RÉFLEXIONS. 1S
BÉFLEXIONS.
Ou ne saurait dire avec quelle anxiélé cruelle madame de Bracciano attendait le retour de sa tante.
La malheureuse femme envisageait alors les immenses difficultés qu'elle aurait à vaincre pour décider son mari à une séparation. Le temps pressait , Herraan pouvait mourir.
M. de Bracciano s'était dévoilé avec une si cruelle franchise , qu'elle n'avait plus d'espoir que dans la volonté toute-puissante de l'empereur.
Depuis une heure sa tante était partie;' tantôt elle augurait bien de la longueur de son entrevue avec l'empereur Napoléon ; tantôt , . au contraire, elle y voyait un fatal pronostic.
À chaque instant elle se levait de son fauteuil pour aller à la fenêtre ; à chaque voiture qui passait devant la grande porte ouverte de l'hôtel, elle tressaillait involontairement.
Tout à coup le trot précipité d'un cheval entrant dans la cour se fait entendre.
Jeanne courut à la fenêtre et vit un palefrenier à la livrée de l'empereur parler au concierge.
Le concierge sortit en courant de sa loge et se dirigea vers le vestibule.
Dans sa fiévreuse impatience, madame de Bracciano sonna une de ses femmes.
lîfr LE COLOÎÏEL DE SÛR VILLE.
« Mademoiselle, allez voir ce que veut cet liomme à la livrée de l'empereur. »
Cinq minutes après, la femme de chambre rentra.
« Madame la duchesse, cet homme vient sans doule d'aporler à M. le duc Tordre de se rendre à l'instant au château, car M. le duc a aussitôt demandé ses chenaux... »
En effet, peu de temps après, la voiture de M. de Bracciano sortit de l'hôtel.
Ce nouvel incident vint augmenter la perplexité de Jeanne et lui donner pourtant une lueur d'espoir.
L'empereur désirait voir le duc, sans doute il liésitait à se prononcer; mais quelle serait l'issue de cotle entrevue?
En réfléchissant à sa position, Jeanne s'avouait qu'elle n'avait aucun reproche grave et fondé à faire à M. de Bracciano.
Il était cupide, ambitieux ; il comptait sur la fortune et la naissance de sa femme pour servir ses projets; mais ce n'est que, poussé à bout par la demande du divorce^ qu'il avait révélé ses vues intéressées ; et ces vues, les avouàt-il à l'empereur, ne suffiraient pas sans doute pour autoriser une séparation.
Alors, ainsi que cela arrive toujours, Jeanne se demanda, mais tro'p tard, comment elle n'avait pas songé à la possibilité d'un refus de la part de M. dé Bracciano! Elle avait trouvé dans cette union si peu d'intérêt; elle se croyait même si peu liée par la reconnaissance envers M. de Bracciano (puisqu'après tout les biens qu'on lui rendait avaient appartenu à
HÊPLEXI0N8. f«1T
sa famille, à elle), qu'elle avait jugé des sentiments de sort mari d'après les siens propres.
Malgré la fermeté de son caractère, Jeanne osait à peine soulever celte terrible question : Si l'empereur refuse le divorce!...
Alors elle tombait dans des épouvantes sans fin... de quelque côté qu'elle jetât les yeux, elle ne voyait que des abîmes... Herman mourant... une vie en^ tière passée avec un homme qu'elle abhorrait...
Puis, par un douloureux contraste, des visions charmantes venaient traverser son esprit; elle se voyait la femme d'Herman, vivant heureuse, ignorée, dans une douce obscurité... Alors elle maudissait, au milieu de sanglots désespérants, l'impitoyable méchanceté de M. le duc de Bracciano, qui d'un mot pouvait réaliser tant de rêves.
Ainsi que les gens absorbés par Tunique pensée qui les domine, elle ne pouvait comprendre le refus de son mari, à qui elle avait pourtant offert sa fortune entière.
- À ces violents déchirements de l'âme succédait un morne abattement ; ainsi, après avoir en vain tâché d'ébranler la grille de son cachot dans un accès de rage désespérée, le captif retombe anéanti surlesol...
