‹ Deux drames, 1871Chapitre 11 sur 31 · ADMINISTRATION DÉPARTEMENTALE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DÉPARTEMENTALE

et 25 mars.

MAIRIE DE PARIS I h. matin.

... Je vais vous dire pourquoi j'ai persisté jusque là. Je suis entré définitivement dans ce courant avec un but bien défini, bien arrêté. Je vous ai dit un jour : « ce n'est plus qu'une afl'aire de temps », mais j'ai voulu que ce temps fût consacré à quelque chose. Ou vous êtes bien aveugle, ou vous avez dû voir qu'il me fallait quelque résolution grave, pour me faire sortir d'une obscurité qui est pour moi une sorte d'orgueil de conscience. Je sais que dans les révolutions radicales comme celle-ci, les haines et les ambitions montent bientôt à la première place : je sais que le premier mot qu'on y oublie est celui de Fraternité, et j'ai voulu dans cette fournaise éteindre au moins une étincelle. Chacune de mes minutes a été employée à rattacher un lien qui se brisait, chacune de mes paroles a porté une idée de conciliation. Vingt fois, par un mot, une démarche, j'ai empêché que le sang coulât. J'entends, par démarche, ma simple présence au milieu d'ouvriers, mes frères, dont je m'étais fait des amis. Il n'a souvent tenu qu'à un fil, sur la place des Vosges, que des coups de feu ne partissent. Lorsque je fus porté à l'Hôtel de Ville, j'essayai, dans les conseils, de faire faire à ce peuple que j'aime, sa grande révolution j)acifique, avec la majesté qui convient à un lion qui se réveille d'une torpeur de vingt ans. Je l'ai rêvé, montant simple et fort au gouvernement, déposant loyalement son mandat au terme convenu. Lorsque j'ai vu les

(i) Les élections pour la Commune avaient été fixées au 26 mars. i3o

LA COMMUNE

élections fixées, comme on m'avait porté candidat, je suis allé déposer publiquement ce mandat, et refuser la place que le triomphe m'offrait. Le lendemain, j'en recevais de vous le conseil. Vous voyez que nous nous entendions mieux que vous ne croyiez. Bref, la bourgeoisie n'a pas voulu faire de concessions, et vraiment, elle en devait, et beaucoup ; elle n'a pas voulu se mettre franchement dans la cause populaire ; son mauvais vouloir paralysera peutêtre les efforts les mieux intentionnés. Nous verrons...

à Versailles

Une seule ligne. Mais que d'espoirs, que de rêves dans ces quelques mots. Nous partons pour Versailles! Cela est du 3 avril, quand, pleines d'enthousiasme, certaines de coucher le soir devant l'Assemblée, les troupes de la Commune partirent comme pour une promenade militaire. Le réveil devait être terrible. Mais Edouard Moreau était de ceux qui se croyaient sûrs du triomphe. Si jamais l'écriture trahit la pensée, celle d'Edouard Moreau fut, ce jour-là, l'expression même de son enthousiasme. D'habitude maigre et mince, l'écriture est large, haute, impérative. Le V de Versailles lance orgueilleusement ses branches. On sent qu'en traçant cette majuscule belliqueuse, Edouard Moreau a songé, en même temps qu'à Versailles^ à la Victoire, (i)

Voici cette ligne :

Nous partons pour Versailles. A bientôt, f espère.

(i) Voir le fac-similé, page i43.

