ACTE H
La salle capitulaire ; bancs de bois, dallage blanc et noir avec, au milieu, une natte de joncs. Un Christ pend au mur. A droite, à sa place habituelle, dom balthazar est prosterné, le front caché en ses mains jointes, thomas survient et s'approche lentement. Il lui frappe légèrement sur ^'épaule î
THOMAS
Votre âme est inquiète, mon frère. Puis-je à mon toui prier ponr elle et compatir ?
DOM BALTHAZAR (le regardant et hésitant dans sa réponse) Toutes les prières comptent devant Dieu.
THOMAS
DUS paraissez soufiFrir comme rarement on souffire.
DOM BALTHAZAR
Toutes les prières du monde pèsent moins, peut-être, que ne pèse mon crime.
THOMAS Votre crime ?
DOM BALTHAZAR Tout à l'heure, ici même,jele confesserai devant t<^i:^.
THOMAS Est-il donc si grand qu'il jette à terre votre ardeur ?
DOM BALTHAZAR
Mon ardeur ! mon ardeur ! il s'agit bien de mon ardeur...
THOMAS
Votre ardeur ! Oh I je la sais tenace et violente. Je la sais...
DOM BALTHAZAR Laissez-moi...
THOMAS Je sais son travail sourd pour dominer ce cloître.
DOMBALTHAZAK Laisses^-moi, vous dis- je... Ni vous, ni moi, ne serons chefs de cette maison. lien est de plus dignes. ,•
LE GLOItRK 49
THOMAS Dom Militien ?
DOM BALTHAZAR Laissez-moi,... Laissez-moi,... Laissez-moi,...
THOMAS
Je ne comprends plus ; je ne sais plus que croire.
Un repos, dom balthazar ne répond pas THOMAS continuant :
Dom Balthazar, vous étiez, parmi nous.
L'homme, depuis long-temps choisi, celui qui vint,
Un JOUI, armé d'une sorte de droit divin,
Prendre possession de notre obéissance.
Vos paroles étaient hautes et crénelées
De force et d'arrog-ance,
Et votre volonté, par blocs accumulée,
Malgré la mienne, en imposait à tous!
Notre prieur sentait en vous
Une âme, autant que la sienne, âpre et féodale;
Il vous rêvait abbé et maître après sa mort.
Si l'humaine existence est creusée en dédale,
Vous vous leviez comme une tour, construite au bord.
D'où Ton peut voir et indiquer au monde
Quelle route est propice à sa marche errabonde,
Et quel chemin de Dieu traverse ceux du sort.
Aujourd'hui, vous voilà
Pauvre, désemparé et las,
Ruine qui travaille à sa propre ruine.
Votre fierté s'ébranle et se disjoint.
Votre audace tomberait-elle ? et le futii
Et colossal org-ueil qui vous domine,
Soudain, dès aujourd'hui, se payerait-il î
DOM BALTHAZAR Si cet orgueil se paye, au moins L'aurai-je ainsi voulu et ordonné moi-mêmo.
THOMAS Hélas 1 que voici bien le cri Que votre conscience arrache à votre esprit. Toujours l'orgueil, l'orgueil!... vous-même et votre orgueil.
DOM BALTHAZAR (bouleversé)
Ce n'est pas vrai] ce n'est pas vrail je mens I je mens I C'est par amour, par seul amour que les tourments
Et les remords rachèteront mon âme.
Je ne sais plus ce que je dis, ce que je sens;
Vos regards me sont traîtres ;
La sourde flamme
Qui sort de vos discours me g'agne et me surprend,
Mais Dieu qui m'aime et me comprend
Voit lumineusement
En moi, jusqu'au fond de mon être.
Allez-vous-en ! Allez-vous-en !
THOMAS Vous ne voukz donc pas de mes prières ?