Telles étaient la candeur et la noblesse de *on cœur, que jamais il ne vint à la pensée de Jeanne de faire un honleax compromis entre ses devoirs et son amour.
Ce qu'il y avait de plus horrible dans sa position, c'était celte affreuse pensée, que Herman allait mourir... Herman allait mourir... Après avoir été un instant bercée d'une mensongère espérance, idée fi*et
incessante, qui surmontait toutes les autres comme le glas d'une cloche funèbre surmonte tous les autres bruitslîî...
Jeanne interrogeait la pendule avec une anxiété dévorante... Ses yeux étaient secs, brûlants, ses lèvres décolorées, sa pâleur livide...
Tout à coup elle parut frappée d'une idée subite, elle écarta lentement les longues boucles de cheveux qui lui couvraient le front, puis, attachant sur le plancher un coup d'œil fixe, elle sembla réfléchir profondément.
Après quelques moments, elle se leva brusquement, croisa ses bras sur sa poitrine..-. Sa physionomie exprimait une résolution terrible!... ses yeux brillaient d'un feu sombre... « Oh! que j'étais lâche!... » s'écria-t-elle avec amertume!
A ce moment, une voilure entra dans la cour de l'hôtel...
Jeanne se précipita à la fenêtre ; elle reconnut les gens de sa tante...
a Si l'empereur refuse! ! J'y suis décidée... » ditelle d'une voix sourde...
Réparant à la hâte le désordre de sa toilette, tâchant de comprimer tant de violentes émotions, elle attendit la princesse de Montlaur.
L'ENTREVUE. ISt
L'ENTREVUE, r
« Eh bien ! ma tante I L'empereur?
— Du courage, mon enfant, ma fille... dit la princesse, en embrassant sa nièce avec effusion...
— - Tout est fini, il n'y a plus d'espoir! s'écria madame de Bracciano, et elle se couvrit la visage de ses deux mains.
— Jeanne, du caJràe, de la résiliation, ne vous désespérez pas ainsi. v Hélas! je ne veux pas vous faire de reproches; mais si vous m'aviez consultée avant de faire cette1 fatale démarche, vous vous seriez épargné bien de? chagrins... Vous le savez, je considère le divorce comme un acte réprouvé par la religion ; et d'ailleurs*, votre mari vous avait dit sur quelles raisons, malheureusement trop vraies, rempeu reur devait, dans les circonstances présentes, s'opposer à des actes de cette nature. Je ne pouvais donc avoir que bien peu d'espoir* . Il eût été indigne de vous et de moi d'abuser des confidences de M. de Bracciano, tout odieuses qu'elles étaient, sur ses projets à venir dans le cas où son maître serait renversé... J'ai dû me borner à peindre à l'empereur avec conviction, avec chaleur, les causes qui vous rendaient votre union pénible : la différence d'âge, de goûts, d'habitudes, qui existait entre vous et votre mari ; et insister surtout sur le noble dévouement qui vous avait décidée à ce mariage, alors que vous étiez
tU LE GOLOU IL DI BUBV1LLE.
à peine capable de comprendre toute la portée de rengagement que tous contractiez Je le suppliai d'obtenir de M. de Bracciauo qu'il vous laissât vous retirer dans une de vos terres et vivre avec moi ; cela eût évité le scandale et l'éclat, A ces mots, l'empereur me répondit d'un air sévère : a Madame, je o déteste les mauvais ménages ; je ne crois pas aux « incompatibilités d'humeur, ce sont là des visions «de femmes ennuyées, romauesques* Si madame de « Bracciano a quelque faute grave à articuler contre « son mari, qu'elle parle, j'en ferai justice; sinon je a laisserai à celui-ci le droit, le pouvoir que la rai* « son, que la loi, lui donnent sur sa femme. » Hélas! mon enfant, je lui parlai en vain do caractère morose, atrabilaire de votre mari ; il me répondit, eu me regardant fixement : « Madame la maréchale, « vous êtes la plus honnête femme que je connaisse; a je ne sais pas de caractère plus noble et plus oqui- « table que le vôtre» Franchement, que penseriez - « vous de moi si, pour satisfaire à un caprice de « votre nièce, j'abusais de mon pouvoir pour l'enle- « ver à son mari, en lui ordonnant de se séparer « d'elle? »
Entre nous, Jeanne, que pouvais-je répondre? il avait raison ; et je devins muette devant la justice el la vérité. *
« D'ailleurs, reprit l'empereur, il n'est pas dans « mes habitudes de condamner les gens «ans les ena- tendre ; » il sonna en disant ces mots, et donna ordre d'aller sur-le-champ chercher M» de Bracciano. a Devant vous/madame, reprit-il, je l'interrogerai; « je lui ferai part des désira de madame voire nièce.'
