MARS
Adieu les jours sereins et les nuits étoilées ! La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison Au penchant des coteaux, dans le fond des vallées. C'est le dernier effort de la rude saison.
C'est le mois ennuyeux, le mois des giboulées ; Des frimas cristallins l'étrange floraison Brode ses fleurs de givre aux brandies constellées, Là-bas un trait bronzé dessine l'horizon.
Le vieux coureur des bois dépose ses raquettes ; Plus d'orignaux géants, plus de biches coquettes,
NOUVELLES COMPAIIAISONS
Plus de course lointaine an lointain Labrador !
On s'en consolera dans la combe voisine, En regardant monter sur un feu de r(?sine La sève de l'érable en brûlants bouillons d'or.
AVKIL
La neige fond partout ; plus de sombre avalanche Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ; La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants (^ui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.
Un vent tiède succède aux farouches autans ; L'hirondelle est encore au loin ; mais en revanche Des milliers d'oiseaux l)lancs couvrent la plaine blanche, Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.
Sous l'ellleuve fécond il faut que tout renaisse... Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse. Mais quand la poésie ajoute : — inois (fes fleurs —
Il faut bien avouer — nous que trempe l'averse, (Qu'entraîne la débâcle, ou ([u'un glaçon renverse — (^uc les poètes sont de charmants pcrsilleur.s.
Louis KRÉCiniTTE
Je n'ai pas plagié M. Fréohctte pour écrire mon Jiurorc Boréale. Non ; mais le hniré"!, lui, a pris l'idée de ses derniers tercets dans ce que Crémazie écrivait de Paris, en 1871, à M. l'abbé Casgrain, au cours d'une lettre — })ul)liéc dans la Reçue C"iuidîenve — dont je détache le passage suivant :
.hicqut^ me dit ([ue vous avez eu un mois il'avril froi«l et pluvieux, et qu'il a été indi.>jposi' par suite des variations subites de la tempérât un\
J'espère que IqjoU mois de mai, dont les charmes existent plutôt clans l'imagination de ces farceurs de poètes que sur les bords du Saint- Laurent, aura apporté à Jacques, avec ] es brises printanières et les parfums des fleurs fraîchement écloses, un remède â l'indisposition que le mois d'avril lui avait causée.
Ce qui prouve bien que ce n'est pas par pure coïncidence que M. Fréchette a eu la même idée que Crémazie, c'est qu'aucun barde indigëne n'a jamais nommé notre avril le mois des fleurs, et que le lauréat ne l'a appelé ainsi que pour singer le grand poète canadien, qui avait, relativement à la maladie de son frëre, ironiquement souligné le joli mois (h mai de la chanson, les brises printamèrss et \q^ ixtrfums des fleurs fraîchement écloses.
Au demeurant, ce qui démontre surtout que M. Fréchette s'est inspiré de Crémazie pour le clou de son sonnet, c'est qu'il nomme les poètes de charmants persifleurs à propos du mois d'avril, tout comme celui-ci les a qualifiés de blagueurs à propos du mois de mai.
Seulement, le lauréat n'a pas compris que ce qui pouvait se dire, par ironie, du mois de mai des bords de la Seine, était inapplicable au mois d'avril des bords du Saint- Laurent.
Je répète donc ici ce que j'ai dit cent fois dans mon Lauréat : M. Fréchette n'est pas capable de