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d’assez de succès pour que l'intérêt n'ait pas faibli un seul instant. Aussi, la population s’est-elle rendue en grand nombre à chaque soirée pour applaudir au talent de chacun, sûre qu'elle venait puiser dans ces réunions un aliment vivifiant à la fois pour le cœur et l'esprit.
Je voudrais pouvoir exprimer dignement à tous ceux qui y ont
droit la reconnaissance de l’Institut. Mais il est deux noms que je ne saurais passer sous silence, ce sont M. Augustin laperrière, chargé de la direction musicale, qui depuis trois ans prodigue ses veilles et son zèle dans l'intérêt de notre institution, et M. F..R.E. Campeau, préposé à l’organisation dramatique. Ces deux messieurs ont rempli leut tâche respective avec une persévérance et une activité admirables. Je dois mentionner aussi le Corps de musique des jeunes gens, qui a fait, depuis les quelques mois de sa forination, des progrès si rapides sous l'habile direction de M. l'abbé Champagne ; l'excellent orchestre Marier dont nous avons le plaisir d'entendre encore, ce soir, les agréables mélodies ; le magnifique corps des Chasseurs Canadiens de Hull; note club des amateurs canadiens, déjà en pleine voie de succès, et auquel nous devons les recettes assez rondes de plus d’une attrayante soirée; enfin toutes les dames et messieurs qui se sont multipliés pour nous être utiles et rehausser l’éclat de nos soirées, chaque fois—et cela est arrivé bien souvent—que nous avons dû faire appel à leur bonne volonté et à leur patriotisme.
Oui, Mesdames et Messieurs, si l’on en juge par nos nombreuses réunions du mercredi, si l’on en juge par les témoignages non suspects de la satisfaction publique, nous pouvons affirmer, sans crainte d’être taxé de présomption, que nous avons au moins assuré aux canadiens-français de la capitale les avantages d'instruction, que les autres associations littéraires de la capitele ont donnés à la population parlant l'anglais en cette ville, Tout en offrant autant de distractions et de charmes par le chant et la musique, nous
. avons donné à la partie littéraire un cachet original qu’elle n’a pas dans ces associations. Car en quoi consistent leurs entretiens ?
Ce sont tout simplement de beaux discours,—plus éloquents que
celui que j'ai l'honneur de prononcer—ou des scènes émouvantes
empruntés à des orateurs et écrivains distingués, que l’on redit devant ces sociétés.
Loin de moi l’idée de vouloir saisir cette circonstance pour dé. précier la nature et la portée de ces entretiens. Ils sont certainement intéressants, contribuent à épurer le goût, à inspirer le culte du beau, à initier le public au secret des grands maîtres en éloquence, en histoire, en philosophie et en poésie, mais on me
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permettra de dire, du moins, qu'ils ne sont pas marqués du sceau national. Ils n’ajoutent aucune production nouvelie à la littérature canadienne, et favorisent, par conséquent, dans une mesure moindre, le progrès des lettres en ce pays. Ils ne demandent pas aussi la somme d’études, de réflexions et dé recherches que requièrent nos conférences. C'est là le trait principal qui distingue nos entretiens des lectures données devant les autres associations de cette ville—si j'en excepte la Société Littéraire et Scientifique— et on ne trouvera pas mauvais que je rende justice à nos conférenciers en signalant une différence aussi importante.
Aussi, que lon réunisse et publie les cinquante entretiens, donnés depuis trois ans seulement devant cette institution, et l'on admettra sans peine que, dans ce coin de la province d’Ontario, les canadiens-français savent lutter avantageusement contre leurs concitoyens des autres origines dans le noble domaine de lintelligence. On reconuaitra encore à leur louange, que depuis quelques années surtout, ils ont fourni plus d'une pierre précieuse à l'édification de cet édifice littéraire, aux proportions déjà imposantes, élevé dans le Canada-Français, par les soins des Garneau, des Ferland, des Crémazie, des Chauveau, des Casgrain, des Lemay et de bien d’autres littérateurs distingués.
Ces entretiens traitent les sujets les plus divers : histoire, philo. sophie, économie politique, sciences, religion.
On a remarqué avec plaisir, cette année surtout, que les conférenciers se sont particulièrement appliqués à nous faire connaître l’histoire du Canada. [Il est à espérer qu’ils continueront à l'avenir l'œuvre à peine ébauchée, car c’est bien là le thème qui puisse offrir le plus d’attrait à un auditoire aussi patriotique que celui qui encombre cette salle. Notre histoire, de fait, offre un champ inépuisable à ceux qui veulent l’exploiter—et toute hardie que puisse paraître cette assèrtion—j'affirmerai qu'on ne fait que commencer à dévoiler ioutes ses richesses.