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«r Tout ce qçe je puis faire à votre seule consîdéra- « tiofi, c'est de vous promettre que, fi M. de Bra4- « eiano consent à ce que sa femme vive loin de lui, • j'y consentirai, quoique, je vous le répète, je trouve « ces sortes de séparations du plus mauvais, du plus « dangereux exemple. » Je ne pouvais* vous le fente*, m'epposer à la volonté de l'empereur. Votre mari "vint. Son maître lui dit toute notre conversation. Quoiqu'il vît par là que j'avais eu la générosité de taire les seules circonstances qui auraient peut-être pu, en irritant l'empereur contre lut, le disposer à nous écouter favorablement , M. dé Bracciamr eut l'indignité do dire, en affectant une confiance et urie résignation hypocrites, qu'il ne vous accusait pas de cette démarche si pénible pour lui, qu'il croyait votre conduite au-dessus de tout reproche, mais que vous aviez été sans doute poussée à cette fâcheuse démarche par un de vos parents qui avait sur vous une dangereuse influence , en un mot, par M. de Surville...» "»
Jusqu'alor* Jeanne avait écouté sa tante avec use aorte de stupeur ; voyant tout espoir perdu pour elle, elle poursuivait, dans sa pensée, avec une douloureuse ténacité , la résolution fatale qu'elle venait ée prendre ; mais, au nom de M Me SurvjHe, eHè releva brusquement la tête et s'écria : «Raoul... il u r accusé Raoul... *
— Hélas ! oui, dit madame de Montlaur qui, sans regarder Raoul comme l'instigateur du divorce, croyait au moins sa nièce -sérieusement occupée du colonel. Alors, mon enfant, je. ne saurais vous dire la celètfe -4e l'empereur.
« Surville, s* est-il écrié, Surville, que je traitais «comme mon tits... que j'ai comblé, lui que je a croyais un homme d'honneur par excellence... ic jouer un rôle si odieux... Abuser de sa parenté a pour porter le trouble dans une union formée par « mes soins ; c'est indigne... Me manquer à ce point. .. « quand, à cette heure encore, je lui doune la plus « grande marque de confiance qu'on puisse donner « à un homme. »
•—Mais c'est infâme!... s'écria Jeanne... Raoul est innocent de ce qu'on lui reproche!
— Eh ! sans doute, mon enfant ; c'est ce que je me suis hâtée de dire, d'affirmer à l'empereur.
— a Sire, me suis-je écriée, tous m'avez dit tout « Theure que vous croyiez à la sûreté de ma paie rôle... Eh bien 1 je jure à Votre Majesté que M. de « Surville est étranger à la détermination que madame « de Bracciano veut prendre.
— « Je ne doute pas que vous n'ayez la conviction a de ce que vous affirmez, madame, me répondit a l'empereur d'un ton sec, mais il se peut que votre « conviction ait été surprise... Vous avertirez votre (i nièce, madame, que, loin d'encourager ses folies, « pour ne pas dire ses criminelles espérances*, je a prêterai à son mari, que j'aime et que j'estime, tout « l'appui qu'il peut attendre de moi... et que d'ail- « leurs la loi lui garantit... Quant à M. de Surville, a je lui laverai la tête d'importance. » Et, sans attendre ma réponse, il me salua de la main et rentra dans son cabinet, suivi de M. de Bracciano. .. Pour la première fois de ma vie je regrettai presque de n'avoir pas commis une méchante action... car si l'em-
L'ENTftEVUB. 1SH
pêreur n'avait pas disparu si tôt, peut-être aurais-je été capable de lui dévoiler l'abominable duplicité de M. de Bracciano.