DOM BALTHAZAR 0 Saints du ciel, Anges planant près des Calvaires, Patrons des vieux combats chrétiens, ayez pitié ! Mon repentir n'est point fallace; il monte entier Vers les sommets des pardons rédempteurs. Mon frère est là qui me tente, dans l'ombre, Sa voix ranime encor les affres sombres Et les bonds de l'orgueil dans le fond de mon cœur ! Mais vous aurez pitié de lui, Seigneur, Pitié de lui, autant que de moi-même ;
52 DEUX DHAMES
Je ne repousse pas sa plus simple prière,
Je ne puis pas, je ne veux pas,
Peut-être est-elle utile et salutaire
Plus que d'autres, — mais par ta mort, par ton baptême.
Par ta douleur, pitié, pitié,
Pitié pour nous, Seigneur !
THOMAS
Mes prières vous sont d'autant meilleures Que, pour les adresser à Dieu, je pleure. Je lutte et me fais violence ; Prier pour ceux
Qui vous sont ennemis vaut mieux Que s'abîmer dans la plus roug-e pénitence. Je prie et je prierai pour vous.
DOM BALTHAZAR (résigné)
Merci.
Un repos,
THOMAS (s'éloigne, puis revient)
Vous me disiez tout à l'heure : ni vous, ni moi, nous ne serons chefs de ce cloître. Néanmoins, Dom Militien, de lignée haute, certes, est trop vieux ; de plus, malade,
LE GLOÎTAB 53
branlant, voisin de la mort. Idesbald ? une nature médiocre. Bavon et Théodule? pauvres clercs s'acharnant sur des livres, qu'ils ne comprennent pas. Quant à
Iom Marc ? un enfant, un simple...
DOM BALTHAZAR (brusquement)
Ne touchez pas à celui-là I
ignore nos infamies, Nos volontés violentes, mais ennemies, Votre brigue, mon frère, en lutte avec son droit; Il vit et croit en Dieu, avant de croire en soi. Il est choisi, non point par nous, mais par les anges. Il est un faisceau d'or dressé parmi nos fanges ; Quand il sera le chef de vous, de moi, son cœur Appellera le ciel, pour que le ciel lui-même Réinstaure le culte, ici, de la ferveur. Du sacrifice et de l'humilité suprême.
On lui obéira, car Dieu l'aura voulu.
Car Dieu le veut — et, s'il faut des miracles, Ils surgiront de ces mêmes obstacles Dont vous barricadez le chemin du salut.
54 DEUX DRAMB9
THOMAS
Vous m'étonnez. Que le prieur me dise : Il est, pour diriger les cloîtres et l'ég-iise, Des hommes hauts, choisis par Dieu, Qui détiennent, pour ordonner le mieux, Une force tenace
Gardée et augmentée au profit de nous tous. Depuis des siècles, dans leur race, Je puis comprendre, et tout à coup songer à vous. Mais à Dom Marc...
DOM BALTHAZAR Pensez à lui, pensez à lui!
THOMAS (se carrant en face de dom balthazar)
C'est à moi seul et à nul autre que je rôve, Vous, vous êtes la force en deuil qui se détruit, Qui se ruine et qui s'efface et qui s'achève, Je suis celle qui monte et qui le veut crier, Je suis las d'obéir et de mTiumilier.
Cette force triomphe en mon âme nouvelle, Elle grandit tous ceux qui se réclament d'elle.
LB cloItrb 55
Et rejette vos droits anciens et routiniers, Comme des fruits rongées de vers, hors des paniers. Vous ignorez quel cœur s'attise en moi, vous autres 1 Quelle est ma mission d'éclaireur et d'apôtre, Moines d'orgueil, moines de faste et de blason, Le Christ devant vous tous me donnerait raison ; Il vous dirait : « Vous croupissez dans un silence Pieux et lourd, derrière un mur de somnolence; Vous végétez ! On sonne au loin le branle-bas Contre ma croix, dont autrefois les larges bras Tenaient, pour le serrer contre mon cœur, le monde; Vous vous rapetissez, votre esprit s'inféconde ; Le vent de Dieu ne souffle plus dans vos manteaux; Vous parez mon autel de fleurs, mais les bedeaux Sont là pour l'adorner et allumer les cierges ; Vous étouffez l'immense ardeur, la vigueur vierge, La langue en feu qui descendit, sur mes fervents, A Pentecôte. Hommes inutiles, souvent, Quand je vous vois priant et gémissant ensemble, Monotones et lents et endormis, il semble Que je devrais vous châtier...
