UX DERN'IEU .MOT
Vous voilà ^iriant dans une ijostiiri' (lérisoireiiient [MMiiblo et Immilianto, et K' publie, à qui j'ai fait eoiinaîtro vos vols, vos mcnsongos et vos faux, se demande, stujx'Hé. comnient vous avez pu tr»iid)er de si haut.
Eu effet, vous étiez a}»pareniiueur uiout»' bien haut, ujonsieur Frédiette, et vous devez maudiri' la minute où il vous vint à l'esprit de faii'e des fables satiriques, sans lesquelles vous jtourriez encore éblouir les monocles des sociétés d'admiration mutuelle pai* l'éelat de vos verroteries littéraires.
Oui, vous étiez, aux yeux de bien des gens, monté très haut, et depuis que je vous ai fait faire la eulbute, depuis ([uinze mois que je vous tourne et retourne sur le gril, pas une seule voix, dans la presse canadienne, à part celle de deux étrangers a gages, n'a protest(3 contre le ehatiment i\\\r je vmis inflige.
de vous le demande, innnsicur Fréchette, si quelque écrivain parisien osait, un de ces (puitre matins, accuser Leconte deLisle d'être un plagiaire, pensezvous (pie la presse fran(;aise resterait impassible et muette devant une pareille audace?
11 s'('l('verait dans tous les journaux île Taris ot (b' province un tel eri de n'v«»lte et d'iiuligiuiti«>n eontre le (K't racteni- (rinic (les ii^loir<'s île la l''i*;uice.
148 DEUX Copain^
que le misérable serait peut-être obligé de fuir son pays pour aller cacher à l'étranger le ridicule de sa tentative et la honte de son insuccès.
Eli bien ! ce qui ne pourrait manquer d'arriver en France à celui qui aurait la sottise et l'effronterie de contester la probité littéraire de Leconte de Lisle, me serait advenu, n'est-ce pas, si je n'eusse réussi à prouver les accusations de plagiat que je portais contre vous.
Ayant été considéré, depuis bien longtemps, comme notre poète national, les vengeurs ne vous auraient pas fait défaut, monsieur Fréchette, et j'aurais été écrasé sous une telle averse de lazzi, de sifflets et d'imprécations, que je n'aurais eu rien de mieux à faire que d'aller me cacher dans un pays d'où vous n'auriez jamais dû revenir.
Mais les hommes qui dirigent ici l'opinion publique ont compris tout de suite, par les documents dont j'appuyais mes dénonciations, qu'ils avaient été honteusement trompés par vous, que l'écrivain qu'ils avaient honoré comme une de nos gloires les plus indiscutables était un vrai brigand littéraire ; et mes articles du Courrier du Covjida et de la Vérité^ loin de susciter contre moi des représailles, m'ont valu les applaudissements les plus chaleureux.
Aussi, depuis qu'il se publie des livres dans notre pays, jamais ouvrage littéraire ne s'est écoulé aussi
UN DERNIER MOT 14î)
facilement que mon Lauréat ; et quelqu'un a constaté, par un petit calcul bien facile à faire, que, étant
données la population (le la France et celle du Canada, ma critique a eu, par comparaison, autant de vogue qu'aucun volume du ])]us populaire romancier parisien.
Est-ce <pic c<'la csl :i>>*'z siL!'nitic;if if. inoii-iciir Frécliette ?
Je ne parle pas ici du succès de mon Laaréot par vanité, mais uniquement pour faire comprendre que la justice de ma cause devait nécessairement assurer la réussite d'un tel travail.
Et remarquez (pie je n'ai pas vendu mon li\re seulement à des membres du clergé et à des amis ])olitiques, comme Ta ])n't('ndu un de vos truchements.
Non, monsieur Kréchctte ; vt si jr vous taisais voir la liste des personnes qui, parmi vos intimes, ont souscrit au Ltnrênt : si vous pouviez lire les lettres «[Ue «les «'ci'i\'aiiis de France m\)nt «'crites pour me iVOiciler de la cri(i(pie de vos «euvres, \nus saui'ie/ jus(prà «[Uel point vous ctes coulé.