— Pauvre Raoul , dit tristement Jeanne ; il est donc vrai que je serai fatale à tous ceux qui me porteront intérêt... Puis elle ajouta, en sç parlant à elle-même : Ses pressentiments ne le trompaient pas... Cet amour devait être malheureux... oh! bien malheureux...
— Que dites-vous, mon enfant? dit madame de Montlaur.
— Rien... rien... ma tante, reprit Jeanne en sortant de sa rêverie. M. de Bracciano m'avait déjà parlé de. ses soupçons sur Raoul; je lui avais dit combien ils étaient peu fondes... il ne m'a pas crue... il l'a lâchement accusé auprès de l'empereur... et Dieu sait si j'ai été un moment guidée dans ma résolution par la pensée de Raoul. »
Madame de Montlaur regardait sa nièce avec un étonuement douloureux; elle voyait dans les paroles de Jeanne et un mensonge et un manque de confiance qui lui faisaient mal. Après quelques moments de silence, elle lui dit d'une voix émue : « Mon enfant, il est certains secrets qu'une mère seule aurait le droit de demander à sa fille... Je ne vous ferai pas de questions... quoique votre détermination de divorcer d'avec M. de Bracciano me donne lieu de croire que vous n'êtes si jalouse d'obtenir votre liberté que pour vous unir à une personne que vous aimez depuis longtemps.
— Et cela est vrai, ma tante, lui dit Jeanne d'un*
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voix calme, mai» affaiblie ; il faut renoncer à tel eapoir... j'y renvnce,
— Vous souffres affreusement... Malheureuse en* fant! dit madame 4e Montlaur, sans s'arrêter à ce que les paroles de Jeanne devaient avoir d'inexplicable pour elle; puis, les yeux baignes de larmes, elle prit tendrement les mains de sa nièce dans les siennes.
— Moi... non... non, ma tante, je ne souffre plus... On ne souffre que du doute... l'agonie seule est douloureuse...
— De quel accent vous me dites cela, Jeanne!... Jeanne, vous m1 effrayes...
— Vous avez tort, ma tante... je suis calme. Je vois maintepant clairement Ta venir qui m'est réservé... » Un sourire sardonique et froid vint planer sur ses lèvres ; elle ajouta ; « Vivre désormais avec M. de Bracciano... être près de lui... vivre dans son intimité... échanger avec lui mes plus secrètes pensées...
— Mais, Jeanne, je vous dis que vous m'épouvantez.., s'écria la maréchale en se levant à demi et en saisissant la main de sa nièce qui la lui abandonna machinalement et continua d'un air égaré :
— Servir d'instrument à son ambition, .. à ses trahisons... partager avec lui le fruit de nos perfidies communes.,. Ah!.., ah!,,, ah!... c'est un avenir digne de moi.,. C'est bien l'avenir que j'avais rêvé. 9
L'inquiétude de la princesse fut au comble, lorsqu'elle entendit l'éclat de rire étrange de sa nièce ; elle lâcha de la rappeler à elle-même» lui prodigua
les plus tendres caresses, la serra plusieurs fois contre sou cœur.
Au bout de quelques minutes, Jeanne sembla sortir d'un songe pénible, regarda fixement sa tante, passa ses mains sur ses yeux, et se rappelant sans doute tout à coup ce qui s'était passé : « Ma tante... ma tante... il est donc vrai, plus d'espoir! s'écriat-elle avec un douloureux gémissement.
— Si , mon enfant, il y a toujours de l'espoir, Dieu ne nous abandonne jamais; votre conduite a toujours été irréprochable, elle vous sera comptée... Le temps... l'oubli... calmeront -peu à peu ces blessures aujourd'hui si cuisantes. La conscience de remplir noblement un devoir vous aidera à supporter vos chagrins;... vous regarderez autour de vous... et vous vous consolerez peut-être en songeant à ceux qui sont plus à plaindre encore...
