UN REVENANT
P()iir se (loMiior uiiû coiitonaiiCv», apivs l.i m le s'jiîionce qu'il reçut de M. Ghapiiis ;\ prop.).s »lii (îDinte (le I\iris et <la gjuéral B )ulaîigei', — !c poète nntiiiii'il^ à rhwfir ile? ii^auiiiis gi'hHi7aut aux gens bien ('levés ([ui les oîit r.'[e/i mandés p )iir leurs p;)!!*sonneries, se mit à faire des pieds de nez aux rédacteurs du Ci)Krri' r d" C'iii'nii et de la Vérité.
Mal lui eu \)V\t, ear M. Tai'divcl lui servit udisalade (jui l'ailiit rétouH'cr, «ju'il m* pjurra jamais digérei- e(>m[)lèteuieut, et dout (MI jjlmU juger j^ar ]en ligues suisaiit*'-;, dt'taeliées de l:i Vri''fri\\\ .] uDvenè- \)vv dernier :
" Dans la P'i/rir du L'<) octobre, M. Kréehettc, |»;)ur Si' vaiitei", j» )-^i' an i'e\en;i)if . S tn ;ii-i"hl.' inritnlé : Hk rii'i'thi lit , <'()iiinieuee ain^i .
• \'<)is |)(M-.s >/ piMilM'iT'' «lu'il s'.e^it de iu.>r. roto;ir il'Kt»rope ■/ N'tMis MX t («'s pas. C\st Itciiucoup plus sOrirux. J«»
13G DEUX COi\VIXS
reviens de l'autre monde, ni plus ni moins, — de l'autre monde, où mes amis Tardivel et Thomas Chapais m'envoient de temps en temps... Tardive!, lui, ne se gène pas, il m'assassine. A chaque instant j'apprends que le saint homme m'a assassiné... Thomas Chapais... ne m'assassine pas, lui, il me s'iLidc.''
" Et M. Frecbette termine sa colonne de facéties en se demandant si l'on pourrait jurer en cour de justice que Tardivel a sa raison.
" Tout cela pour prouver que M. Frochette n'est pas mort, qu'il se porte même à merveille.
" Eli bien ! le poiite ne réussira pas, par quelques farces et quelques gambades, à tromper le public sur la gravité de son cas.
" Il n'est pas mort, puisqu'il gambade ; mais un bomme mort vaudrait mieux que lui, car un mort n'est jamais ridicule, tandis que M. Frecbette l'est.
" On se souvient du voyage que M. Frecbette lit en France, il y a buit ans, croyons-nous. Alors, n'étant pas connu, il passa pour quelqu'un, là-bas comme ici. On lui fit partout bon accueil. Il recevait des compliments, des invitations ; les bommes de lettres à la mode le reconnaissaient comme un des leurs. De loin, la réclame aidant, c'avait vraiment l'air d'une ovation.
" Vai 1894, M. Frecbette retourne en Europe.
L'X REVENANT loi
Quel (lusastrc ! Pcisoinic iTîi Taii- (U' le connaître, préciséniL'nt parce que tout le monde le connaît n'iaintenant. Pas un petit bout de réclame dans les journaux du boulevard, pas l'ondjre d'un n>tirririi\ pas de dîner, jtas de eonfV'ronce, rien. Car, s'il y a\'ait eu quelrpie cliose de tout cela, la P'///'/'/' nous l'aurait fait connaître, au risque de blesser la modestie bien connue du poète. Tardivel lui-nirmo n'aurait guère pu passer [tlus inaperru dans la ville-lumière <[ue AT. Frécbette vient de le taire Un vrai désastre, vous dis-je.