On a dit que c’était l’histoire de son pays qu'on ignorait le plus, comme c'était aussi la géographie de son pays qu'on connaissait le moins. Cette assertion n’est pas sans fondement. On connaît bien, par exemple, l’histoire des Grecs et des Romains, on a appris à admirer leur grandeur, l’état avancé de leur civilisation, leurs faits mémorables; la vie de leurs guerriers, de leurs orateurs, de leurs poëtes, nous est familière, Mais nous ignorons trop souvent l'histoire de notre beau pays et celle de ses plus nobles enfants,
Quelle histoire fut pourtant plus héroïque, plus admirable et plus fertile en enseignements que la nôtre ! C'est toute une brillante épopée où se dessinent sous les traits les plus beaux, le cou-
rage, l'esprit de foi et de dévouement à ce pay: Quels fondateurs de colonies peut-on comprer, par exemple, aux Champlain et aux de Maisonneuve ? Qui poussa plus loin l’héroïsme que les Montcalm, les Lévis, les d’Iberviile, les de Beaujeu, qui promenèrent pendant si longtemps le drapeau français victorieux? Quels découvreurs furent plus courageux que les Joliet, les LaSalle, les P.Marquette, les Varennes de la Verendrye et tant d’autres, dont le nom est déjà entouré d’une auréole de gloire impérissable ? Quels missionnaires furent plus intrépides que les Lalemand, les Bressani‘ les Brébœuf, et tant d’autres qui, après avoir conquis des légions d’infidèles à la foi, ont arrosé notre sol de leur sang et jouissent maintenant des splendeurs éternelles ?
D’autres pays ont pu produire des orateurs plus éloquents, des hommes politiques plus remarquables, mais ils ne comptent pas de plus grands patriotes, de plus nobles caractères, que les Bédard,
les Panet, les Bourdages, les Viger, les Vallières de St. Réal, les
Lafontaine, les Nelson, les deux Papineau, les Morin et bien d’autres, dont los noms seront prononcés avec admiration, tant que subsisteront nos glorieuses libertés politiques, obtenues au prix de si généreux efforts.
Oui, cultivons notre histoire, tâchons de la populariser, car en apprenant ce qu'ont été ses pères, notre peuple tiendra à honneur de marcher sur leurs traces. Leur noble conduite sera comme un flambeau lumineux, qui le guidera au milieu des incertitudes e des obscurités de l'avenir. Ce sera pour lui le phare qui éclairait jadis les Hébreux dans leur marche à travers le désert. Car tous les peuples marchent vers une Terre Promise. Cette Terre Promise, ce ne sont pas des avantages matériels, c’est l’immortelle couronne qui sera posée sur le front de toutes les nations chré- ‘tiennes, qui n'auront pas dévié de leur noble et sainte mission !
Ces études, Mesdames et Messieurs, ont pour but non-seulement de faire revivre notre passé sous ses traits les plus saisissants, de servir d'enseignement au peuple, mais elles contribuent encore à tirer de la poussière de l’oubli des héros et des faits inconnus, à jeter un nouveau jour sur des points obscurcis et à nous faire rechercher en tout la vérité historique. Four vous en convaincre, il me suffira de vous citer un trait qui ne vous est pas étranger.
Il y a quelques semaines, un littérateur canadien distingué affirmait devant ce même Institut, sur l'autorité de M. Rameau et autres écrivains dignes de foi, que. le peuple acadien —cet admi rable pelit peuple auquel nous sommes liés par une commune
origine—avait du sang indien dans les veines, provenant des relations des premiers acadiens avec les Abénaqnis. Cette assertion
n’est contredite par aucun auteur et elle eut induit sans doute bien d’autres littérateurs sous la même fausse impression—car
donné subséquemment par un jeune conférencier de talent, qui se fait gloire d’appartenir au peuple acadien.
Croyant à tort ou à raison que cette asse.tion était injurieuse pour sa race, ce monsieur s’est mis à l’œuvre pour en démontrer la fausseté. Il a fait faire, dans ce but, de nombreuses recherches dans son pays; il a fait examiner les registres les plus anciens des établissements acadiens, et, s'appuyant sur les données les plus authentiques et le témoignage invariable de la tradition, il est aujourd’hui, m'’assure-t-on, en mesure de prouver d’une manière péremptoire, que Rameau et les autres ont fait erreur, et que le sang français coule dans toute sa pureté dans les veines du noble peuple acadien.
