‹ Deux écoles; comédie en quatre actesChapitre 16 sur 168 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HENRIETTE

Tu en parles à ton aise... Qu’est-ce que tu risques ? Tu as un mari modèle.

JOULIN

Oui, mon enfant.

Mme JOULIN, à Henriette.

Parfaitement, ton père est un époux mo* dèle... Mais sais-tu pourquoi il est un époux modèle ? Parce que je n’ai jamais approfondi sa conduite, parce que je n’ai jamais voulu vérifier...

JOULIN

Oh!

Mme JOULIN, à Henriette.

Ah ! ça, est-ce que tu t’imagines que si j’avais été aussi imprudente que toi, ton père y aurait plus résisté que les autres ?

JOULIN

Oh ! chérie... peux-tu dire?

Mme JOULIN

Mais je l’aurais pris dix fois la main dans le sac, si j’ose m’exprimer ainsi.

JOULIN

Jamais !

Mme JOULIN

Il y a une vingtaine d’années, à Nice, ton père m’a certainement trompée avec une petite femme de chambre anglaise chez qui il est resté enfermé pendant une demiheure...

JOULIN

Je t’assure...

Mme JOULIN

Inutile de vous défendre, je ne vous ac-

cuse pas... Une autre année, nous avons fait une coupe de bois dans notre propriété de Bourgogne... Eh bien ! en établissant mes comptes, jamais je n’ai trouvé où avait passé l’argent... Ai-je fait allusion à ce déficit ?. . . Jamais. Je suis fort au-dessus d’une coupe de bois. De meme, et conformément à mes principes, je me suis abstenue de parler à ton père de la jeune dame avec qui il causait, rue du Faubourg-Poissonnière, il y a huit jours, entre six heures et six heures et demie...

JOULIN

Mais tu aurais pu... C’est la femme de mon relieur... elle me consultait...

Mme JOULIN

Que m’importe ! Cela m’est parfaitement égal. Je mourrai sans savoir ce que vous disiez à cette jeune personne, où a passé ma coupe de bois et ce que vous avez fait

avec la petite Anglaise de Nice. (A Henriette.)

Voilà, ma fille, le secret du bonheur en ménage : il n’y en a pas d’autre.

C’est possible et, quand j’aurai ton âge, je tiendrai peut-être de ces raisonnements-là aux autres. Mais en ce moment j’y suis pour mon compte, et je sais où elle a passé, ma coupe de bois !... Ah ! il me semble que j ’entends la voix de mon mari... Parfaitement, c’est lui. Vous allez le voir, le sourire aux lèvres, le nez en l’air, et ses bonnes joues bien fraîches... Je veux être pendue, s’il ne vous fait pas dix mensonges en cinq minutes...

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