" (Seule la irrandc Sarali i>araît avoir i-emarqué le passage en France du Li-ros Louis. Dans uiu^ lettr»' C|u'a ]>ublit'e la l^'ilr'n du (î octobre, M. b'rt'cbette a bien \'oulii nous a[q)i"endre ((Ue l'actricv' '* avait eu la gracieuset' de lui oflVir une loge" — une^)'/S5«', comme on dii-ait en fin'H/i n — ce (pii lui a permis d'aller au tbé'âtre sans payer — détail non sans impoi'tancc pour M. l^^^'cbcttc — et *• d'a\'oir «)us les yeux, durant ([uali'c lieurcs, toutes les illustrations de l'art, <lu jounuilisme l't de la criti<pie à co luonii'iit [U'»'scntes à Tari-". H ajoule (pie *• deux de ses jtrocbcs xoisins (''taicnt l''i-ancis»[Ui' Sareey et Paul de Cassagnac ". Mais ces illustrations, il a dû so contenter de les a\oir sous lc> ycux durant quatrelieui-cs. Aucune d'elles ne paraît s'ètr»' cnti'etiMUU' a\i'c le grand lionimc même durant ipialre minutes. M l'^l-t'cbct te a p;irc'>uru s m r;ti'i-. >\ sah ]*:\r\^.
sauf la iidMe Sarali. n'a pas fait semblant de le reconnaître.
" Trop connu, voyez-vous, pour être reconnu 1 C'est profondément triste.
" Non, monsieur Fréchette, ce n'est pas Tardivel qui vous a assassiné, ni Thomas Chapais qui vous a suicidé ; c'est Chapman qui vous a déplumé. Et vous avez passé et vous passerez désormais à Paris comme un Canayen quelconque, sans être remarqué, si ce n'est par V oiseau des j^aijs bleus. Car c'est bien fini, soyez- en convaincu.
" Un paon qui se déplume peut espérer voir repousser sa parure ; mais le geai qu'on déplume est condamné à rester geai per otniiia sœcula sœculoruin.
" J.-P. Tardivel. "
M. Tardivel, qui est un de nos meilleurs juges eu littérature, m'a beaucoup aidé à démolir M. Fré- ' cliette, en approuvant dans la Vérité la critique que j'ai faite de ses œuvres. Et ce qui doit avoir été bien cruel au poète nalional^ c'est qu'au lendemain de l'apparition de mon Lauréat — dans lequel je prétends qu'il ne sait absolument rien en fait de lexicoloçcie — M. Tardivel corrobora mon assertion à ce sujet par l'article qui suit :
'' M. Frécliette a eu la main particulièrement
UN lîF.VKNANT 13V»
iiialheurcuso en tt'uillctjint soa dictionnairo et sa grammaire pour batii* son (JDrr'irji 'ms-nons de .samedi dernier. Voyons, sans plus de [»roanil»nl<'. (pnd'piosiincs de ses bévues :
Fier. — Les Cana liens loiit un étrange .'il)us du \noifiet\
Tls le in(>tteiit, pour ^'inA dire, à toutrs les saucc.«.
Quand la glace est vive et sè;'lie, nous disons qu'elle est l'ii re.
Si ([uelqu'un est content, lieuivux, satisfait, nous (lisons qu'il est fier.
Nous employons encore le mot //V'/' comme synonyme de vaniteux.
Tout ('t'ia n'est j)a-< IVaiirnis.
Fier veut dire aitier, arr.)gant, superbe, ludacieux, intrépide, noi)Ie, élevé, tme l'ouïe de ciio^es : mais à peu près rien de ce que les Canadiens lui l'ont dire.
" Les Caiiudiens ne sont [ta^ aussi botes tpie leur [)i'étcndu [)OL}tc soi-disant national xoudrait le taire eroiro.
" D'abord, nous lisons ee (pli suit dans \^} D'cHon- D'iirr <lrs iHct'a^niidriS, an mot t'wr : *' 'ri:i:ii. — Diflicile à tiaxailler à cause de sa i;M'an(U' dureté. Co Idoe est li'(^p liei- : il taul le mettre di» i'ot«'." Ta»s Canadiens ont done parlaiteinent le droit de dire ([Ue la ii,'laee est ///•/■/• (|nand elle e-^t t i-ès dure.
" Kt d'une :
•• iiO même dietionnairi- donne l'exempK' sui\ani :
140 DEIX COPAINS
" Il est tout fier d'avoir réussi. " Cela ressemble singulièrement au canaycn que ^I. Frécliette déteste tant.
" Et de deux \
" Même dictionnaire : " Fier comme Artaban. Plein de vanité, de morgue."
" Et de trois !
