‹ Deux copainsChapitre 5 sur 27 · LE PREMIEE DE L'AN · texte numérisé non relu

LE PREMIEE DE L'AN

C'est le premier de l'an : Allégresse partout : On s'aime, on se caresse, on s'embrasse, on se choie.... Mais le premier de l'an, pour les petits surtout, Est un jour cVincffable joie.

Pour les enhints la vie est un céleste accord : Chaque nouvelle année au bonheur les invite ; A cet âge naïf on ne sait pas encore

Comme le temps s'envole vite.

Pour eux point de soucis, nul chagrin n'est prof-md ; Ces cœurs que rien ne l)le£se ont en eux leur dictame, Et pourtant qui dira ce qui se passe au fond Quelquefois de la petite Ame?

Je connais des parents qui, sur leur seuil joyeux, Ayant vu s'arrêter le spectre au front livide. Des sanglot? plein la voix, des larmes plein les yeux. Se penchent sur un berceau vide.

Le pauvre ange est parti, par la mort emporté : — Pères qui m'entendez. Dieu vous garde les vôtres ! — Ils ne blasphèment pas, non, car en sa bonté Le ciel leur en a donné d'autres.

Tous trois sont là, groupés au milieu de monceaux De cadeaux radieux, — bonbons, tambours, épées, Chevaux de bois, soldats de plomb, frêles berceaux Où dorment de roses poupées.

Oh I les bons cris de joie ! oh ! la franche gaîté !

DEUX COPAIXS

Doux échappés du ciel, que je voudrais décrire Ce timltro dlunoceuce et de sérénité

Qui sonne en votre éclat de rire !

I^e cœur gonflé, le père ose à peine parler ! Et, tandis qu'autour d'eux le frais essaim se joue, La pauvre mère est là, triste, et qui sent couler Deux grosses larmes sur sa joue.

— Allons, dit le brave homme, en couvrant de baisers Les petits innocents à la voix de mjsanges, Ces ji mets sont à vous ; prenez et divisez

Entre vous trois, mes petits anges.

Or, comme l'on faisait quatre parts, étonné : — Pour qui, dit le papa, cette autre part entière? — Et, levant ses grands yeux :— C'est, répondit l'aîné, Pour petit frère au cimetière.

Louis Fkéciiettk.

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