Les conférences publiques, Mesdames et Messieurs, sont aussi un des grands moyens d'instruction de notre temps.
Mais il faut connaître que leur origine est loin d’être récente, On voit, par exemple, que les lectures publiques étaient fort en faveur auprès du peuple romain. Un historien nous dépeint le conférencier comme se présentant d'ordinaire en riche toilette, les cheveux soignés, l’émeraude au doigt, sans oublier la modeste coupe qui devait l'humecter durant le débit. Vous voyez qu'il y a sous ce rapport une différence assez sensible entre les conférenciers d'alors et ceux d'aujourd'hui.
Mais les lectures publiques n’ont jamais eu chez les anciens l’influence qu'elles ont de notre époque. Dans les grandes villes d’Europe et des Etats-Unis, ce moyen d'instruction est surtout très populaire. Si le conférencier a du prestige et de la réputation, il ne manque jamais dans une cité américaine, par exemple, d'attirer un auditoire considérable.
A New-York, à Boston et à Chicago, pour ne signaler que ces villes, on a vu des hommes comme l'illustre Dickens, Horace Greely, l'historien Froude, le célèbre Père Burke et bien d'autres attirer autour d'eux dans de vastes salles des multitudes immenses, qui restaient suspendues pendant de longues heures aux lèvres de ces princes de l’éloquence et de la pensée. Des conférenciers d'un bien moindre renom manquent rarement de voir réunis autour d'eux pour les entendre, un auditoire nombreux, tant'le peuple est avide de s’instruire.
Dans notre pays, nous ne sommes pas aussi avancés que nos voisins sous ce rapport, mais il se fait incontessablement un mocvement assez accentué dans ce sens.
Le regretté Dr. Painchaud, cet homme dont les glaces de l’âge n'avaient pu refroidir la verve toujours pétillante, a le plus fait probablement pour populariser. les lectures publiques dans la capi. tale provinciale—qui, je le reconnais volontiers, est la ville la plus lettrée du pays, l’Athènes du Canada. Il a eu des émules pourtant qui se sont élevés à une plus grande hauteër que lui à l’horizon de la pensée, entre autres M. Etienne Parent, dont les études sont encore lues avec fruit, et l’hon. M. Chauveau qui, m'assure-t-On, à donné la première conférence française en ce pays. On rexnarque aujourd’hui plusieurs habiles conférenciers à l'Université Laval, parmi lesquels je mentior erai le Dr. LaRue, dont les causeries soat tou. jours suivies par un auditoire nombreux et choisi.
Mais il est certain qu'il n’est peut-être pas une ville, où les canadiens-français doivent plus s'empresser de profiter des avantages des lectures publiques, que dans la capitale fédérale. Et pourquoi ? Parce que nous ne possédons pas des institutions et des sociétés qui répandent l'instruction sous des formes aussi variées, qu’à Qubéec ou à Montréal, par exemple. De plus, dans les cités bascaradiennes, nous ne sommes pas autant exposés à nous laisser entamer par l'élément étranger qu’en cette ville, et ces conférences publiques sont un puissant moyen de contribuer à la conservation de notre langue et de nous en faire apprécier toute la beauté et l'importance.
Ces essais lus en public ont un autre avantage qui n'est pas le moindre. Ils nécessitent bien des veilles, bien des recherches et sont un stimulant au travail surtout pour la jeunesse laborieuse. Ils nous forcent à comprendre que nous ne devons pas consacrer tout notre temps à de frivoles plaisirs ou à des occupations purement matérielles, et que les jouissances intellectuelles sont supérieures à toutes les autres, après la satisfaction de sa conscience.
Il ne faut pas le dissimuler, la paresse intellectuelle est un des grands fléaux de notre temps. Ses victimes sont légion et on ne doit rien négliger pour en contrecarrer l'influence dissolvante. Que de jounes gens richement doués ont fait fausse route et ont fait mentir toutes les espérances que leurs talents naissants faisaient concevoir, parce qu'ils n’ont pas donné l'aliment du travail au feu dévorant de leur esprit ! Ils promettaient d’être des météores brillants à l'horizon de l'intelligence, ils n’ont été que des étoiles filantes !
Le travail, on ne saurait trop le répéter, voilà ce qui fait les grands hommes, voilà ce qui produit les grandes choses. C'était le credo d’un de nos hommes d'état les plus remarquables, qui lui aussi devait sa position éminente au travail, et dans ses conseils à
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la jeunesse, il ne manquait jamais de la mettre en garde contre loisivité qui a consumé la flamme de tant de belles intelligences.
