SECOURS. 2A
— Si Tordre n'avait pas été donné d'arrêter le colonel aux barrières, je croirais que c'est lui, dit Pierre Herbin.
— Lui... s'écria Herman, je le tuerais... maintenant qu'il pourrait épouser cette femme... Je te dis que je le tuerais...
— Fou que tu es , si on te laissait faire , ce serait bientôt la fin du monde, dit Herbin, en allumant sa pipe j puis il ajouta : — Il serait peut-être plus prudent d'aller ouvrir nousmêmes... ça éloignerait tout soupçon. Je vais toujours voir qui frappe.
Ce disant, pendant qu'Herman allait écouter sur le palier de l'escalier , afin d'entendre si le portier se levait, Pierre Herbin ouvrit la fenêtre avança la lampe au dehors, et à sa clarté vacillante aperçut deux hommes à cheval.
Les galons ou broderies dont était chargée la veste de l'un d'eux brillaient dans l'obscurité. . .
— Que voulez-vous ? s'écria Pierre Herbin... on ne fait pas un tel bruit à cette heure dans une maison paisible... c'est indécent!
— Je veux parler à M. Herman Forstcr à l'instant même, dit une voix qui arriva au troisième étage j affaiblie par les mugissements du vent.
— Revenez demain matin, dit Pierre Herbin.
2/i8 LE COLONEL DE SURVILLE.
Au lieu de lui répondre , les deux hommes entrèrent précipitamment dans l'allée.
Le portier venait sans doute de leur ouvrir.
Les chevaux, fatigués, restèrent exposés à la pluie qui tombait à torrents.
Pierre Herbin referma la fenêtre, se retourna et vit Herman blotti en embuscade derrière la porte de la chambre, tenant, d'une main, le pêne de la serrure, et, de l'autre, son poignard levé...
— Un assassinat, s'écria-t-il... diable ! je n'en mange pas! Il est donc enragé, ce malheureux-là.
A peine avait-il prononcé ces mots , en se jetant sur Herman, que la porte s'ouvrit brusquement, et le coup destiné à la personne qui entrait la première atteignit Pierre Herbin au bras, et lui fît une légère blessure.
Tout ceci se passa en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.
La lutte d'Herman et de son compagnon dura à peine une seconde, pendant laquelle Herman, tâchant d'arracher son poignard des mains ensanglantées de Pierre Herbin, s'écriait : — Laissemoi... je veux le tuer...
— Tu ne tueras rien du tout , dit une voix rude.
Et l'un des nouveaux arrivants , Tex-dragon