LE PARAVENT NO
(^luiiul, poui" riposter à uni' table, <jue M. Frt'cliette avait publiée ecmtre moi, sous la signature ilu petit Gonzalvc Désaulniors, je commentai à enlever au hiuréiit les plumes qu'il s'était appropriées (;a et là depuis trente ans, il loua le nommé Henri Roullaud pour le dé'fondre '.
Et Henri EouUaud se mit en eampagne.
Seulement, le détenseur, (^n se le rai)pelle, \\v tiî ]uis une campagne bien longue ; et l'on rira cneore longtemps de la binette <pie firent le» deux copains le jour où je prouvai que l'un et l'autre se valaient comme ]»laLciaires.
< >r, pi'udant (pie Roullaud, culbuté par une dv mes révélations, se débattait encore, les quatre fors en l'air, M. Fré'chette, ]iour faire oublier la mésa-
1 — \a\ plnpjirt tl(*s arlicU» qu'un va lire ont vti^ pid»Hi> i\:\\\s la Vi'iitt.
DEUX COPAIKS
venturc do son paravent si bnisquement renversé et détourner l'attention de mes articles du Comiier du C(( nada^x o\\\\xi tenter un autre plan stratégique : il attaqua le Père Laçasse.
11 le fit d'une façon aussi brutale qu'idiote, et s'évertua à se montrer le plus chatouilleux et le plus vindicatif possible, pour faire croire que si les bagatelles que le spirituel abbé avait écrites sur son compte, à propos de Sarali Bernhardt, suffisaient à le rendre fou furieux, conséquemment mes critiques ne l'atteignaient aucunement, puisqu'il ne se donnait pas la peine d'y répondre.
Le public vit le truc, se moqua de lui, le méprisa comme il le méritait, et plusieurs de ses fervents, entre autres, M. Clioquette, lui tournèrent le dos.
Enfin mon livre — Le Laaré<(t — parut.
A son apparition, M. Fréchette continua d'aiFeeter le dédain et iit le mort.
Il lit le mort durant un long mois.
Mais, un jour, voyant que mon volume avait du succès en librairie, il n'y put tenir ; il se décida à louer un nouveau paravent, et se mit à tirer sur moi, caclié derrière Marc Sauvalle, le même Sauvalle qui a signé l'autobiograpliie du huiréat dans les Hommes du Jour.
J.E l'AIIAVANT N(J 2
Durant six semaines M. Fréeliettc a tiru avec la même pondre (pTavait eni[»loyée Tvoulland, durant six semaines il a fait mentir aussi stupidement le paravent iniméro deux (pie le })aravent îinméro un.
Pour entrer en matière, Mare Sauvallo a aliirné tous les titres que M. Fréehette s'est procurés au moyeu de ses plagiats et de ses réclames de p'iin h'tllcr\ puis il a donné la raison qui m'avait engagea écrire le Ijouré'it, et vous allez savoir incontinent ce qui m*a tait commettre une i>areilli' infamie.
Chapeau bas ! c'est le [)aravent iniméro deux qui parle :
Le titre seul (lu volume — Le Laarhd — rif-vèle l'intcntiiin et le sentinioiit (lui l'ont dieti'.
Kii eU'et, ee n'est pas à Ln lis Fit'eiiette «jue l'auteur en veut surtout, e'est au hintéot »1" l' Aciilémie Iraneivise. ])arl)leu !
( "onunent cela ? V( ici :
Le pauvre diable «lauteur, aj rès avoir pon.li 1«^ volume <!'' vers (|U0 persomie n'a lu, mais (jui s'intitule Feidllm (C Ei'dhle, eut le toupet d'iMn^ovor son ouvre aux meml>r(^ d( l'Aeadt'mie lran(;aise, avec la dein uide dune eouroiUK^ et d'un prix.
Tout naturellem Mit. eonrne vcnis devez bi(Mi le penser, cotto CDurom)(» (>t ee prix s ):U oa.-^jrc il f;iirj lo \v apparition
au lirnianient de la i^loire do C^.rrnn m.
A <'0 sujet, M. .\nvier >rar;iiier tlis:vil un jour à u \ de nus amis (|ui le visitait :
'^6 DEUX C OPAÎNS
— Connaissez-vous, nu Canada, une espèce de détraqué.... \aJlons donc, comment s'nppclle-t-il ?... un nom anglais, qui lait penser à un ressort de montre... quelque chose comme ^éi-happeinent f
— Chnpman ?
— Justement.
— Je ne le connais pas beaucoup, mais il a dû vous envoyer des vers ; il en envoie à tout le monde, c'est sa rnanie.
— Il a fait plus que cela : imaginez-vous qu'il nous a «oumis un volume à couronner.
— Pas possible !
— Parole d'honneur !
— C'est incroyable. Et puis ?...
— Et puis, dame, on m'a chargé de lire ça; j'en ai eu -assez delà première page, vous comprenez ; c'est un pauvre toqué que cet individu-là !
— A peu près.
— Il l'est tout de bon, s'il s'imagine que l'Académie française va couronner des pauvretés pareilles.
Et bien, le volume dirigé aujourd'hui par Chapman «contre M. Fréche tte est né de cette mésaventure.
Assurément, il n'y a pas grand danger que M. Xavier Marmier puisse démentir ce que Marc -Sauvalle dit là : le noble académicien est mort <lepuis trois ans.
