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pillage financier qui a eu peu de dangers jusqu'ici, à cause de la richesse qui semblait inépuisable du nouveau monde; toujours le budget se soldait par des excédents. Mais ce régime commence à faire sentir ses inconvénients, depuis qu'avec l’avènement des républicains, l’Amérique s’est lancée dans les grandes entreprises militaires.
5° De ce que la distinction dans les fonctions législatives n’est pas un moyen d'arriver aux fonctions exécutives, il résulte une infériorité notable du personnel exécutif. Les constituants avaient organisé la présidence en vue d’un homme, Washington. Mais le Président n’a pas toujours été l'idéal, l’homme grand et bon à l’égal de Washington. Il est un homme de parti, c’est l’incarnation du gouvernement d’un parti. Or, il est essentiel qu’il y ait à la tête du pays un homme qui soit au-dessus des partis, qui incarne véritablement la nation ; dès lors, les soldats, les fonctionnaires, les agents de toutes sortes sentent mieux qu'ils sont les serviteurs, non point d’un parti, mais de la nation, non point du gouvernement, mais de l'Etat.
6° Nous avons vu enfin, dans l’exposé de la Constitution américaine, les frottements, les déperditions de force, les conflits, rendus possibles par ce système : le conflit insoluble entre Johnson et le Congrès en est la preuve. Seul le temps peut apporter un remède; mais il y a un délai dans lequel la vie publique est arrêtée.
7° Comment ce système a-t-il pu subsister aux
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Etats-Unis, alors qu'il serait si dangereux en France. D'abord parce que les Etats-Unis ont joui jusqu'ici du privilège de la jeunesse, de la prospérité et de la paix à l'extérieur : on les a comparés à un navire mal construit qui vogue sur une mer calme et qui serait détruit par la rafale. » Ce n’est pas, dit Bryce, le rocher de granit qui résiste à la tempête, c’est la jetée de promenade des paisibles villes d'Angleterre, que l'assaut furieux des lames emporterait ». Les Etats-Unis entrent maintenant dans une voie qui pourrait faire apparaitre les inconvénients du système.
En outre, ce système s’est maintenu parce qu’on se trouve dans une Confédération ; la confédération n’est que le couronnement des constitutions des Etats particuliers. Ce système aurait besoin d’être vérifié par l'expérience faite par un grand Etat unitaire.
Il s’est maintenu enfin parce qu’il s’est déformé ; la pratique a fait ressortir la nécessité inéluctable de rapports entre l'administration et la législature. Le système des comités, un de ces pouvoirs taciles de la Constitution, démontre le besoin impérieux d'établir un ou plusieurs corps de guides législatifs. Aux Etats-Unis, il y a toute une série de petits corps pris dans tous les partis ; en Angleterre, il y a un seul comité formé des leaders de la Chambre qui est chargé, en même temps que de l'iniliative des lois, de la direction politique des services exéculifs. Il faut donc une collaboration des pouvoirs sans confusion. Les Etats-Unis ont trouvé un mauvais moyen d’assurer cette collabo-
ration ; le régime parlementaire a réalisé le meilleur.
De cette longue étude et de cette longue conclusion se détache cette idée que ce qu'il faut éviter avant tout dans la science politique, c’est l’absolu. Il ne faut pas une responsabilité absolue de l'exécutif, parce qu’alors c’est le régime conventionnel ; il ne faut pas l’irresponsabilité absolue, parce qu’elle annihile le pouvoir exécutif et c’est encore le régime conventionnel. On aboutit à ce résultat paradoxal que la responsabilité et l’irresponsabilité aboutissent aux mêmes fins.
Il ne faut pas séparer absolument les pouvoirs ; il ne faut pas les confondre complètement ; il faut établir entre eux un équilibre délicat; il faut les faire se pénétrer, se confondre; il faut les faire collaborer ; il faut le régime parlementaire.
L’isolement des pouvoirs, c’est l’organisation du conflit et la préparation du coup d'Etat.
La confusion des pouvoirs, c’est quelquefois l'anarchie et toujours la tyrannie, que l’Assemblée l’exerce ou la prépare.
Le régime parlementaire, c’est la liberté.
Vu, par le Président de la thèse, MARC SAUZET.
Vu le doyen :