LA NUIT
La îiuit était calme ; les feux allumés sur lés berges de l'habitation de Sporlerfigdt jetaient au loiii leur clarté flamboyante.
Fatigués des travaux du jour, les noirs armés sommeillaient dans la grange, prêts à sortir a la première alarme.
Suivant les avis du major Rudchop, qui avait annoncé Tàpproche des nègres révoltés, Adoë avait ordonné à Bel-Cossim.de mettre les noirs sous les armes. Celui-ci venait de parcourir les postes et de rentrer dans l'intérieur de la maison, lorsque minuit sonna.
En face du bras du canal qui défendait la partie orientale de l'habitation, s'étendait la plantation de caféiers dont on a parlé.
Entre cette plantation et le bord du canal, reslait une savane absolument découverte et éclairée par le feu allumé sur la berge.
Un jeune noir, son fusil sur l'épaule, se promenait sur la crête de cette berge et venait de temps en temps en alimenter la flamme qui y brûlait.
Par un effet de lumière naturel , l'ombre mobile de l'esclave en sentinelle se projetait gigantesque
sur la savane , partout éclairée , et allait se perdre , en ^élargissant, dans la lisière des caféiers.
Sortant d'un de ces massifs d'arbres, rampant comme un reptile, un Indien s'était glissé au milieu du rayon d'ombre, si on peut s'exprimer ainsi , que projetait la sentinelle. Avec une merveilleuse adresse, il en suivait les moindres mouvements, soit que cette ombre s'avançât, soit qu'elle s'arrêtât, suivant la marche du nègre.
L'Indien n'avait pu être aperçu de la sentinelle, dont la vue était encore éblouie par la clarté qui contrastait si vivement avec l'obscurité qui voilait le reste de l'horizon.
La distance qui séparait les caféiers du canal était telle, que les Piannakotaws , embusqués dans cette plantation, ainsi que l'avait craint le commandeur, auraient pif tuer d'un coup de fusil la sentinelle qui complètement éclairée leur offrait un point de mire presque infaillible.
Mais un coup de feu eût donné l'alarme, et les Indiens ne voulaient pas (enter une attaque de vive force.
L'arc et la flèche , d'une portée beaucoup moins longue et moins sûre que celle du fusil , mais d'un effet muet, étaient donc préférables à employer pour se défaire de la vedette sans bruit et sans éveil.
L'Indien s'était donc glissé dans l'ombre afin de s'approcher assez près de la sentinelle pour viser à coup sûr.
Il avait mis dans sa manœuvre cette patience opiniâtre, particulière aux sauvages; il ne pouvait s'avancer vers le canal qu'en protitant de§ rares instants