DEUX DRAMBS
DOM BALTHAZAR (violent)
Vous blasphémez, Le Christ a dit lui-même à ses fervents aimés, Qu'il est présent, surtout, lorsque ensemble ils le prient.
THOMAS Il est Tesprit, la voix, le geste et la furie De ses propagateurs savants et lumineux!
DOM BALTHAZAR Nous le servons autant que vous, moine! Les feux Divins qui nous brûlent ont môme violence; Mais nous, c'est dans la paix pieuse et le silence Que nous l'aimons. Le monde où vous rêvez d'aller Crier sa gloire est sourd, aveugle et tavelé De pourriture et de luxure. Il joue et se distrait avec de l'or encor. Comme un vieillard couché sur un lit d'agonie ; Son seul calcul, son seul génie Se plaît à des jouets subtils et criminels. Mais qu'importe cela, devant la vérité du Ciel, Devant mon Dieu, devant le vôtre?
Vous me parliez des saints et des apôtres.
LE CLoixnK 67
S'ils revenaient, ceux-là, si, tout à coup, sorta it.
De leur tombeau, l'orage de leurs âmes,
On les verrait prendre en leurs mains toutes les flamme •
Pour en brûler la vie — et retourner là-haut!
J'ai conscience autant que vous de ce qu'il faut
A ce siècle sacrilège et funeste,
Mais je n'irai jamais discuter avec lui,
Mais je n'irai jamais me salir à sa peste.
Vous le faites, j'ose le croire, avec ennui.
Garant votre splendeur et votre âme chrétienne,
Mais, fierté pour fierté, je préfère la mienne.
THOMAS Toujours l'orgueil !
DOM BALTHAZAR (autoritaire)
Oh ! celui-là, Je le maintiens debout et je n'en rougis pas ! Je suis un violent qui lutte avec son crime, Sans rien abandonner de sa grandeur à soi. Ce crime unique absous, je ressaisis mes droits ; J'étouffe en vous l'esprit mauvais qui vous anime ; Je prépare la voie à Marc, je le soutiens
58 DEUX DRÂMKS
De tout l'effort vainqueur de ces deux bras chrétiens. Le cloître entier sait bien de quelle âme je brûle, Quelle foi rude et ferme, en mon torse s'accule, Pour résister et s'opposer à vos folies; Le vin doit rester pur dans le ciboire, Et votre ardeur de doute ou de savoir, Goutte après g"outte, y versera la lie Et le poison qui tueront l'avenir.
THOMAS. (très froidement) Soit par org-ueil ou bien par repentir, Il n'importe comment, vous vous perdrez, mon frère...
Le PRIEUR paraît tout à coup au chapitre. Silence des deux moines.
Leur gêne. Après un instant, dom BALTHAZAR s'avance vers lui.
DOM BALTHAZAR Excusez-moi d'avoir rompu violemment Ma retraite d'esprit, mais ce moine dément S'en est venu pour me distraire Et me tenter le cœur, avec des mots mauvais.
LE PRIEUR Il fallait le chasser, s*il vous tentait, Votre devoir est le recueillement austère Et absolu. (A Thomas.) Laissez cet homme à ses prières.
Le PHiEUR fait un geste, thouas s'éloigne.
A cette heure, nous seuls, nous désirons encor Que ce cloître, mon fils, reste superbe et fort, Plus haut que la dispute et la mêlée humaines. Si ta confession n'est point ferme et hautaine. Si tu ne rebondis, g-râce à elle, d'un coup. Vers le calme de Tâme et le respect de tous, Il faut lier ta lang-ue et réprimer ton geste Et museler en toi les repentirs funestes. Je viens pour préparer et surveiller l'aveu.
DOM BALTHAZAR 0 mon père, rien ne sera plus simple à Dieu Que d'imposer ma force, après ma pénitence.
LE PRIEUR Certes, il est le maître; il te doit assistance,
Ou DKUX DRAMES
Car, s'il t*abandonnait et si je n'étais là,
Ta piété rude et ton humilité suprême
Tourneraient contre nous et contre Dieu lui-même.