Edouard Moreau

Comité Central

Edouard Moreau écrit rarement. Ses multiples occupations ont tari sa plume. Voici une lettre intéressante. Edouard Moreau semble avoir eu une influence prépondérante dans les conseils du Comité Central, quand ce dernier se mit résolument en lutte avec la Gommxme. Le 3 mai, date de la lettre qui va suivre, Rossel est, depuis le i^% délégué à la Guerre. Le Comité Central, qui a accaparé presque tous les services du ministère de la Guerre, voit en lui un obstacle. Rossel est militaire avant tout. Il exige de la discipline. Il est fermement décidé à mettre un peu d'ordre dans le désordre que l'inertie de Cluseret a laissé grandir. Il brisera le Comité Central. J'ai raconté déjà (i) qu'à cette date du 3 mai où écrit Moreau, me trouvant avec Rossel dans son cabinet, le nouveau délégué à la Guerre apercevant dans la cour un groupe de membres du Comité Central en uniforme, se retourna brusquement : « Si je les faisais fusiller, là, tout de suite ! » dit-il. Rossel partit quelques jours après. Le Comité Central continua d'intriguer, multipliant encore l'incroyable désordre qui régnait dans la direction des opérations militaires. Edouard Moreau écrit la lettre suivante au sortir d'une des séances où les membres du Comité, aidés des chefs de légion, poursuivaient leur conspiration contre la Commune.

MINISTÈRE 3maii87i.

DE LA GUERRE 2 11. du matin.

Nous sortons de séance. Le Comité Central avait appelé à sa réunion les vingt chefs de légion de Paris : quinze sont

(i) Mes Cahiers routes, IIl, page Sij.

LA COMMUNE

venus. Cette convocation a été faite après un arrêté pris par le colonel Rossel, sur une nouvelle formation qui porte atteinte à notre Fédération de la- garde nationale. Il a été décidé à l'unanimité que nous irions tous demain à la Commune lui faire part de notre volonté qui est :

1° La suppression du Ministère de la Guerre.

2° Son remplacement par nous, Comité Central.

Nous avons résolu enfin que, si la Commune ne nous accordait, pas cela, nous passerions outre, en lui rappelant qu'elle n'est pas le gouvernement, mais simplement Y administration communale, et que la garde nationale, représentée par nous, était la seule force de résistance légitime de Paris.

En un mot, les hommes du i8 mars reprennent la Révolution qu'ils ont faite, et vont agir révolutionnairement.

Si la Commune accepte, je propose le décret suivant, pour être immédiatement affiché :

Considérant que tous les habitants de Paris sont solidaires pour la défense de leurs foyers attaqués par une faction monarchique ;

Considérant que la population de Paris ne se bat que pour se défendre, et que la défense est légitime par tous les moyens;

Considérant que la liberté et la propriété des bons citoyens doivent être sauvegardées, l'honnêteté et la dignité saintement conservées.

Sur la proposition du Comité Central de la garde nationale, et au nom d'une révolution pacifique attaquée par les armes.

La Commune de Paris décrète :

i" La levée en masse est prononcée.

2° Tout citoyen français revêtu des titres ou fonctions de ministre, directeur général, maréchal, amiral, général, colonel ou chef de corps, à quelque titre que ce soit, qui, dans les trois jours, n'aura pas donné son adhésion à la cessa:tion des hostilités ou déposé ses armes portées contre

l33 drames. — 8

Edouard Moreau

Paris, sera condamné à mort, ses biens meubles seront saisis, ses biens immeubles rasés au niveau du sol, le terrain vendu en place publique, et son nom sera inscrit sur des tables d'infamie exposées au coin des voies principales.

3° Amnistie pleine et entière est accordée à tous ceux qui se conforment au précédent article.

4° Sera puni de mort tout citoyen convaincu de trahison, d'espionnage, de vol de fonds publics ou d'accaparement de denrées alimentaires.

5° Seront sévèrement réprimées : toute arrestation faite sans un mandat régulier, toute atteinte individuelle à la liberté individuelle ou à la propriété, toute attaque calomnieuse, par voie d'écrits, au gouvernement actuel de Paris.

6° Sont requis selon les besoins de la défense : tous les docteurs en médecine et officiers de santé pour le service des ambulances et hôpitaux, selon l'âge ; tous les mécaniciens, fondeurs et fabricants pouvant servir à l'armement ; tous les ingénieurs et architectes pouvant être employés aux travaux de terrassement.