M. Fréchette a cru qu'avec une pareille blague il ^allait expliquer à son avantage la publication de mon livre.
].s. j'aj:.vvent no 2
Lo pauvre geai déplumé avait compté sans une réplique de ma part.
(}uoi (pi'il eu soit, voici ce que je propose, pour combattre le mensonge que M. Frécliette a mis dans la bouche de son trucliement :
Que Sauv^alle ou n'importe qui de son entourage écrive au secrétaire de l'Académie française, et si quelqu'un en obtient une lettre tendant à dire que^ les registres de cette illustre institution établissent que j'ai demandé aux Quarante ou :\ l'un d'eux (k^ couronner mes Feiùlles iPErnhlc^ je m'engage k déclarer dans les journaux les plus importants dm pays que M. Fréchette n'est pas un plagiaire, qu'au contraire il est un très lioiniête écrivain, et que tout ce que j'ai écrit contre lui est faux et mensonger.
Ma proposition est-elle assez raisonnable ?
File est si raisonnable, que M. Fréchette et Marc Sauvalle se garderont bien de l'accepter.
Et voilà pounpioi, bien certain de n'ctrc pas obligé de réhabiliter la réputation de M. Fréchette, je dis dès à })résent aux deux co[)uins ([Uc je me m(>r|ue de leurs ridicules inventions.
Au reste, tout K' monde sait bien (|Ue c'est le litiirôlt qui a imaginé la conversation (|u"uii des amis de Mare Sauvalle aurait eue à mon sujet a\cc uu
DLIX CCPAINS
membre de rAoadémie ; et l'atroce calembour c'chjtppoHcnt dans la bouche de M. Marmier, qui était lapereonuiiication de ce qu'il y a de plus discret, de plus courtois et de plus digue dans le monde des lettres françaises, est la meilleure preuve de la gaucherie et de la mauvaise foi du poète rKiiicnal et de sou truchement.
Oui, tout ce que M. Frechette fait dire à Marc Sauvalle est de son invention, et, si le l<inrc<it avait autant d'imagination dans ses vers qu'il en a pour mentir, je n'aurais, certes, guère beau jeu à prétendre qu'il n'est pas un poète.
Après avoir injurié MM. Chapais etTardivel pour s'être permis de publier les articles qui composent mon L<nirétil^ Marc Sauvalle dit ceci :
M. Henri RoullaïKl a déjà, dans deux articles publiés dans la Minerve, levé un coin du linge qui recouvre la plaie ; il ne m'en voudra pas si je me permets de prolîter de son travail en le complétant.
J'emprunterai même l'ordre qu'il a mis dans ses deux articles ; j'y ajouterai quelques réflexions par-ci par-là ; et enfui je soumettrai les aperçus dont j'ai moi-même fait la découverte.
Je n'ai donc pas à répondre à la réédition et au réchauftage des articles de Houllaud, que j'ai renversé comme on renverse un mannequin.
IJ-: r.VEiAVKXT X(> 2
Je n'ai pas besoin <le répondre à ces hie[ities : k' j)ublic sait parfaitement rpiejene suis pas un pla-
giaire.
Xon, je ne suis pas un plagiaire, et, si j'en étais un, j'aurais assurément lilouté les vers des grands écrivains français préférablement à ceux de l'auteur de Jean Saur'ol et du T)r«i pcnn tuntônir.
C'est son orgueil incommensurablement stu[)i(le qui a mis dans la tête de M. Frécliette l'idée d'essayer d'établir (pie je l'ai plagié toute ma vie : et le fait de n'avoir pu signaler un seul hémistiche fpie j'aurais pris à Victor Ilngo, Lamartine, Musset, Leconte de Lisle, François Coppée, Sully-rrudliomme, etc., que je connais aussi bien que lui, et qui sont mes auteurs de })rédilection, prouve le ridicule et la malhonnêteté du paravent numéro deux.
Quant à [)iller, j'aurais pris des pièces d'or plutôt. <[Ue des gros sous,
irr
Marc Sau\alle ne s'est pas bc)rni'' à me re[>r()chcr d'avoir volé certains hémistiches (pii appartiennent à tout le monde ; Marc Sauvallc, dis-je, ne s'est pas content»' de m'accuser de m'étro a[)propri«'' des banalités, il est all(' jusqu'à mettre en n^lief de mes ver-- (pie son ami a\'ait d«'tigur»''s pour h's taii'e ressembler aux sitMis.
Et je défie le paravent numéro deux de trouver dans mes Québecquoises et mes Fenllles (PJîJrable, aux pages qu'il indique ou dans n'importe quel journal, les alexandrins suivants qu'il m'attribue :
Avec SOS pavillons claquant dans la tempête.
Je n'ai jamais écrit ça.
Minuit vient de sonner à la vieille pendule Dans le noir corridor.
Je n'ai jamais écrit ça.
De notre oubli ! — Personne ne le sait.
Je n'ai jamais écrit ça.
Te suivant du regard sur les Hots écunieux Sombrer dans le lointain brumeux.
Je n'ai jamais écrit ça.
Dans nos cercles du soir s'était jeté le deuil.
Je n'ai jamais écrit ça.
Son portail est orné d'étranges floraisons.
Je n'ai jamais écrit ça.
Je n'ai jamais écrit les vers qu'on vient de lire, et en chargeant votre trucliement de me les attribuer, vous avez commis, M. Frécliette, un acte dont l'eiFronterie n'a d'égale que l'impudence des plagiats à l'aide desquels vous vous êtes édifié une réputation de poète.