Si des hommes tels que nous deux ne savent pas,
Par l'héroïsme saint et la chrétienne audace
De leur âme, garder et défendre la place
•Que le ciel tour à tour leur assigne et leur doit,
€'en est fini de la vertu mâle et profonde,
•C'en est fini du joug, c'en est fini du droit
Et de la main qui rive à la règle, le monde.
Ton exemple est téméraire, mais souverain.
Il faut qu'il soit pour tous comme une ample lumière,
Comme un exploit sacré qui te gagne tes frères
Et les range sous toi et ton pouvoir, demain.
Etpuis il faut surtout que ceux-là qui intriguent
Sachent, à l'heure même où s'affirment leurs brigues.
Ce qui sépare d'eux des hommes comme nous
•Qui commandent encor quand ils plient les genoux.
La cloche sonne. On entend des pas qui se rapprochent.
Les moines entrent au chapitre, prenant chacun sa place.
Le PRIEUR monte en chaire.
LB CLOÎTRI 6l
LE PRIEUH
Ce cloître a délaissé les pratiques anciennes. Un moine, un de vos frères, me les a rappelées. Depuis que les confessions publiques sont abolies, la vigueur morale de notre ordre est atteinte. Il y a dix ans, sous Dom Gervais, mon maître et mon prédécesseur, elles florissaient encore. Je les rétablis aujourd'hui.
Vous allez entendre la confession d'un parricide. . . .
THOMAS (se levant tout à coup; D'un parricide?
LE PRIEUR (continuant froidement) ... D'un parricide dès longtemps pardonné. Devant le monde, un aussi large et gratuit aveu serait impossible. Mais vous êtes des moines, vous comprendrez la beauté et l'héroïsme de l'aveu, vous exalterez ce que des âmes moins hautes que les vôtres ne saisiraient môme pas. (A dom Balthazar.) Confessez-vous, mon frère.
DOM BALTHAZAR (se lève et s'agenouille sur la natte de paille, au milieu du chapitre)
Je vous demande pardon à tous, d'avance, car mon
crime est ancien et j'ai vécu indemne en ce cloître, pen-
dant des jours et des années...
Mon père est mort, je l'ai assassiné,
La tête folle et sauvage de vin
Pris tout à coup, comme un levain
Le soir, au fond d'une taverne.
Notre maison dormait. Une lumière terne
Dissipait l'ombre, à peine, autour du lit.
Mon père était encor, quoique affaibli,
Un vieillard rude et fort. Je vis sa gorge à nu
Où les veines saillaient. Son front chenu
Vivait d'un éclat pâle, et sa fierté
Sans défense le défendait : je m'arrêtai...
— Ah ! si, dans ce moment, j'avais pu voir,
En un éclair, les yeux fixes du désespoir
Darder ; si cette croix
II désigne celle du mur.
OÙ s'épuisent nos bouches
Avait gardé mon père et défendu sa couche.
Si l'un de vous, celui qui m'est doux et ami.
Avait, dès ce temps-là, compté parmi
Ceux dont les cœurs me sont prière et flamme,
Jamais le mal n'aurait ensanglanté mon âme.
Jamais je n'aurais vu'la mort inévitable...
LE PRIEUR Il faut vous confesser plus calmement, mon fils.
DOM BALTHAZAR A cet instant gonflé d'avenir redoutable, Mon père ouvrit les yeux et tout à coup surgit, Muet et soupçonneux, devant ma haine; Ma gorge était brûlante et mon haleine Semblait morte. Mon père avait saisi mon bras Et le serrait, mais sans crier, ne voulant pas Qu'on sût jamais, en quel orage.
Un nom tel que le nôtre avait sombré. Ma rage Se ralluma, rien qu'à sentir des doigts brutaux Et secs serrer ma chair en leur étau.
Une colère fauve
M'emplit; je repoussai, jusqu'à l'alcôve, Mon père, et le couteau brilla devant ses yeux... Il paraissait, lui seul, être tous mes aïeux Si grande était sa taille et si dure sa force. Mes doigts cherchaient le chemin de son torse, Mais s'égaraient. Il évitait mes coups ; Ses poings j;;^"^oux me saisissaient au cou
64 D£UX DHAMES
Et ses ongles marquaient en moi leur rouge empreinte.