Rotation'. — Je lis â chaque instant, dans les journaux qui s'occupent d'agriculture : le système de rotation. C'est unanglicisme. On devrait dire assolement.
'' En voilà une grosse, par exemple ! Botatlon est aussi français i\yCiissolciii''iit. Nous lisons dans le dictionnaire de Mgr Paul Guérin : " Agric. : — E^otation des récoltes, série d'opérations par laquelle les cliamps reçoivent chaque année des semailles différentes qui ne reviennent sur la même terre qu'après un certain nombre d'années. ..Cette combinaison et cette succession de cultures constituent l'assolement."
'' Comment trouvez-vous ça pour un <i iigVcisme !
" Et de quatre !
AvATtiE. — Ce mot est employé souvent â tort comme synonyme d'accident : Ma voiture a sul)i une avarie^ il me faut la faire radoner. Avarie est un terme maritime ; il ne s'empJoie que pour les embarcations ; de mêmequ3 radouber, que le mot canaycn rœJouer a la prétention de représenter.
r.N HKVliNANT 141
" Ali I Av'fr'c lie s'emploie (|iu' pour les embarcatioiis ! Voyons ce (pie If Di'Hlotnudrc des th'>-tlt,ii- 'in(ires en <lit : '* Se dit qneLpiet'ois en ]>arlant de marchandises dont le transport se lait par terre. Par extension. Détérioration, déicat, accident. Une meule mal exécutée donna naissance à de i;'ra!ides avaries (M. de J)ombasle.) Fia;. On a beau rire, faire des v^audevilles, des pliysiologies contre l'hymen ou ses axaries, il y a (hms le mariage un prestige indestructible (Mme de (iir.)." Kt plus loin, au mot Avarier : " Attendez, sergiMit./fai une |tatteavaii(''c, mais les reins et K's bras sont eneoiv solides, je \ais vous (loniiei- un coup de main (M. Sue.). S'av akieu. Ces blés se sont avarii'.- (bin> le grenier. Café, sucre avarié.''
" Par cons('(|Uen(, en rrau(;ais comme^en canayen, on [»eut dire pai'faitemeiit (pu'la réputation littéraire de M. Fn'ehette est nvariê, ou a reçu des <iriir'n'S !
'' Etdecin(| !
"Voyons rad'iiili, i\ maintenant, (pii, selon M. Fri'cbette, ne s"enip]oie (ph' poui" les enduircations. Citons toujoui-s Mgr (îuéuin : '• Ane.. lu'pai'ei", en général... Ivcl>outer, renouiT. \'ous n'avi'/. point gm'rie celle (|ui estoit desroinpuc (/)//;/<, éd. 1550"). Ji<i(l<n(hc}\ dans K' sens de rvpnrer^ en gt'néral,est un excelUuit ari'liaïsine ([ue les C^nnidiens ont très bien fait de conser\c!-. (^>uau( à /i<iil(inti\ ce n'est pas un
si grand crime, non plus, et nous sommes parfaitement convaincu qu'il ne faudrait pas converser bien longtemps avec un habitant de Saint-Malo avant de l'entendre dire.
" Et de six !
BÈATis. — Un ragoût de hêati.'^, comnio on dit ici, n'est pas français. Le mot est hratiîles.
" Mgr Guérin nous dit " qu'on rencontre au XVII. s. la forme masculine Béatll. Avec des champignons, béatils, andouillettes." Pourquoi, pour l'amour d'une ^, sans calembour, faire cette chicane d'Allemand à béfdis?
Restes. — Ne dites point les restes de la ta1»Ie, du repas ; ce mot a vieilli.
Dites : les reliefs.
" Le plus récent des dictionnaires, celui de Mgr Guérin, n'indique pas ce mot comme vieilli, puisqu'il dit: '' AbsoL, au pi. Ce qui reste d'un repas. Manger les restes. " Et quand bien même le mot aurait vieilli, pourquoi cet acharnement stupide contre nos archaïsmes ?
" Et de sept !
" Sept grosses bévues et une chicane ridicule daus une seule colonne ! C'est Corrigez-moi., et non Corrigcohs-iioas que M. Fréchette devrait mettre en tête de sa promenade hebdomadaire à travers le dictionnaire et la grammaire."