‹ Deux copians. Réplique à MM. Fréchette et SauvalleChapitre 9 sur 32 · NOUVELLES CO.MI'AKALSOXS 4Ô · texte numérisé non relu

NOUVELLES CO.MI'AKALSOXS 4Ô

faire la moindre piécette sans s'aider de quelqu'un ; il lui est impossible de franchir la plus étroite rigolo sans être monté sur des échasses.

Cela dit, voyons jusqu'à quel point j"ai dépouillé mon modèle pour écrire la poésie qu'on va lire :

L'AURORE BORÉALK

La nuit d'hiver étend son aile diaphane Sur rimniohilité morne de la savane (^ni regarde nionter, dans lo recueillement. La lune, à l'horizon, comme un saint-sacrement. L'azur du ciel est vif, et chaque étoile blonde Brille à travers les fûts de la forêt profonde. La rafale se tait, et les sapins glacés, Comme des spectres blancs, penchent leurs fronts lassés Sous h; poids de la neige étincelant dans l'ombre. La savane s'endort dans sa majesté sombre, ricine du saint émoi qui vient du iirmament. Dans l'espace nul bruit no trouble, en ce moment, Le transparent sommeil des gigantesques arbres Dont les troncs sous le givre ont la pâleur des marbres. Seul, le craciuement sourd d'un bouleau qui se fend , Sous rinvincil)l(^ elVjrt du grand froid triomphant Rompt d'instant en instant le «olennel silence Du désert qui poursuit sa rêverie immense.

Tout à coup, vers le nord, du vaste liori/on pur VnQ rose lueur éunn-ge dans l'azur, Kt, lluide clavier dont les étranges touches lîattcnt de l'aile ainsi que des oiseaux farouches, Eparpillant partout des diamants dans lair, Elle envahit h^ vague océan de l'éther. Aussitôt ('(> clavicT. zébré d'or ci d'airate.

46 DFA'X cor .VINS

Se change en un rideau dont la blancheur éclate, Dont les replis moelleux, aussi promps que l'éclair, Ondulent sans arrêt sur le firmament clair.

Quel est ce voile étrange, ou plutôt ce prodige ?

C'est le panorama que l'esprit du vertige

Déroule à l'infini de la mer et des ci eux.

Sous le souffle etîréné d'un vent mystérieux,

Dans un écroulement d'ombres et de lumières,

Le voile se déchire, et de larges rivières

De perles et d'onyx roulent dans le ciel bleu,

Et leurs flots, tout hachés de volutes de feu,

S'écrasent, et, trouant des archipels d'opale,

Déferlent par-dessus une montagne pâle

De nuages pareils à des vaisseaux ancrés

Dans les immensités des golfes éthérés,

Et puis, rejaillissant sur des vapeurs compactes,

Inondent l'horizon de roses cataractes.

Le voile en un clin d'œil se reforme plus beau,

Lové comme un serpent, flottant comme un drapeau.

Plus rapide cent fois qu'un jet pyrotechnique.

Il fait en pétillant un sabbat fantastique,

Il met en mouvement des milliers de soleils

Comme cristallisés dans la plaine éthérée.

Quelquefois on dirait une écharpe nacrée

Q'un groupe de houris secouerait en volant

Dans l'incommensurable espace étincelant ;

Tantôt on le prendrait pour le réseau de toiles

Que Frométhée étend pour saisir les étoiles,

Ou pour le tablier sans bornes dans lequel

Les anges vanneraient des roses sur le ciel.

Et la forêt regarde, enivrée, éblouie.

Se dérouler au loin cette scène inouïe ;

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