En traitant incidemment de l'importance du travail, ma voix ne saurait être bien autorisée, mais vous me permettrez, du moins, d'emprunter quelques paroles éloquentes au célèbre écrivain espa gnol, Jacques Balmès. S'adressant à la jeunesse, il lui disait :
“ Eh quoi ! sentiriez-vous donc à tel point l'horreur du travail et de la lutte pour ne pas entrer dans la carrière littéraire, qui est semée de tant de lauriers et de couronnes ? N’oseriez-vous pénétrer dans le sanctuaire de la science, parce que vous avez aperçu sur le seuil du temple ce vain fantôme du travail qui semble y veiller incessamment pour en éloigner la jeunesse des écoles ? Comment pensez-vous que se soient formés ces illustres savants dont les noms seront prononcés avec amour et respect par la postérité la plus reculée ? Ensevelis dans le silence de leur cabinet ou dans l’ombre d’une bibliothèque, ils passaient leur vie dans la privation des frivoles amusements et dans l’austère bonheur des travaux de l’intel. ligence ; c’est ainsi qu'ils triomphaient: de toutes les difficultés et de tous les obstacles. Ils travaillaient dans la retraite et dans l’obscurité; mais la gloire burinait leurs noms sur ses tables immortel” les, et les générations que le temps emporte dans sa course saluent en passant le souvenir du génie laborieux.
‘“ N'oubliez pas, jeunes gens,” disait encore Balmès, ‘“‘que la patrie a les yeux fixés sur vous, que vous êtes son espérance. La faulx implacable du temps tranche successivement ses appuis, à mesure qu’elle avance dans sa marche, c’est à vous de les rempla. cer, Qu'en serait-il d’elle si vous n’échappiez aux tristes séductions de l’oisiveté, si, refusant de vous consacrer au travail, vous n’aviez aucun soin de votre éducation et de votre instruction, si vous demeuriez par conséquent hors d’état de remplir un jour avec hon. neur et succès vos Carrières respectives ? La religion, la morale, la ‘ politique, les sciences d'application ét de théorie, tout ce qui fait la gloire, la force et le bonheur des sociétés, tout sera bientôt remis entre vôs mains ; à vous par conséquent de fortifier votre cœur et votre intelligence, pour porter le poids de cette noble mission.”
Je ne saurais terminer, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, ces quelques considérations; —quoique la transition soit un peu brusque—sans insister sur l'importance d'assurer à l’Institut un locaplus spacieux et plus convenable que celui que nous occupons maintenant. [lne saurait y avoir qu’une opinion sur l'urgence de cette amélioration. Çar cet édifice est trop exigu et ne répond plus aux besoins et aux progrès de notre population. Il est arrivé plus d’une fois que cette salle n’a pu contenir le flot du peuple qui s'y
pressait, et ce grave inconvénient se fera encore plus sentir à l'avenir, avec l'accroissement si rapide de l'élément français en cette ville.
Nous voyons s'élever en face, Mesdames et Messieurs, notre ma-
gnifique cathédrale qui dresse vers le ciel ses clochetons gothiques et ses flèches élancées, et plusieurs autres temples sacrés s’érigent aux quatre coins de la capitale. Nous avons un magnifique collége, dont les proportions ne sont déjà plus en rapport avec le chiffre de ses étudiants, et qui avant longtemps, je l'espère, pourra mettre à effet sa charte universitaire. Nous sommes fiers de nos superbes couvents comparables aux grands établissements de ce genre dans le pays, et où des essaims de jeunes filles vont puiser cette instruction chrétienne et ces charmes de l'esprit, qui leur permettront plus tard de répandre une salutaire influence au foyer domestique et de faire l’ornement de nos salons. Nous applaudissons au bien inestimable que font nos grandes écoles populaires dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Nous signalons avec bonheur à l'étranger ce bel orphelinat, dont les murs renferment tout un petit bataillon d'enfants abandonnés qui, sans la charité chrétienne, verraient se dessiner devant eux un bien sombre avenir. Nous avons encore un magnifique hopital, fréquenté par toutes les douleurs, et où cet ange de la charité que nous appelons la Sœur Grise, répand ses baumes consolateurs sur ceux qui vont y chercher santé et paix intérieure. Bref, maints beaux édifices, maintes institutions sont des monuments éclatants de la foi, du patriotisme et de la charité des canadiens-français de cette ville. : Notre institut littéraire, Mesdames et Messieurs, est aussi florissant et doit être bien populaire, si l’on en juge par l’imposante réunion de ce soir. Mais il nous manque un bel édifice qui puisse donner accès à une large partie de la grande famille franco-canadienne de cette ville. Car, la salle de l’Institut ne sert pas seule. men: à des fins littéraires. C'est ici qu'ont lieu tous nos concerts, toutes nos représentations dramatiques, toutes nos réunions publi ques et nationales. C'est ici encore que naissent tous les mouve. ments qui nous intéressent le plus.
