DEVANT DEUX TOMBES
Au lieu de répondre k tout ce qui précède, M. Fréchette s'est embarqué pour la France, où il a passé, m'a-t-on dit, un mois à courir après des écrivains de troisième ordre pour se faire des réclames ((ui. . .ne paraîtront pas.
Durant son séjour à l'étranger, il a aussi écrit pour la Pdir'n des lettres, dans lesquelles il retraçait ses impressions de voyage, et deux de ces lettres ont en'é ici une protonde ('motion.
Seuleiucnl, je dois me liâter de \v dii'e, il y awiit toute autre chose que de la sympathie dans cette émotion-là, et M. Fréchette doit l'Ogrctter (h^ l'avoiipi'ovoquée, si l'on peut en Juger par la uuigiHtrale leçon ([ue M. Chapais lui a laite, ;\ propos du comte de Taris et du gt'néial lîoulanger, daiis les liiji^nes sui\ antes :
*' La (lerniëre lettre de voyage écrite par M. Fré- <;liettc à la Patrie est odieuse.
" La mort du comte de Paris, celte mort admirable qui a remué taut de cœurs chrétiens, et qui vient de dicter à Mgr d'Hulst les pages émouvantes que nos lecteurs connaissent, cette mort n'inspire à M. Fréehette que des injures grossières et des farces odieuses.
" Lisez ces lignes ineptes :
Le petit-fils de Louis-Philippe, connu, ou ne sait trop de •quel droit, sous le titre de comte de Paris, est donc mort, sans avoir pu monter sur le trône de ses illustres aïeux, sang avoir reconquis sa couronne, et s'être offert en sacrifice pour le bonheur de son pays !
Encore un enfant du miracle de disparu !
Et cela, malgré son droit divin et les desseins de la Providence qui — à moins qu'on ne nous ait trompés — tenait tant à voir ce représentant des saines traditions rétablir en France les beautés de l'ancien régime.
A quoi cela lui a-t-il servi d'avoir renié son père et son grand-père, en prenant le nom de Philippe VII pour mieux entrer dans les bottes du comte de Chambord ?
Je crois voir d'ici le désappointement que la triste nouvelle a dû créer dans certains quartiers, au Canada.
Il est vrai qu'il reste à tant d'espoirs frustrés la resscur.^c du prince Gamelle.
On peut toujours se rabattre sur l'intéressant cavalier servant de la Melba.
DEVANT DEUX ÏOMBF.S 131
Il ira pas Cent des vers tl Sarali BcrnbarJt, lui !
Et puis, il a ses droits, (juc (lial)Io î ses droits que son père ii';i pas oublié de lui transmettre religieusement «Inns lintérOt de la grande eause.
" A^oilà lii tenue de M. Frécliette en présence de cette tombe entr'ouverte, devant la(|uelle tous les partis se sont inclinés avec respect.
" C'est la tenue d'un gavroche ou d'un saltind anque.
" Il ne s'agit pas ici de monarchie et de république. Nous sommes de ceux qui ne croient plus guère à l'avenir de la monarchie traditionnelle en France.
"Mais il s'agit d'un grand exemple de force morale, de courage, de résignation, de i'oi vive ettrancpiille ; il s'agit d'un prince* mort en exil, d'un ehet' de famille léguant aux siens, avee le souvenir de ses vertus, des enseignements et des conseils empreints d'une majesté et d'une grandeur souveraines !
" Kt ^^. Fréehette, ([iii pourrait an in»>in> se taire, ricane et insulte !
" Eneore un enl'ant du miraele de disj)ai'U, s'éerii't-il aN'ec une joie stupidi' î
'* Voilà l:i uoKK'sse de sentiments, vt»ilà rélévation (Vidées, voilà l:i g(''Ut''rosit(' d'àine de M. V'rt'ehette.
" C'esl \v l'oiul du eteur (pli si» montre, et ce fond n'est pas beau. ^
132 I EUX COFAIXS
'' Il y a quelques semaines, M. Frëclietie se trouvait auprès d'une autre tombe, celle d'un malheureux dont les aventures publiques et privées se sont dénouées par un suicide, loin de l'épouse et des enfants abandonnés, sur le monument funéraire d'une femme qui n'avait pas été la sienne.
