L'EPREUVE DU SERPENT
— Mama-Juhibôë à dit, par la voix dû sort, que tu serviras d'épreuve au serpent sacré Wannakoë... , dit la sorcière. Le veux-tu? Si tu meurs, ceux de ta tribu crieront ton hoiri, comme cri de guerre, en attaquant leurs ennemis... Ils orneront ta tombe des cbevelures des Vaincus... Après des années d'années, les petits-fils des fils de ceux de ta tribu parleront encore de loi dans leurs kraals ; ils diront à leurs enfants qu'Hay-Soy a élé choisi par Mama-Jumboë pour annoncer à ses frères s'ils devaient aller attaquer les visages pales ou attendre leur attaque... Veux- tu subir librement l'épreuve ? le veux-tu? »
La glorieuse énumération des avantages qui devaient récompenser son dévouement sembla faire une vive impression sur le nègre. Sa contenance parut plus ferme, plus résolue.
Il leva ses bras en l'air avec un mouvement de déli et d'exaltation, et s'écria : Marna- Jumboë... ! Marna- Jumboë ! j'attends le serpent noir!
Bâhoûn-Knify frappa précipitamment sur sa cymbale de cuivre en s'approchant de la boîte on était rèhférhié le reptile, en appelant :
« Wannakoë! Wannakoë! ... »
On entendit celui-ci s'agiter violemment.
îl faisait trembler le couvercle de sa boîte sous les coups sourds qu'il donnait pour en sortir.
«Le serpent sacré va sortir... il sera furieux; une dernière fois . veux -tu servir librement d'épreuve devant Màma-Jumboc ? » dit la sorcière , en s'abàissa'rit e\ tenant son doigt prêt à ouvrir le grillage qui devait donrter passage au reptile...
Le nègre eut un moment d'hésitation.
Zara-Zam, lui montrant la porte, lui dit d'un air sombre : « Tu es encore libre de refuser l'épreuve, quoique le sort t'ait choisi... Mais ceux de la tribu t'attendent au dehors... Si tu as été lâche... si tu as refusé de subir le destin que Mama-Jumboë t'envoie..., ils demanderont la mort... Au lieu d'avoir le tombeau et le renom d'un guerrier, on arrosera ta tombe de lait de brebis. Ton nom sera une injure... les mères apprendront à leurs enfants à te maudire. »
Ces derniers mots de Zam-Zam émurent profondément le nègre, et il s'écria aussitôt :
tt Mama-Jumboë l'ordonne I je veux le serpent noir!... le serpent noir! » .
Et il s'avança de quelques pas au-devant de la boîte.
Baboùn-Knify leva le grillage.
Le serpent dressa vivement sa tète hors du trou , jeta ses yeux enflammés sur le nègre, que la sorcière lui désignait du bout de sa baguette eu répétant ces mots consacrés : Wannakoë, Wunbiay.
En moins de temps qu'il n'en faut pour récrire, le cruel et docile animal, long de sept à huit pieds et à peine gros de deux pouces, s'élança de la boîte, se leva en cercle sur lui-même, en élevant sa tète à trois pieds au-dessus du sol ; et avec la rapidité de la foudre, il se jeta sur l'esclave, qui tendit vainement ses mains en avant pour le saisir.
Après lui avoir entouré le bras gauche d'un nœud, le reptile mordit le nègre à la gorge ; puis, sans lâcher prise , il fouetta quelque temps l'air de sa queue., ef la cingla en lia autour du corps de la vie-