‹ Deux histoires, 1772-1810Chapitre 19 sur 63 · L'EPREUVE DU SERPENT · texte numérisé non relu

L'EPREUVE DU SERPENT

lime, qui , enlacée dans celle horrible étreinte, se sentit serrée comme dans un cercle de fer glacé.

Hay-Soy poussa un cri terrible ; de sa main droite , la seule qu'il eût de libre, il saisit le serpent près de la tête pour tâcher de l'étouffer ou pour l'arracher de sa gorge.

Il ne put y parvenir.

Une de ses veines était ouverte, son sang jaillissait, tandis que la* sorcière , murmurant quelques paroles mystérieuses, examinait curieusement sur quels cercles et sur quelles figures cabalistiques le noir marchait en se débattant.

Par un effort désespéré, celui-ci parvint à faire démordre le serpent en lui introduisant deux doigts entre' la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure, et en abaissant celle-ci avec tant de violence, qu'une dent du reptile resta brisée dans la plaie.

Rendu furieux par la douleur, le serpent se déroula vivement du bras du nègre, et resserra davantage le nœud dont il rélreignait au milieu du corps. Ces replis formaient les deux tiers de la longueur du reptile; recourbant alors son cou comme celui d'un cygne, après plusieurs oscillations d'une rapidité extraordinaire ; il colla sa tête, plate et visqueuse , aux flancs du noir, et lui fit une nouvelle morsure.

Le noir, épuise par celte horrible lutte, s'affaissa sur lui-même.

Sa chute fut bien significative , car Baboûn- Knify, en le voyant tomber au milieu d'un des cercles qu'elle avait tracés, battit des mains et s'écria : Marna- Jumhoë est pour nous! L'épreuve est contre

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les blancs... Victoire aux noirs de la Sarameka!... Victoire aux Piannakotaws des montagnes' Bleues !.. .

Ces cris de triomphe furent répétés par Zam-Zam et par les trois nègres assis dans le hamac, qui se montraient avec enthousiasme la place occupée par la victime.

Le noir semblait privé de sentiment ; le reptile acharné lui avait fait une troisième morsure à l'épaule.

La sorcière, voulant terminer l'épreuve, frappa sur sa cymbale en criant à plusieurs reprises, d'une voix douce het harmonieuse : Wannakoé... Wannakoé!

À ce bruit, à ces mots, la fureur du serpent se calma comme par enchantement.

il redressa la tête... , la tourna du côté de l'Indienne, déroula les plis qui entouraient le corps du nègre, vint doucement ramper aux pieds de la sorcière et, sur un signe de celle-ci, rentra prestement dans la boîte qui lui servait de cage.

Lorsqu'il y fut enfermé, Zam-Zam et les chefs nègres descendirent du hamac où ils étaient alors restés par prudence, quoique la sorcière fut assez sûre de l'obéissance de Wannakoë pour ne pas craindre qu'il s'élançât sur un autre que sur celui qu'elle lui désignait !.

Tous entourèrent la victime , qui semblait sans vie.

1 Ces serpents , comme ceux que dressent les jongleur» indiens . sont, privés de deux crochets venimeux qui rendent leurs morsures mortelles. (Voir V Exhibition de Serpents du vova^e du capitalise James Riiey; vol. xi. Paris, Lenormand, 1818.

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Ses mâchoires étaient convulsivement serrées. Aidée de Zam-Zam, l'Indienne le souleva, l'adossa contre la cloison rie la cabane, et voulut lui faire boire quelques gouttes d'une liqueur qu'elle portait dans une petite gourde ; mais les mâchoires du malheureux nègre étaient si serrées, qu'elle ne put y parvenir.

Zam-Zam fut obligé de lui desserrer les dents à l'aide du manche de son poignard.

Les veines de ce malheureux élaient gonflées et fendues à se rompre, l'écume couvrait ses lèvres, il respirait à peine ; pourtant l'effet du breuvage que lui fit prendre l'Indienne fut si prompt et si actif, » que ces symptômes effrayants se dissipèrent : peu à peu il revint à la vie.

Zam-Zam et les autres noirs l'entouraient avec intérêt ; ayant survécu à l'épreuve, il devenait presque sacré pour eux.

L'Indienne prit un peu d'eau dans une courge, y jeta quelques gouttes de la liqueur dont elle avait fait boire plusieurs gorgées au noir, et bassina ses plaies avec ce mélange.

Poussant bientôt un profond soupir, il regarda autour de lui avec un étonnement mêlé de terreur.

« Marna- Jumlmë te protège, lui dit la çorcière ; il donnera la victoire aux noirs de la Sarameka. Tes plaies guériront. Ceux de ta tribu chanteront Ion nom; car laf volonté de Mama-Jumboë t'a défendu contre le serpent noir, et dans ton combat contre lui ta chute même annonce un triomphe...

— Le serpent noir !... Où est-il? répéta le nègre avec un nouveau mouvement d'eftrnj involontaire. F. 1!

t*2 AVENTURES D'HERCULE HARDI.

— Ne crains plus rien, » dit l'Indienne.

Et elle bassina de nouveau ses plaies, pendant que Zam-Zam allait annoncer aux rebelles que les plus heureux présages se réunissaient en faveur de leurs armes.

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