" Et cette fois, devant le tertre du cimetière d'ixelle où repose le cadavre de ce suicidé, M. Erécbette s'inclinait ; il était ému, respectueux, et il emportait religieusement comme une relic|ue sacrée une fleur fragile poussée sur cette triste et misérable tombe.
" Ce contraste, dont M. Fréchette nous a donné le spectacle, le peint sous de déplorables couleurs. Yoici deux morts, l'une chrétienne, héroïque, grande et sainte ; l'autre impie, criminelle, scandaleuse et lamentable : M. Fréchette donne une larme de sympathie à la dernière et un grossier outrage à la première.
" Le plus cruel ennemi du lauréat découronné
n'aurait pu lui faire subir une plus terrible exécution
morale que celle qu'il vient de s'infliger de ses
propres mains."
Ce n'es" pas la première fois que M. Fréchette a écrit comme un maroufle à propos des hommes et des choses d'outre-mer. Il v a une dizaine d'années.
DEVANT Dirx TO.MBFS ]33
pour clierclier ii plaire ii la République française et s'en faire nommer chevalier de la L<'i;ion (Vlionneur. lia essayé — comme on l'a vu dans mon livre />« Lauréat — de souiller la mémoire des anciens rois de France dans un })amphlet ordurier plagié dans Larousse. Kt malheureusement cette avanie lui a valu la rosette de chevalier.
Dans une occasion un peu plus récente, le poète national a a^i d'une manière non moins odieuse. Tour tacher d'avoir <lu roi Alphonse XII une décoration quelconque, il a, dans une pièce en grande partie imitée de tout ce que Hugo, Musset et Gautier ont écrit sur l'Espagne, jeté de la houe à cette même llépuhlique française, parce qu'il avait pris fantaisie à quelques houlevardicrs en (h'iiic de huer, à son arrivée à Paris, le monarque espagnol, à l'occasion de sa nomination comme colonel (Tiin n'giment de uhlans.
Mais hcui'eusenn'nt Alphonse^ \I1 l'tait ass(V. perspicace poui' deviner le mobile «pli a\ait tait agii" M. Fréchetti', connaissait assez Ui langue franeai.-e poui juger de la valeur de la pièce de vers qu'il lui avait adressée, et p(^nr ne pas décorer le poète aatioiial \\o\\v <\^^^ vers aussi liypoerites (»t aussi plats qU(* ceux-ci, par exemple :
Depuis «|U:iii 1 est-ce donc p;ir dts ciiarivaris (^)u(' la l'^:nic(> reçoit l'Iiôt c ijui la visite ?
134 DEIX COrAINS
Ttetournons-nous aux temps du Borussc et du Scythe ? Ton beau titrs de peuple éruineiumeut courtois, Des sots, pour l'abdiquer, monteraient sur les toits.
0 folie ! est-ce là de la verta civique ? Tu renoncerais donc, sublime Ptcpublique, Si belle en tes succès, si noble en tes revers, Dt'sormais à donner l'exemple à l'univers ?
Ce prince, chef élu d'un grand peuple éclairé, Devait passer chez toi comme un être sacré. C'est un monarque, soit ; en est-il moins un homme ? Et pais Néron lui-même, à l'étranger, c'est Rome.
Oh ! non, vaillante Espagne, en ces liideux excès Je ne reconnais point le noble sang français. Ce n'est pas là, non plus, la République fière Qui disait à chacun des peuples : Sois mon frire !
Maintenant dites-moi, mes amis, ce qu'il faut panser d'un républicain qui injurie la République pour une faute qu'elle n'a pas commise, et qui se fait le défenseur de la monarchie pour une décoration qu'il convoite. Dites-moi si, en jetant l'injure à la face des républicains de France auxquels il devait ds ^a o-ratitude pour la décoration qu'ils lui avaient donnée, en comparant à îs'éron Alphonse XII qu'il faisait mine de venger, M. Fréchette pouvait jouer plus lâchement et plus stupidement le rôle de valet. Dites-moi lequel, du flagorneur ou du saltimbanque, on doit le plus mépriser dans la personne du lauréat!