— Sans doute , ma tante , vous avez raison , dit Jeanne avec une apparente résolution... l'oubli... calme toutes les douleurs; ne pensons plus à cela... comme dit l'empereur, ce sont des folies de jeune femme... je reprendrai ma vie habituelle... que faire contre l'impossible?... se résigner, n'est-ce pas? Eh bien !... je me résignerai.
— Vrai!... bien vrai, Jeanne... Hélas! mon enfant, cette louable résolution me parait bien prompte.
— Pourquoi, ma tante? dit Jeanne en essuyant ses yeux et en tachant de sourire. Vous savez que j'ai du courage quand je le veux... Eh bien ! je me dis... ce que je désirais de toutes- les forces de mon âme ne se peut réaliser... Que faire? souffrir ! Je souffrirai...
je mettrai ma confiance en Dieu... et peut-être aura t-il pitié de moi ! »
Madame de Bracciano semblait si convaincue de ce qu'elle disait, que la princesse se sentit un peu rassurée.
« San» -doute, dit-elle, cet orage se calmera. Tel indigne que soit un homme, il rougit toujours de certains torts... En ne vous accablant pas de sa présence, M. de Bracciano voudra vous faire oublier les odieuses révélations qiril vous a faites... Vous serez, sinon heureuse, du moins tranquille... Libre à vous de chercher au fond de votre cœur de doux et consolants souvenirs.
«•Cela est vrai, ma tante.*, maintenant j'envisage cela comme vous... Pardonnez -raoi seulement la peine que j'ai pu vous causer. . . des démarches toujours pénibles pour vous... A cette heure je préfère presque qu'il en soit ainsi, comme je vous le disais... Mon sort est fixé, je sais ce qui me reste... ce que je perds... ce qui m'attend. »
A ce moment, on frappa à la porte de la chambre de madame de Bracciano.
Elle ordonna d'entrer, et une de ses femmes remit une lettre à la princesse de Montlaur.
Cette lettre était d'un des amis très-intimes de la princesse qui, par ses fonctions, était parfaitement instruit de ce qui se passait dans le cabinet de l'empereur.
Qu'on juge du chagrin, de l'effroi de madame de Montlaur, lorsqu'elle lut les lignes suivantes :
« Je vous écris un mot à la hâte, ma bonne et « chère princesse, pour vous apprendre une triste
« nouvelle et vous mettre peut-être à même d'em- « pêcher de grands malheurs. L'empereur apprend « à Pinstant que le colonel Raoul de Survjlle a quitté « Vienne, et est rentré en France sans ordre et sans « permission. Le colonel était chargé d'une mission « de la dernière importance, et l'empereur a su qu'il m ne s'en était pas occupé. J'ignore si le retour de « M. de Surville a quelque rapport avec l'entretien 4 que vous avez eu ce matin avec l'empereur et M. de « Bracctano ; mais Sa Majesté a fait aussitôt appeler « ee dernier; il est resté asseï longtemps dans le « cabinet de l'empereur, et des ordres ont été immé<- «diatement envoyés au commandant de la place 'de « de Paris et au ministre de la police ; l'empereur « semble furieux contre le colonel. Si vous avez quel- « ques indices sur ce dernier, prévenez -le de se tea nir caché pendant que ses amis agiront pour lui. « Brûles cette lettre, chère princesse, vous cempre- « nez tout le danger de cette indiscrétion, si elle « était découverte. »
Après avoir lu cette lettre une seconde fois, la maréchale la brûla \ sa ntèree était si absorbée dans ses réflexions, qu'elle ne s'aperçut pas de l'action de sa tante,
Madame de Montlaur, craignant de porter un nou- Teau coup à Jeanne, ne lui parla pas de ce nouvel incident, la conjura de se calmer, remonta chez elle, et, agitée de nouvelles inquiétudes, elle envoya à l'instant un homme de confiance chez le colonel de Surville, pour savoir s'il n'était pas arrivé.