IV. — (( Nous parlons pour Versailles
Fac-similé d'un billet, adressé par Edouard Moreau à une personne amie.
Le billet n'est pas daté, mais il a certainement été écrit le 3 avril, au moment où les ti-oupes fédérées Yont marcher sur l'Assemblée.
Au-dessous, le fac-similé des diverses signatures d'Edouard Moreau.
LA COMMUNE
La science éclaire le monde :
Portons son livre grand ouvert ! Que son rayon, lueur profonde Brille, illumine à découvert ! — La science nous nuit, mes frères; Elle émancipe les esprits ; Sachons éteindre les lumières, Les efforts, les élans, les bruits !
Chacun pour tous ! C'est la devise
Qui doit régir l'humanité.
A chacun la part de ta bise
Et de ton pain dur, Charité ! —
Chacun pour soi. Les gueux sont drôles...
J'ai gagné mon toit, mes habits,
Des fourrures pour mes épaules.
Eux n'ont rien su gagner : tant pis !
Quand notre pauvreté se cache Sous les longs plis d'un fier lambeau.
Ne laissons jamais voir de tache A travers les trous du manteau ! — Je prends mon bien où je le trouve...
Bien sot qui n'en agit ainsi Je suis honnête, je le prouve, Rien n'est plus clair : j'ai réussi !
Se marier ! Courage et joie!...
A deux c'est chercher son bonheur ; A deux, c'est lutter dans la voie; A deux, c'est garder son honneur ! -
Edouard Moreau
Un contrat. C'est une facture Qu'acquitte au bas chaque conjoint...
Un nom vaut tant... Mais la future Donne en plus son corps pour appoint.
L'amour, c'est le sang de notre être, Divine association...
L'àme de l'enfant qui va naître...
C'est presque une création ! -- Tout se vend : l'amour est à vendre... Pour qui sur la place a crédit.
Achetons; mais sachons n'en prendre Que le plaisir... ou le profit.
Je puis encor, ô mon Poète; Je puis encor signer d'un trait L'ordre au bourreau pour une tête, Ou viser de Jean Huss, l'arrêt ! — Je puis, du martyr qu'on mutile, Glorifiant le nom flétri, Avec le seul mot : Évangile, Faire une Croix d'un pilori I
Ainsi^ parla la perlç noire; Puiâ elle dit : Ton plan conçu, Écris : je serai ton histoire !
L'œuvre, c'est l'homme à son insu !
O juif-errant de la pensée Prends garde, car tu resteras...
Car, ton existence passée, Glorieux, Maudit, tu vivras I
LA COMMUNE