Je n'eus le temps que de l'abattre en une étreinte
Suprême. Alors encor, une dernière fois,
D'un grand sursaut, il s'échappa de dessous moi :
Et nous étions debout, tous les deux, face à face,
Avec notre fureur tenace
Et notre orgueil crispé
Quand, d'un seul coup terrible et droit, je le frappai.
Voilà, dans l'âpre horreur de sa toute bassesse,
Mon crime immonde et fou. Je le confesse
Tel qu'il s'est déroulé, un soir, voici dix ans.
LE PRIEUR (se lerant)
Dien qu'il soit plein d'opprobre et ruisselant de sang, Notre maison entre ses murs l'étouffé.
L'herbe mauvaise est détruite par touffes Et se brûle dans l'or en feu du repentir. Nous allons vous juger. Votre deuil va finir, Mon fils, — répondez donc aux questions posées.
Silence.
UN MOINE (à DOM balthazar) Votre haine sanglante était-elle sans cause ?
LB CLUÎTKB C5
Mon père était sévère et j'étais fou. Il se dressait comm« un obstacle : mes vices convoitaient ses biens.
UN AUTRE MOINE Vous êtes-vous complu dans le désir de votre crime?
DOM BALTHAZAR
Assez longtemps pour que je m'en accuse.
LE PRIEUR (intervenant)
Le meurtre fut soudain et violent. Vous n'avez pu vous y complaire, ni longuement le préparer. Vous outrez votre faute.
DOM BALTHAZAR J'ai honte de moi jusqu'au delà de mon péché.
UN MOINE Si notre esprit vous condamne, notre cœur vous rehausse. Votre exemple est magnifiquement chrétien.
IDESBALD (se levant) Magnifiquement chrétien? Il suffit donc d'assassiner pour rayonner?
DOM MILITIEN L'aveu de Balthazar est simple, il est sublime, Et si jadis, quand les âmes hantaient les cimes, Un moine avait autant que lui supplié Dieu, Tous ses frères auraient sanctifié leurs yeux A voir les feux de son péché, comme des roses Teintes de sang-, monter vers les apothéoses.
IDESBALD Voyons le mal d'abord, l'apothéose après.
DOM MILITIEN Vraiment, à vous entendre, on songe à quels regrets Vous induit le devoir d'être à tous secourable, Le ton de votre voix s'affirme inexorable Et Dieu paraît absent de votre cœur, ce soir ; Vous vous montrez hostile et dur, haineux et noir, Vous hésitez, hélas ! à pardonner la faute Dont votre frère est las. Vous renvoyez cet hôte Qui frappe au seuil de votre âme, la nuit.
IDESBALD (désignant dom balthazar)
Ce n'est pas moi qu'il faut juger. C'est lui.
THEODULE L'esprit se perd au fond de tant d'abîmes De misères et de perplexités!
DOM MILITIEN
Le crime Est une épreuve et un combat, quand Dieu Le-lransfig-iire avec l'éclair des cieux, Qui frappe et qui suscite en un saint Paul, l'apôtre. Vous oubliez les miracles d'en-haut, vous autres! Vous abdiquez, au nom des sagesses du jour, Ce qui fut la splendeur et la force, toujours. Des vieux cloîtres remplis de chrétienne folie. Les demeures du Christ sont des anomalies Ici-bas, si l'héroïsme n'y est prêché Comme règle de la vertu et du péché.
Dom Ballhazar s*est repenti : depuis cette heure. Il est encore plus haut. Si sa faute est majeure, Tant mieux; il revient de plus loin, il est plus fort; Aucun de nous n'aurait ainsi vaincu la mort Ni surmonté tant de périls sur son passage; L'exploit sacré met sa lueur sur son visage;
Le ciel choisit sa faute et nous la montre à tous Comme une marque qui prédestine.
IDESBALD
C'est fou !
C'est fou ! Jamais le mal n'enfla pareille audace. Dom Balthazar n'est plus qu'un criminel. Sa face Est sauvage de sang et nous le renions.
UN MOINE C'est un lépreux qui nous touche.