IncontestablenienL ma criti(|ue a en un <uci'o> inouï j)Our notre jcunt' pa \ s. v\ >i vous a\ ie/, pu entendre les ol>scrvations (\\\'\ ><> taisaient sur votre préten<1ue gloire littéraire, lorst|Ue mon volume
parut, vous auriez compris qu'il était pr»rfaitement inutile de chercher à vous défendre des accusations que j'y ai formulées avec toute la prudence d\in honnête homme comhattant un drôle.
Le calfeutrage soyeux et velouté de vos somptueux lambris ont empêché une grande partie des rumeurs du dehors de parvenir à vos oreilles ; un entourage obséquieux et vigilant a fait aussi grand bruit autour de vous pour les étouffer, et, confiant dans un prestige dont vous jouissiez depuis trente ans, vous avez naïvement espéré que, si vous pouviez faire croire que je vous avais plagié, cela vous sauverait.
Pour atteindre ce but, vous n'avez reculé devant aucun moyen.
Vous avez inventé une entrevue qui n'a jamais existé que sur votre papier ou celui de Sauvalle, vous avez fait falsifier mes vers, vous avez dénaturé vos propres écrits, vous avez poussé la bassesse jusqu'à me faire attaquer dans ma vie privée.
Lâche !
Oui, vous venez, par les articles de vos deux t)aravents, de prouver que vous êtes un lâche.
Vous êtes un lâche, parce qu'au lieu de m'attaquer BOUS votre signature vous vous êtes caché derrière lloullaud et Sauvalle pour me combattre*
UN i)ekn'if:r mot loi
Vous êtes 1111 lâclie, parce f [lie vous avez fait signer à ces deux valets des écrits mensongers, que, par nu reste de prudence pourtant bien inutile, vous n'auriez pas voulu signer vous-nienie.
Vous êtes un laclie, parce rpie vous rendez les coups dont je vous cnvelopju' à des prêtres, rpii ne peuvent pas et ne voudraient pas, non plus, vous le savez, se colleter avec un fîer-à-l»ras de carrefour.
Vous êtes un ImcIic, parce (pie, galoppant sans cesse dans des tla(pies de boue, vous essayez de faire croire que les gens qui reculent devant les éclaboussures ont peur de vous.
Et, malgré le dévoilement de vos i>lagiats et de vos faux, vous crovez encore survivre à l'écorchement que vc^us venez de subir : vous osez, comme on Ta vu dans votre entretien avec Sauvalle, pousser <\vri ricanements à propos de mon Ltiar^tit.
C'est le temps de vous a[»pliquer encore ces vers de votre ami le li'rand Victor :
Je t'ni saisi, .l'ni mis 1 ôcritciui sur ton Iront : Kt maintenant la foule accourt et te bafoue. Toi, taniUa «lu'au poteau le eliàtiinent te clouo, (^ue le carcan te force î\ lever le nient»»n. Tandis <iue. de ta vcst(> arrachant le hnuton, L'histoire, à mes cotes, mi't à nu ton <5punle. Tu dis : •• .îc ne sens rien ! " et tu nous railU's, ilrùlc ' Ton rire sur mon nom uaînient vient t'^eunuM*. ISIaia je tiens h< fer r(>u«;e rt vois ta cliair fumer.
152 DEUX COPAIXS
Et maintenant que vos attaques occultement brutales m'ont forcé à parler aussi rudement, montrez, monsieur Fréchette, que vous gardez un reste de cœur.
Sortez de la cachett3 où vous êtes blotti depuis si longtemps, et venez m'attaquer en face, visiëre levée, sous votre propre signature.
Ecartez Sauvalle, et approchez seul.
Je vous attends.
Puisque les prêtres, sur lesquels vous déversez la haine que vous me portez, ne peuvent aller vous combattre sur le tréteau où vous étalez crânement le bariolage de votre maillot de lutteur formin, je suis prêt, moi, à vous y rencontrer.
Je suis votre homme.
Sortez de votre cachette.
Mes livres sont là.
Mes accusations sont formulées.
Je vous attends.