L'Institut est comme le boulevard de la nationalité à Ottawa; aussi, devons-nous nous efforcer de lui donner de la force et de la grandeur. Nous avons cru qu'il était temps de faire un appel à nos
-naätionaux, leur demandant leur concours pour élever un véritable
monument national. Et je suis persuadé, pour ma part, que cet appel aura:de l'écho et que chacun donnera dans la mesure de ses ressources pour contribuer au succès de cette œuvre patriotique.
À l'ouverture de se cours, Sa Grandeur Mgr. Guigues, qui a bien voulu nous honorer encore ce soir de sa présence, affirmait publiquement que le patriotisme n'est nulle part plus vivace dans la province de Québec que dans celte ville, et nos compatriotes saisiront sans doute cette occasion pour prouver que cet éloge si flatteur n’est pas immérité.
En travaillant au succès et à la prospérité de nos institutions, nous travaillons par là-même à la gloire de la nahonalité, car elles en sont l’une des pierres angulaires. Or, nulle part, plus que dans
la province d’Ontario, nous ne devons nous efforcer de fortifier l'élément national. Nous sommes la minorité, c’est vrai, Mesdames et Messieurs, nous le serons longtemps, nous le serons probable. ment toujours dans cette province anglo-saxonne ; mais nous serons bientôt assez nombreux pour nous faire respecter des éléments étrangers et les obliger de compter avec nous.
C’est un fait encourageant et qui doit nous rendre confiants dans l'avenir, de voir que pas une nätionalité ne grandisse par elle-même aussi rapidement que la nôtre dans la province d'Ontario. Nous avons plus que doublé depuis dix ans le chiffre de notre popula. tion. En 1861, nous étions environ 33,000, et en 1872, nous sommes 75,383.
C'est-à-dire que les canadiens d'Ontario sont plus nombreux que ne l’étaient, à la cession du pays, nos pères qui, après plus d’un siècle, ont laissé une glorieuse lignée d'environ 1,700,000 descendants. C’est-à-dire-encore qu'il y a un peu moins de canadiens dans Ontario que d'acadiens dans le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, et que nous sommes plus nombreux que les anglais établis dans la province de Québec, dont la population se monte à 69,822 habitants seulment.
Les canadiens sont au nombre de 9,623 dans le comté de Prescott, où ils forment la majorité; ïis ne sont pas moins de 10,239 dans le seul comté d’Essex, situé aux confins de cette province, et dans plusieurs autres divisions électorales, ils sont un tiers ou forment un appoint important de la population. Il n’y à rien de plus éloquent qu'un chiffre, a-t-on dit, c’est vrai: C’est pourquoi j'ai tenu à vous donner ces quelques renseignements satistiques publiés tout récemment, qui accusent notre force et notre importante nationale dans cette province. :
Nous avons pu en cette ville, par exemple, Mesdames et Messieurs, faire élire depuis deux ans un maire canadien-français! Eh bien! qui sait, si avant longtemps, la capitale ne comptera pas un de nos compatriotes parmi ses représentants politiques:;—qui sait encore si dans un avenir assez rapproché, plusieurs comtés haut
canadiens ne délégueront pas quelques uns de nos nationaux dans nos chambres d’assemblée. Si les 69,822 anglais de la province de Québec peuvent faire élire plus de douze représentants de leur or gine, pourquoi les 75,000 canadiens-français de cette province n’auraient-ils pas la bonne fortune de voir quelques-uns des leurs siéger dans nos parlements ? Tout est possible avec l'union, l'esprit d’entente et d’association.
Comme j'ai cru devoir le dire dans une autre circonstance, Mon. seigneur, Mesdames et Messieurs, les canadiens-français de la capi. tale sont appelés par leur intelligence, par leur nombre et pàr leur force de cohésicn, à se tenir à la tète du mouvement national dans cette province, et ils contribueront à cette fin patriotique en assurant toute La force et la vitalité possible à une institution qui, comme la nôtre, reconnaît pour devise : LA NATIONALITÉ AVANT TOUT:!