suffisants?

M. Sauvalle. — Suffisants pour démontrer (jue le Cliapman s'est gavé dans vos livres connue un étourneau dans un boisseau d'avoine, c'est vrai ; mais n'auriez-vouspas un mot à dire des accusations de plagiat portées contre vous-même par cet individu et par l'abhé Baillargé?

M. Frécliette. — A (juoi bon ? j'ai fait connaître pour ce (lu'il est l'abbé Baillaigé, dont tout le monde rit aujourd'bui. Pauvre agresseur battu, il se venge comme il peut, le saint prêtre! <Juant à l'autre, si vous étiez du pays, vous sauriez (ju'il est assez connu à Montréal et à Québec, depuis nond)re d'années, pour être tout à fait inotrensif.

Si Sauvalle »'tait du pays, il saurait (pie je suis

INTERVIEW

assez connu à Québec et ù Montréal pour être tout à fait inoifensif !

Mais Marc me connaît depuis six ans ; et, pas plus tard que le deux ou trois avril dernier, nous nous sommes rencontrés, à ^Sîontréiil, en face de* bureaux de la 3Ii)hn've, et là le compère m"a félicité d'avoir mis M. Fréchette à sa place ; il m*a même remercié d'avoir fait que depuis quelque temps le lauréat dégonûS a cessé d'éclabousser — ce fut son mot — les gens qui ont le tort d'avoir moins de tokcns que lui.

Mais revenons à nos deux copains, et prêtons l'oreille à ce charmant duo :

3/. Saiivalle.—Y.h. bien, Monsieur, c"est précisément parce que je suis étranger que je viens vous prier de parler, ne serait-ce que pour la satisfaction de la colonie française au Canada, qui n'est pas au courant du pasié, et qui vous a,, vous le savez, en si liante estime.

M. Frcchette. — En ce cas, Morsieur, vous pouvez interroger ; malgré mes répugnances à m'occuper d'un pareil sujet et d'un pareil oiseau, je suis prêt à vous répondre.

M. Saiivallr. — D'abord, savez-vous ce qui a pu déterminer chez l'individu cette haine féroce?

M. Fréchette. — Rien de précis, Monsieur ; ce n'est pas ma faute si l'on s'est moqué de lui à l'Académie française, où j'avais réussi, la dernière fuis qu'il m'a parlé, il se traînait ù genoux...

M. San val le. — A genoux ?

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Suivent quelques insinuations qui déshonorent celui qui les formule et auxquelles un liomme bien élevé ne répond pas.

Après s'être ainsi soulagé quelque peu de la bile que mes critiques lui ont fait faire depuis quelque temps, M. Fréchette continue :

Il m'appelait " grand cœur," dans ces circonstances-là, comme il m'appelait "grand poète" dans ses pièces. Et, contiant dans mon iiidillerence au sujet de mes vers, il ne se gênait point. Cliaque fois que je publiais une pièce, on était sûr d'en voir apparaître la doublure, quelque temps après • c'en était devenu une farce. II me suivait à la piste — adoptant par derrière moi non s-eulement mes expressions, mes idées, mais encore mes sujets, mes opinions, mes titres, jusqu'aux rytbmes dont je me servais, \e cadre, la charpente, tout. Si je divisais mes pièces par des chiffres, il divisait les siennes par des cbiti'res. Si je les divisais par des étoiles, il les divisait par des étoiles. Si je faisais des strophes, il faisait des strophes. Sij'écrivais en rimes plates, il écrivait en rimes plates. Un hiver il me prend envio de ciseler des .somiets, voilà mon homme à gâcher des sonnets. Quand j'ébauchais du ])aysage, il barbouillait du paysage; quaml j'abordais l'épître, il se lançait dans l'épître. Et ([uand j'essayai du récit, il lit comme moi... il essaya.

Il est vrai que j'ai écrit sur des sujets analogues ù ceux qu'avait déjà traités M. Fréchette ; mais je n'y ai certainement pas plagié le poète JiatiO)iitl; et quel(|Ues-unos de mes pièces, que je vais mettre en regard des siennes, vont prouver que raccusation

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qui vient d'être portée contre moi est al»?olnment fansse.

Qu'on en juge :

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