^° Les femmes et les enfants volontaires seront employés à la confection des cartouches, vêtements, etc.

8° Tout établissement de boisson d'où sortira un citoyen en état d'ivresse sera immédiatement et définitivement fermé.

9° Le présent décret sera rapporté immédiatement après la cessation des hostilités et lorsque Paris aura, pour garantie, le licenciement et la rentrée dans ses foyers de l'armée de Versailles.

Si vous voulez de la vraie révolution, honnête et nerveuse, en voilà.

Je ne sais si la Commune, toujours tremblante, acceptera ; mais la résolution est prise, et mes collègues ont l'air résolu.

LA COMMUNE

Si nous réussissons, je demande, de suite après, les élections pour la Constituante.

Je tombe de sommeil.

Autre mot :

MINISTERE DE LA GUERRE 8 mal JI.

Qfûoi qu'il arrive prochainement, ne vous étonnez pas. Venez me voir : il y a du nouveau et de l'important.

Le lendemain, 9 mai, Moreau est nommé par le Comité de Salut public commissaire civil de la Commune auprès du délégué à la Guerre, Delescluze. Quelques jours après, le 17, il est chargé de la direction de l'Intendance. C'est dans cette fonction que le surprendra la défaite. La défaite, il ne la prévoyait pas si proche, lui qui, dans la lettre du 3 mai, traçait un programme si minutieusement détaillé de ce qu'il voulait faire. Lui, qui songeait — inexplicable aveuglement — à réclamer les élections pour une Constituante !

L'HOMME DE LETTRES

drames. — 8.

L'HOMME DE LETTRES

au Théâtre Rossini

J'ai retrouvé, à la Société des Auteurs dramatiques, le titre de la piécette donnée par Edouard Moreau au Théâtre Rossini de Passy, une Pointe d'Aiguille. Cette comédie en un acte fut représentée, à la soirée d'ouverture du théâtre, nouvellement édifié rue de la Tour, 76, le 27 mars 1867, comme le mentionne le Figaro du dit jour, à la rubrique « Échos des Théâtres » :

C'est ce soir, à 7 h. 1/4, que s'ouvre le Théâtre Rossini.

Si vous prenez une voiture sur le boulevard pour aller assister à cette inauguration, dites au cocher :

— A Passy, rue de la Tour, 76.

C'est là. On joue trois pièces. Un prologue, à Passy, de MM. Félix Savard et Baralle; une comédie en un acte intitulée Une Pointe d'Aiguille, de M. E. Moreau de Bauvière, et un opéra-comique en un acte : La Dernière Vendetta, de MM. Emile Thierry et Schubert.

Il m'a été impossible de retrouver un exemplaire imprimé de la comédie d'Edouard Moreau. La Biblio-

Edouard Moreau

thèque Nationale n'en possède pas. A-t-elle seulement jamais été éditée? La Bibliothèque Nationale possède une brochure de seize pages, qui doit être un article de revue tiré à part et mis sous couverture, intitulée l'Enquête Agricole, par E. Moreau de Bauvière, 1866 (dépôt légal 3290). Mais est-ce le même auteur que celui de la comédie du Théâtre Rossini?

La comédie d'Edouard Moreau ne semble pas avoir eu beaucoup de succès, au dire du Figaro. Le Théâtre Rossini, construit par un ancien commerçant du quartier, fut du reste, dès son ouverture, en proie à de multiples soucis, et il dut bientôt fermer ses portes.

De cette même époque 1867, nous possédons d'Edouard Moreau, qui signait alors E. Moreau de Bauvière, — il ne supprima la particule et le nom qui la suivait qu'après la guerre — quelques menues œuvres poétiques, écrites sans prétention, qu'on lira cependant avec curiosité :

Lundi, nuit, 6 mai.

A Mademoiselle

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